CONCLUSION
On perd la raison, conioio on a pc-nhi la foi. On tombe d'aljîinc en abîme, ainsi (jiic de ridicule en ridicule. On perd son âme en se faisant moquer de soi. Ah mon fière, que ne puis-je aider à te convertir, et te délivrer des sifflets dans ce monde et de la damnation d ins l'autre ?
Voltaire, t. ux, p. 217, éd. de Kcbl.
Somme toute, j^ai fait une croisade clans un égout.
M. Michelet voit clans la famille une guerre affreuse , guerre cle la femme contre Tépoux, guerre clés enfants contre le père et la mère, guerre allumée, nourrie, et c|ui menace cle se perpétuer, par finflLicnce odieuse du Prêtre.
Comme types tic l'inllucnce dont il est question , le professeur nous met sous les yeux : i" le père Cotton; 2" saint François de Sales; 3' Fénelon ; 4" Bossuet. C'est affronter vigoureusement Topinion publique.
Mais voici à peu piès la cause de cet immense coup de main : si le génie et la sainteté deviennent, sous la robe ecclésiastique , des instruments de désordre et de mort , que sera-ce des esprits médiocres, des âmes faibles, et à plus forte raison des natures vicieuses qui peuvent se lencontrcr partout, même dans le Saint des saints? '
Première question.
La seconde question paraît beaucoup plus subtile : quelle force mystérieuse , irrésistible, fatale, obsède ces grands hommes et les mène comme des enfants infâmes à travers tous les crimes et toutes les bassesses de la terre ? M. Miclielet ne clierclie pas la réponse : c'est le jésuitisme.
l'A de cette manière, il fait sa partie belle.
On ne riscrue rien, de nos jours, à calomnie]' (les jésnilcs, ni la vcrpje des lois, ni les
épreuves du champ clos. C**est du courage de reste. On se dit très-riche en courage, je le crois d'autant mieux qu''on n''en dépense pas beaucoup.
Au contraire, calomnier les jésuites, c'est caresser les passions vulgaires qui semblent dominer le bon sens public depuis quelques jours; on n^en doute pas. On va grossissant son trésor de courage.
D\uî autre côté, la loi protège le clergé, comme étant une classe de citoyens reconnue et le minisire de la religion professée par la majorité des Français.
Il en résultait quelque difficulté.
Vainement M. JMicheiet prélendrait-il que ses calomnies audacieuses regardent les jésuites exclusivement, et quVn étalant ce hideux amas de fange, il avait en vue de vouer les jésuites à Texécration, sous la réserve d'une tendre compatissance pour les prêtres. Comment donc ? parce qu'il donne aux jésuites la haute main dans le mouvement, et aux prêtres je ne sais quels visages d'hermaphrodites sacrés , femmes devant
— 38i — les forls, (lominalciirs cl féroces contre la faiblesse, brigantls de reflet, parce qifjl use de celle fourberie, M. Michelet n'aura pas calomnie les prêtres! la loi ne sévira pas! la conscience des liommes ne souflletera pas le diiramatear!
Afin dV^vilcr Tinconvénient , Phonncte lionnne eut recours à une substitution de nom. Les prêtres s'*appelcrent des Jésuites ; el si quelques prêtres furent désignés nominativement, il s'ingéniait à les choisir parmi des personnages morts , qui n'ont déjuges que Thistoire.
Cependant, il faul bien le déclarer , ce stratagème , infiniment grossier par luimême , jNI. IMichelct n'a pas su l'employer avec une habileté supérieure : il prend des noms d'hommes qui n'existent plus , pour calomnier le catholicisme qui vit d'une vie éternelle ; il fait comme ces folliculaires tarés, qui , moyennant un anagramme trans- .parcnt, traînent sur la claie la réputation des rois, et viennent justifier par une lâche réserve les plus évidentes combinaisons de leur rancune assassine. C'est pourquoi j'ai
pu dire en comiiiençanl que les jésuites ne sont pas celte fois les héros du libelle. Pour s^en convaincre, il a suffi d\ine observation. Quels sont les crimes imputes aux jésuites par M. Miclielet? ou, si Ton veut, quels crimes leur impute-t-il dans la personne des prêtres ? la Confession et les prétendues calamités qu^elle engendre pour la famille. Or, la Confession n'*a pas été, que je sache, inventée par les jésuites , non plus que le Célibat ecclésiastique, cet autre cauchemar de M. Michelet. Les jésuites ont quitté la France en 1764, et la Confession ne Ta point quittée avec eux. La Confession tient aux entrailles de la religion de Jésus-Christ. Ainsi, cVst par la Confession que saint François de Sales devient Pâmant de madame de Chantai , Fénelon de madame de la Maisonfort , Bossuet de madame Cornuau, le Prêtre de toutes les femmes. Cest par la confession que le père Cotton peut escompter au bénéfice de son ordre les dé- J)auches d^Henri IV.
