‹ Du prêtreChapitre 5 sur 17 · KM · texte numérisé non relu

KM

clergé cslprogressil (.runo pari, cl (raillcui's stalioniiairc.

Comme Adam, sijc puis ainsi mVxprimer, il est lié dans la force de Page ; il doit vivre ainsi jusqu'à réternilé des éternités.

Dieu a passé sur la terre et donné son testament tout entier. L'homme ne doit rien ajouter ni retrancher à Tocuvre de Dieu. On n'invente point des dogmes, on n'invente pas la morale; les articles qui la formulent dans TEvangile sont exprès et absolus; le code régulièrement sanctionné et promulgué porte la signature du législateur.

Cependant les passions et les intérêts sophistiques de riiomme peuvent faire jaillir des dispositions écrites, si lumineuses qu'elles soient, une foule de commentaires embarrassants pour la pratique.

Il y a, dans les gouvernements civils, une magistrature chargée de la jurisprudence interprétative; dans l'état religieux , c'est l'Eglise. Interpréter n'est pas changer. La loi reste inviolable, inviolée; loin d'altérer l'expression, l'Eglise en maintient le sens, et comme celle même loi consacre

tout cVabord rinftiilUbilité de ses décisions, TEglise continue le législateur et ne se trompe jamais.

Sous ces rapports , le clergé est stationnaire, il Test nécessairement, et il avance d''autant plus.

Mais la morale chrétienne , dans ses applications ultérieures , touche de très-près aux rouages qui font mouvoir les sociétés. On a droit d'examiner si TEglise, sans en cflleurer la substance , l'adapte plus ou moins heureusement aux exigences des temps, des esprits et des choses.

Ici, elle est progressive.

Pour le prouver , M. de Chateaubriand fit un livre immortel, élevant la logique jusqu'à la poésie. D\m autre côté, portant pour tout bagage ses cauchemars historiques et deux pamphlets de basse classe , M. Michelet s'annonce et déclare, sans plus de gêne, qu'il n'en est rien. Faut-il rire ou se désoler?

Ayant dit que le Dieu du ?»;'«/ n'est pas

connu (lu clergé, mon adversaire ajoute que le Dieu de la cJinjùè ne l'est pas davantage. Suivons la llièse.

« Ce Dieu nous a permis de substituer « un droit humain au droit cruel du moyen « Age; vous en maintenez la barbarie. » [Page 11.)

On a remarque bien souvent que Dieu n'est pas nomme une seule fois dans nos codes. « Toute législation émane de Dieu. Il en est le père. Votre Code de 25,ooo lois, qui ne remonte pas plus haut que riiomme, ressemble à un vaste hôpital d'enfants trouvés ^ » Les païens eux-mêmes plaçaient au frontispice de leurs lois cette majestueuse inscription : DcoOptimoMaximo. Le véritable rédacteur de nos codes, le grand Polhier, que les conseillers d'Etat de Bonaparte ont pillé tout simplement et paganisé, Polhier n'avait pas été si dédaigneux; il puisait au pied des autels catholiques ses inspirations , et l'avouf\il tout haut. De quel Dieu parle donc M. Michelcl ?

La Mennais.

Pour confondre la barbarie du prêtre, M. Michelel nous renvoie aux pages 249- 25o, où nous apprenons que, dans les couvents de filles^ la captation peut être ej^rênée , terrible.

Elle peut l'être, elle l'est par conséquent. M. Michelet peut m'étouffer, donc il m'étouffe. Courage !

Je dis qu'elle ne peut l'être, et sur ce motif, qu'à l'appui d'une pareille supposition , vous invoquez un mensonge :

Qui ose entrer là? personne. (P. 249.)

Et moi , je réponds : tout le monde , les familles, les amis, qui que ce soit , M. Michelet, la justice, la même justice qui surveille les confessionaux.

Pourquoi caresser un préjugé stupide, et l'exploiter lâchement? Trompées par des récits infâmes, quelques bonnes personnes se figurent les couvents, je le sais bien, comme des cachots de bastille, et les pauvres femmes qu'ils abritent comme autant de victimes éternellement vouées à tous les genres de tortures. — Elles s'imaginent aussi qu'on a bâti des hospices pour tuer

plus vite les iiitligenls nialacles. El cependant, aux jours île l'inlirniilé, ces bonnes gens aspirent à peupler les hospices. Et leurs filles viennent frapper tous les jours à la porte des couvents.

Un auteur protestant disait : « Les descriptions de couvents que Ton rencontre sont malheureusement faites, pour la plupart, par des personnes qui jamais de leur vie n"'ont mis les pieds dans les couvents, et qui n'en connaissent pas les rapports intérieurs '. »

Cest grande pitié qu'en un siècle orgueilleux comme le nôtre, il faille constamment ramener certains esprits aux détails élémentaires de chaque chose , et leur expliquer l'évidence. On savait chez nos pères, du haut en bas de la société, qu'une fille mineure ne peut entrer dans une communauté religieuse sans le consentement exprès de ses parents; qu'ayant atteint l'âge de la majorité, il lui reste à remplir bien d'autres conditions ; et que la condition

' J"r.-Aug Schneider. Erinncrungcn

principale est de faire ou cravoir fait plusieurs années de noviciat , c'est-à-dire , d'avoir étudié longuement et librement sa vocation religieuse. On Tignore anjourdMiui ; on ignore que la loi civile ayant méconnu les vœux perpétuels , nulle force humaine, même après la foi jurée, ne peut maintenir une claustration involontaire.

Eh bien ! vous parlez de capialion effrénée^ terrible. Sur qui s'exerce-t-elle?

Voici une femme ; mais c'est une femme de vingt-un ans et plus, dans toute l'énergie de l'âge et de la raison , qui sentira le piège aussitôt, et, saisie d'horreur, poussera des cris de vengeance, en secouant ses sandales sur le seuil de cet asile maudit....

Voici une jeune fille que des instincts bienheureux et subhmes éloignent de la vie mondaine, « car cette vie, comme dit Voltaire, n'est que de l'ennui ou de la crème fouettée. » Sa belle et pure imagination, les doux récits de ses compagnes, des choses qu'elle avait vues de ses yeux, tout l'engageait à croire que la droiture et la simple

innocence liahilcnl la maison du Seii^neui'. I.e noviciat couiinence, un aiireux myslère se révèle... — Lors meine que la caplalion s''exercerail sur une autre, elle doit Tapercevoir, mêlée qu^elle est au mouvement général et à tous les détails de la communauté.— Si la professe reste libre vis-à-vis de la loi civile, à plus forte raison la novice, que n^itteint pas même la loi religieuse. Qu'ai'rivera-t-il ? on Ta deviné de reste.

M. Michelet, pour se tirer d'affaire, prétendra certainement que je Pai mal compris, ou qu''à dessein j'ai contourné son objection. Il est très-facile, sans doute, de ne pas comprendre M. Michelet. Néanmoins, je Tai compris celte fois. Quanta la sincérité de mes intentions, le lecteur jugera.

Quelqu'un persiste en faveur de^M. Michelet :

La caplation, dit-il, la captation est dirigée de telle manière , et la trame ourdie par de si habiles mains, que les victimes

elles-mêmes, sous une profonde impression (le terreur, n'osent faire entendre un soupir, ou, obsédées d'hallucinations infernales, caressent amoureusement le couteau qui les égorge.

Contre toutes les vraisemblances, je Taccorde.

Qu'est-ce qu'une caplation ? C'est l'action de capter, de surprendre des héritages, des donations, par flatterie, par ruse, par artifice. Merlin la définit ainsi.

La religieuse, professe ou novice, possède ou possédera des biens que veut surprendre le vieux système mort. C'est clair.

Trois difficultés se présentent.

1° Le plus ordinairement , dès qu'elle a fourni sa dot, qui consiste en une somme très-minime et un trousseau à l'avenant, la rehgieuse est vouée désormais à la pauvreté la plus absolue. — A quoi sert la captation ? qu'obtiendra-t-elle ? où est son objet?

2° Quelquefois, la religieuse, même après ses engagements, conserve une place dans la famille, avec le droit d^intervenir de son

chef au partage commun. Alors donc elle possède, au moins cvenluellcmcnl; et les voies vont s'ouvrir à la capta tion. — Mais la religieuse, elle aussi, laissera dés parents intéressés à savoir ce qu^elle a fait de sa fortune. Ceux-ci ne vivent point au couvent. Plus d'hallucinations, plus de terreurs. Il faut du jour. A peine admettraientils des raisons. Et si, dans quel(|ue obscur recoin du Code, se trouvait, par cas fortuit, une clause subversive de leurs prétentions, ils appelleraient hautement de la méprise ou des équivoques du législateur aux arrêts motivés des tribunaux... — Je reviens souvent à cette idée, parce quVlle est capitale. 3" L^elfet direct , le seul possible, de la captation, c'est de surprendre des donations, donation entre-vifs ou par testament, donation pure et simple, etc., etc. Je néglige celte dernière disposition, puisque les rehgieuses professes ne possèdent pas, puisque les novices, étant mineures pour Tordinaire, ne peuvent aucunement disposer avant lage de seize ans*, ni dis-

1 r.nd(> ci\il, art. 903 et 90i.

poser ensuite que jasqirà concurrence tle la moitié de leurs biens, et sous des réserves nombreuses *.

La donation est nulle , si elle n^est pas revêtue de toutes les formalités requises.

Les dispositions entre-vifs ou par testament, au profit des hospices, des établissements dVuilité publique, etc. , etc. ,etc. , — et je suppose que les couvents n^en sont point exceptés, — n''auront leur effet qu'autant qu'elles seront autorisées par une ordonnance royale (art. 910 — loi du 2 janvier 1817). Tous actes portant donation entrevifs seront passés devant notaire, dans la forme ordinaire des contrats, etc., etc. (Art. 931.)

De là résultent nécessairement des actes

1 Je ne parle pas des donations manuelles, qui sont réductibles en cas d'cxcùs. — S'il suffisait ici, pour constituer la caplalion, qu'un certain nombre de femmes ou de filles fussent réunies et cloîtrées sous la direction de personnes plus âgées qu'elles et investies d'une suprême autorité, tous les pensionnats, toutes les écoles, la société tout entière pourrait être accusée du crime de captation. Nous arrivons aux conséquences les plus absurdes. Prouvez l'abus en alléguant^[dcs faits ; la question change. Où senties faits?

publics el la parlicipalion des ofiicicrs de l'Klat. Les couvcnls suivent le droil commun de la nalion. Or, malgré ces garanties, qui sont sufiisantes partout ailleurs, des citoyens subissent une flagrante spoliation. L'opinion s^igite. Encore une fois, quel parti prendra la justice? impossible qu'elle se taise. Saisie du procès ou par les ayants cause ou par elle-même, elle appellera les témoignages : celui des agents officiels , celui de la donatrice qui vivrait encore , ceux des personnes qui pratiquent rétablissement, ou qui peuvent à quelques égards fournir des informations utiles, et avant tout, ceux du conseil qui gère et administre la partie matérielle de ces sortes d'œuvres. Elle interrogera les donataires , exigera d'eux le serment, discutera leur concours dans Pacte incriminé , la nature de leur influence , leurs habitudes , leurs antécédents, l'état présent et passé de leur fortune, le régime intérieur de leur maison, leurs relations à l'extérieur, les règles qu'ils suivent et font suivre, le but de leur existence et les fins qu'ils obtiennent. A cette

perquisition niinulieuse et terrifiante, les plaignants ajouteront leurs griefs , leurs commentaires exaspérés , les incalculables produits (le leurs hypothèses rancunières et de toutes leurs recherches. Le crime dévoilé dévoilera mille crimes. Cette captation réelle ou mensongère donnera lieu d^examiner les donations précédentes. Leur nombre seul constituerait un commencement de preuve contre les donataires.

