CHAPITRE IV
Caractère des Divinités du polythéisme Romain.
Les romains, dit Denis d'Halicarnasse, prennent pour des fables , dans la religion, tout ce qui n'est ni décent ni convenable. Le ciel mutilé par ses enfans , Saturne dévorant les siens,, le» courses de Gérés , Fenlèvement de Proserpine, les combats, les blessures , les captivités des Dieux , toutes ces choses sont étrangères au Polythéisme Romain. Les fictions de «ce genre ■qtJe nos ancêtres nous ont transmises, et qui contiennent des actions honteuses ou criminelles, Romulus les a regardées comme coupables,^ et les ayant toutes rejetées , il a engagé ses concitoyens à penser et à parler des Dieux honorablement , sans leur rien attribuer qui ne s'accordât avec leur nature bienheureuse. Aussi tout ce qui concerne le culte se fait-il à Rome
avec plus de circonspection et de piété que chez les Grecs et chez les Barbares (i).
Ce peu de mots donne une idée parfaitement juste de la différence qui distingue le polythéisme romain du polythéisme grec.
Toutes les divinités que nous rencontrons dans la religion romaine, ont quelque fonction nécessaire soit à la préservation , soit à Famélioratiou des hommes ; on dirait que les Dieux ont abjuré les erreurs d'une jeunesse fougueuse, pour se livrer aux occupations utilos^de lagc mûr. La religion de Rome est Tâge mûr des dieux, comme l'histoire de Rome est la maturité de Tespèce humaine.
, Chaque divinité prend une vertu sous sa protection. Jupiter inspire le courage (2J, Vénus la fidélité conjugale, et la plus sage des matronQ3 romaines est choisie pour inaugurer son simulacre (3). Neptune préside aux réso-.
(i) Denis d'Haï. II.
(2) Jupiter Stator.
(3) Venus vestUordia ,fasU IV, Plin. VII. 35. Solîn „ chap, L Valer. Max. , VIII, 1 5.
nv. I. CHAP. IV. i3
kitions prudentes, (i) Hercule aux inviolables sermens (2).
Les romains en agissent plus librement encore avec les divinités de lancien culte italique, comme avec des êtres d'un ordre inférieur, qu'il fallait en entier corriger et refondre pour consentir à les respecter. Ces divinités étrusques sont presque toujours subalternes. Jauus, qui, dans la mythologie Toscane, est le plus ancien des Dieux, reconnaît que, dans la mythologie romaine , il est au*dessousde Ju-
(i) Deus Consus , à cause du conseil donné à Romulas pour l'enlèvement des Sabines. Den. d'Haï, ri. 3i. Plut, ih Rom, Un commentateur de cet historien prétend qu'on n'osait divulguer le véritable nom du Dieu nommé Consus, Les ambiguïtés tiennent à ce que les Romains amalgamaient souvent des dieux étrusques et des dieux grecs.
(3) Deus Sancus, L'observation précédente se reproduit ici. Varr. de ling, lai, Festus V. Sancus , et Prop, IV. 10 attestent que ce dieu Sancus était Hercule ; maïs Ovide rappelle un antique Dieu des Sabins. Fast, VI , et Den. d'Haï. II. II , en disant que ce dieu était le même que DeusFidàis^ ajoute que c'était un dieu du pays.
l4 DU POLYTHÉISME.
non (i), bien qu'en même temps, par un effet inévitable du mélange de ces deux mythologies , il soit confondu quelquefois avec Jupiter , et qu'il ait souvent la première ]part dans les sa-* crifices (2).
Le dieu Terme, Jadis une roche informe, et manifestement une prolongation du culte des pierres, usité chez les Etrusques , et tombé en désuétude chez lés Grecs (3) , consacre à Rome, tout à la fois la sainteté dos limites, les di'oits de la propriété, et laccroissement de la république (4).. Les voisins réunis couronnent de fleurs leurs bornes communes , tandis que la pierre mystérieuse, qui est plus spécialement Femblême du dieu national , garantit ,
(i) Cum tanio veritas committere numine pugnam,
Fast. I.
(^) Jane , tibi primo ihura merumque fero,
Ib.
(3) V. Sur le culte et les fêtes du Dieu Terme les Mém. de l'Ac. des însc. i« 5o.
(4) On trouve plusieurs autres vestiges de Fadoradôii des pierres dans la religion romaine. Pour obtenir du ciel des pluies abondantes, oa promenait solennellement à Rome une pierre appelée la pierre manale ( îapidem manaJUm }« Fesius.