Chapitre ix
Vettiges d'opinions antérieures et grossières ^ dans le pofytkéisTne Romain.
Nous ne discooTiendrons pas que , malgré la téYolution morale qui s'opéra dans le polythéisme chez !es Romains , plusieuqi traces d'opinions grossières et désavantageuses aux Keux , ne puissent encore y être remarquées.
' Lés feligions ne se modifiant que d*une manière graduelle, il reste toujours, dans les époques les plus éclairées , des vestiges confus d'époques antérieures, que Ton oublie ou qu^on néglige de concilier, et qui semblent
^lors contredire l'état nouveau de la religion.
~ Les Dieux de Rome , bien que très perfectionnés, n'étaientpas exempts d envie, Camille chercha vainement à les désarmer, après la prise de Yeyes* Vainement, levant les yeux et les mains au ciel, il leur demanda , si ses suc-^ ces et ceux du peuple Romain' leur paraissaient trop considérables , et les pria de modérer
l'effet de leur jalousie , et de ne faire , soit^ à la république , soit au général qui avait Taincu pour elle , que le moins de mal qu'il leur serait possible (i). Plusieurs des divinités Romaines, protectrices jadis de nations ennemies , avaient trahi ces nations trop confiantes , pour obtenir des vainqueurs de plus riches offrandes et des temples plus splendides. Les Romains avaient même une forniule légale et solenneUe , pour séduire les Dieux des villes assiégées (2). Mais comme l'iniquité , lors même qu'on en pror fite, excite la défiance contre ses auteurs 9 les Dieux ainsi gagnés, étaient soii|)çonnés de pouvoir se laisser gagner par d'autres (3). On prenait des précautions contre ce danger.
{i) Tîl. Liv. V. 21. , — Plut. în Camil. , Valèr. Max. 1. 5. .
(2) Macrobe nous transmet cette formule. Si deus , j4p dea est , cuî popiâus cmtasque Carihaginensis est in tuteldy
te que maxime UU qid urhis hujus poputique tutelam recepisti, precor venerorque , veniamque a vobîs peto , ut vos popu^ ban cipitatemque carthaginiensem deseratis , loea, ien^fia^ saera , urbemque ^orum reUnquaUs , àbsquit fds abêoiis*
Soi. m. g.
(3) Macrob. ià^
LIV, I, CHAP. It. 49
9o\kr épargner à la Diviaité tutclaire de Rome une tentation qu elle n'était pas assurée de vaincre ,.on faisait de son nom un mystère religieux ( 1 ) ; le divulguer eu t été compromettre la^sûreté publique, et Soranus qui osa I» révéler fut puni de morl (a). Cette sévérité mérite d'autant plus notre attention , qu'elle eut lieu dans le septième siècle de Rome , c'est-4dire à une époque où le polythéisme penchait déjà vers son déclin.
Il n'est pas inutile d'observer l'adresse avec laquelle le sacerdoce profite de toutes les opinions ; de ce que les peuples croyaient leurs dieux susceptibles de se laisser séduire, les Plâtres conclurent qu'il fallait tenir les noms de, ces dieux cachés, et ces noms devinrent ainsi une propriété sacerdotale.
Les Romains parlaient quelquefois à leurs divinités un langage semblable à celui que les Sauvages adressent à leurs fétiches. « Jupiter, disaient-ils, je te prie, en déposant ce gâ-
(0 Plîn. XXVIII. 2. — M. m. 5. — Plut, qoœst. , Rdm. , et Fcstus F'^ Peregrioa.
(a) Bayle art. Soranas, Solin. ch. I. — Serv.in Qeorg. I. 4.99- — Vid. in Aug. Civ. Dei. VIL 9. .