Certes, quelle fourberie, quel génie de rapine et d'audace scélérate pourrait échapper à cet inflexible appareil ?

Aucune plainte, cependant. L'opinion, travaillée par des libelles crapuleux et des romans inqualifiables, murmure à peine quelques absurdités vagues et honteuses d'elles-mêmes. — On a inventé (je l'oubliais) une méthode commode pour tuer à coup sûr des réputations , sans crainte d'être appelé à la preuve et convaincu d'infamie. On suppose des noms, une action ridicule et d'ignobles complications d'incidents. Un jésuite s'appelle II Dans toutes les phases

— llf) —

possibles d'une vie liorriljle , 11.... dépassera Tidcal de la perversité : voleur, débauché , assassin , pédéraste , que sais-je ? Sur ce modèle , le bon peuple jugera les jésuites et le Prêtre, comme il jugeait la morale sur les œuvres de M. Paul de Kock. Si les prêtres se lèvent et disent : Tu mens, nientin's inipudenlissime <, on répond (jifil s\igit d'une fable , (|u'une dénomination fictive exclut l'intention d'outrager telle ou telle personne ou société vivante , et que Je roman n'a point de compte à rendre à Thistoire. On sait d'ailleurs qu'en diflamant les jésuites, dont une prétendue législation reprouve l'existence, ou n'a rien à craindre des cours d'assises. C'est une grande marque de courage et un système d'honnête homme.

On fait encore une gentillesse : on dit que les contradicteurs sont notoirement des écrivassicrs faméliques aux gages du jésuitisme. Et on sait bien le contraire^. On a soi-même colporté sa j^lume de poite en

' Voir le iVn</>naf (lu 2i février IS55.

porte pour la vendre au plus offrant; on a passe à pieds joints sur des conventions notoirement stipulées pour stipuler notoirement des conventions plus lucratives.

Notoirement, on a mis du jésuite dans son feuilleton pour servir les spéculations éliontées d\ui marchand de journaux. Et cela fait, on s\^ppelle les prêtres dit vrai et de la charité^ de grands travailleurs, des pères infortunés qui ne peuvent parler de la morale, de Dieu, à leurs femmes, à leurs filles, sanséprouver des contradictions aifreuses! . Cest magnifique.

Pour sa part , M. Miclielet continue de

marcher.

Les coteaux, les vallons, Tous chemins lui sont bons.

Théorie de la discipline. — L'iiicaniation du iliable.

Comme deuxième preuve de la barbarie que maintient le vieux système mort ^ M. Mi-

— il8 —

Ici nous dit : « Les barbares disciplines du « moyen âge y rognent toujours (dans les « couvents), cl s^ perpétuent. ))(P<7^f? 249)

Discipline signifie, au bas mot, un fouet de cordelettes dont se servent quelques personnes, engagées ou non dans Pctat religieux , pour mortifier leur corps.

Les disciplines Ronl latbares. iNïais elles sont absurdes d'abord: « Cruelle contradic- « tion, s'écrie M. Michelet, ce système qui « parle tant de la distinction de l'ame et du « corps , croit que le corps, distinct de <( rame, la modifie par sa souffrance! )>(/^«V/.)

Ainsi raisonne mon adversaire, procédant toujours par logogriphes et demi-teintes.— D'après les dispositions des jeunes esprits, cette méthode, si elle exclut la bonne foi , sent du moins la finesse ; M. Michelet la pratique habituellement, et par la nécessité de son rôle, et par cette raison qu'il tient tout d'abord à passer pour un homme fin. M. IMichelet va répondre que je ne pèche pas de ce côté là; c'est bien fin encore.

Ainsi donc raisonne-t-il :

Admetlre la distinction de l'àme et du

— ijy —

corps , c'est déclarer quMl n'existe entre le corps et l'âme aucune espèce de rapports. Le corps, parce qu'il est distinct de ràtne, ne peut en modifier les sensations et les habitudes suivant les modifications diverses qu'il subit lui-même. Une expérience trop claire ne démontre pas au dernier des enfants et des crétins l'étroite connexion de ces deux substances distinctes, la perpétuelle réciprocité de leurs influences, le bien-être du corps dans les joies de l'âme, et combien l'âme saigne des blessures faites à son enveloppe.— Lorsqu'on veut faire de l'abstraction psycho-physiologique, il faudrait au moins du bon sens, à défaut de bonne foi. Voltaire , s'il mentait volontiers , déguisait presque toujours ses ingénieuses fourberies sous les semblants d'une dialectique perfide; M. Miclielet n'atteint pas même au sophisme.

Voyez l'espièglerie. Le vieux systhne mort, vous dira-t-il , « croit à la distinC- « tion du corps et de l'âme, puisqu'il ap- « proche hardiment le confesseur des ten- « tations charnelles ; il est donc spirilua-

«( liste, pour s"'enlmrclir à alFronler les « sciluctions de la chair. Mais , puisque le « même système croit que le corps , dis- « linct (le rame , la modifie par sa souf- « France, il est donc matérialiste quand il « s^agit de briser la volonté. » [Pages 249 et 25o.) Donc le vieux système mort se contredit de plus en plus et d\uie manière indigne...

Le fil mVchappe.

Fàclicz-vous, Monsieur; je suis jésuite, ignorantin , cuistre^ Qmard ., tout ce que vous voudrez, mais je ne comprends pas, vous ne comprenez pas, personne n'y voit goutte.

Je demande pourquoi le confesseur, dans Texercice de son ministère , s'approche plus hardiment des tentations charnelles^ que Tavocat donnant une consultation dans son cabinet, le médecin surtout,... et Tliomme sage dont la foule interroge Texpériencc, au milieu des hésitations journalières qui agitent nos pensées.

Nul doute cependant que le confesseur ne s'enhardisse à affronter les séductions de la chair. Ici, comme partout ailleurs, il y a danger. Je crois , en effet , par suite de la distinction du corps et de Tâme, que, si malheureusement une lutte s'engageait, rame opposera ses instincts supérieurs et Tindéniable majesté de son empire aux abjectes rébellions du corps ; et ce qui rend à mes yeux la victoire certaine, c'est positivement Pintime correspondance des facultés matérielles et immatérielles qui unit les deux substances sans les confondre.

Saint Paul écrivait aux Corinthiens : « Je traite rudement mon corps, et je le réduis en servitude, de peur qu'ayant prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même. » Casiigo (je châtie) corpus meum et in servitutem redigo : ne forte cum aliis prœdicaverim, ipse reprohus efjficiar^.

Dites que le vieux système est spiiitualiste lorsqu'il donne à l'ànie la surveillance du corps , je le veux bien ; qu'il est maté-

1 I Cor., IX, 27. — Trad. de Sacy

liatisle , lorsque rame , pour chàlier le coips ou prévenir ses dangereux caprices, le traite plus ou moins sévèrement, je ra^ lésigne; mais avouez que personne encore n\ivait imaginé cette définition du matérialisme, et que vous faites Tenfant dVme extraordinaire façon.

En vérité, mon cher monsieur Michelet, je suis matérialiste à cet égard, et je ra''en glorifie ; tout le monde est matérialiste, vous Tètes vous-même. Il vous arrive chaque jour et à chaque moment d'embrasser le parti du vieux systhne mort et de prendre la discipline Ayant une leçon à préparer ou un ouvrage à écrire, lesquelles choses ne peuvent être qu'infiniment spirituelles , Télat du corps vous préoccupe au sujet delà pensée. Il est des concessions liabituelles qu^ilors vous lui refusez. La table devient plus frugale, et vous choisissez de préférence certains mets. Trop de fatigue ne convient point j il faut un peu de promenade sur les vertes pelouses de Charenton , et Fair dilatant d\me fraîche et rose matinée. Wétait la crainte d'effrayer

ce que le National appelle votre chasteté de plume , je dirais qu'à la veille des grandes méditations , le professeur et l'écrivain commandent à la nature un silence absolu, et pratiquent religieusement la continence au sein même des affections conjugales. L'esprit ne s'élève qu'en humiliant la chair. « Nous trouvons déjà partout, « dans le monde ancien , dit un auteur, « que tous ceux dont on attendait quelque « chose de vraiment grand et d'extraor- « dinaire , devaient s'abstenir de l'amour « physique^. )> C'était un fameux jésuite et une bien fidèle incarnation du diable^ que Marcus Tullius Cicéron, lorsqu'il vous donnait ce précepte éminemment matérialiste et destructif de la liberté de l'homme : Status^ incessus ^ sessio^ accubatio^ vultus^ ocuh\ manuum motus teneant décorum.

Voyez par quels étroits rapports il unit minutieusement les facultés spirituelles aux corporelles, en déterminant leur mutuel concours à la perfection morale. ,

* D'E.-VSr. Hufcland. Maltrohîotik, 1798, 2«édit , t. ii, pag. 120.

PôiK'U'ons-nous bien de celle idée que la discipline {les (hsciphnes) n'esl obligaloirc pour personne. Elle est même universellement intcrdile, en ce sens que la religieuse, lors même qu^elle veut se 1 infliger, viole les règles les plus communes et les plus expresses, si elle n\i obtenu raulorisalion préalable du directeur de sa conscience, lîien plus, elle obtient difficilement cette permission. Sur quoi M. Michelet peut consulter tous les maîtres de la vie spirituelle el les Règles imprimées des couvents. Que devient donc la barbarie?

Que devient-elle? Et maintenant, quel cas vais je faire des espiègleries suivantes :

« Que chacun se mortifie pour son « compte. Mais vous , les hommes de la '( grâce, qui ne parlez que charité^ ^ etc.,

« etc., vous frappez des femmes, que

« dis-je?des filles, des enfants, à qui Ton ne « repi'oche après tout que des faiblesses!... « Alors que, dans les bagnes même, sur des « voleurs, etc., etc., la loi défend de

1 Tout à riicure, on nous accusait de n'en point parler. Olail autre rliose.

« frapper,... que le vieux système mort « ne frappe point des femmes, etc., etc. » {Page 25o.)

Un vénérable prêtre, fort connu et fort vénéré dans Paris, m'écrivait ces jours derniers : « J'ai plus de soixante ans, un peu d'expérience des hommes et des choses, trente-cinq ans d'exercice du ministère sacerdotal, et beaucoup de pitié. J'ai été confesseur des soeurs de Saint-Paul à Chartres, de la Visitation à Dole, des Augustines à Paris, etc., etc., je n'ai jamais ouï dire ce que raconte ce pauvre étourdi... »

On ne prend soin de nos démentis ; on ne cite aucun fait, on est cru sur paro le. u Comme il est agréable de n'avoir besoin que de remuer la langue pour faire mouvoir l'univers * ! »

On fait une pirouette sur le talon gauche, et l'on se demande : « Comment ces chdti-

Emile. I.

