‹ Du prêtreChapitre 4 sur 17 · AU · texte numérisé non relu

AU

« mnninnt (ronfant) de vos grosses mains, (( vous Taller hriser. »

Reste à sV.vjjliquer un si lirusquc cliangemenl. Pour que cela soit, il ne suflit pas que M. Michclet Taflirme. On peut lui demander, sans trop d''outrccuidancc, par quelle opération magique les l'oles sont intervertis tout à coup, et comment la tyrannie de la mère a détrôné la tyrannie du père. Ces miracles ne se prouvent pas d^eux-mémcs. Je prévois la réponse de mon adversaire. H y découvre Tinfluencc du prêtre; mais cVst reculer la difliculté, sans la résoudre, et pour la compliquer encore. Où siège le prêtre? Au confessionnal, qui est le centre mystérieux de son action sur la famille; vous Tavez dit positivement : La pénitente n'ayaiit à attendre que vig-ucur au eonfessionnal tant qiCellc n*a pas réussi., fait une guerre acharnée,^ soumet les résistances du père, et remet la petite {page 284) dn^ religieuses. Alors, évidemment, le père déteste les confessionnaux et n'a garde de les fréquenter. — lîion au contraire, quand il enlevait Pcmi-

— Ai — lanl à la mùro, c'est lui, el do toute ncccssitc, cVst lui quidccîarail la ^ixcvrc^n'ayrmt à attendre que rigaciir tant qiCil n*a pas réussi., et c''est donc lui qui se confessait, c'est la femme qui ne se confessait pas. Troc pour troc...

A vrai dire, ces ineptes subtilités me dérangent le cœar, je les abandonne. Et puisque j'ai droit de nier purement et simplement ce que mon adversaire affirme de môme, je nie derechef qu'il y ait une pareille guerre dans la famille ; que les confesseurs soient intéressés à l'issue de cette guerre, sinon pour lebien-être moral de l'enfmt; que les confesseurs ne puissent et ne doivent pas, sous peine d'indignité, donner en celte matière des conseils modérés, et qu'en les donnant ils al)usent de leur mission . Je nie que les six ci^iit 7nille^Uesé\e\ées par les religieuses soient celles qui déshonorent le plus la société, ayaJit lutte du tomber au sortir du comment { page i^j) ; qu'elles ne Soient pas pour la plupart élevées gratuitement, et sous l'œil de la famille, et que le Preire les attire là pour leur faire connaître

Famouî' a^'ant ramour.{I1)i(l.) — Non, celte l'éllexion ne dénote point riionnète homme, non plus que celle-ci :<( Une vieille femme, « pour le laïque, est une vieille ; pour le « prêtre, c"'est une femme )^[page 287), car elle insinue gratuitement une odieuse calomnie. — Et à Dieu ne plaise que je compare Féducation universitaire avec celle que M. Michelet veut flétrir ! J\ii peur de la boue et des agents de police, et j'entends les remoixls de mon adversaire, j'ai vu sa conscience toute nue:

Malheureux homme que je suis! Des fantaisies mesquines et déréglées , des phrases tordues et béantes, do fourbes allégations, Tidéal de l'infamie, une fétide accumulation d'hjpothèses clandestines et ordurières , ou tout au moins au début quelques peintures empreintes d'une hypocrite mélancolie et d'une absurdité radicale , c'est là , s'il faut m'en croire , l'expression fidèle de la famille, telle ([ue l'ont faite les prêtres ! Mes convictions rougissent de mes paroles ;

cependant je persiste, car nrion orgueil ulcéré crie vengeance, et je prise assez peu mes contemporains pour croire qu'ils signeront les yeux fermée chaque ligne échappée de ma plume furibonde.

Ainsi croiront-ils que Mahomet a mis la moitié de la lune dans sa manche, et que, dans Tétat actuel du gouvernement ecclésiastique, un père ne peut parler à sa mere^ â sa femme ^ à sa fille ^ de la religion^ de Vdme^ de Dieu^ sans provoquer des contradictions douloureuses. Ils se garderont bien d'avouer qu'une double question s'élève ici, laquelle consiste à savoir si les discours du père offensent ou n'oife usent pas la morale et la raison , s'il parle de Dieu pour établir le panthéisme et nier implicitement son existence, de Vdme pour la réduire à l'instinct machinal des brutes ou donner sur Son essence les plus avilissantes notions, de la religion pour proclamer que toutes les religions sont indifférentes , hormis le catholicisme dont il calomnie en mille manières le principe et l'histoire ; si , au contraire , en parlant des choses éternelles^

maiuo ilo liu-ini'iiu' cl do bcs laculU'S , sérieux cl sincère, paisible cl convaincu, ses tlcsirs et sa pliilosoplile n*'ont tVautre Inil que la cléinonslraljon progressive el le hiomplie du vrai, cVsl-à-dire du 'oicn.

Au dernier cas, la more, ni lafcnune, ni la fille ne secoueront la tête, j''en suis certain. Au premier cas, j'approuve intérieurement leursilencieuse répugnance : un chef de fa)nille perd sa majeslc, du moment et à proportion qu'il en abuse. Les lois humaines , dans leurs plus mauvais jours, donnaient au père le droit de vie et de mort sur la personne de ses enfants , jamais sur leur conscience'!

O mon Dieu ! quel est le misérable qui, de gaîté de coeur , empoisonnerait ainsi ce qu'il a de plus cher au monde ? Diderot fut sui'pris plusieurs fois faisant le catéchisme à sa fille. Tel autre '^ se repose sur un prêtre du soin de catéchiser son fils. La Provid.'nce permet que l'impiété rougisse d'elle-

' Voyez K Essai sur la puissance paterncUe, par M. Clircsticn (le Poly, ronsciller honornircà la Cmir royale de l'aris. Tom. I, pages 12-10 cl la suite.

2 M. Miehelel le sait fort bien.

même à la vue de renfance, et qu^en réservant pour un âge plus mur ce qif il appelle facétieuseraent tle trop fortes révélations, le mauvais père adopte d^abord Téducation chrétienne. Je sais toutes ces choses.

Que ma femme eut abandonné subitement les offices de Téglise et le confessionnal , j'aurais suspecté son honneiu', qui est le mien. Les bonnes croyances de ma vieille mère, mon incrédulité s Vn vante, et sa simplicité fait mon orgueil.

Je n''ai point vécu sous Pescalier de saint Alexis ou dans les vagues régions de TEmpyrée. Je vois les hommes, leurs habitudes, leurs mœurs, la société entière ; nulle part le spectacle comique et lugubre d\uje famille inaccessible aux inspirations supériein^es, et figurant quelque intérieur de tripot

Mais, pour assouvir ma rage intérieure et diffamer les prêtres qui — méconnaissent mon génie d'historien , — c'était la marche à suivre , la seule. Si horribles qu'ils soient, les crimes dont j'accuse le Prêtre deviennent vraisemblables, parce

qu'ils sont liorri])lcs prôcisômeiU, et qiril nVst pas vraiscmijlaljlc que le dernier des liommes eût la scélératesse de les supposer.

On présumera plutôt que des intentions droites et pures guidaient ma langue et mon esprit dans ces 77iys f iqucs enlvelicns de famille où je parle de Dieu. Si les contradictions m^imposent silence , donc il y a derrière la toile un sombre génie qui les suggère , et dont les idées , puisqu"'elles dilïercnt des miennes, sont malveillantes et pernicieuses.

Et moi aussi je suis père. Je ne crains point d'avilir ma famille en provoquant des personnalités injustes sans doute, mais toujours écrasantes. Nul ne m\iccusera méchamment de juger les affaires du monde sur mes propres affaires, tous les ménages sur le mien, et le monde à la lumière des yeux de mon chat, comme on Ta dit du Tasse, qui du moins savait s'en servir:

Non avcndo candele per iscrivcrc i snoi vcrsi

Comme ([uoi , selon M. Miclicicl, le pièire est l'eimemi de la famille, — Le cclibal ecclésiaslique.

« Comment nous étonnerions-nous de « cet état de la famille? nos femmes, nos « filles sont élevées, gouvernées, par nos « ennemis... » [Page 6.)

Ennemis veut (Wveprétres^ dans la langue de M. Michèle t.

Dans la langue de Voltaire , c'*est autre chose : «Je pense, dit Voltaire, qu''il est nécessaire d"'entretenir des prêtres pour être les maîtres des moeurs \.. Rien nVst plus utile au public c]u\m curé : il procure des assistances aux pauvres, console les malades, met la paix dans les familles.^ etc., etc.^. Un prêtre .est médecin des âmes et très-bon médecin : il ne s"'irrite pas contre ses malades. Il fait plus qu^enseigner, il

donne Texemple' En général, le corps

des évêques et des curés a foit autant de bien en France que les querelles de religion

1 Tom. XLI, p. 242, éd. de Kchl.

2 Tom. XLVI, p, 157.

avaicnl auliefois cause de mau.v'. >• — Mais ^ ukairc (U'iaisomic ; M. Michclct vaut mieux ; bien certainement, les piètres sont nos ennemis. ^ icnl le développement et la preuve.

