LIT, I. CHAP. VIII
point de livrer bataille, dit â ses troupes : les Dieux nous doivent leurs secours , parce que notre cause est juste (i).
Une autre observation se présente. Toutes les fables romaines , même celles qui se rapportent à des événemens nationaux , ont un senp astronomique (â). 6'est que la religion romaine s'était formée en grande partie des débris d'une religion sacerdotale , c'est*à-dira» astronomique : et, il arrive, pôurtle double sens des fables à Rome, ce qui était arrivé en Egypte , avec cette différence, qu'en l^pte , où le peuple était tenu dans l'abrutissement par le sacerdoce , ce double sens était d'une part l'astronomie , et de l'autre le fétichisme , au^. lieu qu'à B.ome, où le peuple était tout vémpli de souvenirs patriotiques, le double sens était d'une part l'astronomie et de Tautre l'histoire.
En se combinant avec la morale , la religion contracte nécessairement un degré additionnel de sévérité. Celle des Romains était infiniment
(i) Dcn. d'd'Hal. VI. 11.
(2) Nous avons parlé des cultes de Janus , de Carmente , de Véjovis , d'Anna Petenna , etc.
plus sérieuse que celle des Grecs ; rnii dés préceptes des oracles sybiilins était de mêler la gai te aux cérémonies les plus solennelles. Mais ce précepte même démontre que la religion n'était pas gaie. Une pareille injonction aurait été superflue en Grèce. Aussi les législateurs grecs* se fiant à la tendance naturelle de leur religion , n^en bannissaient-ils ni les cris , ni les gémissemens , ni les démonstrations A% douleiir , bien assurés que cette douleur serait passagère, tandis qu'à Rome toutes ces choses étaient interdites ( i ) . La politique des Romains ne permettait point à la religion de devenir tout-à-fait lugubre ; elle la voulait imposante et grave, plutôt qtie triste. Empruntant indifféremment des rites toscans et des fables grecques , elle corrigeait dans cellesci ce qu'elle y trouvait de trop peu moral , et dans les a utres ce qui s'y rencon trait de trop mélancolique. Noujs en avons des preuves visibles dans les urnes mortuaires des deux peuples (2}.
(i) Jjes cris et les gémissemens usités en Grèce dans les fêles de Cérès , en étaient bannis à Rome. Les Romains les défendaient aussi dans fa célébrations de my&~ tères. S.**-Croîx , p. 4o4«
(2) Nietsch. Il, 6o3.