« ments sont-ils administres? » On n^ l'Cpond (juVn disant :« Cest une question plus <( L^rave peut-êlrc... » [Ihid.) — lie ! mon maître , pour cette raison-là même, il importait de Texaminer à fond.

Puis une autre demande : « Qui règle le « nombre des coups ? est-ce vous, madame « Tabbesse? ou bien le père supérieur? m (lùùl.) — C'est Tabbesse , car M. Michelet l'a jugé ainsi.

Et « que doit être l'arbitraire passionné, « capricieux, d'une femme sur une femme, « d'une laide sur une belle , d'une vieille « sur une jeune ! On n'ose y penser. » [Page 23 1 .) — Pour saisir toutes les nuances du tableau, les lecteurs ont toujours l'obligeance de croire que l'abbesse exerce dans son couvent une autorité sans appel et sans limites; et encore, qu'elle est « la plus fidèle incarnation du diable en ce monde j» {ibid.) ^ ou autrement une « jésuitesse, « grande dame convertie , tranchant du « Bonaparte^ usant, à tourmenter des in-

« forUmces sans défense, la rage des pas- « sions mal guéries^ . »

Voilà un monstre de femme. Quelle que aoit ma pitié profonde pour Fespèce humaine, je Testimais incapable d'une production pareille. Mon Dieu, mon Dieu!...

je songe encore à la justice; je songe au Code pénal , qui prononce : i° la peine des travaux forcés (art. 3io) contre tout individu qui aurait fait des blessures ou porté des coups, etc., etc., avec préméditation ou guet-apens. — 2° La peine des travaux forcés (art. 34i) contre ceux qui, sans ordre des autorités constituées et hors les cas où la loi ordonne de saisir des prévenus, auraient séquestré des personnes quelconques ou prêté un lieu pour exécuter la séquestration. — 3° La peine de mort, si Tindividu séquestré a été soumis à des tortures corporelles (art. 344)- — 4° La réclusion contre quiconque aura, ^tRv/raucle ou violence^ enlevé ou fait enlever des mineurs (art, 354). H y ^ ^^^ gouvernement

* Chasteté déplume. — Un autre aurait dit

et dos lois, qui no rôclamcnt pas : à quoi songent-ils donc? Arrivent les cris d'alarme de M. Miclielet; même silence. Tout le monde est endiablé par Tabbesse. « Vous « ne trouverez ni prêtres , ni prélats qui « refusent Tabsolulion au tyran des reli- « gicuscs.... Le directeur, quelque endurci « qu^il puisse être , est encore un homme, <( il est bien difficile que la pauvre fille n^en « vienne pas à le fléchir. »» {Pag-e 25i.) Mais l'abbesse, qui conçoit cela, demande aussitôt son changement (iùid.)] et demander c'est obtenir. Le directeur s'en va, comme une bête, sans jamais s'exphquer avec l'évêque ni lui dévoiler ce qui se passe. Tout le monde est endiablé , je le jure. — Et vite, monsieur Michelet, sacrifiez-vous pour la justice et Tinnocence. Au risque d'une amende de quatre mille francs et d'un emprisonnement de quinze jours , diiKmiez, s'il le faut. C'est peu de chose pour vous. Faites une plainte en règle; allez au parquet ; soyez clair surtout, le procureur du roi vous entendra. Montrez du doigt les infortanées sans défense^

femmes^ filles^ etc., etc. , Tantre tlévorant qui couve ces mystères cVatrocité, et... la fidèle incarnation du diable.

Peste soit de ma vie ! M. Michelet le disait bien. Je divague pour le suivre. Tout à riieure , j'invoquais les tribunaux ; M. Michelet m^ prend ; il les invoque, lui aussi :

« Il y a, dit-il, d'autres juges que les « évêques, heureusement. La loi dort, « mais elle vit. » [Page 253.) — C'est bien mal de dormir, et bien inutile de vivre en dormant. Mais observez d'abord que les évêques sont juges, responsables par conséquent, jusqu'à un certain point, devant la loi : donc il entre des évêques dans les couvents. M. Michelet se contredit avec une grâce toute particulière.

Durant le sommeil de la loi^ « de dignes « magistrats ont voulu fiiire leur devoir, rt Nul doute qu'on ne le leur permette. » {Page 253.) — On se traduit par ces

mots : le gouvernement. Je renvoie la particule aux ministres prévaricateurs, cl aux Chambres législatives qui les tolèrent.

(( De dignes magistrats ont jugé trois affaires. » — Peut-être celle des sœurs de Saint-Josepli d^Avignon , et deux autres qu'ail faudrait deviner. — Le conseil d^Elat (25 mars), contre les réclamations motivées et circonstanciées de M. rarclievêque d'Avignon et de M° Béchard*, vient de prononcer dans l'affaire des soeurs de Saint-Joseph. Je respecte sa décision, mais cette question purement administrative n'est pas de mon sujet. Posons cependant qu'il y ait des abus dans certaines maisons. Que s'ensuivrait-il? Qu'elles partagent le sort commun de toutes les institutions de la terre; qu'il devient plus facile de les énumérer et de

1 Sur une consullalion délibérée à Paris par MM. de Valimcsnil, Pardessus et Duvergier, bâtonnier de Tordre des avocats. — Il n'est question dans cette affaire ni de captalion, ni de disciplines, niais purement et simplement de savoir si l'administration des hospices peut ou non, sans une ordonnance royale de révocation rendue sur l'avis de l'évèquc diocésain, retirer à des religieuses le soin des malades d'un hospice, lorsqu'elles sont autorisées à ce par des ordonnances royales et des décrets précédents, etc., etc.

justifier par la comparaison les communautés irrépréhensibles; quHl n'est pas vrai que personne ne puisse y entrer ni savoir ce qui s'y passe, puisque précisément il fallait y entrer et savoir ce qui s'y passe pour découvrir ces abus; et enfin, que la condamnation des unes fait l'apologie des autres.

De dignes magistrats, disons-nous, ont jugé trois affaires. « Leurs nuits en sont « troublées ; ils savent que toute violence « qui se fait là, chaque coup qui s'y donne, « au mépris des lois, est une accusation « contre eux devant la terre et le ciel , « Exarge^ Deus^ judica causam tuant. »

{Page 253.) — Pompeuses consciences !.,. Dispositions excellentes pour éclaircir le mystère jusqu'en ses plus sombres profondeurs , et porter une sentence terrible.

Or, u les coupables, remarque M. Miche- « let, ont été punies légèrement! » [Ibid.)

D'où il conclut que la loi se réveillera peut-être.

J'en conclus bien plus légitimement, ce

me semble, que la justice ne ferme point les yeux sur rintcricur des maisons religieuses, qu'une transgression étant possible dans les meilleurs établissements de riiomme, et celle-ci , supposé qu'elle existât , n'ayant été punie que très-légèl'cmenl par des juges scrupuleux et sévères, cette peine très-légère implique essentiellement ridée d'une très-légère transgression. Je pourrais citer à l'appui des témoignages certains et imposants , mettre en doute Tautorité de M. Miclielet, lorsqu'elle reut faire contrepoids à l'autorité de la loi même en calomniant la magistrature, admirer l'importance monumentale qu'il donne

à sa personne, et quelque chose encore

11 vaut mieux aller vite, et pousser vers sa fm ce travail fatigant.

En résumé, c'est ainsi que le« vieux sys- « /è/77e/7zor^ main tient la barbarie du moyen « âge ! ))

Voici de nouveaux fliits.

Pie V prend les armes pour le VlEll SYSTÈME MORT. — les cruautés de ce pape. — S'il a dit TUEZ TOUT.

Bien plus, ajoute mon adversaire, le vieux sfstema mort a formulé toutes ses tendances homicides dans une parole de Pie V» rapportée par Catena. {Page il.)

Catena dit la vérité; mais il ne dit pas Tuez tout^ comme dans la version de mon contradicteur \ H y a ici mie exagération volontaire qui , par Tintention , devient un mensonge honteux.

Or, la raison et Péquité distinguent dans le souverain pontife deux hommes : Le chef spirituel de TÉglise, et le souverain temporel.

Comme chef spirituel et représentant immédiat de Jésus-Christ, le glaive nVst point à sa droite. Mais son dernier titre lui confère les devoirs et les prérogatives des chefs d^Etat ordinaires : il a droit de faire une

^ Voir plus bas,

guerre juste, il doit la faire. — Telle était In position de Pie V.

Je prévois une objection : Il s'agit ici des hérétiques, et cVst comme calvinistes que Pie V les combattait. « Il se plaignit de son général Santa-Fiore, «cAe non avesse ilconi- « mendaniento di lui osseivato d'ammqzzar « subito qualunque cretico gli fosse venulo « aile jnanL\ » Hérétiques, sans doute. Hé! ces hérétiques se bornaient-ils à des innovations spéculatives ? La conséquence pratique de leurs doctrines n'était-elle pas de renverser le trône ou siégeait Pie V, et d'introduire le trouble et la discorde dans les Etats ? Eux-mêmes n'avaient-ils pas déclaré la guerre, eux les premiers, disant qu'ils ne déposeraient pas les armes qu'ils n'eussent changé le gouvernement de l'Eglise et des Etats, délia Chiesa e degli Stati'? n

Pie V écrit au roi de France *. « La somma fu^ che avendo cgliloro piavolte prcdetto il disegno di quel ribaldi ?ion esscr d!op-

' 1 Vita di Pio V, p 55, éd. de Maritoae.

2 Calena, YUa di Pio V, p. 50, ligne 3o. — Voyez Vllistoire ccc/é5ia5nî»cdcMoshcim, Agatio di Somma, FC'Iibicii.

primere la religwne^ délia quale sijhnno solamente scudo per rivoltura de gli stati ma in verità di levar loro le vite, e^ l REGNO, non era pia tempo di dissimulare^ anzi con V aime spegnere tanta sceleragi.ne, promettendo di fornir di quel la maggiore quantita di denari che potesse^ quando di vero si deliberassero Vempresa^ e di soldati pagati d'Italia durante la guerra^. » Le roi de France Pavait appelé à son secours. Les conspirations du comtat d'Avignon Tintéressaient encore à la querelle. Il nomme un général, le comte de Santa-Fiore, qui fait avec ses soldats des prodiges de valeur, qui remporte une victoire signalée, — si bien qu'on eût pu dire de Pie V que cette victoire était toute sienne ", — et qui use à Tégard des vaincus dVnie clémence dangereuse. Il apprend qu\m

* Catena, même ouvrage, p. 48. -On peut voir également, à la page 53, le discours de Santa-Fiore aux soldais du pape. Il expose les motifs de la guerre, et dit entre autres choses: « Soyez soldats catholiques pour défendre le monde des cruautés et des scélératesses des hérétiques, et non bourreaux dissolus pour les piller, » etc., etc.