Les électeurs de Marseille ont adressé à
ia (^liainl)rc tk'S pairs une pélilion contre los cours ilu Colh'ge de France cl contre le libelle de M. Michelet. « La Charte, disent les pétitionnaires, proclame la liberté des cultes , promet à chacun la protection qui lui est due, et cependant des professeurs payés par TEtat professent un enseignement ouvertement hostile à la religion catholique , qui est celle de la majorité. JJe gouvernement, si attentif, ajoutent-ils, à épier la parole des prêtres, à scruter leurs écrits pour les traduire devant les tribunaux, demeure inerte devant cette violation de la Charte par des professeurs audacieux. » Ils font observer que les élèves de Técole normale, obligés de suivre les cours du Collège de France, vont ensuite foi^mer aux enseignements des deux sophistes (Michelet et Quinct) la jeunesse française poussée dans les collèges par le monopole.
Entre les ouvrages pernicieux des mêmes professeurs , les pétitionnaires signalent surtout le livre intitulé: le Prêtre ^laFemim'. cl 1(1 /'>//«///<?, pamphlet dans lequel la sainte immutabilité du dogme catholique est as-
similée à la mort, Taulorilé de l'Eglise traitée de joug dur et servile, le catholicisme dénonce comme un principe d'abrutissement et de dégradation pour les peu-^ pies, les conseils pieux des prêtres éclairés, comme un ferment de trouble et de discorde dans la famille, le sacrement de la confession qualifié d^^dultère criminel. Enfin, les pétitionnaires renoncent à énuraérer les blasphèmes et les infamies professées contre TEghse catholique , etc., etc.
a Saisi à regret d\me plainte qui aurait pu d'abord s'adresser ailleurs^ dit M. de Tasclier, nous avons lu ce livre , nous Pavons lu malgré le dégoût qu'il nous inspire. Il est , au dix-neuvième siècle , mi anachronisme de Pesprit irréhgieux du dix-huitième. Notre devoir est de déclarer que tous les reproches que lui adresse la pétition sont fondés , toutes les imputations exactes.^ et que conséquemment cet ombrage mérite au jioins la réprobation dont il est V objet de la part des pétitionnaires. »
Une énergique marque d'adhésion s'est oievéo de tous les bancs do la Chambre.
M. (le Darlliclcmy a juslifié siirahondnmincnl les sôvères paroles tic M. tic 'l'asclier, en niellant sous les yeux de la Chambre tiuelques passages recueillis çà et là tlans le pamphlet.
« Une plainte qui peut-être aurait du d'abord s' adresser ailleurs. » On avail compris.
.M. Ch. Dupin cl M. Cousin s^ntliqnenl (le voir t|ue riionorable rapporteur ait appelé les poursuites tles tiihunauv tlans une affaire tlVnseigncracnt libre. CVsl opprimer la pensée ; c'est encore une lentlancc jc'snitifjue.
M. tle Monlalembert monte à la tribune el tlcclare tju''il \\ appelle ni les tribunaux, ni même rintervcnlioii des Chambres; il maintient le droit de renseignement, pourvu tjue ce même tlroit sY'tendc indistinctement à tous, aux calholi(|ucs el aux gens de rUnivcrsitc. Quant au fontl tle la tjueslion , cV'St-à-dire en ce tjui concerne les calomnies de M. Michelet, son opinion ne peut l'aii'C Tobjcl d'un doute.