Les prêtres sont nos ennemis, en tant qu ennemis, i" de Vesprit moderne , 2° de la vie.

1° Ennemis de Vesprit moderne^ poiu'suitil, — car cinquante mille prêtres parlent contre la liberté, ce qui ressort bien exprès sèment de leur conduite dans les débats relatifs à Tinstruction publique, des mandements de M. de Bonald, des discours du 1*. Lacordaire, des procès Combalot et Souclu't", des écrits de ^I. I\»])bé Pélier do la Croix, du système politique de M. fabbé de Genoude, etc. — Peut-être convenait-il

* Tom. XLYI, p. l'iT.

■■^ Voir, dans le comiile rendu de ces deux procùs, les remarquables plaidoiries de M. 11. de Riancey. — C'est évidciiiinenl aux discours du P. Lacordaire que M. Michelet fiiil allusion, lorsqu'il dit {jxujp 180) : «Quel S[ieclarle de voir prcclicr soieiinellenieiU devant la première nulorilé ec(lésiasli(|ue, lel sermon qui du preiiiier mot nu dernier n'est qu'une hérésie! » M. Michelet b'entend fort à démêler des hérésies. Du reste, il n'eu cite pas une seule : il l'oublie.

de s'expliquer plus catégoriquement sur la portée du mot esprit moderne^ j'aurais su ce que veut dire mon adversaire, et à des objections bien formulées je pouvais faire une réponse quelconque

2° Ennemis de la vie^ qui pourtant réclame en eux. [Ihid.) — Eh ! qu'entendezvous parcesparoles?J'entends, fautcd'autre idée , que les prêtres catholiques, ayant fait vœu de continence, ne peuvent entrer dans le mariage, et que c'est chose exécrable; ou bien je n'enlends rien du tout. Et voici comment le célibat tue la vie : C'est l'ordre naturel et social que le mariage,par un concours effectif de deux individus, homme et femme, transmette la vie à un troisième, et constitue simulianément la famille ou la vie de famille. Or, le prêtre, soumis à la loi du ccliljat, — qu'il s'est imposée lui-même, de son plein gré, après de longs examens, dans un âge mur, à cette époque de l'existence où riiomme s'an êlo et se recueille pour discuter luie impérieuse alternative, s'unir à la femme ou s'en éloigner, et prendre ici ou là des engagements

irrévocables, — soumis à la loi du célibat, le prclre sentira pourtant la chair qui Paiguillonnc... Cest possible. Ainsi la vie réclame en eux.

Et alors, bien qu'ail renonce à la famille, il sentira qu'il en est pri\'é,.. Rien de plus naturel. — Et sur ce, le misérable, à défaut de meilleur moyen, // ne s'en console qu'en trouhlaîit la nôtre I.., Suite nécessaire. Il tue la vie, en nous réduisant, par les dissensions intestines, à pratiquer un célibat forcé d^OLi ne peuvent résulter des enfants qui vivent /. . . {Page 7.)

Cest au lecteur de suivre la gradation.

M. Miclielet déleslt; le célibat des prêtres, mais il ne voit rien de condamnable, je le présume, dans celui des soldats, et de tant d^aulres que leur fanlaisie seule conduit à le pratiquer toute leur vie. Elle-même , L'Liniversité fimpose à ses membres.

Si chrétien qu'il soit, M. Michelet n''acceple pas la doctrine de saint Paul : Jadis à ceux qui sont clanfi le célibat^ qu'il leur est bon d'y demeurer comme moi. Celui qui

liest point marié s'occupe du soin des choses du Seigneur^ .

Ce grand historien, il n'a jamais su que, si FEglise accordait quelquefois la prêtrise à des personnes mariées, de tout temps elle a défendu le mariage aux prêtres, dès qu''ils étaient ordonnés. — Encore fallait-il quen recevant Tordination , les prêtres s''engageassent à vivre perpétuellement séparés de leurs femmes.

Cet illustre pliilosoplie, comme Tappelle malicieusement le National-^ il voudrait des cures à tablier; il conçoit mal qu\ui prêtre ayant femme et enfants ne serait pas un prêtre : ■ — plus de dévouement social que dans un intérêt de famille, plus de missions civilisatrices, plus d'heures libres pour instruire les ignorants et visiter les malades,

etc. , etc. , et nous avons des Pritchard !

« Le prêtre marié, dit Menzel, brigUe les faveurs des cours, il tremble pour sa famille. . . » Et Wilham Cobbett : « Nous savons que le mariage des prêtres et la taxe des

» I Cor., vri, 32.

^ 24 février 1845.

pauvres se sont élnhlis en mrmc Icmps on Anglelerrc. »

Ce grand rêveur, il onl3lie une chose curieuse , à savoir, que la plupart des ennemis du célibat ecclésiastique furent précisément, comme Tauteiu' de Candide et autres, des célibataires: et quels célibataires M

le viouï sysiènie mort. — Encore le jésuitisme.

Reste à savoir quels sont les procédés du prêtre pour troubler la famille. Ecoutons toujours M. Michelet.

Le catholicisme est « un vieux système mort. » {Page 7.) — Bien qu'ail envahisse tout, et enlève les femmes, les filles, etc.

« Ce système, qui fonctionne mécaniquc- « ment, ne peut vouloir que des morts. » — On le conçoit de reste; ainsi veut-il des célibataires qui tuent la vie, faute d^engendrcr, etc., etc. — Le National a (ht

1 Voyez rouvragc de M. l'abbé Japer, sur le célibat ecclésiastique, et La foi de nos pères, par M. Th. de lUissierrc, livre excellent, auquel j'eniprunlciai bien des renseignements alites.

<îii libelle : Cest proprement un charme !

Quelque mort qu'il soit, ce système doit périr davantage, car il vit encore d'une vie mécanique. {Page 7.) — Etc^est ainsi qu'il envahit tout.

« Ce qui perdra ce système, c'est la force « apparente qu'il a tirée récemment de soi* « unité. » [Ihîd.)

Il faut suivre M. Michelet et refléter le moins possible ses obscurités chatoyantes. Les jambes fléchissent, les yeux s'éteignent.

Quelle est cette force apparente et récente?

Définissez, s'il vous plaît.

De quelle unité s'agit-il? — Vous-même l'avez demandé: Vniié morale? dites-vous, association réelle des âmes ? — Et vous répondez : Nullement. {Page 8.) Et pas une syllabe de plus pour expliquer cette unité morale et cette association réelle des dmes., ni justifier même la négation qui suit.

De \difbrce apparente? Rien, moins que rien, sinon un amalgame indigeste d'assertions gratuites et maladives.

Au total , c'est Vesprit de mort que vous

KA

— Ot —

tlofinisscz; — vous croyez du moins le dt'finir en rappelant de son vtxii ?iom^ dilesvous, le jésuitisme.

Dans un premier liliellc, vous employez à satiété, comme dans celui-ci, Pexpression cabalistique : Esprit de mort. Le public, par 4'organe de plusieurs écrivains, en avait aussi réclamé le sens, et il s^attendait à Tobtenir. Vous dédaignez son ignorance; cVst un grand tort, puisc[U^à son tour il vous accusera de parler sans savoir ce que vous dites, et dY'luder grossièrement, au moyen dVme réserve opiniâtre , celte juste imputation.

Selon M. Miclielet, le jésuitisme et tesprit de mort^ c^est une seule et même chose. J'y consens, et d\uitant mieux quVn admettant une phrase insignifiante de tous points et sans déductions possibles , ma plume évite, une fois du moins, les nébu^ leùses divagations oCi Tentraîne la sienne.

Désormais le jésuitisme est en cause , et non plus la force apparente et récente^ l'unité morale^ l association réelle des dtnes. Ce ne sont pas toutes ces pu'ssances qui

vont anéantir ou qui auraient pu ressusciter le vieux système mort; le vieux système mort périra par* le jésuitisme, qui momentanément lui communique une sorte d'animation factice.

Ceci posé, qu'est-ce que le jésuitisme enfin? quelle est la nature de son influence? comment détruira-t-il ce qu'il fortifie en apparence et précisément par là même qu'il le fortifie ? Voilà des questions bien claires qui surgissent d'elles-mêmes et provoquent tour à tour une réponse analogue.

Comme quoi le jésuitisme opère, et par qui? — Diffamation.

