‹ Du Pret a la Grosse Chez les AtheniensChapitre 4 sur 11 · I. — PLAIDOYER CONTRE ZÉNOïnÉMIS · texte numérisé non relu

I. — PLAIDOYER CONTRE ZÉNOïnÉMIS

.luges, c’est par une fin de non-recevoir que je repousse l’action démon adversaire, je veux donc parler d’abord des lois qui rendent cette action non-recevable. Los lois, juges, donnent une action on justice aux gens de mer et aux commerçants, pour expéditions faites d’Athènes ou sur Athènes, et lorsqu’il y a 'contrat par écrit. Elles ajoutent que si quelqu’un veut plaider hors de ces cas, son action n’est pas recevable. Or, entre Zénothémis et moi il n’y a ni convention, ni contrat par écrit. Luimême le reconnaît dans sa demande, mais il prétènd qu’il a fait un prêt au capitaine de navire Hégestrate, et qu’Hégestrate ayant péri en mer, nous nous sommes approprié le chargement. Ce sont là, en effet, les termes do la demande. Ma plaidoirie va vous montrer que l'action n’est pas recevable. Elle vous fera voir en même temps les manœuvres et l’improbité de cet homme. Pour vous, juges, je vous adresse une prière à tous. Si jamais affaire a obtenu votre attention, ne la refusez pas à ma cause. Vous verrez jusqu’oil vont l’audace et l’improbité de cet homme, si du moins je parviens à vous dire ce qu’il a fait, et j’espère bien y parvenir.

Zéuothémis, donc, qui est ici devant vous, était le second d’Hé-

DU l'Rp.T A LA CROSSE

geslralo.cocapilainu do navire que lui-inôrao, daus sa demande, dil avoir péri en incr (comment, c’est ce qu'il n’ajouto pas, mais je le dirai). Tous deux se sont entendus pour commettre la fraude que voici ; L’un et l’autre contractaient des emprunts à Syracuse. A ceux qui prêtaient à celui-ci l’autre donnait volontiers des renseignements, et répondait qu'jl y avait sur le navire beaucoup de blé appartenant à Zénolliémis. A ceux qui prêtaient à llégestrate Zénotbémis affirmait que ce derj^er était propriétaire du chargement. L’un était capitaine, l’autre faisait partie de l’équipage ; on les croyait volontiers parlant sur le compte l’un de l’autre. Mais lorsqu'ils curent reçu les fonds, ils les envoyèrent chez eux à Marseille, sans rien faire charger sur le bâtiment, et comme le contrat portait, suivant l'usage, que les fonds empruntés seraient rendus le navire arrivé à bon port, ils, s’avisèrent de perdre le navire en mer, afin d’anéantir les droits des créanciers. A ^eino étaient-ils à deux ou trois journées do terre, Hégestrate descendit de nuit à fond do cale, et se mit à pratiquer une voie d’eau. Cependant celui-ci, comme s'il n’eùt rien su, restait sur le pont avec les autres passagers. Tout à coup on entend du bruit. Tous ceux qui sont sur le navire s’aperçoivent qu'il se passe quelque chose à fond de cale, et descendent pour porter secours ; flégcstrate, pris en flagrant délit, fuit pour échapper au châtiment qui le menace ; poursuivi, il se jette à la mer, mais dans l’obscurité do la nuit, il manque le canot et se noie. Telfut le sort, assurément bien mérité, d’ilégestrato. Misérable il périt misérablement, et souffrit le mal qu’il avait voulu faire aux gutres. Quant à celui-ci, son associé et son complice, on le vit d’abord sur le navire, au moment même oùso commettait le crime, jouer la surprise et l’ollroi, presser le maître (l'équipage, et l’équipage lui-même de se jeter dans le canot et d’abandonner le bâtiment au plus vite, dire qu’il n’y avait plus d’espoir do salut, que Ton allait couler, et tout cela pour consommer le crime qu’ils avaient concerté ensemble, faire périr le navire et anéantir les emprunts. Mais ses efforts furent inutiles. L’agent que nous avions préposé au chargement résista, et promit aux hommes d’équipago une forte récompense s’ils parvenaient à .sauver le bâtiment, et lebàliment sauvé parvint à Céphallénio, grâces aux Dieux d’abord, et ensuite grâce à Téncrgie do l'équipage. Alors Zénotbémis, d'accord avec les âlarsuil-