]M. deSalvandy, i^iand maîdo de TUni-
vorsilé, succède aux précédents orateurs, et •s^exprinie ainsi : « Je dois déclarer que, pensant comme V honorable comte de Montalembert sur le livre et sur le cours ^ je ne conclurai pas comme lui. » Le ministre s\'\ttaclie ensuite à caractériser Tinstitution du Collège de France. Il prouve, ce qui est vrai, que ce Collège de France ne fait point partie du corps universitaire. D^oii résulte, en définitive, que M. Michelet reçoit son traitement, non pas du ministère de Tinstruction publique , mais bien du ministère de Tintérieur.
Supposez qu'un électeur de Marseille eût pris la parole et qu'il eût dit : Peu m'importe qu'en cette circonstance l'Etat se fasse représenter par tel ou tel agent; c'est à l'Etat que j'adresse ma plainte, c'est de lui que j'attends satisfaction. Il existe des cours publics fondés par l'Etat, avec le produit de mes contributions, dans l'intérêt de mes enfants , qui doivent , suivant le programme, s'y former à la vraie science littéraire, morale et religieuse. Les
conditions ne sont pas remplies : j'ai vu mon fils dôrnisoiincr sur IMiisloirc, el porter, au sein de ma famille, tous les délires d'une impiété subite et furibonde. Qui Pavait perverti et dénaturé ? ces professeurs mêmes que je payais de mes deniers. Distinguer des juridictions ministérielles, c'est se moquer de moi, ce n'est pas me répondre. Avez-vous rempli mon mandat, oui ou non? La question est là, et n'est pas autre pari. Si je me trompe, excusez-vous; si vous êtes en défaut, voyez les causes du mal, réparez la faute, chassez ou corrigez les professeurs infidèles.
Par Torgane du ministre, TElat reconnaît la faute, mais ne la répare pas '. M. Cousin trouve moyen de distraire la
1 On dit, pour justifier M. Michelet, que son libelle n'est pas un recueil de leçons. Mais re libelle n'est-il pas la reproduction littérale d'un autre libelle intitulé Les Jésuites? Mais n'est-ce pas comme professeur que M. Michelet l'a publié, ou du moins sousTépide do l'autorité que lui donne un si respeitable titre? Mais vous avouez parla môme qu'il eût été horrible de placer ces enseignements sous les yeux de la jeunesse ! Vous le flétrissez cruellement. F.l qu'est-ce donc enfin qu'un pareil système do défense?
Chnmbrc en appelant son attention sur un objet qui nVst pas le moins du monde en litige : les jésuites ayant été bannis parTcdit de 1764, peuvent-ils, sans outrager la loi, former en France une corporation réelle et notoirement constituée? Alors, on oublie la pétition, le débat tout entier se reporte sur cette question nouvelle. Voilà des essais d^esprit, des protestations amphigouriques, une débauche de langage qui n'*est de ce monde ni de Tautre. Voilà le libelle en action.
Eh bien ! suivons sur ce terrain les champions de Tédit de bannissement.
Quel est ce petit philosophe souffreteux et pâmé qui poursuivra jusqu^au dernier souffle Textinetion du monstre, et qui, en effet, sur le point d'expirer, n'a pas craint d'accourir à la tribune pour étayer de ses épaules malades la loi compromise et chancelante? C'est M. Cousin. « Il m'en arrivera ce qu'il pourra, dit noblement le Philosophe; je soutiens que les ministres doivent chasser les jésuites. » Pourquoi ? Toujours par la raison qu'un édit antérieur à la Révolution les bannit à perpétuité du sol français. Mais
M. Cousin Iiii-mcmca (Ué minislro; cl lorsf|tril Télail, l\''clil (le 1764 existait déjà; il y avait, comme aiijoiircriiui , des jésuites parmi nous, cl M. Cousin n\i pas songé un instant à les chasser. Pourquoi encore? Les questions se pressenl, mais la séance esl close, on n'y reviendra plus.