Hier, le jésuitisme était exclusivement la doctrine théorique et pratique des enfants dé Loyola; c'est, aujourd'hui, celle dessulpiciens, des ignorantins et des lazaristes, qu'on lui croit étrangers^ mais par lesquels il agit puissamment. {Page S.)

Un homme ordinaire fournirait ses preuves; il suffit à M. Michelet de nous apprendre que les sulpiciens élèvent le clergé^

que h's ignoranlins clivent le peuple^ que les lazaristes dirigent six mille sœurs de charité^ ont la main dans les hôpitaux, écoles^ bureaux de bienfaisance^ clc.

Fort bien, mais j'ai droit de répliquer, et .afin de couper court à ces entorlillages qui fatiguent le lecteur et moi, j^iborde le sujet sans détour.

Au sens de M. Michelet, le jésuitisme est un composé systématique de toutes les corruptions, de toutes les bassesses, de toutes les impostures, de tous les abrutissements. Je n'ose pas craindre qu''il en disconvienne : telle est sa constante profession de foi et la conclusion sommaire et formelle de ses deux pamphlets. Imputer à quelqu"'un le jésuitisme, cVst donc, de la part de M. Michelet, lui imputer les crimes et les abominables vices que résume cette qualification, cVst le dJlRiraer, c'est un attentat prévu parla loi. Qu'elle blesse l'honneur d'un indivi.lu ou d'un corps, la diffamation ne perd pas son caractère: même préjudice, môme peine, si ce n'est que la position plus ou

moins éminente et délicate de la partie outragée augmente ou diminue la gravité de TofTense. L'Université le sait bien ; naguère encore , M. Tabbé Combalot , sur ses dénonciations et sur la plainte de son grand maître, expiait par la prison et quatre mille francs d'amende Pimmensc tort d'avoir dit qu'elle donne à la jeunesse une éducation peu catholique. M. l'abbé Souchet, M. le cardinal de Bonald, etc.. . On sait toutes ces choses. — A merveille !« Chacun poise sur le péché de son compaignon et eslève le sien ^ »

Si, à l'heure qu'il est, la société de Saint-Sulpice, les lazaristes, les ignorantins , les soeurs de charité et tant d'autres, demandaient raison à la justice des calomnies de M. Michelet , celui-ci, sans nul doute , les dénoncerait comme de vils r/enonclateurs ; Wmxoquermi sur eux l'exécration publique; il s'écrierait que l'esprit de mort veut étouiïer V esprit de vie, il sonnerait un dernier glas désespéré pour les funérailles de la liberté de la presse.

* Montaigne.

Nous luirons pas a\ix tribunaux. La conscience nous suflit ; elle est plus sûre et plus dans nos habitudes.

Le clergé possède un infaillible moyen de vengeance : pour se disculper, il se fait voir. On Tattaque toujours de nuit , sachant qu"'à la clarté du jour il est trop fort. Ses ennemis, puisqu'ils prennent eux^ mêmes ce nom , redoutent les simples pensées et la langue usuelle. Ils ne tuent pas sa réputation , ils Tescamotent. M. Michelet se distingue parmi eux, en ce qu'ail pousse l'expédient jusqu''aux limites incommensurables du possible. Nous l'avons vu, nous le verrons encore.

Ainsi donc, le jésuitisme constitue l'enseignement des sulpiciens; proposition lucide , à coup sûr, mais assez rigoureuse pour mériter examen.

les Sulpiciens.

Les sulpiciens cle^'cnt le clergé. — Ils élèvent la minime partie du clergé ; mais

— 51) — tous les clirecLeurs clc séiuiiiairc sont 'des sulpiciens pour M. Michelet, et tous les sulpiciens des jésuites.

M. Michelet ne dit pas , il laisse pressentir que le clergé , au sortir des séminaires , pratique universellement le jésuitisme. On cherche la preuve, comme dMiabitude; elle viendra plus tard} ceci n^est quVm exposé. Attendons, mais n'espérons pas beaucoup.

Fallitur augurio spes bona saepè suo.

Ov.

tes Ignoraiiliiis.

Les l'g'norantins ^ comme de juste, sont les frères de la doctrine chrétienne.

Il a paru charmant de les désigner en cette sorte; bientôt, avec la même délicatesse , on imaginera des étymologies assassines, et, vu la signification du mot latin Annas , le père Annat s'appellera le père Canard. Serait-ce une gentillesse de Pascal? tant pis... Ce n'est, en fin de compte, qu'une mauvaise farce puisé dans le Mé-

nagUma. « Cel yina^ dit M. Froissut ;iinc, fui publié un an après la morl de Ménage (i()93). Amas de mots insipides ou plaisants... Le cadre originaire en a clé considérablement élargi par des inlercalations peu exactes. Dans la dernière édition , La Monnoye Ta doublé en y incorporant ses propres remarques. » Si j\avais dit que M. Miclielet fait de Phistoire avec des Ana , M. Miclielet in\appellerail insolent*.

Les ignorantins élèvent le peuple. Je n'en doute pas.

Je sais de plus qu''ils forment depuis deux cents ans (1679) ^"^® compagnie toujours bienfaisante et paisible, toujours modeste cl glorieuse. Le peuple qu'ils élèvent les estime et les aime; il se souvient de leurs services, il les voit, il en profite. « Allez,

1 Voyez Tabaraud, dans la Biographie universelle, art. Anwat. — El notez CM passaiitccUc parole étonnante dumôme érrivain janséniste : » On remarque , à Tavanlagc du père Annal, qu'il n'avait point profité de sa place de confesseur ihi roi, pour avancer sa famille, quoi qu'il oàl été fortement sollicité à ce sujet. » Mon ad\crsairc s'autorise souvent du père Tabaraud.

<i On prétend avoir ouï dire au roi qu'il ne savait point si le père Annalavait des parcnls,))r.ayle. J)ict. phil, art. Askat.

dit leur foiulaleui', soyez justes, soyez humains. Ne pouvant faire raumône, faites la charité. Les œuvres de miséricorde soulagent plus de maux que Targent. Aimez les autres, et ils vous aimeront. Servez-les, et ils vous serviront. Soyez leur père, et ils seront vos enfants ^ »

La philanthropie , cette fourbe contrefaçon de la charité par Fégoïsme, a créé ses instituteurs et fait concurrence au Bienheureux delà Salle j il en résulte les écoles normales secondaires, les nouveaux maîtres d'école des campagnes

Qu'on abuse etfroritément d'un surnom ridiculisé , il n'importe. Les frères de la doctrine chrétienne l'acceptent comme le

1 Emile, liv. II. J.-J. Rousseau leur emprunte ces belles paroles. — L'institut du bienheureux de la Salle fut approuvé par le pape Benoît XIII. Le père Carreau, jésuite, a écrit sa vie (1760). Le père Elie Maillefer, bénédictin, en fit une plus tard, qui est restée manuscrite à la bibliothèque de Reims. On y lit, entre autreschoscs .(dl cutàsouffrir des persécutions de la part des maîtres d'école de Paris, etc., et de quelques honnêtes personnes dont on surprenait la bonne foi par des calomnies... » Jésus-Christ lui-même, on passant sur la terre, fut appelé Samaritain uijunt le démon. (SamariUinus es tu, et dwmonium habçs).

— U'i — plus miigiiifiqiie des lilres. Les ignoranlins n'ignorent" pas , ils consacrenl leur savoir aux ignorants; ils ignorent d'autant moins. J\ù connu des ignorantins d'une vaste érudition , d'une admirable élévation de pensées, de beaucoup de littérature, et qui vous eussent donné très-facilement, mon cher monsieur Miclielet, des leçons de style. En ce sens, Bossuet, lorsqu'il faisait le catéchisme à des enfants de village, était un ignorantin.

Que veut ici le jésuitisme? que parlezvous d'infamies? Ces pauvres frères demandent quelques bancs, un galetas, un peu de pain et la paix ; et les petits de l'indigence deviennent en effet leurs enfants, dont ils ouvrent l'esprit, préparent les destinées , épurent la vie pour de longs jours, et garantissent en qiselque sorte l'attitude sociale. Ils parlent, ceux-là, des choses éternelles, de l'âme et de Dieu, simplement , vraiment. Interrogez les rois et tous les pasteurs des hommes ; ils vous diront ce qui arrivera, si janiitis les ignoranlins disparaissent de la face de la terre.

les Sœurs de charité.

Une fois en bon chemin , M. Michelet ne s'arrête plus. Après les ignorantins, ce sont les Soeurs de charité! !