'Catena, même ouvrage.

chef (les Ilugiicnols, puissanl seigneur et fort riche, voulait racheter sa vie contre une somme cVargcnl ; il craint une faiblesse du comte, il regrette qu'on n^iit pas exterminé ces 7'ibauds ^ ces scélérats^ jusqu'au. dernier. En ces circonstances, que fait un clief dlùat? Pourquoi Pie V s'ahstiendraitil donc? La mesure était violente ; elle était de droit commun. Chez les nations les plus policées , elle existe encore ; et , comme Napoléon, nos généraux français d'*aujourd'hui , après les mesures de prudence et de modération que leur inspire Phumanité, font quelquefois des guerres d'extermination. — C'est une remarque fort importante. J'y reviendrai.

M. Michelet, s'il voulait nous persuader que le vieux système mort ne connaît ni le Dieu de la charité ni le Dieu du vrai, devra donc recommencer sa besogne.

Attendu (ju'il lui faut d'autres pi'ouves

pour établir que le clergé «'a point avancé d'un pas^ je persiste à dire que le clergé avance.

Et, par une déduction rigoureuse, il m'amène à conclure que le vieux système mortf n'étant pas appuyé sur les bases ruineuses dont il a parlé, ne mourra pas.

Sa définition du vieux système m'a satisfait comme le reste, et si bien qu'en définitive mes idées s'égarent et se perdent.

Avant de clore celte première partie, j'ai besoin de soumettre au lecteur une simple réflexion .

Dernièrement les journaux publiaient la lettre suivante de M. l'abbé Coeur:

« Monsieur ,

« he National a. dit, et d'autres journaux ont répété que, dans mon cours de la Sorbonne, je m'étais écrié que les jeunes gens qui partagaient les doctrines émises par

M. Michelct dans son dernier livre ^ cl qià propagea ient cet ou tarage ^ n'éla ien t que des piliers d\'S ta minet , des tnallieureiix que le bagne réclamerait un jour.

« J'affirme, pour la seconde fois,j\iffirmc surThonneur, que tout cela est complètement faux, que je n\ii pas dit un seul mot qui pût, ou s'appliquer aux jeunes gens du Collège de France, ou servir en aucune façon de prétexte à cette ignoble calomnie. 1

Les paroles qu'on me prête , sont d'un fa- S

natique imbécile ; si j'avais pu les prononcer, je me croirais indigne de monter jamais dans une chaire, et je m'étonne qu'on ait eu le courage de les attribuer à un professeur deFacultéj qui remplit honorablement ses fonctions , à un homme connu dans Paris par dix ans de prédications publiques , à qui on n'a pu reprocher jusqu'à cette heure aucune imprudence , aucune dureté de langage , et qui croit sincèrement mériter l'estime qu'on a toujours accordée à sa modération. Pour moi , je le déclare , des paroles de cette nature, si on osait en ma présence les imputer à quelqu'un de

Messieurs les professeurs des Facultés ou du Collège de France , je les nierais sans autre examen , je les soutiendrais impossibles. C'est ainsi que j*'entends le respect pour le haut enseignement de mon pays.

«Parmi les opinions que j'ai combattues dans mon cours , plusieurs, à la vérité , se trouvent dans le dernier livre de M. Michelet. Je m'étais abstenu de prononcer son nom ; mais si on a pu le reconnaître , on a du remarquer aussi le soin scrupuleux que j'ai mis à séparer du livre que je blâme , Vhomme que f honore et dont j'ai publiquement et à plusieurs reprises loué le caractère^ .

« Dans ma vie de labeur et de solitude, je suis trop inhabile à me défendre contre ces injures anonymes accueillies par certains journaux : voilà pourquoi je demande un secours à votre loyauté , je confie ma plainte à l'impartiale justice de tous les organes de la presse qui n'ont pas pour maxime de flatter les forts en écrasant les

1 II est bon de faire remarquer que M. Cœur a eu longtemps des rapports personnels avec M. Michelet.

i'aililes , (rachcvcr sons le poitls du mensonge ceux qu'ils ont surpris un instant moins en faveur près de l'opinion dominante. »

Les reserves de M. Cœur sont reloge de sa géncrosilc. Toutefois, il oublie une cliose importante : il eût pu signaler la valeur des gigantesques réclamations que TUniversitc fait entendre chaque jour en faveur de la liberté personnelle et commune. Un professeur laïque voue au mépris et à l'exécration le catholicisme et les prêtres : dans quelque amphithéâtre voisin, se trouve un professeur ecclésiastique; celui-ci, avec intention ou pour obéir à la nécessite de son sujet, parle en sens contraire du catholicisme et des prêtres^ Dès lors, l'Université s'indigne et dénonce comme outrageux pour le laïque les enseignements du prêtre. La jeunesse est ameutée; on forme des complots stupides. Voici des hurlements; viendront les voies de fait. Le professeur ecclésiastique doit se rétracter humblement ou renoncer à son cours d'éloquence sacré...

"• Voir à la fin de ce volume le dismurs de M. Cœur.

— Ui —

Non, votre siècle, puisqu'il vous plaît cle rappeler ainsi a n'admet pas les différences; (( il ne veut pas que l'ennemi devienne ami, « qu'il vive. » {P(ig'^ ii.) Lui seul supprime « la contradiction en tuant le contradic- « teur. » {Ibid.) — Et que veut- il du Dieu de la chanté, du Dieu du vrai, etc., etc.? Il ne lui reste pas même une ombre de pudeur humaine.

Hélas ! sans y songer, et malgré les fastidieuses sujétions de la tâche qui m'est confiée, j'ai déjà couvert bien des pages. Sur un pamphlet médiocre et vide, écrirai-je donc une dizaine de volumes? Cet inconvénient, je l'avais prévu. Ayant à réfuter, chez un auteur sérieux et sensé, un certain nombre de propositions louches, contestables, hasardées , fausses, mais caractérisées et formulées du moins syllogistiquement, j'aurais pu faire un livre et prévenir l'ennui. Un cadre devenait possible, et aussi des divisions et subdivisions rigoureuses, des démonstrations précises et directes, une con-

clusioncWiniliveet désormais indiscutahlc.

Rousseau présente excellemment ces avantages. Voltaire lui-même ne ricane pas sans poser le cloij^t sur les ridicules qu'enfante son imagination capricieuse et méchante. — Car en vérité, j'admire avec M. l'évêque de Khodez la vanité pleureuse de ces illustres professeurs, et je ne puis m'en taire. — On prétend me faire passer pour un Voltaire! s'écrie M. Michelet. Oh ! quelle erreur ! mais non, et non, M. Michelet n'est point un Voltaire. Voltaire avait des connaissances vastes, sûres, digérées, un style abondant et limpide, un esprit prodigieux, et du sens commun. En répondant à ses discussions pointilleuses, l'abbé Guénée trouvait des raisonnements à décrépir, et des sophismes vernis, pour ainsi dire, à démasquer; il argumentait contre des arguments. Non , mille fois non , vous n'êtes pas un Voltaire, et vous n'êtes pas même sophiste. La subtilité vous manque, et le nerf, et la richesse des moyens, et un fonds d^idées , et un semblant de conscience. Après une assertion, une autre assertion, une série

d'assertions impiidenles... Et trois cents feuilles de papier Iilanc noircies d'encre sale, voici vos libelles et vos titres... Allons donc !... Et alors qui vous combattra?

Depuis Tenfant perdu qui les insulte dans les rues de la ville, jusqu'au curé Meslier, les prêtres de Jésus-Christ se connaissent bien des adversaires; ils savent même qu'à l'appui des propagandes anti-catholiques, les adversaires font circuler parmi les hommes du peuple une foule d'infâmes brochures décorées de vignettes et figurant des prêtres dans les plus sales attitudes d'un libertinage monstrueux et raffiné. En présence de toute cette boue, les prêtres ne s'arrêteront pas; ils continuent leur chemin vers le salut du monde, et songent que si Dieu leur a dit : Vous serez en haine pour mon jwm^ Dieu promit aussi à son Eglise des destinées immortelles... Qui vous combattra?

Quelqu'un se résigne, et vient. Le voilà placé vis-à-vis de M. Michelet. Une rapide lecture Taurait-elle abusé? il prend une à une les propositions , et ses patientes re-

thurclies n'ahou lissent quW découvrir ce que nous avons vu. H lui faut d'abord supposer un sens à des paroles qui n"'en ont pas, ou qui du moins en otlrent plusieurs ; de cette supposition , doivent naître des suppositions sans fin. L'adversaire manquant de preuves , le réfutateur suppose celles qu'il aurait pu donner : elles varient suivant les sens divers dont chaque phrase est susceptible. Encore advient-il, après tant de fatigues et de peines, que M. Michelet lui répnod : Ce n^ était point ma pensée. Quelle est-elle donc, celte pensée?... Ici la toile tombe. Celait une grosse comédie.

Hélas ! hélas ! étant fort ennuyé moimême, je crains d'clre en conséquence fort ennuyeux. Néanmoins poursuivons.

Les prêtres sont i\onc Jaihles ^ puisqu'on nous l'a dit.

Les prêtres sont faibles, « dans les « sciences, dans la douceur des moeurs ,'

(( dans Téquitc des lois. » [Page \i.) — Car sMl y a encore chez les hommes quelques vestiges de Tan tique hospitalité, le sacrifice de soi à toutes les misères, des moeurs admirables, de réloignemenl pour tous les desordres pubhcs et particuliers, les prêtres ne s'en doutent pas. Les prêtres n''ont pas dit : Qui résiste au pouvoir résiste à l'ordre de Dieu. Et , proportion gardée , nos bibliothèques ne doivent pas à des prêtres la majeure partie de leurs trésors.