Cependant, le Glohe répondra :
<• Oui, il y a des jc'siut(;s en France, malgn- les ordonnances; mais depuis quand y sont-ils? Estce depuis hier? Pas le moins du monde ; les jésuites sont en France depuis douze ans, quinze ans, vingt ans, depuis de longues années. Ils y étaient en 1 83o, et dans les mêmes conditions qu'aujourd'hui. Tout le monde sait cela.
n Ainsi , notamment , les jésuites étaient en France en 18.Î0, lorsque M. Cousin était ministre. M. Cousin savait parfaitement qu'ils y étaient, et il ne pouvait, ni devait l'ignorer. Pourquoi donc M. Cousin, (|ui n'a pas fait exécuter en i84o les ordonnances contre les jésuites, se plaint-il de ce qu'on ne les liiit pas exécuter en \%\51 Quelles raisons y avaitil en i8{o qui n'cxislenl pas aujourd'hui? F.l si le ministère du i*^"" mars a été excusable de tolérer la présence des j(''suites , M. Cousin voudrait-il nous cxpliqui'i' ron)m('nl h; ministéie du 9.9 octobre ne ])eut pas reven(li(juer la même indulgence?
« Elles journaux, qu'ant-ils à dire pour expliquer la (lifFérence de leur langage et de leur conduite? Pourquoi le Constitutionnel, qui tolérait la présence des jésuites sous M. Thiers , ne veut-il plus la tolérer sous M. Guizot? Quel changement s'est-il opéré dans la conduite ou dans les desseins de cet ordre ? Et le Journal des Débats^ pour quelles raisons s'est-il décidé à demander l'exécution des ordonnances relatives aux- jésuites, lui qui avait si longtemps gardé le silence à ce sujet? On conviendra, si l'on est sincère, que, dans le cas où le cabinet actuel serait répréhensible de ne point faire exécuter les ordonnances relatives aux jésuites, tous les cabinets précédents seraient répréliensihies au même degré; et (jue tous les journaux, sans exception , se font associés à cette faute, si c'en est une.
" Voilà pour ceux qui, ayant jusqu'ici pratiqué ou toléré l'inexécution àcà ordonnances contre les jésuites , font actuellement un crime au gouvernement d'avoir exactement suivi leur exemple , ce qui ne semble pas prouver de leur part une extrême franchise et une extrême loyauté. Venons maintenant à ceux qui n'ont cessé, à aucun moment, de réclamer l'expulsion des jésuites , et qui refusent (le trouver une excuse du présent dans les pratiques du passé.
« Vous demandez qu'on expulse les jésuites? mais faites-nous le plaisir et rendez-nous le service de nous apprendre comment il est r('gulièremcnt possible de déférer à ce vœu? Supposons un instant que
M. Cousin est garde des sceaux : nous lui domniidons, nous , ([u'il expulse les j('suiU's ; comment s'y prtndra-t-il pour nous satisfaire?
• Autrefois , du temps des parlements , quand on faisait des ordonnances pour expulser des jésuites , rien n'était plus aisé que de les exécuter. On chargeait un exempt de l'affaire , et tout était dit. Mais esl-ce que les temps sont les mêmes? est-ce qu'on bannit aujourd'hui? est-ce qu'on exile? esi-ce qu'il existe une seule loi qui autorise le gouvernement, liors le cas de la déportation, à interdire le sol de la France à des citoyens français?
o Un hoii;me peut donc crier en pleine place publique qu'il est jésuite, il peut l'écrire, il peut le signer; et il n'existe pas une seule loi qui donne au gouvernement le droit d'exiler cet homme. Si un homme peut faire cela , deux , trois , cent , mille le peuvent : c'est clair comme le jotu*. Comment donc s'y prendra-t-on , encore une fois, pour expulser du territoire des Français qui se déclareront jésuites? Si l'on nous montre que cela se peut , nous consentons qu'on le fasse.
o Nous comprenons ce quon a fait contre les jésuites. On leur a interdit l'enseignement comme corps et comme individus : au moins cela pouvait se faire. On leur a interdit la faculté de posséder en commun : cela se pouvait encore. Mais les expulser individu llement, est-ce que cola se peut? est ce fm'il \ a inie loi qui l'anlnrise? Si cela est, qu'on
nous la cito ; quant à nous, nous n'en connaissons pas une seule.
« On ne; peut donc ni interdire le sol de la France à des individus qui se diraient jésuites, ni les euq^êcher de loger ensemble, au nombre de dix, de quinze, de vingt. Cela nous paraît absolument impossible, avec les lois actuelles, avec le droit commun de tous les citoyens; et si cela est impossible, comment s'y prendrait-on pour appliquer les ordonnances concernant les jésuites?