Le jésuitisme agit sur elles par les lazaristes, qui les dirigent au nombre de six mille précisément , et non de cinq ou sept mille. (Page 8.) D'autre part, les lazaristes fonctionnent tout naturellement , et sans qu'il soit besoin de dire pourquoi, à la merci du jésuitisme. Par contre-coup, le jésuitisme a la main dans les hôpitaux , les bureaux de bienfaisance, etc. , etc., comme si les Soeurs de charité administraient le matériel elles revenus des hôpitaux, etc., etc. ! M. Michelet veut ignorer qu'il existe dans les hôpitaux et les bureaux de bienfaisance des comités de laïques designés et institués par l'autorité civile, visités minutieusement par des inspecteurs de l'Elal, sujets des règlements et des lois qui atteignent le corps entier de la nation. ..

N'ouhlions pas siiiMoul la définilion du jcsuilismc.

Horribles filles, sans doiile I Les Sœurs decliaritc onl fui les adorations du monde , vaincu les séductions de la fortune et de lu famille et les plus légitimes entraînements du cœur, abdiqué, au seuil du temple des douleurs, et leur éblouissante jeunesse et leur diadème de beauté , et ces charmantes frivolités si naturelles à leur sexe et d\ailleurs si impérieuses. Ce sont désormais les servantes du pauvre; elles portent la livrée de leur état, mais sans en avoir même la propriété réelle, car elles font aussi le vœu de pauvreté. Leur vie ne leur appartient pas , ni leur sommeil que la voix d\m malade peut interrompre à tout moment, ni leur nourriture qu'elles reçoivent comme un don gratuit. «I\iuvres filles plu- « tôt, belles et pures comme des anges, mer- « veille de la terre et du ciel qui les envoie « pour veiller, sur toute la surface du globe, u dans leur patrie comme au fond des pays « les plus inexplorés et les plus barbares, « au soulagemenl de nos misères, panser des

" plnios infectes, f^anlcr les morts, et no A'oir « jamais que par son coté douloureux celte « pitoyable humanité. . . — L"'HôteI-Dieu, dit Voltaire, c^est en même temps le réceptacle de toutes les horribles misères humaines et le temple de la vraie vertu^. — « Oui, la sœur de charité est la servante « des pauvres , leur sœur , leur mère, et « souvent leur famille presque unique. Au «premier signe, elle vole auprès d"'eux « pour les soulager ou les aidera mourir; « et lorsqu^il n^y a plus quVm cadavre, et « que les proches parents s^agitent pour di- « viser les parts du grabat , qui doncs'age- « nouille dans une pieuse attitude aux pieds « de ce cadavre, et recommande au bon « Dieu rame qui Tabandonne ? Un prêtre

« et une sœur de charité Et lorsque

« s''achève une existence ainsi remplie, elles « n'ont gagné, avec le bonheur éternel, que (' le pauvre habit qui enveloppe leur corps « dans le cercueil'. )>

1 Dict. phil., art. Charité.

2 Mystères du presbytère, page 122. — Voir aussi Jean Wilt, gcnannl Von Dœring, Fragmente aus meincm Le-

M. Miclielct pense (lifrcremment.

La Sœur de charité, comme toutes les religieuses du monde, ne fait qu'une chose, elle élève « les petites filles pour le déses- « poir et la dajnnation quotidienne des « pères cl des maris. )> [Page 385.)

Ces sublimes filles ne sont à ses yeux que des jésuites en cornettes , des suppôts du jésuitisme, des jésuitesses, je ne sais quelles incarnations du diable [page 23 1), suscitées par les lazaristes, pour exploiter scélératement à leur profit les hôpitaux et les bureaux de bienfaisance, les mères, les filleSj etc., etc.

Car enfin , ses réticences ne m''abusent point. Dût-il en méconnaître tout haut la portée, j^insisterai encore, persuadé qu'il la reconnaîtrait tout bas, et quVn se réservant sur un point le liénéfice d'une calomnie

bon, elc. Brunswick; — et : Anmerckung des Rédacteurs eincs iiitlU kalolischen ]ila;ltcs >on Saiul-Louis inden vereinicn Staaten von Nord-Amœrica. Ritlcrs Jalirbiicher, 1831, t. III, p. t''>.

équivoque, il voudrait esquiver sur un autre point la honte de Tavoir faite, et laver sa réputation dVin plat mensonge par un mensonge également courageux.

Est-^ce à dire que, dans la sincérité de sa conscience quelconque, M. Michelet croit avoir mission pour flétrir ce qu^il y a au monde de plus pur et de plus inviolable? Non, certes. — J'aimerais mieux une affreuse bonne foi. La folie est une excuse.

Il sVfforce dMnsinuer au public une pensée qui n'est pas la sienne, et dont il conçoit, tellement bien, à part lui, Tabsurdité perverse , qu'il voudrait l'accréditer sans l'exprimer.

Ce que c'est que l'orgueil malade et les poisons de Circé, le voilà.

u En vérité, dit Pascal, il est glorieux à la religion d'avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables; et leur opposition lui est si peu dangereuse, qu'elle sert, au contraire, à l'étpblissement des principales vérités

— os —

(jirdlo nous on.soignc ; car la foi chrôlionno ne va piinrlpalfinciit (jnW ('lahlir ces <leiix clioses , la corruption Je la nature et la rétlemption de Jcsus-Clirist. Or , s'ils ne s'en servent pas à montrer la vérité de la rédemption par la sainteté de leurs moeurs, ils servent au moins admirablement à montrer la corruption de la nature par des sentiments si dénaturés'. »

Entendez-vous liossuet ? « Pour prémunir les esprits contre la tentation qu'il n'y a point de gens de bien, disons-leur : « Soyez « tels que vous désirez voir les autres, et « vous en trouvcrezqui vous ressemblent.»

Mais nous perdons de vue Tobjet principal. II s'agit (Féiablir cjue le vieux système mort ^ malgré certains signes apparents de vitalité, doit bientôt se dissoudre et périr.

Cessignesapparents se multiplient comme les étoiles d'une nuit limpide.

' Ppnsées. ^-d. do IfiTO, p. 10.

L'influence tlii jésuitisme sur les sulpiciens,les sœurs de charité, les hôpitaux et les bureaux de bienfaisance, c'est un signe.

Viennent les autres signes, qui sont :

Tant cV étahlissemenls ; et M. Michelet pourrait dire sans doute quels sont ces établissements , le mal qu'ils font à la société, les dégoûtants mystères qu'ils renferment , ce qu'il mettrait à leur place, et combien peu M. de Châteaul)riand, lorsqu'il écrivit le Génie da christianisme^ avait le sens commun.

Tant d'argent f et M. Michelet pourrait dire qui Ta vu, cet argent, sinon les pauvres... Qu'il sonde sa bourse pour savoir au juste de combien d'oboles le jésuitisme et les aumônes l'ont dégarnie. Qu'il os3 comparer son triple traitement de professeur universitaire (6000 fr.), et d'archiviste (5ooo fr.), et d'académicien (i5oofr.), ce qui donne i?.,5oo fr., avec le budget d'un

ciirôilo campaj^nc (800 Ir.^) et môino tViin évrque... H dressera, par exemple, Tinventaire des biens que possède en toute propriclé l''admirable sœur Rosalie, et je voulais bien qu'ail en fît la dot de sa fille.

Mais, dira-t-il, la richesse du clergé n''est point individuelle, c^est une richesse collective. — Profonde abstraction.

Toutefois, tant d* argent doit se trouver quelque part ; Fénormité des sommes doit faire positivement qu'elles se voient.

Je n'admets pas que le clergé, ce cupide mendiant , consume sa vie à les enfouir. A quoi donc les emploiera-t-il? C'est l'usage qui seul en précise Texistence et la moralité.

On a honte vraiment, par le temps qui court, de justifier le Prêtre , et en général le clergé, contre une accusation d'opulence et de luxe.

1 Les cur(^s de première classe reçoivent du gouvcrncirient 1800 fr., et ceux de seconde classe 1200. — Ceux-ci éujnt en pclil nombre, et les premiers en fort petit nombre.

M. Michèle!, comme archiviste, ne louchait d'abord que 3000 fr. Sur ses inslanles demandes, le Irailcmenl fut porté à 5000. Avec H),."j00 fr,, un professeur illuslre meurt de

M. Michelet daigne absoudre le clergé inférieur, qu^il courlise assez singulièrement après l'avoir entouré de mépris et d^insulte, comme machine jésuitique.

Reste le clergé du premier ordre. Eh bien, tant d! argent sq trouvera donc dans les maisons épiscopales.

Je nie, vous affirmez. Adhuc sub judice lis est.

Au fait, les évêques d^aujourdMiui ne diffèrent pas beaucoup des simples prêtres, quant à leur genre de vie. Jamais la loi de résidence ne fut plus ponctuellement observée. Ils sortent, pour la plupart, des classes moyennes et subissent les heureuses conséquences de leur origine, libres du monde et de ses exigences dispendieuses, riches du droit qu^ils ont de ne Têlre pas. Dix mille francs leur sont alloués par les Chambres ; — et vingt mille au moindre préfet de province.

