‹ Du polythéisme romainChapitre 118 sur 134 · LIV. VU. GHAP. UU 22J · texte numérisé non relu

LIV. VU. GHAP. UU 22J

rent au premier coup d'oeil du dieu de Platon ; il est éternel, immatériel et immuable. Il est la raison pure qui ne peut être comparée avec la raison humaine. Son action est la pensée, sa pensée est l'action. Il est Tintelligence soci«verainement parfaite et par-là même l'être sou- Terainement heureux. Cependant Aristote se sert en même temps de plusieurs expressions qui semblent aboutir à une espèce de panthéiame , Dieu est la substance de toutes les substances ; il ne fait qu'un avec la nature , avec le monde, avec le ciel, pris dans le sens le plus général. D'autres fois Aristote va plus loin encore, et dan* ses termes au moins il se rapproche de l'athéisme. Tantôt disant que tout est composé de deux choses > de la ma«tière et de la forme , il ne parle nullement de Dieu; tantôt il donne pour principe au mouvement une force aveugle et non intelligente ; tantôt il assigne enfin pour cause de ce qui existe et de ce qui arrive, non seulement la nature, mais le hasard. Il paraît toutefois ne s'exprimer avec cette inexactitude, que lorsqu'il sa^t de quelques détails; et le résultat le plus vraisemblable de sa doctrine, lorsqu'on en compare les diverses par-

tie», c'est qu'il entend par le mot de nature les règles d'après lesquelles le monde est gou- Terué, et qui étant fixes, sont susf^eptibles d'être précisées; tandis^ qu'il désigne, sous la ^Ksfnomination de hasard, les é^énemens qui résultent de certaines causes inopinées, inconnues, se dérobant à notre prévoyance.

Mais toutes les fois qu'il revient à des idées plus générales, il répète que le. mouvement ne peut avoir lieu sans une cause unique, intelligente , et conservatrice.

La difiEérence fondamentale qui distingue son système de celui de Platon, c'est qu€ repoussant de l'idée de ce^dieu tout antl^ropomorphisme^ il le dépouille de toutes les vertus que les hommes lui prêtent, en lui appliquant des qualités empruntées d'eux-métaes, et il n'admet aucune providence pai^tiçulière , aucune relation médiate ou immédiate , entre ce dieu et l'espèce humaine, toute relation semblable lui paraissant une déviation des \(M générales, et , par conséquent y une hypothèse inconciliable avec l'immutabilité de lu naturjÈ divine. C'est néanmoins l'espérance de ces déviations qui sert de première base , de QQobile unique^ de condition nécessaire

Liy. yii. CUÂP. m. :2:2g

à toutes les pratiques, à toutes ks ccrémo^.

nies, à toute la partie constitutive, eo un mot, des religions populaires. L'on extraisait bien à 1^ rigueur quelques passages d'Arigtote (i)^.dans lesquels il semble oe paâ re^e^ ter absolument l'idée que les die.ux s'occupent des affaires humaines, mais il y joint toujours l'expression du doute, «il se pourrait, il ne serait peut-être pas déraisonnable d'adinettre que les choses fussent ainsi {2).» L'on voit qf^kil parle de la sorte plutôt poj^r ne rien affirmer, de trop positif, que par aucune conviction for-? raelle, et qu'il permet tout au plus des con^, jectures dont tout le reste de son système présuppose la fausseté.

Les raisonnemens d'après lesquels Aristote refuse à Dieu toute vertu, proprement dite, sont dignes d'être pesés attentivement (3). Quelle que soit la vertu que vous imaginiez, dit^-il f voiis la trouverez au-dessous de Dieu et inapplicable à la nature. Lui attribuerez**vous le courage? il n'est exposé à aucun danger.

(i)TWhic. ad Nicom. IL 7.

âSo POLYtH£ISM£«

L'amitié ? il se suffit à lui-^mêioe. La tempé^ ];ance ? il ji*a poiot de désirs. La bienfaisance? tDttis ces bienfaits seraient où le résultat des lots générales , ou des exceptions à. ces lois. IXaoS le prepaier cas , ce ne sont pas des bien-' faits, m ais des règles fixes, qui tiennent au grand ensemble ^ et n'ont point l'honime en ^artieulier potir but. Dans le second cas , la supposition serait subyersi\e du caractère immuable eu Dieu suprême et de sa dignité» Quand nous t'apporterons les o|iiniotis d'Aristote sur llmmortalfté de Tâm^^ nous verrons que dans son système la justice divine disiparatt également. Left raisonn^mens de ce philosophe sont d'autantplus remarquables, que dans plusieurs de ces passages* il parie desdieùx au pluriel , complaisance trompeuse polir le Poljthéisme> et qui ne rend les principes d'Aristote que plus destructifs de toutes les bases de cette croyance. Lorsqu'Aristote veut ensuite définir L'exis-* tence divine qu'il a dépouillée de tous le» attributs que l'homme peut concevoir ^ il n'est pas bien sûr qu'il s'entende clairemenLJPlacé au-dessus de la circonférence du monW (i) ,

(i) Phys. Vm. i5.

LÎY. VII. CHAP. III. 35l

différent des quatre élémens, et différent encore de cette cinquième nature qui anime les astres et constitue l'âme humaine, Dieu , dit Aristote est le premier moteur, lùais on ne peut dire néanmoins qu'il produise le mouvement ; il met en mouvement Vûnirers ^ comme l'objet met en mourement la faculté, et, pour bie servir des paroles d 'Aristote, comme la Tue d'un aliment met en mouve*^ ment la faim ( i ). C'est ici visiblement un abds de mots ; la faculté existe indépendamment de l'objet, la faim indépendamment del'ali* ment. D'après ces expressions d' Aristote^ Dieu serait le but et non pas la cause. Enfin Dieu est étemel , parce que le mouvemen^st éternel (a). Il est unique^ (3), parce* que le mouvement est unique. Il n'a point de parties f il n'a point de candeur finie (4 j ni infinie. Si l'on combine , avec cette définition ténébreuse , ce qu' Aristote dit ailleurs de la nature , du monde et du ciel , on se perd dans

(i) De Cœlo. I. 3.

(2) Metaph. XI V. 6. 8. ; De au8c. III. 10*

(3) Phys. Vm. 1 et 7.

(4) Melaph. XIV. 9.

2^2 POlYTHEISME.

mille contradictions; rokscurlté redouble lorsH qu'Aristote veut déterminer quel est le mode d'exister de cet être îûcctocevable. Son existence, dit-il, consi^tepurement en spéculatioQ. Quel est l'objet de ceJte spéculation divine ? Aristote ne l'indiqué pas. Il' dit $eulement

. que ce n'est point le mondé ^ parce que le monde étant inférieur au Dieu suprême ^ çelui-cLne peut s'occuper d'au objet au-dessous de lui. Aristote , dans cet endroit, reconnaît donc une différence entre J)ieu et le monde ; il dit encore que Fobfet de cette spéculatioa n'est pas Dieu lui-même , et il en allègue une raison fort ridicule (i) : c'est qu'il serait

. assgz indécent ^ même dans un homme , de se prendra pour l'objet de ses propres spécula^ tions. Deux observations nous frappent : la première » c^est qu'Aristote , en suivant h^ route indiquée par la phijosopbi^^ poiu: parve*« nir À la conoais&ance de l'Être inûni, et en rc^pou^sant toutes les notions çirconscirites » toutes les conceptions que rantropomorphissuggère , a très bien déterminé ce que Dieu

(i) Phys.VÎIL i5.

(2) Mag. moi*. II. i5.

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