‹ Du polythéisme romainChapitre 94 sur 134 · LIV. V. CIIAP. II · texte numérisé non relu

LIV. V. CIIAP. II

les doctrines barbares et sacerdotales , et la prétendue doctrine Orphique.

Mais il arriva en Grèce , poiir ces élémens étrangers ou hétérogènes ,. ce qui était arrivé pour les dogmes et pour les rites sacerdotaux. Ces derniers pénétrant dans la religion populaire ^ avaient été refondus , dénaturés, subjugués par Iç génie national. Les premiers , slntroduisant dans la philosophie, et accueillis d'abord par les philosophes , subirent une transformation analogue. Les Dieux des religions soumises aux prêtres, avaient comme déposé sur les frontières leurs figures monstrueuses et leurs vagues attributs , pour devenir des Dieux semblables à rhomme , et ne différant de leurs adorateurs que par le degré de leur puissance. Us avaient renoncé, pour la plupart, aux rites licencieux ou féroces, qui, dans leur véritable patrie, déshonoraient leur culte. Les forces cosmogoniques, qui, dans les philosophies sacerdotales, effrayaient l'imagination et troublaient Tintelligence , deviennent , dans les hypothèses grecque8,de simples notions abstraites,sansrapport avec la religion. On ne peignit plus le temps, lespace,rinfini80us des formesbizarres, renfermées dans un œuf, avec desser|>enssurla tête. On ne

célébra plus des cérémonies, dont le sens était symbolique, mais dont les pratiques étaient révoltantes. INous lisons, dans uu fragment, conservé par Stobée ^ et qu'il attribue à . une femme , élève de Pythagore , une exhortation adressée à tout son sexe, pourlengager àfuir les orgies déBacchus et de la mère des Dieux (1). Orj ces orgiesappartenaientauxancienne;s traditions Orphiques, q^eles Pythagoriciens avaient adoptées. L'école Ionienne qui avait puisé ses principes dans les mêmes traditions, condamne, par Torgane d'Heraclite, la frénésie des bacchantes ,* et les processions du phalliu.

Nous avons montré ailleurs, comment la religion populaire de la Grèce avait substitué Tallégorie au symbole. La philosophie grecque remplaça le symbole par l'abstraction ; et ses sectacteurs se bornèrent à considérer les personnifications des cosmogonies barbares , comane des êtres métaphysiques aiixquels seulement ils euroat le tort d'attribuer souvent une existence imaginaire.

Pour indiquer d'un seul trait la double révolution que subirent les dogmes saqerdotaux,

{i) Stôb. Serm. 7a.

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isaisis, d'im côté, au nom du peuple , par les poètes , dé Fautre , au nom de la- science , par fes phflosophes, nous choisirons un exemple qui nous montre cette révolution , opérée à la fois dans ces deux sens contraires. La force créatrice et la force destructive , parties essentielles tle toute religion et de tout système philosophi-

t{ué , parce que cette division est dans la nature dé Tesprit humain , passèrent des cosmogonios l>àrbares dans la croyance et dans les doctrines grecques, et devinrent, dans Tune , Mars et Vénus, et dans les autres la discorde et Fharmonie. Mais la religion vulgaire transforma bientôt Vénus et Mars en êtres individuels , et perdit de vue tous leurs attributs métaphysiques , tandis que la philosophie ne voulut pluâ reconnaître dans Fharmonie et dans la discorde que deux abstractions personnifiées , et repoussa de ces ablstractfons tout attribut religieux.

Cependant , ces personnifications méiiiés ne lurent pas sans influence sur la philosopîhie grecque. Mais ce fut un genre d'influence que Fonn'a point remarqué. Venues de pays lointains , où elles étaient consacrées par une adoration symbolique, elles prirent, par cela seul, une sorte de réalité. C'est peut-être une des Tome L i j

l€2 POIMfTHKISME.

causes def ég^reioeos des philosophes , et c*est à tort qjue des modernes , qui , comme ÇondSr lac, voulaient }iiger leurs système^ , s^ns avoir analysé les élémens* qui les constituaient^ ont accusé de leurs erreurs rintelligence de rjbioui^ me , et profité de Foccasion pour frapper d'un dédain snperbe cette voix intérieure qui nous C|rie , que le^ enseignçmens d'une expérience bornée et les témoignages de nos sens ne doî^ventpas être notre guide unique, notjc^a^ul tribunal. L'héritage ou l'adoption des formules sacerdotales avaient jeté la philosophie dans ui|e faussa route : elle ne parvint que fort tard» sous Aristote, àen sortir entièrement.

Il résiUte de cef exposé , que les dogmes étrangers ne décidèrcqt aucupenient de reaprjit ou de la marche de la philosophie en Grèce, ï^<ir action fut partielle et morcelée. La connaissance de ces dogmes est nécessaire pour oom^ , prendre beaucoup d axiomes qui se présentent isolément dans divers systèmes. 1} est vraisen^ hlable, par exeuiple, que les hypothèses ^de^ stoïciens ( i ; , sur la destruction du monde par v^n incendie, leur venaiept, ^t d^ 1^ doctrine

(i) Slarç, An^on. III. 3.

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