On sait ce qui arriva : le gouvernement prit les biens du clergé , lesquels biens étaient tout uniment le fruit des travaux et

il II l)ienr;iisaiil i^ciiie des moines et des prcli-es. Le clergé, après quelques réclainalioiis éloquentes, se tut, ramassa dans les rues im peu de paille abandonné pour sV'n faire un lit, et mangea comme il put.

Napoléon vint ensuite, qui, par un elFort dVquité, lui dit : Nous te paierons les arrérages des hiens volés, avec un rabais de cent pour. cent moins un centime.

Moyennant cette indemnité', grossie quelquefois d^une faible aumône supplémentaire, les évéques visiteront chaque année les diverses paroisses qui composent leur diocèse, tien<lront table ouverte pour lesprétres

1 lY. B. Celte page, comme plusieurs autres, semble contredire mes précédents ouvrages. La contradiction n'est «prapparcnte elTectivcmeiit. J'ai attaqué des abus i)artielsj DU n'en peut rien conclure à Tégard de la généralité. En signalant quelques >ices d'organisation, j'ai respecté Tédilice, cl mis la société en dehors des reproches que j'adressais à tel ou tel de ses membres. M. INllchelel l'a senti. Mon nom ne figure pas sur sa liste des défenseurs de la discipline canonique et des droits du clergé secondaire. {P. "^id). Je l'en remercie bien sincèrement. Il a vu le fond de mes pensées, et qu'en réalité les siennes n'y répondaient pas. .U' fus heureux. Les frères Allignol avaient droit au même bonheur '■

voyageurs, rendronl aux autorités civiles des dîners ofliciels, placeront nécessairement leur signature en tête de toute œuvre cliarilable, et n**entendront aucune plainte sans Papaiser , aucune demande sans la satisfaire. Qu''on mette à la disposition des cvéques tant cV argent^ la tâche devient facile, et je suis loin de m'élonner qu''ils sW acquittent si bien; ce qui m'étonne plutôt, c^esl de voir qu'ils vivent très-bourgeoisement et ne laissent point, à Tlieure de la mort, deux ou trois pièces de monnaie pour payer leur sépulture, comme fit le dernier cvèque de Limoges.

M. Miclielet s'indigne de ma niaiserie, et veut qu'il soit impossible d'hésiter. Evidemment, forcément, la richesse du î;?'^?/^ système mort consiste dans les dons et aumônes qu'il a extorqués, et dont il use pour fonder les étabhssements susdits.

Si je prie M. Michelet d'observer que, par cette raison même, le clergé n'en use pas à son bénéfice propre : Sottise, s'écriera-t-il, sottise, niaiserie nouvelle ! Le clergé s'enrichit pour fonder ces institutions , il les

fonde pour ctentlrc son influence; donc il bénéficie de tant d'argent.

Sur quoi je répéterai : Avant de servir Tinfluence cléricale, ces institutions servent riiuraanité souffrante qu'elles abritent, les affamés qu'acnés nourrissent, les ignorants qu'elles éclairent, la jeunesse qu''elles moralisent, la vieillesse dont elles adoucissent les infirmités et réchauffent les langueurs. Il est peu honnête de prêter gratuitement aux bonnes actions un principe égoïste. Et puis, en accordant que le clergé se propose Tunique but d'étendre ainsi son influence, je puis encore discuter la valeur morale et sociale du but. L'influence du clergé me paraît salutaire, et mérite, à mon sens, qu'on l'achète au prix des bienfaits et de la charité; l'advcrsaù'e n'a pas démontré qu'elle soit pernicieuse. Jusqu'à la preuve, ta?it d'ar^- §^ent ne peut être qu'une vilaine plaisanterie. « Il y a, disait Scaliger, un art de médire. Ceux qui l'ignorent, diffament moins leur ennemi, qu'ils ne témoignent l'envie qu'ils ont de le dilfamer^ »

* Scaliger, 2' pari., ch x-

Tcmt de chaires pour parler haut^ tant de confessionnaux pour parler bas.

Un mot sur la confession.

Hue la confession esl infâme.

Parler haut clans les chaires et bas dans les confessionnaux , cVst bien mourir en perdant la vie.

C'est en outre un centième moyen d'exploiter à coup sûr la confiance et la bourse des bonnes âmes. Songez-y bien.

Il y a des choses qui se disent tout haut , et d'autres tout bas.

Généralement, les chaires préparent les confessionnaux, car elles y attirent; elles servent encore à donner le change aux profanes auditeurs sur les manoeuvres frauduleuses qui s'exercent tout bas à l'endroit des simples.

Je défierais la subtilité même d'échapper à ces objections.

Et notez bien que M. Michelet s'adresse

ici à la jeunesse tles écoles. Ce libelle est la repi'Oiliiclion d\u\ cours public, et même iVuii cours (Vliisloire de France. Voilà pourquoi TElat verse chaque année plusieurs milliers de francs dans les mains du professeur. — Pavais dit précédemment :

Nous vivons en un beau siècle !

Au reste, les faits allégués par M. Miclielet sont des faits possibles. Une position aussi délicate que celle du prêtre , lorscjue surtout on la rapproche des fragilités communes aux fils d'Adam, fait craindre volontiers bien des misères et les rend vraisemblables.

Il y a longtemps que Bayle Tavait dit : « Cest une tentation terrible. » M. Michèle! copie Bavle, comme il copie tout le monde, à tort cl à travers, sans plusse soucier des réponses victorieuses qui lui furent faites. Oui, cVst une tentation terrible, si ce n'est un affreux dégoût... L''EgUse Ta si bien compris, qu'indépendamment des lois de la conscience et des grâces d'état sur lesquelles nous comptons beaucoup, les prêtres reçoivent d'elle les instructions écrites

les plus tlélaillccs à ce sujet. Les jésuites euxmêmes, prélres foncés à deux doublures^ comme les appelait M. de Pradt, tiennent de leurs Constitutions les règles que voici :

(( Il faut aux confesseurs de grandes dispositions, un âge mûr, mie vertu éprouvée, des lumières, de la discrétion, du désintéressement. Un rigoureux examen prouve la capacité des sujets. Ils doivent juger avec la même impartialité le riche et le pauvre, être inaccessibles, nous Talions voir, à tout esprit de domination et de jalousie, être les confesseurs des personnes du sexe et non leurs confidents, ne point transformer le tribunal de la pénitence en une banque de commerce , rejeter absolument de la balance de la justice divine Tor et les présents , étendre les mains pour absoudre , jamais pour recevoir. Nemini aut petere aut accipere quidquam liceat ^ iwe ab lis quorum confessiones audivcrit , sue ab aliis ^ quod vel inpaupercs distribuât^ vel alteri satisfactionis romine restituât '.

> Cons'., rai"' 6, o. 2. <; 7, p. i09.

Au paragrnplie onzième tics Regulœ concionatoriun , vous lisez : Commendabunf ( concionntores ) etiain pcculiari ratione pœnitcntiœ et misericordiœ opera^ sanctaruni preciim excrcitia , utilium librorum lectionem^ et bonam fdioriim educatiunem. En français :« Les prédicateurs ne recommanderont que des oeuvres de miséricorde, des prières, la lecture des bons livres, la bonne éducation des enfants*.» — Au paragraphe 28 des Regulœ sacerdotiim : Etsi^ cum opus est ^ œgrotos ad condenda testamenta hortari conveniaty iis tamcn conficiendis non assistant. <( Bien fpfil convienne, en cas de besoin, d'enga^

1 La bonne éducation des enfants. — Encore un mot dont il est facile d'abuser. Raisonnablement, un confesseur peutil négliger cette particularité dans la direction? C'est demander si, étant Chargé do conduire un père ou une mère dans les voies du salut, il peut s'abstenir de les éclairer sur le plus imporlant de leurs devoirs. M. Micliclct suppose qu'aux yeu\ dosjésuilesel du Prêtre, aucune éducation n'est bonne si elle ne met en leurs mains les fils et filles. Je ne combattrai point une hypothèse. Un oui vaut uti non. Mais je soutiens, qu'alors même, ils conseilleraient aux pères et mères de famille la meilleure éducation possible ; et il faut plus que des pétarades de style pour me convaincre d'erreur.