En ce qui regarde la douceur des mœurs ^ je n\ii rien à dire que tous les écrivains du monde nouent dit avant moi. C'est une question jugée, depuis Melchisédcch jusqu'à nos aumôniers de prisons et curés de campagnes, y compris saint Vincent de Paul et les jours du choléra. — Tuéquité des lois n'est qu'une énigme ; je n'en fais cas. — Je conçois un peu la question de science. A tout prendre, M. l'évêque d'Orléans n'est qu'un saule-ruisseau ; M. Clausel veut badiner, lorsqu'il appelle toutes les Académies du monde à prononcer sur la valeur littéraire des oeuvres du prélat ,

— 14(3 — comparées à celles de M. Miclielel; c"'esl M. Michelet, ce n'est pas M. Fayet , qui a retrouve la plume élégante et nerveuse tle Massillon , avec Taustère logique de Bourdaloue. Bien fou qui s'imagine que Parchevcque de Cambrai, M. Giraud, tiendrait fort honorablement sa place à côté de M. Quinet : je trouve assurément chez les universitaires une imagination plus ravissante , des formes plus choisies et plus gracieuses, plus de richesse et de dignité, plus d'idées neuves et de judicieuse rhétorique, plus de hardiesse avec plus de naturel , et en un mot , plus de ce qui fait les grands écrivains. L'évéquede Langres, M. Parisis, n''entend rien à la controverse : M. Michelet lui dira comment les conséquences déri^ Vent dos principes et s'y rallachcnt par Tefîbt de leur énergie réciproque, impérieusement, essentiellement; il est hors de doute que l'Université militante et la science laïque du dix-neuvième siècle tout entier nous ofhiront beaucoup d'ouvrages de polémique , très-lumineux , très-profonds , très-supérieurs à ceux de M. Parisis, pour

la forme et pour le reste. Si M. Michelet n*'eût jamais existe, M. Fabbc Pélier de la Croix , M. Tabbc Gerbet , les archevêques de Reims et de Paris, les évêques deBelley, de Digne, et tant d'autres, ne sauraient pas le premier mot de la théologie ; et , malgré les enseignements de Tillustre professeur, que savent-ils donc? Qu*'est-ce donc, eu face de M. Michelet, que des orateurs comme M. Lacordaire, et M. Coeur, et M. Combalot, et ce piètre jésuite de Ravignan? QuVst-ce quVm publiciste comme INI. Fabbé de Genoude? Qu"'est-ce qu'un philosophe comme M. Bautain ? Qu'est-ce qu\m génie comme ce M. de La Mennais, qui est prêtre pourtant , qui Tétait surtout en ses plus glorieux jours? Pourquoi sortir de la France, et voir que, sur tous les points de l'univers, le clergé actuel soutient noblement sa vieille réputation de savoir , et son incontestable supériorité? — Eh bien. Monsieur, quand même le clergé ne produirait aucun livre , le simple bon sens défendrait de l'en blâmer. Sa première et principale mission n'est pas de faire des livres. Les soins du mi-

nislèro paroissial cl les pauvres (\u\l aura toujours (iK'cc /«/pour les soulager, ne lui laisscnl guère deloisirs. Quelquefois, seulement , en des circonstances critiques, PEglisc permet à ses fils aînés d'entrer dans Parène, et de lutter contre d'impurs écrits. Le clergé prouve alors s'il se taisait par impuissance. Nulle attaque , de quelque nature qu'elle fût, nul sopliisme qu'il n'ait abordé de pied ferme , analysé rigoureusement , et confondu en définitive. Tous les mandements du carême pour l'année 184^ sont des modèles achevés de raisonnement et de style. — L'Université peut et doit écrire, elleenfaitson état. C'est pour cette raison, sans doute, que, de l'avis unanime, à part certaines exceptions bien clair-semées, l'Université n'a pas produit, depuis sa naissance , trois écrivains sortables. On dit en manière de proverbe : Ecrire comme un professeur ^ ce qui apparemment signifie quelque chose. Comptez les universitaires, comptez les prêtres ; comptez les savants et littérateurs, ici et là; et dites quelle est, de l'Université ou du clo-gé , la plus stérile

corporation. Choisir des intlividLis clans toutes les classes de la société intellectuelle et les placer vis-à-vis des prêtres pour faire saillir l'infînimenl petit nombre des derniers, cVst une grosse pasquinade , r\exx autre chose \

Force el faiblesse du clergé. — Quel grand travailleur c'esl donc que M. Miclielet. — • lue vieille borne inerte cacliéc par une moisson. — Scène de famille.

Quoi qu'il en soit , devinez pourquoi les prêtres sont faihles : <( Parce qu'ils sont « impies, et quVme chose leur manque, « entre toutes, qui est la religion. » (P. 12.) Quelle est la religion qui manque aux prêtres ? celle du vrai. QuVst-ce que le vrai? Qiiid est veritas? « Il est triste pour le genre humain, dit Voltaire, que Pilate .sortit sans attendre la réponse; nous saurions ce que c'est que la vérité. » Le genre humain le sait aujourd'hui : c'est la science

^ Voici oi-dessoHs le témoignage de Lalandc, etc., etc.

de M. Miclielel. QuVsl-cc qiio la science

de M. Michelet? Ainsi les prêtres sont'

ils des impics.

« Mais nous, continue M. Michelet, nous « sommes des travailleurs... Le sol que le « moyen âge nous laissa plein de ronces , <f // a produit, par nos efforts, une si puis- « santé moisson, quelle enveloppe déjà et « va cacher tout à Theure la vieille home « inerte qui crut arrêter la charrue. » ( Pages 12 et i3.) — QuVni autre te loue, et non pas ta bouche; que ce soit Tctranger, et non pas tes lèvres ^

Ce moyen âge , — que M. Michelet nomme à la page 323 mon vieux moine rêveur^ — que les jésuites ont mêconmi sacrilégemcnt, et pour lequel son cœur est immense^ à la page 3i des Jésuites, — Ce moyen âge a laissé le sol plein de ivnces , c'cst-l\-(\\rc plei/i de découvertes d^imprimerie, de poudre, d\'\rchitectonique, d*'éléments sociaux , de littérature , de contro-

* Proverbes.

verse religieuse et philosophique, d^an tiques manuscrits, de mondes inconnus, etc., etc. En vain nous alléguerons la notoriété publique et les témoignages que voici : « Les grandes richesses affluèrent entre les mains di| clergé et dans les couvents, qui les avalent gagnées à la sueur de leurs fronts'. » — « Les évêques organisèrent des écoles, bâtirent des cathédrales et des églises; les religieux s'occupèrent des sciences; Part et Parchitecture furent nourris et protégés par TEglise^. » — « Tout ce qui restait de Tancienne civilisation grecque et romaine se réfugia dans le sanctuaire pacifique des couvents^. » — « Un seul couvent de bénédictins a peut-être plus fait pour les sciences que les deux Universités d'Oxford et de Cambridge*, » etc.

Peu importe. Il s^agissait de déblayer /e sillon; aux mains de MM. Michelet et

1 Bretschncider, der Simonismus^ elc, p. 65-67.

2 Wolfgang-Menzel , l'un des plus illustres littérateurs de rAllemagne.

3 Ibid.

" Gibbon.

Qiiinot, la charrue produit uuc nioissou puissante.

Où est cette moisson ?

Et celle vieille home inerte^ quV^st-ce que cela ? les prêtres toujours. Homme inconsidéré, vous dites qu''ils vous em>elop~ pent^ ces monstres patelins, et en même temps que vous êtes enveloppe par eux ! que vous les cachez même , et aussitôt qu'ils surgissent de toutes parts, féroces, puissants , audacieux , à cheval sur des milliers de monuments publics et .9Mr les tours de Notre-Dame^ ^ tyrans absolus et criminellement chéris du foyer , idoles dévorantes du grand monde !...

Eh bien , j'y consens : c'est là une vieille home inerte , et vous êtes d'heureux travailleurs. Que s'ensuit-il? On ne s'y attendait guère. « Parce que nous sommes des « travailleurs, nous avons besoin, plus que •( d'autres, du repos du cœur... — Or — '( pour goûter ce repos, il ne faut pas que « nous trouvions chez nous la vieille dis-

1 « Ils ont placé leurs batteries sur les tours de Notrennmo. » (Dos Jrxiiitat, p. fiO.)

a pille qui est finie tlans la science, que « noire femme ou noire enfant nous dise (( sur Toreiller une leçon apprise et les « paroles cVun autre homme. » (Page i3.) — Quoi ! pauvre homme , bonhomme [page 385), vous avez une femme et une fille savantes, qui, comme le moyen âge, sèment (les ronces sur le sol, et encombrent la charrue de leur époux et père, et recommencent la vieille dispute finie l . . . D'abord, je ne veux point de cette fille pour en faire ma femme.

Quaeris cur nolim te cUiccrc, Galla? diserla esi.

Autant épouser la philosophie , comme vous Tobservez fort sagement {page 288), ou comme dit Lucinde : J'épouserai plutôt kl mort-.

Et que vous disent-elles donc? Je les soupçonne d'aller à la messe et de comprendre infiniment peu vos fantastiques radotages sur le Dieu du vrai et les débauches mystérieuses des confessionnaux, des

* Maniai, XI, 20.

2 Le médecin malgré lui.

couvents, des maisons de jésuites... Comme c'est vilain ! Oh ! oui , voilà bien évidemment une leçon apprise d'un autre homme ^

et une foule de ronces Et c'est sur

l'oreiller qu'elles vous ont joué de si mauvais tours!... Mais que fait-elle là, sur l'oreiller, celte fille malapprise ? Elle y sème des ronces ! elle réveille la vieille dispute finie et raisonne comme votre vieux moine rêveur, conjointement avec sa mère ! Ce sont des femmes savantes? Croyez-moi, Molière a fait pour elles les Précieuses ridicules. Lisez ri la femme., à la file., cette délicieuse comédie... Le prêtre, qui est une vieille borne inerte^ n'a pu leur causer une telle démangeaison... L'oreiller IMais insinuez-vous là des choses?... J'éloigne la fille; elle n'a rien à voir en ces lieux, et moi non plus, je n'y veux pas pénétrer, c'est assez d'une fois.

u Vous savez qu'il est diflicile et même presque impossible de traiter publiquement une question pareille; vous savez aussi que si le vice peut s'introduire, sous les formes les plus abominables , dans le

sancUiaire mystérieux des plus légitimes amours, Tapôtre de la morale doit s'imposer le devoir analogue d^ porter des investigations charitables , sévères et discrètes \ »

Néanmoins mon advei'saire insiste : Le clergé seul excite les femmes et les filles à semer des ronces sur Toreiller du père , parce qu'elles suivent les prêtres. Delà une question nouvelle et fort ingénieuse:

«Les femmes suivent volontiers les forts, « comment se fait-il donc ici qu'elles aient " suivi les faibles? » [Page i3.)

Par ma foi, c'est prodigieux ! — Ne confondons plus les forts avec les prêtres; ceux-ci deviennent , à dater d'à présent, les faibles.

« Il faut bien, dit M. Miclielet , qu'il y « ait un art pour prêter la force aux fai- « blés. (Très-bien.) Cet art ténébreux, qui « est celui d'anéantir la volonté, — sur un « point , pour l'exagérer sur un autre

1 Les Jésuites, p. 36, ligne 7. - Ils (les jésuites) (jouvernent le Ut, dil M. Michclct. .

poinl — je Pai cherché dans ce volume. <( Le dix-seplièmc siècle en eut la théorie; — M. INIichelet s''extenuera bicntôl à prouver (comme il prouve) que le dix-septième siècle en cul la pratique et la tliéorie par Fénclon , Bossuet, madame Guyon, Molinos, etc., etc. ; — « le nôtre en continue » la pratique. » — Et pour ne pas voir que M. jNIichelet se contredit grossièrement et déprécie son siècle (notre j/ct/^) après Tavoir exalté, nous admettrons encore ici une faute de "rammairc. M. Michclet voulait dire sans doute : Le prêtre en continue la j)r(iliqnc au clix-Jiem>icmc siècle. A moins que le prêtre et le siècle ne soient une même chose ; en ce cas, je cherche la faiblesse du prêtre appuyé sur le siècle, et à quoi se réduit reslime que le siècle inspire à M. Michclet.

