LIV. XV. CHAP. IV. l8l
Grecs auraient donc eu de bonne heure l'occasion de se livrer à ce système enthousiaste , si leur croyance , encore dans sa force, et leur philosophie, qui suivait une direction tout opposée , ne les avaient retenus. Ce ne fut qu'après que cette croyance se fut écroulée , et que cette philosophie fut tombée dans l'épicuréisme et le scepticisme , que l'esprit humain , dans sa misère , saisit avec avidité tous les dogmes sacerdotaux qui se présentaient et qu'il s'en composa un système (i).' Chaque dogme du platonisme nouveau remonte donc à une époque antérieure et appartient à une rehgion étrangère ; mais la combinaison de ces dogmes , l'action d'avoir réduit en principe philosophique un merveilleux emprunté de toutes parts , d'en avoir fait une suite de syllogismes , d'avoir recouru à la dialectique pour motiver l'enthousiasme, d'avoir enfin , au lieu de prétendre imposer silence au raisonnement , afin de recommander la croyance , déclaré au contraire le raisonnement la base de la croyance et le moyen du surnaturel : voilà ce qui caractérise parti-
(i)Tiedemann, Geist. derSpecul. Phil. III. 9G loo.
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culièrement les nouveaux platoniciens , ou plutôt le siècle dont cette secte ne fut que l'expression ou l'organe. C'est en cela qu'elle mérite une attention sérieuse. Ce n'est pas ici une religion , qui ^ient , avec des miracles , terrasser la raison , et lui ordonner le renoncement à elle-même ; c'est la raison qui redemande à croire , la raison exercée sans interruption pendant huit cents ans ( car , depuis. Thaïes jusqu'à Plotin, il n'y avait pas eu de lacune dans la philosophie grecque ). Et cette raison exercé^ , après avoir employé la dialectique la plus subtile à détruire tous ks anciens dogmes , se sert de cette dialectique , son seul instrument , pour se refaire des dogmes nouveaux.