ger les malades à faire leur testament , cependant qu'ils n'assistentjamaisà la confection des testaments. » — Au paragraphe 23 : Etsi vota ad perfectionis statum pertinentia^ ut sancta laudari debent^ et circa ea confessariiconsilium^ sed magna cum con^ sideratione^ dare possint^ quia tamen non humanam sed dwinam vocationem requi'runt^ nemo ad ea emiitenda quempiam inducat^ verum ad orationem taies hortetur^ ut à Deo adjuti^ vocationem suam melius intelligant et exequantur . <( QuoiquHl faille louer , comme étant saints , les voeux qui concernent Tétat de perfection , quoique les confesseurs puissent , avec vnie grande réserve, donner un conseil à cet égard, cependant, comme ils cherchent une vocation , non pas humaine , mais divine, que personne ne pousse qui que ce soit à prononcer des voeux, mais qu'il exhorte ceux qui le consulteraient, afin que, moyennant le secours de Dieu , ils comprennent mieux d'eux-mêmes et embrassent leur A^ocation véritable. » — Au paragraphe i5 : Confessarn ith audiant pœniten-

les ^ ut miitiiiini aspcclum fUgiant ; sic cniin atlenl'ms et lïherias audicnl, Quod si locus non erii cjusmodi^ ut tabula confèssariujii à conjUentc dkndal , manus intcrpo^ila ïnter faciem propriam et confiten^ tem qui ad latus esse débet , id prœstabit. MuUerum vcro confessiones non audiantiir nisi ad craies^ etiamsi si'nt puclhdœ. Que les confesseurs entendent les pénitents tic telle manière qu'ails évitent de se voir mutuellement ; car ainsi les entendront-ils avec plus d'attention et de liberté. Si le lieu ne permet pas qu'une barrière sépare le confesseur du pénitent, le confesseur placera ses mains entre ses veux et celui qu'il confesse , lequel doit être à son côté. Quant aux femmes, que jamais on ne les entende, fussent -elles enfants, qu'à travers une grille de séparation. »

A force de prudence et de prévisions, ces règles paraîtront minutieuses. Continuons.

Il est dit au paragraphe 17 : Eos qui crebriiis confilentnr., maxime fœminas^ bran^ fer expédiant^ necdei^ehns ad confessionem

non pertinentihus in confessione loqiiantur. Extra confessionem verb^ si oportehit cas aUoqiii^ id fiât in loco palenti ; nec longinn sernionem misceant^ et oculos modeste demissos haheant. « Ceux qui se confessent souvent , les femmes surtout , on les tiendra peu tle temps ; on ne parlera jamais en confession clés choses qui n'appartiennent point à la confession. Hors du confessionnal , lorsqu''il faudra conférer avec les pénitentes, que cela se fasse en un lieu ouvert. Qu'on évite les longs discours, et qu'on ait les yeux modestement baissés * . » — Au paragraphe i8 : Quando qiiis à siiperiore mittetur ad confessiones Jœminarum audieiidas^ vel de alid causa eas adierit^ socius^ qiiem superior ipsi désignabit^ quamdiii cumjœniinis sacerdos loque-

* c'est un signe d'hypocrisie, selon M. Michclct. Que si les jésuites et le Prêtre marchaient l'œil ouvert et la tète haute, il s'effaroucherait de leur impudence. Comment faire? Dieu nous enseigne que l'homme périt par la vue, et l'expérience, malheureusement, nous démontre tous les jours cette vérité. Oculos averti, disait le prophète Job, ut ne cogitarem quidem dcvirginc : «j'ai détourné les yeux pour ne pas même songer au mal. » Faul-il insister.^

/«r, co in loco crit imde videre cos^ sed non quœ sccreta esse oportet audire possity quantum loci disposhio patietur; quod si non' patevetur^ curct omninb sacerdos ne ostiuin sit clausufu , nec locus ohscurus. « Quand un prêtre sera envoyé par son supérieur pour entendre des confessions de femmes, ou qu'il leur parlera pour une autre cause, un autre jésuite désigne par le supérieur Taccompagnera. Tant que le prêtre parlera avec les femmes , l'autre jésuite sera dans le même lieu , de manière à les voir sans pouvoir entendre ce qui doit être secret , autant toutefois que les lieux s'y prêteront. Si les lieux ne s'y prêtent pas , le prêtre doit rigoureusement tenir la porte ouverte et éviter l'obscurité. » — Au paragraplie 19 : Particulareni personarum^ prœsertim Jœminaruni ^ curam nemo suscipiat^ et quanivis confessarius pro suo munere m vita spirituali ùistituât pœnitenleni^ nullius tanienohedientiam admittat, « Que nul ne prenne le soin particulier de qui que ce soit, surtout des femmes ; quoique le confesseui", en vertu de

son caractère, dirige une âme dans la vie spirituelle, qu'il n'admette Tobédience de pei^ sonne. » — Au para graphe suivanl:iS'/^a?.$ uni conjiieri solitus^ ah eodein alïum confessarium adeundi facultatem petierit ^ vel ed nonpetitd adierit^ id sihi graiam esse con-^ fhssarius bénigne ostendat. « Si quelqu'un, habitué à se confessera un jésuite, lui demande la faculté de se confesser à un autre prêtre, ou qu'il prenne sans permission cette faculté , le confesseur doit montrer avec bonté que cela lui est agréable \ »

Et que M. Michelet ne dise pas : Les jésuites ont des règles qu'ils méprisent ; car il justifierait par le fait même ces règles qu'il a misérablement flétries, autant du moins qu'il le pouvait faire; et jusqu'à ce qu'il eût démontré ce mépris, les présomptions seraient pour moi.

Il reste donc établi que tant de crimes

1 Au sens de M. Michelet, le jésuite ne fait si bonne contenance que parce qu'il est sûr de revoir sa pénitente, rayant ensorcelée pour toujours. Voilà les objections qu'il nous donne à réfuter! — M. Clauscl vient de publier dans l'Univers une admirable lettre sur la confession (6 avril).

possibles demeurent pourlant impraticables. Je demande encore s^ils sont vrais.

Et en attendant, je répugne à croire que les domestiques rendciU compte aux prêtres^ elc, etc. {page 9), non dans les confessionnaux seulement , mais dans leurs associations. (Ibid.)

Quel compte rendent-ils? dans quelles assocîaiiojïs ? Pourquoi des réticences toujours? Expliquez-vous, enfin; ayez pitié de moi... « Dos opinions ininlclligiblcs , filles de Tabsurdilé et mères de la discorde, voilà ce que Ton substitue aux dogmes quVnseigne le christianisme'!

Mais je devine les mots sous-entendus : Ils rcndcîit compte de la conduite et des affaires de lein-s maîtres.

Supposons-les assez stupides pour se livrer pieds et poings liés à la merci d'un vil suborneur , assez infâmes pour jouer dévotieuscmcnt des rôles dVspions et dépra-

' Voltaire, ('ilit. di' Kohi, toiu. i.iv, \\. 382.

ver l'hospitalité môme , assez prudents ou séduits pour ne jamais éventer leur infernale conspiration . Quels fruits en veulent tirer les confesseurs? Que leur importe la vie des maîtres? De quoi donc, je vous prie, vont-ils s'^informer ? Vous n'en dites rien, on le préjuge, c'était votre intention , vous triomphez sous cape... Quel triomphe!

Les confesseurs demandent si la famille se trouve dans un état de fortune prospère, et quel genre d'accès ils pourraient avoir auprès de sa femme pour dépouiller le mari. Qu'une abjecte et sale passion les obsède et les pousse, ils l'appelleront au service de leur cupidité; ils voudront même la feindre, sans l'éprouver. Qui a t esprit à tout {page i4). L'amour qui se donne luimême doit aisément donner autre chose; et ravir l'honneur de la femme, c'est faire d'elle son esclave dans la plus large acception du mot. L'adultère facilitera le vol, l'adultère, fils des confessionnaux, qui sont les fils de la rehgion de Jésus-Christ î

Et la société n'y songe pas ! Loin de là , dit M. Michelet, l'Etat^ en défendant l'as-

socicUion aux laïques^ Va encouragée chez les ecclésiastiques ! {Page 9.)

Ou TElat perd la tète , ou bien il est de connivence avec le clergé; point de milieu. Cette connivence parait inadmissible ; car, indépendannnent des malentendus qui les divisent à l'heure présente et menacent d'éterniser la guerre entre eux , une question d'intérêt s'élève ici. Puisqu'en elFet le clergé absorbe tant d'argent , quels bénéfices peut rapporter à TEtat cette hideuse complicité ? L'Etat doit y trouver sa ruine au point de vue moral et matéiiel ; sa fortune est assise sur celle des citoyens, l'une et l'autre n'en font qu'une dont il est seulement l'administrateur responsable et intéressé. Quelle arrière-pensée le détermine à se piller lui-même, à gorger complaisamment ses spoliateurs en leur prêtant main-forte, et, ce qui est beaucoup mieux, à payer M. JNlichelet pour le dire ?

Entendons-nous, s'il vous plaît.

