CHAPITRE II
Pourquoi la magie fut-elle toujourtpersécnlée par
les prêtres.
Cette persuasion, que fcs Dieux peuvent êlre subjugués par les mortels, et forcés à leur obéir au lieu de leur commander , est manifestement la base de la magie ; mais d'où vient que, d'abord unie à la religion , elle s'en sépare ensuite , et se déclare par degrés Sa rivale et son ennemie irréconsiflâbte^
Déiix causes y contribuent:
Premièrement, à mesure que le ^ace^docê devient un état à part , il cherche à s*attr!Buer toujours plus exclusivement les fonctions qu*tl l^xerce. Leà hommes, qui, sans en faire partie, osent s'arroger ces fonctions, les intrus /i(j[ifi vont sur les brisées de l'ordre privilégié ,''siint les objets de sa haine. Comme sa puissàûcé {fluors le fétichisme est encore bornée , il ne peut tirer de ces rivaux une vengeance immédiate. Mais; il s'en dédommage , eu les menaçant de châti* mens sévères dans une autre vie. Le Catéchisme des Groenlandais condamne les sorciers §près
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leiir mort à être déchirés par des corbeaux ( i V Aux Indes , leurs atnes deviennent des esprit)! méchanset malheureux, qui tourmentent les vivans (2). Lorsque dans le passage du fétichisme au polythéisme , l'état sacerdotal disparaît, les sorciers disparaissent avec lui. Ainsi l'abolition dès prohibitions commerciales met une fin à la contrebande. C'est pourquoi l'on né voit point de sorciers dans la mythologie Homérique. Quand l'état sacerdotal se reconstitué, ses membres rétablissent la distinction entre leurs associés et leurs rivaux. ï^our qui n'est pas du nombre des premiers , lés cotnmunicationâ avec les Dieux devieiment illicites^ et Ton reconnaît deux espèces d'opérations surnatu-» telles , les unes confiée^, exclusivement aux prêtres, et seules légitimes; lesautrés,:flétriesdil nùïtï de magie j et aù^qùéllè^ s -attache Une Aotion inystérîeuse de criiDé et d'impiété: // Cîto ; opérations , comme nàfes^'l'àt^Sji'dit, se ressemblent par leur nature*. Mai^ les d^oits^ dés prêtres sont reconnus * par ta société dàûi ils font partie. L'intervention àe^ ^rcîêrs é*f
(i) Cranz., Catech. des Groënl. ,
(2) Standlîn , lih, mag. TK 475.
M 00 liu potYTW^jsrir.
prohibée. Ce qui est révéré dans les ims e^ 4é testé dans les autres , et pour les mêmes aotions, les premiers sont recompensés , les seconds^ sont punis.
. . En deuxième lieu , lorsque , par les progrès des lu m ères, la vénération pour les Dieux s^esl augmentée , il parait moins permis à l'holnilic de coatraindrc leurs volontés. Plus la religion s'épure^ plus ises ministres éprouvent de répugnance pour des opérations qui ressemblent 4 l'outrage. lis arrivent ^ enseigner qu'il ne faut chercher â fléchir les Dieux que par des prières, par des vertus, et par la résignation, effort difficile y dont la plupart des cérémonies religieuses ont pour but de nous dispensiçr. Alors» dautrt^ hommes se présentent <, pour satisfuirc^ 4 la peur , à lambition, à tontes les pa^îona ipquiètes ou effrénées, lis imitent, jautapl; qu'ils le pçiLivent , les prét|se& qu'ils reniplaçeiitf ib:reve^nt le luëme coutume, ils s'kupo^ent ieà vaéuies devoirs da^slinencç et çie.^hasr ^t/é|(.i) , et ils,3e çh^rgeç^t de.vaqjoer à 4^ rit^» quiy.d^îà t^^^f^I^sp^r kiur nature^ le (IftvieoftS
(i) OVid.y Métam. VU. %3^
liant encore plus par le secret et le danger quL. les environnent : car les métiers proscrits reui dent toujours d'autant plus coupables ceux qui les exercent ,: et les magiciens se transformenfen empoisonneurs.
Toutes ces assertions se prouveront^ avec évidence par un coup-d'œil rapide, jeté suc les progrès de la magie en Grèce. L'on ne voit ni sorciers ni magiciens dans llliade ni même dans rOdyssée. Tous les êtres , doués de quelques forces plus qu'humaines , sont des natures divines ;.Circé, dans Homère est visiblement une magicienne, puisqu'elle change, d'un coup de baguette, les hommes en animaux. Homère-^ L'appelle néanmoins une divinité. On trouve dons le même poète des conjurations pour arrêter par des chants mystérieux le sang qui coule d'une blessure (2) : mais aucune idée de magie ne se combine avec ces conjurations.
Ulysse, en évoquant les morts, a recours à des sacrifices pareils à tous ceux qu'on offre aux Dieux. Il n'y a point de formule particulière de prières ou d'incantations. La cérémonie
(1) Circé , Calypso , etc.
(a; 0(i. XIX. 457.
103 ih; folytheisme.
est purement reK^euse. Si le» victtnrtes dont noires 9 «c'est qu'elles sont consacrées aux Dieux des enfers.
Mais à mesure que le sacerdoce grec ^requiert du pouvoir, la magie prend une existence plus déterminée. La même Glrcé/qui, dans Bomière , est une Déesse , n*est plus dans Diô^dore (i), dans Thépcrite {2) et dans Lycophrou (3) qu'une magicienne et une empoisonneuse : et c'eèt ainsi qu^eMe est encore représentée dans Virgile. (4) Médée , qui fait , dans Euripide , les mêmes choses que Cîrcé dans l'Odyssée n'est qu'une enchanteresse. Hér- * mione accuse Ahdromaque d'avoir en recoure à la magie, pour lui enlever le cœur de son époux, et pour la rendre stérile (5). Pausa- 9ias représente Orphée et Amphion coitmié des magiciens (6) , tandis que dans les trâdi-
(i) Diod. I.V. a.
(i) Tfaeoc, Idjl. -^' S.te-Croîx , p. SSy.
. (3) V, Creut£. IV. 37. Suivant ce poète , Cîrcé avait ressuscité Ulysse par des moyens magiques.
(4.) Œnéid.!!. 120.
(5) Androm. iSg-iGo.
(6) Eliac. Cap. ao.