‹ Du polythéisme romainChapitre 121 sur 134 · LIV. VlII. CHA^P. I · texte numérisé non relu

LIV. VlII. CHA^P. I

Mais tous les homines qui réfléchissent savent que cet argument, le plus spécieuse aux yeux du vulgaire , est de tous le plus faible , quand une logique sévère le soumet à Texamen. La dénégation des causes finales ne se lie point essentiellement avec l'incrédulité. Un philosophe , beaucoup plus ancien qu'Epicure, Empédocle (i) , combinait cette dénégation , nop seulement avec l'existence de plusieurs natures divines , mais avec des châtimens et des récompenses après cette vie : et le chancelier Bacon , le même qui a dit énergiquement qu'un peu de science conduisait à l'athéisme , et qu'une science plus approfondie ramenait à la religion, a parlé très dédaigneusement des causes finales. Enfin , la philoso-^ phie d'Ëpicure avait pour la religion cet avantage qui la distinguait de toutes les autret sectes, qu'elle ne déviait •point de ses prin^ cipes en reconnaissant le libre arbitre, et en re poussant loin d'elle toute notion de la nécessité , de cette doctrine la plus subversive des idées religîeusea'et morales, quand elle est admise, avec toute la série de ses çonséquencesr.

(i) Diog. Laêrt. . Vin, 77.

348 pu POf.YTIl£ISMB.

Que si Von accusait Epicure de dissimulation et d'hypocrisie , cette imputation me paraîtrait réfutée par la franchise qu'il déployait contre la .partie de Ja mythologie grecque opposée à son système sur la béa^titude divine , çt par la Iiardîe^^e avec laquelle il rejetait la divination que tous ses prédécesseurs avaient reconnue* Cette franchise p'annonçait poipt dans ce philosophe unç complaisance timide^ pour les opinipps communes. Les chances de persécution ne se proportionnent pas à la distance où l'on se place des dogmes reçus* Le premieir pas en ce genre est d'ordinaire aussi dangereux que le derpier : j'afQrmerais yo-^ lontiers que la philosophie ^ sous Epicure , se rapproch^a du Polythéisme populaire^ loin de s'en écarter f et qu'elle reperdit, pap une marche rétrograde, une grande partie du tejrrain quelle avait gagné jusqu'à lui. Cette observation ne s'applique pas moins â la morale qu'à la métaphysique. Sou? le rapport moral » l'épicuréisme était beaucoup plus susceptible de s'allie? avec les fables mythologiques qu'laucun système aatériçur,

Epicure déclarait que tous les êtres n'obéissaient qu'à leurs intérêts ; et^ J&dèle à la loi

Liy. vm. CMAP. 1. ' f"";!!

généf aie de Teaprit humaia, il falsaîi Içs dieux égoïstes comoie les mortels. Oo trouvait doue dans la morale «de cette philosophie l'hypothèse nécessaire pour motiver toutes les. pratiques d^ la religion pop ulai^ ; fanais il faut reconnaître aussi que la possmilité de cette, alliance résultait uniquement des imperfections ^ des vices et du défaut d'élévation qui caractérisait cette doctrine.

La morale d Ëpicure a trouvé dans le dernier siècle beaucoup de défenseurs , et Ton compte dans ce nombre des hommes estima-^ blés. Nous dirons toutefois, en premier lieu, que cette morale est fondée , en théorie, sur une équivoque puérile , et secondement que , dajiIsrapplicatioQ, sa tendance est pernicieuse.

Elle est fondée sur m ne équivoque puérile , car elle consiste à dénaturer la signification d'un mot dont le sens est clair dans toutes les langues. Le mot d'intérêt dé^gne toujours le motif qui nous fait préférer notre avantage à e^lui des imtres. L'on entend par égoïsme Thatude de se constituer le centre de ses calcul; celui qui se. propose les autrea pour but n'est pas égoïste ; et, lors même que le résultat de sei( ^ffqrt4 Sfcrait une {ouissance personnelle ,

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comme il n'aurait pas eu eni vue cette jbtiis^ sance , on donnerait à tort le nom d'égoisme au principe qui le fait agir. Ainsi , quand on prétend démontrer , par l'analyse subtile dss diverses cause^^qui déterminent toutes nos actions , que les plus désintéressées en apparence prennent leur source dans un sentiment^ dans une impulsion , dans une sympathie à laquelle il nous est doux de céder , et quand on veut conclure du plaisit que nous éproùyons à conquérir notre propre estime , à sauyer un ami qui nous est cher , à délivrer une patrie opprimée , qu'en faisant toutes ces choses , nous agissons pour notre intérêt , loin d'apporter plus de netteté sur les notions de la morale, l'on y répand Tinetactitude et la confusion. L'on désigne^ par un même terme , deux motifs d'une nature très différente; Ton ne simplifie pas, l'on fausse les idées.

La morale d^E^icure ne repose donc points comme on le dit, sur une découverte triste , mais vraie ; elle n'a pour base qu'un jeu de mots, sans vérité comme sans noblesse; et, de plus , la tendance de ce jeu de mots est pernicieuse.

L'intérêt est corrupteur , beaucoup pli»

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