Nous avons des codes et des lois constitutionnelles. Ces mystérieux forfaits que vous avez découverts, d'autres les con-

naissent assurément, et les coupables comme les victimes finissent toujours par des inadvertances qui les trahissent, ou des plaintes qui demandent réparation. Les crimes sont qualifiés , des tribunaux existent : ni vous ni d'autres , personne ne formule une dénonciation juridique , depuis dix-neuf cents ans qu'il y a des confessionnaux , dans les pays chrétiens, chez les idolâtres que visitent les missionnaires et qui les égorgent , nulle part.

Cependant, toutes les catégories sociales, comme toutes les classes de la nature, produisent des monstres. Sans nuire à l'admirable économie de l'ensemble, ces anomalies en révèlent au contraire toute la beauté ; du moins la rendent-elles plus sensible. Le soleil lui-même a des taches. L'Eglise, à divers intervalles bien rares et bien éloignés, sentit remuer dans son sein M enfant de la contradiction. Il se rencontra de mauvais prêtres , quelques-uns, le plus souvent un seul. Un confessionnal fut profané, un testament dénaturé, une pénitente séduite, assassinée, que dirai-je?... Toujours, partout,

les premiers cris criiorrciir et tranallième s''clevaienl dans les rangs du sacerdoce, défiant des rccriminalions impossibles. L''indignalion publique appelait la justice; et la potence ou les bagues vous raconteront la suite... Donc TEtat faisait son devoir, et je l'ai prouve.

Quand M. Miclielet prouvera , pour sa part, que TEtat, fermant Toreilleàdes dénonciations motivées, et en dépit de Tévidencc des faits, protège visiblement les confessionnaux contre la justice, j''accuserai FEtat. Rien d^aussi facile. L'Etat, dans la pensée de M. Miclielet, c'est ici le gouvernement français, ce sont les fonctionnaires supérieurs , lesministres. Je tiens leur Code pénal, qui est la Charte, il sufllit d'une pétition aux Chambres. Voici un abus flagrant de pouvoir...

Mais je tombe dans l'enfantillage, je touche à l'absurde.

Deux mots seulement, pour citer à l'appui de la confession des témoignages non suspects : « Que de restitutions et de réparations, dit Jean-Jacques Rousseau, la confession ne produit-elle pas parmi les callio-

liqiies! » Il y a loin de là aux rapines que suppose M. Michelet. — « La confession , dit Voltaire, est une excellente institution, un obstacle au vice ; elle est admirablement calculée pour disposer au pardon des cœurs ulcérés par la haine , pour engager ceux qui sont coupables d^injuslice à restituer. » — «Assurément, disait aussi Leibnitz, s^il est quelque chose de beau et d^iimable dans la religion chrétienne , c^est la confession . Les Chinois et les Japonais même l'ont admirée. Car la nécessité de se confesser éloigne beaucoup de personnes du vice ; cette nécessité donne également beaucoup de consolations à ceux qui ont failli. Aussi je regarde un sage directeur comme le grand organe de la Divinité pour le salut des âmes; ses conseils nous aident à régler nos affections et à réparer les dommages causés à autrui , à relever Vesprit. Rien n'est plus excellent qu'un fidèle ami dans les affaires humaines , mais il devient bien plus respectable encore, quand un sacrement divin l'obhge à nous garder sa foi et à nous servir. » — « Les avantages de la

confession auriculaire, que les protestants ont rejolée , étaient immenses; leur perte est irréparable,» dit le docteur C. J. Nitsch. Et consultezPouvrage déjà cite, deM. Théodore de Bussierre*, ou sont consignés les aveux les plus formels ,d\me foule d'écrivains protestants et autres.

Donc les calomnies de M. Miclielet retombent de tout leur poids sur TEtat. Elles diffament la religion et tendent à sa ruine; car la religion autorise les confessionnaux, et fait du sacrement de pénitence Tune des bases fondamentales de sa constitution.

« Or, dit Rousseau, s^il est quelque misérable état au monde où chacun ne puisse vivre sans mal faire, et où les citoyens soient fi'ipons par nécessité, ce n'est pas le malfaiteur qu'il faut pendre, c'est celui qui le force à le devenir. )> Ici XEtat signifie le gouvernement et le catholicisme.

Qui le croirait? la force apparente du

» La Foi de nos Pères, p. 290-297.

— 9d — vieuœ système mort consiste en tout cela ; tout cela se nomme unité d'action d'une part, et de l'autre monopole de V association : unité d!action^ parce que le vieux système mort fait converger fantastiquement vers un seul but, qui est lui-même, des myriades de volontés et de choses ; monopole de l'association^ car apparemment nulle corporation légale, excepté le clergé, ne s^itorise du suffrage de TEtat pour réunir des individus au nombre de plus de vingt; rUniversité, à cet égard, n''a pas ses coudées franches, ses prérogatives exorbitantes; l'Etat nel'a pas laissée prendre près de la jeunesse des écoles la plus dange^ reuse initiative ! (^P âge 9.)

« Eh bien ! avec tout cela , continue « M. Michelet, le clergé est faible... ïl n'a « pas avancé d'un pas. . . Chose étrange ! ... » Fort étrange vraiment, mais qui s'explique par le moyen*d'une distinction.

Au point de vue matériel , le clergé marche comme un géant , maître qu'il est des domestiques , de deux cent mdle gar-

— 1)2 — çons^ cl (Je six cent mille jdles^ et de plusieurs niillions de femmes^ et (le tous les élahlissemenls publics, et de tant d'argent, et (le TEtol. Voilà une puissante machine^ M. Miclielet Tobserve excellemment.

S'il déclare ensuite que le clergé est faible et n\ivance pas, c'est cju^il le considère en Dieu. Autre point de vue.

« Vous êtes forts, dit-il, de mille moyens « matériels... — De séminaires et d'lic>pitaux. — Vous n'êtes faibles qu'en Dieu. »

(P. 10.) Y,{ve faible en Dieu, c'est Je

donne ma langue aux chiens. C'est , puisqu'il faut le présumer, connaître Dieu faiblement.

M. Michelet va donc prouver cette faiblesse, et conclure péremptoirement qu'elle doit aboutir à l'annihilation complète, i° des jnille moyens matériels qui soutiennent en apparence le vieux système mort, et partant 2° du vieux système njfirt lui-même. (Voyez les pages 9 et lo.) Je suis content.

Raisonnons plutôt. — C'est M. Michelet qui nous en convie

tes grandes découvertes de M. lilitlielet. — Il esl pn'lre. ■ — Be la la caplalion dans les eouvenls.

« Dieu est le Dieu de Tesprit, de la vert rite, delà charité.» — -Fort bien.

Or, 1" nie Dieu du vrai s'est révélé en ces « deux siècles, plus qu'il ne l'avail fait dans « les dix siècles précédents » (p. lo). — J'ai grande envie de m'élonner.

« Par qui cette révélation s'est-elle acte compile?» — Si je connaissais tant soitpeu cette révélation, je le dirais bien. Lui qui la connaît, M. Michelet dit aux prêtres : a Non « par vous, mais par ceux que vous appe- (i lez laïques, et qui ont été les prêtres du « vrai.» — Pai'dine^ fait Gros -Jean, c'est bien malin!... Je suis Gros-Jean, et je répète ; expliquez-moi d'abord la question, j'apprécierai ensuite la réponse ; je m'engage même, pourvu qu'elle soit juste, à ne point rire des préires du vrai c{ug le clergé a l'infamie d'appeler laïques... Allons, trêve de rébus el d'énigmes surtout.

— Oi —

En guise d'explication , M. Michelet m^accorde ces graves paroles : « Vous ne « pouvez montrer aucune des grandes dc- « couvertes qui restent sur la voie de la <( science.» — Décidément, M. Miclielet se moque de moi. Hé î de grâce, par pitié, au nom de Dieu , quelles sont ces grandes découvertes? De quelle science, et puis de quelle science, et de quelle voie s^agit-il?

En ces deux siècles^ Monsieur, le monde a découvert deux choses : les chemins de fer et les bateaux à vapeur; merveilleuses révélations à coup sûr , que nous contestent pourtant les Antiquités chinoises.

Les inventeurs se nomment Papin et Salomon de Caus. Ce n'étaient pas des prêtres ; ce n'étaient pas non plus des professeurs du Collège de France.

Ainsi utilisée, la vapeur peut enflmter des prodiges. Elle étendra la civilisation en multipliant les rapports matériels des peuples; comme toujours, la lumière jaillira du contact. Gloire aux invenlcnrs! A oilà

des prêtres da vrai^ Salomon de Ciuis el Papin, que le clergé avait rinfamie d'appeler laïques 1 ,,. Eh bien , soit. Et voilà une immense l'évélation; mais montrez-en d'autres.

Vous placez probablement parmi les modernes découvertes la liberté politique et la liberté de penser conquises naguère au prix d'une grande révolution et d'une petite. Il y a ici un peu de vrai.