Et M. Michclet de s'écrier:

Moyennant ceiie pratique^ réalisée par la cIirecti('/2^ il y a deux mariages dans un mariage ; le père et le directeur sont mariés à la même i'emme, et le mieux marié des deux nVst pas celui quVn pense; le mari n'est

c]u\in mari pulatif; le vrai mari, c'est le directeur. Car enfin, « qui a Tesprit a tout ' . » {Page il\.) Or, i° le directeur a Tesprit, puisque... il règle la conduite en ce qui touche le salut éternel, étant à môme d'indiquer à la femme par quels moyens elle conservera la fidélité conjugale. 2° Il a ^OM^; ayant l'esprit, il a le corps; Taveu d'un crime est une occasion nécessaire de faire un crime ; garder un dépôt , c'est le violer; il confisque la fidélité à son profit et déshonore immanquablement son partner.

*i Cela ne peut aller ainsi. »(Ibid.) 3Iais quel moyen d'éviter cela? — Supprimer la confession. — Et que va devenir la femme, pour ne pas dire la fille? Réponse : " Non, cela ne peut aller ainsi. 11 faut que « le mari s'associe la femme dans sa route

« d'idées et de progrès L'homme n'est

« pas innocent de ce qu'il souffre ; il a laissé — l'étourneau — il a laissé la femme en « arrière, et il s'est précipité en avant... « Que cela n'arrive plus. » — INIais que la

c'est proprement un charme.

femme y prenne garde, el la fille surtout : dans la routa d'idées el de progrès se rencontrenl Dref.

M. Miclieletme demande, comme la première fois : «Qui ctes-vous pour enlrcr en champ clos avec le fort? Qu'y a-t-il de commun entre vous et moi ; vous obscur et non professeur illustre, moi qui suis moi? » L'Ecriture sainte , en toute hypothèse , contient une aimable sentence : MeUus est pauper qui amhulat m simplicitate sud^ quàm dives torquens labia sua et insipiens^ Je pense bien plutôt que si M. Michelet se précipite en avant , c'est par cette raison seule qu'il a honte de reculer. Il y a chez M. Michelet cette guerre civile de soi-même dont parle Pythagore. Ici le manque de courage produit ce qui semble TeiTet d'une conviction croissante. Montaigne l'avertit ; n La pire des actions et condi-

1 Mieux vaut le pauvre qui marche dans sa simplicité qde le riche lorJanl ses Ichres^ct délirant.

lions ne me paroît pas si laide, dit-il, comme je trouve laid et lâche de ne l'oser avouer. »

On me fait une histoire. M. Michelet, poursuivi par le fantôme du jésuitisme , donnerait depuis quelque temps , à ses amis et à d'au très, des inquiétudes sérieuses. Cette

monomanie se propagerait L'humanité

avait assez d'un malheur. La Providence, si bonne et si douce, permettrait-elle au mauvais démon qui combat ses influences, d'enchérir sur sa perversité ordinaire, et de pousser nos afflictions jusqu'au comique? Cela ne peut pas aller ainsi, dirai-je à mon tour; il ne faut pas caricaturer la folie.

l'ne lafliqiienonvellp. — Eiifore un mol sur M. Micliclff.

On a imagine de nos jours une lactique dont les anciens conlroversisles ne se doutaient pas.

Pour justifier des doctrines méprisables soit en elles-mêmes , soit dans leurs conséquences prochaines ou éloignées, Técrivain se borne régulièrement à déclarer que la Critique lui impute ces mêmes doctrines et ces mêmes conséquences; puis, contournant son geste, enflant sa voix, crispe d'horreur, il évoque sur cette Critique

faussaire toutes les foudres tle Topinion, et sollicite en retour une commisération pleine de gloire pour le noble écrivain méconnu. Combien de gens attendent, pour s^occuper d^un livre , qu^il ait faiX quelque bruit I Alors, par amour-propre, chacun prend place au foyer des discussions publiques, et déraisonne, puisqu'^il le faut. Avec les déconvenues humiliantes qui résulteront essenliellement d\uie effronterie pareille, naît le désir de s'initier du moins aux notions générales du procès. On cherche un résumé quelconque, dans les journaux, dans la conversation d'un homme qui lit, et tout au plus, dans la plaidoirie contradictoire des parties intéressées, qui joint à l'avantage d'être analytique celui d'amuser les passions, en leur épargnant de grands frais de curiosité. Le livre, qui s'en soucie ? Trouvez deux exemplaires dont les feuilles soient coupées d'un bout à l'autre, Communément, le dernier qui parle, c'est le bon avocat ; je veux dire que le premier doit avoir tort ; ici, le premier, c'est la Critique.

Effet nécessaire cVune double cause : de l'irréflexion d'abord, et ensuite du penchant naturel qui nous porte à servir l'opprimé. Un simple examen du livre sufïïrait pour montrer que l'opprimé est l'oppresseur, et qu'en effet la critique repousse seulement une agression furieuse ; mais , je le répète, on n'a pas lu ce livre, et c'est de la réfutation que les juges veulent dater les débats. Heureuse encore la Critique d'avoir obtenu d'eux une rapide confrontation !

Ceci posé, lorsque j'aurai littéralement reproduit ses absurdités innombrables , ne trouvant pas un plus sûr moyen de constater ma bonne foi et la rigoureuse équité de mes inductions , alors M. Michelet viendra , et sans autre soin , réciter les absurdités en question , assuré qu'il est de soulever ainsi tous les mépris et tous les ridicules. Il ajoutera, pour clause unique et définitive, que telles sont les ignominies dont j'ose grever frauduleusement un homme si considérable.

On s'en lient là. Et M. Michelet triomplic, "cVst vrai ; mais «l'un triomphe qui vaut tout au moins une défaite, et auquel ne manque pas l^antique Mémento du héraut d\armes romain , ou plutôt le cri réprobateur de la conscience profanée.

Conformément au même système, parce quej^ai dit, à Tencontre des thuriféraires du National, que M. Michelet se méprend sur la nature de ses dispositions intellectuelles et se rompt Péchine en voulant enjamber plus que l'étendue de ses jambes'^ ^ mon adversaire et les siens vont prétendre que j''ai rangé M. Michelet dans la classe des idiots; et pour me confondre, ils choisiront cà et là , dans ses volumineux écrits , quelques bribes moins indigestes, quelques sentiments honnêtes, une heureuse échappée de style qui dénote de Thabitude et de la fraîclieur d'imagination. Et partant nul n'est idiot, sinon moi.

^ Montaigne.

En cette position singulière, je maintiens mes premières idées, avec la persuasion qirelles n'impliquent pas de si brutales conséquences.

Il est tels vers dans les rondeaux de M. de Benserade et dans le Napoléon de M. Quinet, que M. de Lamartine et Racine pourraient avouer. Le pire des livres contient quelques bonnes choses. Certaines phrases de M. Michelet me font souvenir, et même un peu trop, des Paroles d'un croyant... Oh ! j''aime les douces choses quHl nous raconte de Famour maternel et de ses adorables puissances {page 3o3); bien qu'en subtilisant sur ce sujet, il Tasséche beaucoup... Métamorphoser Thisloire en roman , c'est, à mon avis, un crime littéraire et social, dès que, par ce moyen, Ton se propose d'induire le peuple en erreur et d'obtenir concurremment des résultats homicides^; néanmoins , il m'est impossible de nier que M. Michelet ne suive cette méthode aA^ec

1 M. Alfred de Vigny a fail du roman avec dcriiisloiro, mais honnf'temenl, franchement, admirablement. Est-il permis de nommer nn si prand écrivain à propos de M. Mi-

une sorlo Jo dextérilc superficielle, mais dangereuse et malhonnête... Il excelle à détourner les mots de leur sens normal; et les faits se dépouillent assez commodément, sous sa plume, de leur cachet dWigine , en attendant une appréciation plus mûre, qui dissipe en fumée tous ses frêles échafaudages.

Ainsi se réduisent à leur juste valeur les seules réponses qui m'aient été faites jusqu'à présent, et celles qui vraisemblablement seront faites de nouveau.

Je me devais à moi-même cette digression.

cheict? Tant qu'il y aura sur la terre des hommes amis du beau, (le la vérité dans l'art, des nobles sentiments, des haules distinctions du style et de la pensée, de la dignité cl de la gloire des lettres, Cinq-Mars vivra; et de mém tous les livres de M. de Vigny.

la léaclioii dévote. — Un laWcau du Guide. — Comparaison. — liiflueuce des jésuites sur relève de Denis Calvart et des Carrachc. — Comme quoi tous ces détails ne sont ni ennuyeux, ni étrangers au sujet.

M. Miclielet veut trouver, clans un tableau du Guide (l^Annonciation) * une « ima- « ge fidèle de la rcaclion dévoie à Tépoque t( d'Henri IV. » — El cela parce que « le des- « sin est incorrect , la couleur fausse, et « pourtant IVfTet séduisant. )»(P«^e23.)

Voilà une sentence portée sur le tableau du Guide.

« On y remarque, dit Lacombe, un pinceau léger et Coulant, une touche gracieuse et spirituelle, un dessin correct, des car-

* Avant 1790, ce tableau appartenait aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques, à Paris, il est liiainiertafat au Louvre.

nations si fraîches qirelles semblent laisser enlrovoir le sang qui circule... La jalousie que les plus grands peintres conçurent du Guide était une preuve de rexcellence de son génie. Le Caravage s^oublia même jusqu'au point de le frapper au visage... »

Nous pèserons une autre fois ces deux témoignages.

M. Michelet remai'((ue , d\ine façon fort judicieuse, que « Fange est un mignon enfant « de chccuvcle seize ans, » et que « la Vierge « en a dix-huit ou vingt. » [Page 24.) — Ce ([ui ne trahit pas du tout une allusion lubrique. Car, dans les Galanteries de la Bihle , Parny fait jouer le même rôle à quelque Lovelace amidonné du pays des circoncis ; et bien au contraire, celui que M. Michelet met en scène est un mignon enfant de chœur de seize ans... J'ai fort envie de savoir s'il y a des enfants de chœur de seize ans qui soient migtions à cet âge, et non pas les plus diilbrmes lourdauds de la Icrre; mais ce serait une chicane, et le sujet m'appelle ailleurs.

Je saurai du moins pourquoi le Guide a fail un mauvais tableau.

Comme type de la Vierge, dit M. Michelet, « le Guide a pris une jeune demoi- (( selle italienne chez elle, sur un prie-Dieu «commode...^. S^il s''est inspiré d'autre « chose, ce n est pas de l'Evangile, mais « bien plutôt des sermons à la mode que « dcbilaient les jésuites dans leurs coquettes « églises. » (Ihid.)

Nulle difliculté. Il est clair que la chose dut se passer ainsi ; et les jésuites viennent à propos ; et le Guide, qui vivait et se ruinait dans les maisons de jeu, le Guide fréquentait beaucoup les jésuites et les églises; et le simple bon sens ne dit pas que la manière du Guide rappelle plutôt l'école flamande de cette époque et le goût fort connu de son premier maître ; et ce fut une grande sottise de la part du Guide, que de donner à l'ange une figure de jeune homme; et, suivant une coutume immémoriale, avant les jésuites, l'ange paraissait sous la forme d'un Philémon cacochyme, la Vierge Marie avec le souffle halclant de lîaucis ,

autre injure des ans; ul... c'est la faute des jésuites.