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cnn LES athéniens.

lais, compatriotes d’Hégestrate, prétend quo le navire ne peut continuer sa route sur Athènes. 11 dit qn’il est lui-môine do Marseille, que le chargement en est aussi, que le capitaine et les prêteurs à la grosso sont tous Marseillais. Mais celle fois • encore ses efforts furent inutiles. Les magistrats de Céphallénie décidèrent quo le navire devait retourner à Athènes d’oii il était parti, et alors cet homme que personne n’aurait cm asser osé pour se montrer ici après avoir comploté et exécuté pareille chose, cet homme a poussé l’impudence et l’audace, non-seulement jusqu’à venir parmi vous, mais jusqu’à nous disputer le blé qui nous appartient, et à nous intenter une action on justice.

D’où vient cela? Sur quoi compte-t-il lorsqu’il se rend ici, lorsqu’il intente une action ? Je vais vous le dire, juges, à mon grand regret, j’en atteste les Dieux, mais il le faut. 11 existe au Pirée certaines officines de fripons qui s’entendent tous entre eux, et quo vous reconnaîtriez rien qu’à les voir. Au moment où Zénothémis s'opposait à ce que le navire revînt, nous prîmes, d'un commun accord, un de ces hommes, et nous l’envoyâmes pour nous représenter. Quoiqu’il fût bien connu, nous ne savions pas ce qu’il était, malheur non moins grand pour nous que celui d’avoir été mêlés dès le début avec des gens de mauvaise foi. Cet homme, envoyé par nous (son nom est Aristophon, c’est lui qui a si bien arrangé, on vient de nous l’apprendre, les affaires do Miccalion), s’est entendu avec notre adversaire, et lui a vendu ses services. C’est lui qui fait tout, à lui seul. L'antre ne demande pas mieux quo de le laisser faire. .N’ayant pas réussi à perilro le navire, et ne sachant pas comment rendre ce qu’il a emprunté (où prendrait-il do quoi rendre, puisqu’il n’a rien chargé au départ?) il cherche à s’emparer do ce qui nous appartient, et prétend avoir prêté à Ilégeslrato sur les blés achetés pour nous par notre agent. Et les prêteurs qui out été le* premiers trompés, voyant quo loin de rentrer dans leurs fonds ils ont pour tout gage le bon vouloir d’un débitour do mauvaise foi, espérant se payer à nos dépens si -cet homme parvient à vous en imposer, savent très-bien quo tout ce qu’il dit est un mensonge 'imaginé pour nous dé(iouiller. Ils se voifint néanmoins obligés de faire cause commune avec lui. .Ainsi l’exige leur in- /térêt. *

Telle est, en pou de mots, l’aflairo sur laquelle vous allez pro-

DU PRÊT A LA CROSSE

noncer. Je veux d’abord vous faire entendre les témoins de ce que j’avance. Je passerai ensuite à ce qui me reste à dire. Lis donc les dépositions.

TÉMOIGNAGES

Lors donc que le navire fut arrivé ici, d'après le jugement rendu à Céphallénie sur l’opposition de notre adversaire, jugementaux termes duquel le navire devait retourner au port d’où , il était parti, ceux qui avaient prêté ici-mémo, sur corps et quille, prirent aussitôt possession du vaisseau. Le blé resta en possession de l’acheteur. Ce dernier était précisément notre débiteur. A ce moment survint notre adversaire, accompagné du même Aristophon, que nous avions envoyé pour nous représenter, et il prétendit avoir dos droits sur ce blé, comme créancier d’Hégestrate. « Que dis-tu là, mon ami, répond sur-le-champ Protos (c’est en effet le nom de celui qui a fait venir les blés et qui nous en doit le prix), tu as prêté de l’argent à Hégestratc , toi ! Mais tu t’es joint. à lui pour tromper les tiers, et lui faire obtenir de l’argent ; mais tu tenais do lui-même que ceux qui lui confiaient leurs fonds ne les reverraient plus, et c’est après cela que lu lui aurais prêté toi-même? « Et comme il soutenait son dire avec impudence : « Si tu dis vrai, reprit un des assistants, cet Hégestrate, ton associé et ton compatriote, t’a trompé lott comme les autres, c’est pour cola sans doute qu’il s’est donné la mort, afin d’expier son forfait. » « Je vous dis, ajouta quelqu’un, qu’ils ont toujours été complices, et la preuve, c’est qu’avant de mettre à exécution leur criminel projet, Hégestrate et lui ont déposé leur contrat écrit entre les mains d’un dos passagers. Et pourtant si tu avais remis les fonds à Hégestrate sur sa parole, pourquoi prenais-tu soin d’on passer acte avant le crime ? Si tu n’avais pas confiance en lui, pourquoi, comme les autres, ne t’étais-tu pas mis en règle avant le départ? » A quoi bon vous en dire davantage? Tous nos discours ne nous servirent do rien ; il ne laissait pas enle.ver les.blés. Protos et son associé Phertalos voulurent alors l'éconduire, mais lui no se laissa pas faire, et déclara formellement que personne ne l’éconduirait, si ce n’est moi-même. Depuis lors, Prolos pt nous l'avons assigné devant les juges de S3racuse'; et là, si nous prouvons que le blé a étd" acheté par Protos, quo les registres de la douane portent son

