LIV. XV. CHAP. VI. l
à cette disposition, des causes surnaturelles; mais elle était l'effet de 1 état général où l'espèce humaine se voyait plongée. Sa dégradation, sa privation d'espérances, le malheur de la terre, l'absence du ciel, accablaient les esprits même sans qu'ils s'en doutassent. Ce qui le prouve, c'est que cette tristesse, cet accablement, se reproduisent à la même époque chez presque tous les hommes qui conservaient encore quelque valeur morale ou quelque force intellectuelle. Les uns veulent fuir dans le désert, les autres jettent loin d'eux le fardeau de la vie ; et pourquoi la vie leur était-elle devenue insupportable (i)? PlusiçG'rs d'entre eux étaient dans l'ppulence. Presque tous pouvaient compter sur des récompenses et même sur des honneurs ; tous vivaient au milieu d'une civilisation raffinée, au sein du luxe, entourés des découvertes qui rendent l'existence plus facile et qui diversifient le plaisir. Mais ils avaient perdu les deux grands intérêts sans lesquels tout est vide, mort et sans charme, lu religion et la liberté.
Plotin crut renaître, lorsqu'il entendit les
(i) Porphyre raconte lui-même qu'il avait pris la
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premières leçons d'Ara monius (i). Ce dernier était sorti par ses talens et son éloquence de l'état le plus abject, car il avait été portefaix {'j). 11 enseignait une philosophie composée d'opinions grecques et de dogmes juifs , égyptiens et orientaux. Il réclamait des inspirations surnaturelles ; des extases le saisissaient au milieu de ses leçons, et le respect et la confiance de ses auditeurs étaient sans bornes. ,
Ce n'est pas le jugement qu'on doit porter sur Ammonius qui nous intéresse. Qu'il ait été fourbe ou enthousiaste, la chose est indifférente ; mais il est remarquable que la philosophie qui avait travaillé avec tant de zèle à détruire la religion, et qui s'était applaudie avec tant d'orgueil d'y avoir réussi , fut réduite à prendre les apparences de la religion pour être écoutée.
Après avoir suivi durant onze années les
résolution de se tuer. Ce fut Plolin qui J'en empêcha. f^ila Plot. cap. II.
(i) V.sur AmmoniusSaccaselsesdisciples.CREuzER. I. '220. — Malier, Ecole d'Alexandrie, l. 3o5. II. 26%.
(2) Suidas in V. Aunnoniua.