Malheureusement, mon adversaire ne ticsigne pas les sermons à la mode et les noms de ceux qui les prononçaient ; un seul nom m''eût contenté, la moindre citation m^eiit ravi... Oii sont-elles ces coquettes églises que bâtissaient les jésuites? [Ihid.) Parlez- Vous du Gesu-Nuovo des jésuites napolitains, de la coupole de Saint-André délia J^alle^ des draperies de Lanfranc? Dites-le. J^irai, j''interrogerai les échos assoupis, et ils me diront tous les mielleux soupirs de la « galanterie séraphique. » — Mais, de ma part, cette question suppose une ignorance grossière ; JNI . Michclct ne parle pas pour les petites gens.

Il lui suffît d\ni niot : « La Saluta- (( tion angêliquc^ la Visitation., VyJnnon- (( r/V/^/o/? étaient le sujet chéri sur lequel on «( avait dès longtemps épuisé les imagina-

(( tions. » (Ihid.) — A la rigueur, je pourrais inférer de là que rimagination du Guide , frappée par ces discours chéris^ se porla volontiers vers V Annonciation ; et je n'y vois pas trop grand mal. Mais, pour me persuader qu'il emprunta aux sermons à la mode les fantaisies grivoises que lui prête mon adversaire, il faudrait enfin montrer ces sermons et surtout poser le doigt sur les détails criminels ou suspects.

La Salutation angélique ^ dites-vous , la Visitation^ etc., etc., étaient le sujet sur lequel on avait épuisé dèslongtems les imaginations.— Epuisé? je nie jusqu'à la preuve, et si je nie toujours , c'est que vous ne prouvez jamais. Depuis longtemps? Sans doute . Depuis la naissance de l'Eglise j usqu'à l'heure qu'il est, en ses époques primitives comme au moyen âge, au temps de la renaissance comme au soleil des libertés constitutionnelles issues de la révolution, jamais les prêtres n'ont cessé un seul jour de réciter la Salutation angélique, d'en ordonner la récitation aux fidèles, et d'expo-

ser puhliquomcnl les mystérieux dclalls qui s'y rallaclicnl. Il csl nicnic clonnanl que le Guide n'ait pas puise de préférence ses inspirations dans TEvangile. Nulle part la visite de PAnge, sa douce et resplendissante figure, Tintérieur de la maison qu'habitait la sainte Vierge, les inellldiles communications qui furent échangées, les émotions, les anxiétés, les attitudes, nulle part la scène entière n'a pris des proportions aussi déterminées, aussi minutieuses môme, si j'ose le dire. Le Guide eût trouvé là son oeuvre toute faite. 11 l'eût trouvée encore dans les écrits des Pères, spécialement de saint Ambroise, et surtout de saint Bernard, qui n'écrivait pas sous le règne de Henri IV'. Il l'eût trouvée, s'il vivait au milieu de nous, dans ces petits chefs-d'œuvre forts négligés et fort précieux que de modestes génies viennent déposer chaque jour sur les autels consacrés à la mère de Dieu. Et je soutiens qu'il l'a trouvée là. — M. Michelet doit accuser i° l'Evangile et l'Eglise plutôt que les jésuites; l'Evangile a dit : « Or, l'ange Gabriel fut envoyé de Dieu

en une ville de Galilée, appelée Nazareth , à une vierge quVui homme de la maison de David avait épousée ; et cette vierge s'appelait Marie. L'ange, étant entré où elle était , lui dit : Je vous salue , ô pleine de gT'cice^ le Seigneur est avec vous^ vous êtes bénie entre les femmes. Mais elle, l'ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. L'ange lui dit : Ne craignez point, Marie... Vous concevrez dans votre sein^ et vous enfanterez un fils à qui vous donnerez le nom de Jèswi, etc. , etc.. Alors Marie dit à l'ange : Comment cela se fera-t-il, car je connais point d^ homme. L'ange lui répondit : L,e Saint-Esprit swviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. » — INL Michelet doit accuser 2° l'Ancien Testament. On lit au livre de Tobie : Tune egressus Tohias invenit juvenem splendidum , « alors Tobie trouva un jeune homme fort bien fait , » qui était un ange. — De la Genèse à l'Apocalypse , l'Ecrilure sainte ne parle presque jamais de l'apparition d'un ange.

sans remarquer sa jeunesse et sa beauté. — La raison même, à défaut des deux Testaments , réprouve les folles idées de M. Michelel.

Ainsi , les jésuites, en prêchant sur TAnnonciation , n'^auraient guère trouvé moyen d'enchérir sur les détails que Ton vient de voir. D\iutre part , il n"'est pas démontré qu\\ Fépoque du Guide, V Annonciation fît plus que jamais le sujet des sermons à la mode. Alors même que mon adversaire le prouverait, j'aurai prouvé de mon côté que les jésuites , en suivant l'exemple de Dieu , auteur des Ecritures sacrées , ne couraient pas grand risque de corrompre la morale et les arts.

Que les jésniles expliquaient aux poliies filles le sexe et les mysliVes (le lu génération.

— Tout aussi logiquement , M. Michelet reproche aux PP. jésuites , aux dominicains et aux franciscains, d'avoir traité devant les enfants, dos quoslions do sexe ,

cl''avoir occupé les petites filles de leur sexe et de son plus secret mystère. {Pages 174 et 175.) Et la raison qu'il en donne , la voici : c'est que , « tous ces moines , gens voués « au célibat (N. B.), écrivaient des livres « comme celui de Gravois, de ortu etpro- (( gressu cultûs immaculati conceptûs ;

Notez d'abord que cet ouvrage est écrit en latin, in-4°; que la plus grande partie des ouvrages publiés sur la matière sont écrits dans la même langue , peu habituelle aux enfants et aux petites filles ; que ceux même qui sont écrits en français , le sont d\me manière qui les rend beaucoup plus inaccessibles pour le commun des hommes, manière abstraite, style de scolastique ; que d'ailleurs, ces discussions ténébreuses ne sortaient pas de l'enceinte des universités et des couvents, qu'il n'arriva jamais au prêtre de les exposer dans les chaires , et qu'enfin l'Ecriture sainte, dont la lecture est permise probablement, réclame à ce sujet

* De Torigine et du progrès du culte de rimmaculée conception.

lOLiles les mah'iliclioiis do Tilliistro proiesseur. Voir ci-dessus.

le lahlciiii (lu Ciiido. — Suile.

Mais patience, M. Miclielet va convaincre les jésuites cl*'avoir falsifié I^Evangile en couvrant le texte sacre de fades enluminures, et tellement falsifié Part, que dès lors le Guide ne pouvait faire un meilleur tableau. — Non pas.

M. Miclielet répète aussitôt, en forme d'argument palmaire, que « ce joli tableau « est de conséquence.^ comme oeuvre carac- « téristique d\mc époque mauvaise » (/;. 24). — Cest pourquoi nous présumerons qii\nie grande pensée se remue sous l'expression joli tableau de conséquence... comme si M. Miclielet voulait dire : « En considérant cette jolie toile inspirée par le jésuitisme, il devient facile d'apprécier le jésuitisme par elle. L'influence qu'il exerçait sur le Gui4e résulte indubitablement de celle

que subissait la sociélc tout entière. Voilà justement pourquoi votre fille est muette. Quelle philosopliie ! et quelle invention logique î

Cela fait, nous n'avons plus qu'à mettre en présence le tableau, et l'époque, et les jésuites.

Voilà le tableau ; voici l'époque :

lo P. Collon. — Henri IV. — fiakiellc d'EsIrées. — Encore la rcaclion (icvole.

On annonce l'époque. — Son nom? — I.a réaction décote. — Comment? — La réaction dévoie. — On ne s'appelle point ainsi , en français. . . Cependant faites entrer la réaction dévote.

Voilà wne pauvre feniTtie bien lasse. «Elle «a fait les campagnes (c'est-à-dire les « îJiassacres ) du seizième siècle , et porté « le mousquet aux processions de la Li- « gue » {p. 25). — A la voir, personne ne l'eut deviné.

Parhleii! s'écrie M, Michelel, qui lient roflice tle cornac, la chose marche toute seule. Si madame s'est k humanisée tout à f coup, c'est qu'elle est devenue bénigne « (n'en déplaise à M. delà Palisse); c'estqu'il « faut bien essayer d'endormir ceux ([u'on » n'a pas pu tuer. » (Ibid.) — Si bien que les sanglants massacres du siècle d'hier ne suflisent pointa ses appétits carnassiers; cette doucereuse placidité n'est qu'une feintepour étoufTer l'Ame à défaut du corps.

« L'entreprise, au reste, n'était pas si « difficile : tout le monde avait sommeil , « après cette grande fatigue. Henri IV, s'en- « dormant comme les autres, ou voulant « les endormir , leur donnait l'exemple et « se remettait de bonne grâce aux mains « dupèreCottonetdeGabrielle M (/;.25).- — D'où suitvisiblement que la réaction dévote voulait endormir ceux qu'elle avait endormis, et, si j'ose le dire, enfoncer une porte ouverte.

La partie est fort bien arrangée. Le père

Cotton vient là fort à propos, en compagnie cVune prostituée royale.

L''infatigable Béarnais avait sommeil^ en ce sens qu'il se 4ivrait à la débauche ; « tellement, dit Mézerai, qu'on ne saurait même donner à ses amours le nom de galanterie ;» et , ajoute Bayle , « qu'il n'y eut jamais d'homme plus indigne d'avoir une épouse fidèle. )) Ainsi voulait-il que tout le monde eût sommeil, et faire de la débauche une loi de l'Etat. Chacun , pour lui plaire, devait avoir sa Gabrielle,et, le hideux diplomate, afin d'y parvenir plus sûrement, il avait rapproché de sa personne le père Cotton , jésuite ! . . .Ainsi l'exigeait la réaction dévote. — L'histoire n'en dit rien du tout. Mais à la clarté des yeux de son chat, M. Michelet l'a vu. — La raison s'en offense, qu'est-ce que la raison ?

L'histoire, soeur germaine de la raison, nous rapporte que le père Cotton se rendit à la cour de France, sur l'invitation du ce-

Icbre Lcstliguières, et que le roi, salisfail de ses mœurs ' et de sa haute iiitelligencc, le prit pour confesseur, puis voulut lui donner, avec un archevêché , le chapeau de cardinal, qu^il refusa". LMiistoire raconte aussi que, durant le séjour du père Cotton à Versailles , Henri IV, ayant examiné mûre» ment toutes les pièces du procès, rappela les jésuites, comme plus propres et plus capables que les autres pour instruire la jeunesse ^. « Cotton, dit le président Grammont, était Torateur le plus éloquent de sou siècle , le religieux le plus désintéressé,

1 Oii sait que, par une inconséquence élonnanle mais iiiilurellc pourlaul, les liomines les plus corrompus [tour leur propre compte, sont bien sou\ent ceux qui censurent le plus minulieusemcnt la conduite tics autres.

