III. Tels sont les renseignements que nous fournissent les
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quatre plaidoyers sur le prêt à la grosse chez lesAthôniens. Pour se faire une idée complète de l'institution, et pour bien comprendre on môme temps les plaidoyers dont nous parlons, il est essentiel de ne pas perdre de vue certaines habitudes du commerce maritime chez les Grecs. C’est le milieu dans lequel l’institution a pris naissance. Nos discours nous le font très-bien connaître et nous fournissent tous les traits pour peindre les personnages du prêteur et de l’emprunteur.
Le prêteur à la grosse est un banquier, ou même un simple commerçant, athénien ou étranger domicilié. D’ordinaire, il a longtemps voyagé lui-même ' ; retiré à Athènes ou plutôt au Piréo, il fait valoir ses fonds dans les entreprises maritimes. Il prête par petites sommes, deux ou trois mille drachmes on ‘ moyenne, et cela se comprend ; car le contrat d’assurance n’existe pas, et la prudence conseille de diviser les risques.
Aussi voit-on d’ordinaire los diverses parties d’un môme chargement affectées à des prêts différents. Il y a plus, on s’associe à deux ou trois pour prêter en commun, ou bien on prête seul, mais on admet en participation un associé dont le nom ne figure pas au contrat. C’est une .sorte de réassurance.
Le contrat signé et déposé chez un banquier, le rôle du prêteur n’est pas terminé. Il lui reste à surveiller son emprunteur, à vérifier .s’il emploie réellement les fonds à acheter des marchandises, s’il charge ces marchandises sur le navire. Parfois il prend place sur le navire et accompagne l’emprunteur. S’il no peut le faire en personne, il met .sur le navire un agent, un représentant. Dans l’affaire de Zénothémis, c’est ce représentant du prêteur (o 7:af’ t;p.ô)v qui sauve le navire mis en dan-
ger do périr par la baraterie du patron. Si le cas l'exige, les prêteurs se réunissent et envoient un mandataire spécial qui rejoint le navire dans un port étranger et prend les mesures dictées par l’intérêt commun. Enfin, quand le navire e.stde retour à Athènes, le prêteur assiste ,au déchargement et veille à ce que rien no soit détourné.
Pendant que le prêteur se promène sur le quai du Pirée et le long des magasins, calculant le profit que le prêt doit lui rap- » porter, l’emprunteur a pris la mer. C’est un capitaine qui a em-
< V. le discours conlre Apaloorios, c. i.
CHE2 LES ATHÉNIENS
prunté pour les besoins de son navire. C’est plus souvent un marchand qui va acheter du blé on Egypte, en Sicile, au Pont,
«lans tons ces pays qui servaient alors de greniers à Athènes, comme ils en servent encore aujourd’hui à l’Europe. D’ordinaire, il emporte un fret d’aller, du vin par exemple, lorsqu’il se rend au Pont. Le fret d’aller no se vend pas toujours bien, et le fret de retour manque aussi quelquefois ; mais quand l'opération réussit, le profit peut être considérable, et permet une large rémunération du capital prêté. Quand il aura ainsi voyagé pondant plusieurs années, il se retirera à Athènes avec une petite fortune laborieusement acquise, et se fera prêteur à son tour.