‹ Du polythéisme romainChapitre 27 sur 134 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Des Poètes Romains.

Une seconde précaution à prendre , pour |uger de la religion romaine, c'est de n'en' pas juger par les poètes ronrains , comme on peut juger de la. religion- grecque par les poètes Grecs. Les poètes romains n'ont écrit , pour' la plupart, qu'après la chute de la république, et tous à une époque fort avancée de la civilisation , lorsque la croyance nationale était déjà très-ébranlée.

Properce , cet élégîaque érudit , se plait à faire allusion aux traditions antiques , mais pour prouver qu'il les connaît , plus que pour les identifier avec ses sentimeus#ou avec ses idées. Les noms des divinités , leurs attributs , les fables qui les concernent, servent de paipure, quelquefob* un peu lourde, à ses ou*-

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vrages; mais le sentiment religieux qui tra^ verse et anime les chants hamériques lui de^ meure étranger.

Horace , qui , pareil à Jean-Baptiste Rousseau, tantôt célèbre d'uii ton solennel leslouanges des Dieux , tantôt affiche Tincrédu- Uté et se complaît dans l'indécence, Horace ^ courtisan , philosophe, épicurien , n a pas plus de rapport avec Fesprit du polythéisme , que ceux de nos poètes modernes qui font intervenir dans leurs compositions les divinités de rOlympe.

Ovide, flatteur corrompu, proscrit par une cour corrompue, se joue lui«même des fictions qu'il raconte. Virgile seul, par la réserye de son caractère et la gravité de son sujet^ pourrait nous faire espérer un tableau fidèle de la religion de son pays. Mais Virgile, qui s'était proposé pour modèle Homère , s'est toujours efforcé de l'imiter. U a repoussé de ses descriptions les opinions et les mœurs de sa patrie et de son siècle; il a senti que ces mœurs rafi||ées, que ces opinions abstraites ou yacillantes, ne loî fournissaient rien de poétique . et que pour retrouver des couleurs brillantes , il devait se reporter dans les temps

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anciens} là les hommes sont plus forts, les Dieux plus actifs , le merveilleux plus gigan- Ies4piie, la nature plus animée, tout, en un liiot, plus jeune et plus vivant. Le poète romain n'a donc été , dans la mythologie , que le cofHste, toufouft élégant et harmonieux, quelquefois servile, du poète grec. Ainsi, pour en citer un exemple , J unon , dans TÉnéide, se place sur le mont Âlbane, comme dans 11lîude., J.upiter sur le mont Ida,, pour contempleyrde li les camps de deux armées ennemies. iMais cette fiction dans Homère était d'accord r.vec toutes les idées que les Grecs se formaient d<>s Dieux 9 de ces êtres dont la vue, comme toutes les autres facultés, était limitée. Chez les Aomains, au contraire, les Dieux avaient fait fîes progrès. Leurs facultés n'étaient plus bornées :.ils apercevaient d'un coup-d'œil Tunivers entier. Limitation. d'Homère a donc entraîné \irgile à rendre à ses Dieux des imperfections dont le polythéisme romain les affranchi^it.

Ce polythéisme aurait rejeté tout le caractère fie Junon. Le soin que prend ailleurs Virgile d'indiquer le lieu où elle déposait ses armes et 10 misait son char, rappelle le temps où les divinités étaient exposées à la fatigue et aux iii-

8 Dt) POLYTHÉISME.

firmîtés des mortels (i), c'est une traduction presque littérale de FUiade {2).

Quelquefois, à la vérité, Virgile tombe à soninsçu dans des inexactitudes, quand il s'agit du caractère et des attributs des Dieux homériques. Telle est la mépriH qu'il commet, lorsqu'il fait appaiser la tempête par Neptune (3): Nous nous permettons d'autant plus volontiers d'expliquer cette méprise, quelle est un exeniple très-frappant de la manière dont les mythologies se confondent et deviennent de purs instrumens de la fantaisie des poètes.

La mer , dans la mythologie grecque , était personnifiée de trois manières. L'Océan représentait l'eau élémentaire; Nérée et sa famille, la mer calme et profonde; Poséidon ou Neptune , la mer tumultueuse frappant la terre de ses flots. Ce dernier n'est donc jamais que la mer irritée; aussi parait-il toujours avec un viàige terrible, et Virgile lui-même l'appelle

{i)'Hk iiUusÇJunonis) arma^ hic currusfidu Ënéid. i«

(2) lUad. ClC

(3) Pïacidwn caput extuUt undU» N^n. i. 127*

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