Mais la liberté n'est pas une chose que l'on définisse d'un mot. Cette dénomination magique éveille dans les esprits une foule de sentiments opposés. Elle se prête malaisément à l'application. Prenez garde. La liberté consiste dans une alliance paisible et inviolable de la justice qui commande, et de la volonté qtii obéit. Elle n'aflranchit pas la conscience d'elle-même , mais des sujétions extérieures qui la pousseraient despotiquement au mal. La liberté est l'ordre consenti ; c'est un concours harmonique des puissances sociales vers le bien-être commun , qu'elles veulent réaliser en sens divers , et suivant la nature de leurs destina-

lions plus ou moins actives ou passives. Une méprise la tue.

Il est possible que le clergé n\iitpas toujours souri à ce doux nom. J'admire tant d'expérience et de sagesse. La liberté Ta égorgé d'abord pour punir ses hésitations, elle s'est dévorée bientôt elle-même. On a honte de voir les fruits qu'elle donne... Hélas! est-on libre d'en gémir tout haut ?... Ce qu'il faut taire aujourd'hui , l'histoire le dira. — Momentanément, l'ouvrage de M. Michclet, n'est en réalité d'un boula l'autre, qu'un pitoyable réquisitoire contre l'esclavage de la pensée au dix-neuvième siècle.

Cependant la liberté est belle, la liberté est nécessaire à la vie des peuples.

Que répondra mon adversaire, si je soutiens i\i\cn ces deux j/èc/<7j, jamais la liberté n'a combattu sans placer à son avantgarde le clergé, ou du moins des prêtres?

Dès l'époque de 89 , alors qu'elle se levait à l'horizon de la P'rance comme une aurore bienfaisante et pure , signe certain d'un beau jour , il y eut dans les assem-

blées publiques un immense tressaillement, un immense concert d'allégresse et cle bénédictions, des prodiges de dévouement et de génie, un écho magnifique du Forum et des tribunes d'Athènes ; et mconlinent une multitude confuse de systèmes, de subtiles disputes , de refroidissements et de haines profondes. — Mais , au milieu des joies et des illusions perdues, paisible et grave, modeste et réfléchi, un homme prêtait Toreille aux douces paroles de l'ange; il écrivait sous sa dictée , pour ainsi dire , le nouveau testament constitutif des droits et des devoirs du citoyen , et présentait aux peuples enchantés cette oeuvre immortelle, ou qui devait l'être. Nous l'avons vu, la liberté devint folle ; elle fut faussaire contre elle-même ; elle couvrit le papier d'innombrables ratures, et l'ayant déchiré d'une dent furieuse, elle en jeta les débris dans un fleuve de sang. Plus tard , quelques lambeaux retrouvés et cousus pêlemêle formèrent l'ensemble des constitutions qui nous régissent aujourd'hui. — Or, ce grand homme avait nom : l'abbé Sièyes.

Sans méconnaître ses qiialilcs immenses, le clergé peut déplorer ses immenses faiblesses, mais lien ne peut faire quHl ne soit pas sorti tles rangs du clergé.

Napoléon parut, despote glorieux, couronné d^cnlliousiasmc et dV'pouvan te, ayant séduit la liberté même. Tout se taisait en sa présence, la nation, TEurope, Tunivers. — Un seul homme osa lui résister en face et plaider pour le droit commun contre Toppression . . . , un modeste grand homme , Tabbé Emery.

A Pheure qu^il est, des réclamations vives et nombreuses s^élèvent sur tous les points de la France. — Les évoques se plaignent, le clergé tout entier partage leur indignation douloureuse et leurs combats. Que veulent-ils? Pabolitionde vos iniques privilèges, l'égalité devant la loi, Tinviolabilitc de la famille et de la conscience, la liberté.

Que si M. Michelet connaît encolle des découvertes faites en ces deux siècles ^ sa modestie m'enchante, et je les devine.

Au temps jadis , Thistoire n''existait pas , M. Michelet Ta inventée.

On n'y voyait qu'un exposé lucide et catégorique des événements, la peinture des moeurs et des caractères, une majestueuse simplicité de récit , une belle et saine littérature, la morale en action.

Quel pas M. Michelet lui fit faire !

Ge fut plus qu'une histoire , ce fut désormais un roman, comme l'a dit M. Albert Aubert, rédacteur du National^ propagateur valeureux , sinon convaincu , du livre que j'attaque. Il se mit à piller de toutes ses forces les vieilles chroniques , prit de petites feuilles volantes, y déposa ses notes au hasard , et , le travail terminé , il reprit ces notes une à une pour féconder la lettre morte , pensait-il , au moyen de l'esprit , et grouper vigoureusement des faits accidentels et variés dans une idée unique et fatale, qui est la philosophie de l'histoire.

Je veux qu'il ait réussi.

A part le fatalisme , les contes pour rire et les débauches de style , son système pré-

sente qiieUjuc chose de raisonnable. En se l)Ornanl à des nomcnclalures élégantes et précises , Tliistoire, telle qii"'on Pavait conçue , obtient le double et dilHcile avantage de la lucidité jointe à la brièveté. Plus claire, elle contente mieux Tintelligence ; moins longue , elle intimide moins la mémoire ; dégagée de commentaires et d^intcrprétations a priori ^ elle ne gène point la perspicacité du lecteur, et provoque par là même une foule de jugements précieux. Mais riiistoire nVst pas exclusivement un journal où s^enregistrcnt , dates par dates, des aventures fortuites et, pour ainsi dire , décharnées. L'écrivain peut produire son opinion, et, en la soumettant à Texamendu lecteur , aider quelquefois des convictions hésitantes. Telle est la vraie philosophie de riiistoirc , et celle que les anciens ne pratiquaient pas suffisamment. — Or , avant M. Michelet, et sans compter fliorrible Mariana, un homme Tavait découverte pourtant , un grand homme encore , le plus puissant esprit qui fut jamais, un prêtre. Cet homme s^ippelle Bossuet.

Le clergé , très-certainement , n'a pas inventé la manière de professer Thistoire de France comme vous le faites, Monsieur, en parlant de toute autre chose , en débitant des pasquinades que la police n'admettrait pas aux champs de foire , en dégorgeant sur les ministres du culte établi et reconnu par la majorité des Français, les plus noirs poisons de la calomnie , en démoralisant la jeunesse.

Ce qu'ils n'ont pas inventé non plus^ ce sont les expédients au moyen desquels vous repoussez la polémique des prêlres , la dénonçant comme agressive, personnelle, injurieuse, grossière et sale, lorsqu'ils ne font, en définitive , que protéger leur honneur et leur vie contre vos ordures.

Le clergé n'a rien découvert ! Mon Dieu , non , rien dans la mécanique , rien dans l'astronomie, rien dans la médecine et dans l'art de forer les puits artésiens , rien dans le messianisme de M.Mickiewicz et l'école panthéiste de M. Cousin.

On sait pourtant qirun prôlre du Midi vient d'imenler le harodrome , genre de voiture qui se meut par son propre poids ; qu''un autre a découvert tout récemment Tinfaillible secret d^explorer les sources vives et d*'en constater l'^existence souterraine à Taide des phénomènes extérieurs ; que le jésuite Moigno marche l'égal des Arago et des Cauchy ; que le prêtre La Mennais , en des jours meilleurs , s''inventa au moins lui-même.

Mais que voulez -vous qu'il fasse, ce malheureux clergé ! Quelle inconséquence est la vôtre, ou plutôt quelle mauvaise foi ! Vous lui liez les pieds , et vous dites : Marche ! A l'instant où vous l'accusez d'inertie, la liberté de ses mouvements vous offusque, et vous serrez la courroie ! Il n'a qu'une chaire dans le temple , vous l'en aurez bientôt chassé!... Donnez -lui un Collège de France , un observatoire , vos énormes appointements, seulement la liberté qu'il réclame depuis un demi- siècle, et nous verrons.

Au reste, pour apprécier les actes d'une

corporation , convient-il de se placer sur le terrain où cette corporation n**est pas, et, selon vous, ne doit pas être ? Si quelqu''un reprochait à TUniversité de n'avoir point avancé (T un pas sous prétexte que M. Michelet n'a point augmenté d\m paragraphe le Dictionnaire des cas de conscience de Pontas , elle en prendrait pitié. A chacun sa mission, dirait-elle; et cette fois elle dirait bien.

La question est donc de savoir si le clergé, dans Tordre de ses attributions spécifiques, a fait ou n'a pas fait des découvertes, et s'il a ou n'a point avancé dhmpas.

Question vaste et compliquée.

Au point de vue matériel , M. Michelet proclame que le clergé avance considéra— hîement.

A l'autre point de vue , il faut distinguer de rechef.

Le clergé , ou autrement l'Eglise enseignante qu'il représente et constitue , le

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