« Si nous nous abusons, quant à l'inefficacité des lois, qu'on nous désabuse : nous ne demandons pas pas mieux ; mais nous déclarons , en âme et conscience , que nous ne savons pas comment M. Cousin lui-même, fût-il garde des sceaux, s'y prendrait pour expulser les jésuites de France. »
Je ne sais quel est Tauleur de cet article. S'il appartient à M. Grenier de Cassagnac, fadmire les vues parfaitement saines et la haute raison qui s^ font remarquer, mais je ne m'en étonne pas. C'est vraiment un Jïat lux après le chaos de la discussion parlementaire. Il conviendrait peut-être de consulter à la suite l'excellent Mémoire de M. de Vatismenil sur les associations non autorisées. Rien de plus propre à éclairer définitivement l'opitiiou pubhque sur une
question que les passions malheureuses du moment s'elFuicenl iVeml)rouiIlei' et cl'obscurcir. (V . la Liberté^ 23 avril i845.)
Oui, les jésuites furent victimes, en 1764, lies intrigues philosophiques et jansénistes. Il y eut lui arrêt de bannissement <licté par la Pompadour et reconnu par ce Sage couronné qui disait en signant : Il sera plaisant de voir en abbé le P. Pérusscaa.
Et tout à coup , — en un temps de liberté politique et religieuse, après dix ou douze révolutions complètes, au milieu des acclamations universelles qui saluaient Tavénemcnt de la liberté, si belle dans sa jeunesse, si féconde, si glorieuse, si pleine d^imour et de bénédictions maternelles pour tous ses nouveau-nés et pour chacun dV'UX , — alors une voix sV^lève, horrible et discordante, qui trouble Tharmonie, invoque le privilège, et veut des chaînes \ sous les débris fumants de Tesclavage antique, j\ii vu des citoyens français tressaillir comme les vers d'un cadavre nouveau : ils flairaient un morceau de papier renfermant une proscription I
Qn^il y ait en France des protestants, des messianistes^ des almamistes, des panthéistes, que sais-je ? des athées et des riennistes^ la loi feiTue les yeux ; elle est elle-même athée. Autorisés par elle, ces inventeurs de religion peuvent bien se réunir, je ne dis pas pour professer extérieurement leur nouveau culte, mais pour faire même des banquets de 7 ou 800 personnes dans des établissements publics. Salariés par elle, quelques professeurs étaleront journellement aux yeux des jemies générations les plus abominables fantaisies de leur imagination dépravée. Chacun, dans le domaine politique, peut arborer tel drapeau que bon lui semble, et se proclamer, à rencontre du pouvoir établi , légitimiste ou républicain, ou même communiste... Et s^il se trouve , sur l'étendue de Tempire , quelques hommes animés d'une pensée sublime, qui répudient pour leur compte les avantages de la terre et vouent leur existence individuelle au silence, à la prière, au bienêtre de leurs frères, à la plus grande gloire deJDieucL du cathohcisme, expressément
déclaré, par le Pacte fondamental, la religion de la France, on leur interdit le feu et Teau ; leur qualité de citoyens est méconnue ; sont-ils des hommes?... on les traque, pour ainsi dire, comme des bctes fauves , on ameute sur ce qu^on appelle leurs repaires toutes les rages d'une populace égarée !
Mais, dites- vous, la loi frappe les jésuites, la loi ne frappe que les jésuites.
Et , encore une fois , pourquoi donc ?
Aussi bien que vous, j'ai déploré les fatales ordonnances de septembre . Néanmoins , ces lois existent; vous savez qu'elles punissent rigoureusement toute manifestation contraire au régime en vigueur. S'intituler républicain, etc., qu'est-ce que cela? quelle plus flagrante violation de la loi dont il s'agit? Les tribunaux sévissent, je le sais , malgré la Charte ; mais ils ne sévissent pas toujours; mais, lorsqu'une sentence est prononcée contre vous à ce sujet , vous vous plaignez ; de quoi vous plaignez-vous? La Charte vous absout;
une loi vous condamne. De même, la Charte absout les jésuites , piiisqu''elle leur donne, en qualité de citoyens, une part de la liberté commune qui nous est acquise au prix du sang ; ce qui les condamne, suivant vous , c'est une loi aussi. Vous appliquez la loi, ils se plaignent; et leurs plaintes vous
exaspèrent! J^idraire grandement une
pareille conduite.