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nom, que le prix a été acquitté par lui, nous demandons que Zénothémis soit condamné comme étant de mauvaise foi, si non il aura tous ses frais, et en outre un talent, et nous lui laissons enlever le blé. Après cette assignation, après ce langage tenu par Protos ek par nous-mêmes, il ne nous restait plus qu’à choisir entre deux partis ; ou bien l’éconduire, ou bien perdre nos marchandises, quoique étant là sauvées sous nos yeux. De son côté. Protos nous sommait d'éconduire Zénothémis, et s'engageait formellement à faire le voyage de Sicile ; que si, malgré cette offre de sa part, nous abandonnions le blé à Zénothémis, ce serait nous qui subirions les conséquences de cette résolution. Je vais maintenant prouver ce que j’avance. Il a déclaré qu’il ne se laisserait pas éconduire par un autre que par moi, il a refusé do retourner plaider à Syracuse, c’est à bord qu’il a fait son contrat. Sur tout cela lis les dépositions.

• . TÉ.UOIGNAGES.

Aiusi donc puisque Zénothémis ne voulait pas se laisser éconduire par Protos, ni retourner plaider en Sicile, et qu’il avait été manifestement le complice do toutes les fraudes d'IIt'geslrate, nous, porteurs d’un contrat fait ici, et recevant les blés de celui qui les avait régulièrement achetés à Syracuse, nous n'avions plus qu'à éconduire Zénothémis ; et quel antre parti pouvionsnous prendre 7 Certes, pas un seul d’entre nous ne pouvait imaginer que vous adjugeriez ces blés à celui qui pressait l'équipage do les abandonner, pour qu’ils se perdissent avec le navire. C’est là surtout ce qui prouve qu’il n’y avait aucun droit. Si ces blés lui eussent appartenu, aurait-il engagé à 10.4 laisser périr ceux-là môme qui voulaient les sauver? Ne serait-il pas retourné on Sicile sur l’assignation qu’il avait reçue, pour plaider là où toutes les preuves étaient faciles à fournir? Jamais, d'ailleurs, il ne nous serait venu cette pensée injurieuse pour vous qu’un jour vous pourriez recevoir l’action de cet homme, au sujet de ces marchandises, tandis qu'il a fait tout ce qui dépendait de lui pour qu’Athènes n’eût pas à les recevoir, et cela à deux reprises, d’abord lorsqu’il pressait l’équipage de les abandonner, et ensuite à Céphallénie lorsqu’il s'opposait à ce que le navire revint ici. Ëb quoi! ne serait-ce |pas une chose fâcheuse

nu fldh* A IA GROSSE-

et déplorable 7 Les Céphalléniens, pour conserver le chargemenl ’ aUx Athéniens auraient ordonné que le vaisseau Continuât son voyage, et vous, Athéniens, vous adjugerie* la propriété de Vos concitoyens à ceux qui ont voulu la jeter à la mer, et vous pourriez déclarer notre adversaire recevable à réclaiAer ce môme chargement qu’il ne voulait pas laisser arriver jusqu’ici? Non, de par tous les Dieux, cela ne se peut ! Lis ma fin do non-recevoir.

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