Je vais plus loin ; je dis : la loi fait aux jésuites une condition meilleure. Depuis la nouvelle Charte, nulle ordonnance, nul édit, nulle /oz' contre eux, nulle disposition qui modifie positivement la constitution générale. Non, ce n'est pas en vain qu'à la suite d'un renversement complet des anciennes formes sociales, le Peuple se compose à novo une règle de vie. L'ancienne législation dut fléchir et s'oblitérer sous le niveau du droit commun. Je l'ai démontré, ce me semble, dans un premier ouvrage \ Ici s'applique excellemment une parole de l'Eglise : Recédant vetera , nova sint omnia.
1 Les Jésuites.
Singulière chose, vraiment! Pour trouver cet édit tle bannissement , qu^allez-vous faire ? Traverser une cohue de régimes culbutés, solliciter le néant. Regardez autour de vous, examinez ce qui est, songez à ce qui n^est plus. Demandez compte à chacune des formes de gouvernement qui se sont succédé depuis soixante ans. Quelle est parmi les institutions existantes celle qui pourrait à bon droit se prévaloir d'une autorisation continue? Toutes furent proscrites, toutes furent consacrées. Sans remonter bien haut dans la question qui nous occupe, rUniversité vous fournit im exemple s il y a une Loi qui fait aux membres de cette corporation un devoir rigoureux de vivre en commun , sous le même toit , et même célibataires * . Si, à Theure qu''il est, je dénonçais aux Chambres les violateurs de cette loi, qui n'est pas rapportée, TUniversité tout entière viendrait s'asseoir sur la sellette; et avant tout, l'Université se moquerait du dénonciateur. Respectons un peu la
* Il est bon (le remarquer re dernier fail.
bonne foi et le bon sens, et respectonsnous nous-mêmes.
Mon Dieu! quel mal font-ils donc ces jésuites ? Ceux qui les connaissent, ceux-là n'en disent que du bien , et les aiment ; ni M. Cousin, ni M. Michelet, ni les autres ne connaissent les jésuites. Ils n'ont jamais vu les jésuites. Sous la Restauration , au plus fort de la guerre que le Constitutionnel asait déclarée à ces pauvres religieux, M. Thiers adressait à Tabbé de ***, de triste mémoire, cette question bien significative : Est-ce que sérieusement il y a des jésuites ?
Oh ! la sotte chojse que l'homme ! Il a tant de peine à croire en DieU ! et pourtant imaginerez-vous une absurdité qui ne puisse à Tinstant même soumettre sa foi ? On a vu la populace poursuivre un malheureux vieillard et le mettre en pièces, sur ce motif qu'il portait le choléra dans le chaton de sa bague* Dites à tel ou tel que les jésuites sont faits comme nous autres, ces gens-là vous soupçonneront de les
duper. Dites que leurs maisons ne regorgent pas de poignards, de canons et de taureaux de Phalaris ^ et qu''ils ne vivent pas de chair humaine, on vous plaindra comme une victime liorriblement fascinée de ces noirs séducteurs!... Ma plume se lasse à raconter de pareilles misères.
Et vous , monsieur Michelet , calmez vos esprits.
Et vous , mon triste ennemi , rafraîchissez ce sang brûlé. Trêve de rancune. Que voulez-vous enfin? Prenez soin de vous-même. Une réputation perdue ne se rachète pas , ou se rachète bien cher. Que feriez- vous de cetje laide célébrité? Quelquefois un homme pactise avec Tenfer, mais parce que Tenfcr Paccepte d'abord ; nul pacte de ce genre ne peut vous lier; Penfer vous récuse: à quoi lui serviriez-vous ? vous n*'avez pas la force d'un démon. Revenez au bien; il est plus facile d'être vertueux. Que ce peu de bruit ne vous enfle pas; d'autres Pont fait, vous n'êtes survenu
dans le mouvement que par hasard, et fort secondairement. Sans la chaire importante que vous tenez d\me faveur et qui vous met à même de démoraliser la jeunesse, ni plus ni moins que ne pourrait faire en son lieu un mauvais instituteur de campagne, sans cette circonstance et Tappui complaisant de quelques écrivains que vous ne valez pas , nul n^aurait parlé de vous, soyezen sûr, nul n'aurait songé à vous.
Quand vous dites, dans la préface d'une soi-disant 3^ édition : « Ce livre a produit « sur nos adversaires un effet que nous « n'avions pas prévu \ » vous ne faites qu'une chose, vous jouez niaisement une scène de Sanclio-Pança ; vous rappelez beaucoup trop les malices du Bonhomme :
N'ai-je pas bien servi dans cette occasion?
Ce livre a produit un effet, qui est de vous ridiculiser ; et vous deviez le prévoir.
Préface nouvelle, pages 1 et 4.
Quanti vous dites i[u'on a nommé Vau" teur (iM. Miclielel) pur son nom, en pleine eg-lise^ en chaire, et prêché contre lui\ vous mentez, je le répète, vous mentez ; ou bien dites de plus dans quelle église et quelle cbaire».. Mais vous mentez. Vous avez voulu mentir jusqu^à la fin^
Monsieur, vous inVôqUéz un souvenir sacré.
J'invoque le même souvenir.
rt J^ai écrit tout ceci, dites-vous, en pen- « sant à une femme dont le ferme et sé- (( rieux appui ne m''eût pas manqué dans <( ces luttes : je Pai perdue il y a trente « ans, et néanmoins, toujours vivante, elle « me suit d^âge en âge. Elle a eu mon mau- « vais temps, et elle n'a pu profiter de mon « meilleur. Jeune, je Tai conlristée, et je « ne la consolerai pas. Je ne sais pas seule"
1 Préface nouvelle, page 1 .
■^ Voir l'Appendice.
<( ment oa sont ses os, J^étais trop pauvre « pour lui acheter de la terre'. »
Vous la Galomniez aussi, cette respectable mère. Son esprit ferme et sérieux ne vous eût pas secondé dans ces luttes. Elle était pieuse. Elle vous fit aimer Dieu dès le premier soupir ; elle mit aux soins des prêtres catholiques la chère âme de son fils ; elle vous enseigna la prière 5 elle fut heureuse et triomphante au retour du baptême. En expirant , elle pensait que vous restiez seul, si jeune encore, abandonné à ces pauvres instincts qui nous dirigent bien mal, et qu'au souffle du monde allaient périr peut-être les germes de vertu chrétienne qu'elle avait semés de son coeur dans le vôtre. Elle pleura.
Et depuis , qu'avez-vous fait ? Hélas ! vous avez outragé son souvenir. Ne cherchez pas ses os^ et ne faites pas de tels enfantillages dans un cimetière. Ce sont des
* Môme préface, page 35.
naïvclcs sacrilèges quelquefois. Voyez son âme au ciel, où elle est. Vous Pavez dit, cette bonne et sainte mère, elle est toujours vivante^ elle vous suit d'âge en âge; mais prenez garde... j\'\i cru entendre une malédiction.
Oh non ! une mère ne maudit jamais; elle supplie... « N'oublie pas, dit TEcriture, n*'oublie pas les gémissements de ta mère. » Gemitus niatris tuœ ne oblwiscarïs^.
Pourquoi ces mots lugubres : « Jeune, «je Tai conlristée, et je ne la consolerai
« pas? )) C'est une erreur. Jeune vous
l'aviez consolée ; vous suiviez fidèlement ses doux préceptes. Naguère encore, TEglise vous comptait parmi les plus fervents observateurs de sa loi ; la religion s'était assise à votre foyer de famille ; vous aviez le bonheur, et cet ineffable bien-aise du cœur qui rit, comme s'exprime délicieusement J.-J. Rousseau. Si la fortune semblait vous délaisser un instant, vous appeliez de
1 Ecci., 7-29.
ses rigueurs aux bons offices du Prêtre , et vos espérances n'étaient jamais trompées : par eux, vous obteniez une chaire au collège Rollin , puis une chaire à TEcole normale, et ce titre même de professeur au Collège de France. . . Ce que vous calomniez aujourd'hui, vous Tadoriez alors.
Le vent de Porgueil a passé. Où êtesvous ?