2 Henri IV PofTrit également à saint l'rançois de Sales. — Il n'est pas hors de propos d'observer que le père de Pierre Coltou était secrétaire des comniandcmcnls de la reine mère. Celle circonslauce, jointe à ses mérites et aux recommandalions de Lesdiguières, contribua probablement à le rapprocher d'Henri IV.

■1 Lettre de Henri IV au cardinal d'Ossat, écrite de Lyon, le 20 janvier IG02. — Henri IV légua son cœur au collège des jésuites de la Flèche. — Comme preuve du peu dVslimc qu'il faisait du P. Cotton spécialement, je cite une parole qui, pour C'Irc fulilc en a(i|)arence, n'en a pas moins de signilicalion. (' le roi, disait un homme de cour, a du Cation plein ks oreilles. »

le plus modesle ; il conserva toute sa vertu au milieu de la contagion de la cour. C'était un lis entre les épines ^. » — « Ceux qui Tont connu particulièrement, dit Dupleix, peuvent porter témoignage que c'était un parfait religieux '. » — « On ne voit pas, dit M. Tabbé Coltret, que cet emploi délicat de confesseur, lorsqu'il est question surtout à\\n prince tel que Henri IV , ait apporté quelque changement à la conduite de ce monarque; mais son confesseur sut. conserver, avec les égards qu'il pouvait avoir pour un grand roi, la réputation d'un saint religieux et Teslime des plus illustres personnages. Lorsqu'il mourut (le 19 mars 1G26), un grand concours de peuple assista à ses funérailles. Il s'était fait la réputation d'un saint homme. Saint François de Sales avait pour lui une estime particulière. ))

Tel fut le père Pierre Collon sous le rapport des mœurs , s'il faut prendre riiistoire au sérieux. Ce noir complice des

* Hist. GaUiœ, p. 678.

- Hist. de ncnri le Grand, p. 3i9.

gahuilt'iies d'ilenii IV , ce dij^iic reprcseiitant tVime société stupide , iiisalialjle el impudique, refusait d\nie part la baretle et rarchevcchc d'Arles ; de Tautre , il dérobait à ses infâmes emplois le temps nécessaire pour écrire un traité du sacrifice de la messe , un grand nombre de sermons, une Lettre déclara toire de la doctrine des pères jésuites , conforme à la doctrine du concile de Trente} Geiiè ce plagiaire y gros in-folio , etc.

Toujours est-il que « la tactique du confesseur ne différait pas beaucoup de celle de la maîtresse. » {Page 26.) M. Michelet Tassure. — Et à ce propos, les étudiants du Collège de France apprendront tous les manèges des miellés ; M. INIichelet , comme prêtre du wvant et du vrai^ leur dira quelles sont les mille et une roueries dVne femme perdue, et par quels moyens insidieux elle sauve les apparences de l'honneur, en exploitant les débauches de son royal amant ; sur le témoi-

gnage d\in homme qui a découvert le ciel * et tant d'autres choses, la jeunesseadmettra^ sans plus d'examen, que le pèreCotton singeait de point en point Gabrielle d'Estrées, et, « que son adresse, à lui comme à elle, « était de refuser parfois, d'ajourner et de « faire languir , de sévir , mais molle- « ment, puis enfin de s'attendrir, par trop « grande bonté de coeur.... » (Ibid.) Ils apprécieront celte réticence, que n'eût point dédaignée l'Arétin.

Lisez , s'il vous plait , les pages 27, 28 et suivantes.

Qui doute maintenant que le roi ne fût obligé^ en ces temps-là, de communier à fours fixes? — Personne, puisque ainsi l'a jugé cet illustre professeur d'histoire. {Page 27.)

Eh bien ! comme il faut se confesser pour communier, et que régulièrement le Z)i'«^/^ à quatre avait sur la conscience une quan-

* Dis JésuiteSj page 60.

tilépliis on moins considcrahlc de bâtards, rahsoliition devenait tlillicile, vu la récidive surtout. Mais

On trouve avec le ciel des aecommodcnicnls.

Le père Cotlon disait au roi : Faisons un marché : je vous en passerai beaucoup ' ; passez-m'en. « Et tel amour coûtait au « roi un secret d'Etat, tel l>atard une « ordonnance. » {Page 27.) Après quoi Tabsolution allait toute seule. « Je vous laisse telle nuii'tresse^ disait encore le jésuite, si en échange vous me donnez Téducation du Dauphin. » (lùi'd.)

On admet dillicilement qu\me telle effronterie soit possible, car elle dépasse les limites de la vraisemblance, je le sais. Mais son invraisemblance, dès que les preuves sont faites, la définit précisément et en révèle mieux que toutes choses du monde le vrai caractère et Pétendue.

1 Cesl le style de M. Michelet. Combien îc père Cotton en passa-t-il à Henri IV, clc., olc. (Page'il.)

C'est pourquoi, en dépit du simple bon sens et de la dignité humaiiie , je veux suivre pas. à pas M. Michelet dans son labyrinthe, sans regarder à droite ou à gauche, ni même ouvrir la bouche.

Donc, le père Cotton servait les anlours d'Henri IV, et spéculait sur Tadultère *, les bâtards et des turpitudes de tous genres, pour dormir et faire dormir ses sujets, au bénéfice de la compagnie de Jésus..

Henri IV, comme un imbécile qu'il était, no manquait pas de donner dans le piège. Il avait grand besoin de la permission du jésuite pour prendre une maîtresse ; sans celte formalité, il n'osait pas. C'était un de ces rois que le premier venu peut forcer de (omtnunier à jours fixes ; c'était une de ces natures hypocrites et peureuses , ridicules et abominables, qui ménagent le diable et les saints, (|ul vont à l'Eucharistie tout

1 GabricUe avait épousé, par l'entremise crHenri IV, Nicolas (rAmcrval , seigneur do Liancourt, avec lequel elle n'hal)ita point.

fumants de dôbauclic, et en disant à la pourriture : ie reviendrai tout àriieiiie !... M. Miclielet tient de bonne part le secret des confessions royales. Prêtre avisé du moins ! Pour savoir, il n'a pas besoin d'entendre : s'il n'entendit de ses propres oreilles les aveux d'Henri IV, sa perspicacité les devine infailliblement sur les apparences, et, comme on dit, sur les antécédents et les conséquents. Il est hors de doute que le Vert-Galant péchait par injonction du confesseur , e"t point malgré ses observations et remontrances sévères... Ce n'est pas précisément pour expier son austérité sacerdotale que plus tard le père Cotton abandonna la cour, ou il ne pouvait rien faire ^ et qu'il faillit être assassiné.

Ces horribles marchés de concessions et de bâtards, d'édits et de maîtresses, personne n'aurait droit de les contester et de prétendre que, pour y croire, le témoignage de l'histoire contemporaine se fait désirer.

Il est également cer;,ain que, par suite de ces manœuvres, la réaction religieuse ou compagnie de Jésus étendit démesurément sa puissance, et qu'en «accordant ainsi des « faiblesses d'hommes pour des faiblesses « politiques , le père Cotton et le père La <( Chaise saisissaient partout Thomme au « moyen de la femme, et par la femme « Tenfant. » {Page ij,)

Tout ceci, à coup sûr, paraît clair comme le jour et s'enchaîne bien.

les jésuites. — le divin poupon. — Les femmes et les paradis sous verre. ■: — les eufants.

Cependant^ continue M. Michelet, « les « jésuites rencontraient plus d'un obsta- « cle, un surtout bien grave: leui' réputa- « (ion de jésuites. » (Ibid.) Et, comme pendant du portrait que j'ai donné dans le premier livre, M. Michelet présente celuici : « Les jésuites luisaient faux à cent pas : « Faux d'expression , d'accent ; faux de « geste et d'attitude , manières , exagérés.

« souvent mo])iles à l'excès. Celle mobi- « lilé amusait, mais elle mettait en garde; «( mais les grâces apprises , les allures sa- <( vamment obliques, etc., etc., ne sont « rien moins que rassurantes. Ils travail- « laient à se faire simples, etc., etc., bon-

« nés gens La grimace les trahissait. »

{Page 28.) — Le passage est curieux ; au moins est-il écrit en français , et même finement écrit, sauf le barbarisme : Luïre faux de geste ^ etc., etc.

Oh ! quels serpents que ces jésuites !

Quels déplorables polichincls ! Cétait

sérieusement un grand obstacle.

Eh bien donc, puisqu'il en est ainsi, je m'empresse d'affirmer que <( les jésuites « étaient déjà beaucoup trop connus. »

{Page 27.) — Et voilà que, nonobstant une réputation si misérable, ce niais d'Henri IV, et ce niais de Louis XIV, et cette France trois fois niaise permirent à la royauté des Cotton et des Lachaise Ae grandir vis-à-vis la royauté des Bouibons et de l'absorber même ! (Pag-' 25.)

Insolent qui dirait : Vous avez menti, professeur illustre. Jamais saint Cliarles Borromée, danj ses lettres ni autre part , n^appelle les jésuites « intrigants , brouillons ^ » etc. {P.Q.'j). Je vous défie d'exhiber les pièces. Alors môme que Tarclievcque de Milan, pour blâmer la conduite de quelques individus, aurait employé des expressions durcs,celles-làn''étaient point dans son usage et répugnaient à sa haute délicatesse comme à sa charité '. — Et ensuite, il y a des indignes dans toutes les corporations les plus saintes, même dans cette sainte Université dont vous faites partie; et c'est une pitoyable façon de raisonner que de conclure des individus à la corporation tout entière.

Insolent, je le répète, qui tiendrait ce langage. Non^ je veux être en colère^ dit Martine "'. Les jésuites , «^/.r allures ser~ pentines et obliques , Font bien mérité.

Mais, quelle que fut leur décadence, les

1 Ce fut saint Charles Forronicc qui décida fcntréo de Pierre Colton chez les jésuites.

- Molière , le Médecin malnré lui. ,

jésuites « avaient près des femmes un mcrile « qui rachetait tout : ils aimaient les en- « fants. » {Page 29.) — Ici, nous ne sommes plus d'accord.

Les jésuites aimaient les enfants. Jésus les aimait aussi. Tout homme qui n'aime pas les enfants est un homme mauvais, bien piie que celui qui n'aime pas la musique. Platon, Esope, Origène, Fénelon, Bossuet, Rollin, saint Vincent de Paul et Napoléon aimaient les enfants ; ils trouvaient «pour les faire rire, le petitmot caressant.» {Ib'id.) J'avoue que , sans être Napoléon ni Bossuet, je les aime beaucoup, beaucoup, ces cliers petits êtres, si purs, si faibles, si différents de nous qui sommes des hommes, si aimants eux-mêmes, ces fils de nos mères ! Et j'admire ces époques singulières où, comme toujours, le génie des arts se conformait au goût des esprits et suivait l'éternelle loi de l'esthétique, jetant au moule son gigantesque saint Christophe, peuplant de chimères symboliques les frontons et les pourtours extérieurs et intérieurs de nos vieilles cathédrales, para-

bolisant, pour ainsi dire, toutes choses ; j^aclmire qu'à cette époque , la statuaire et la peinture, voulant exprimer Pamour et le dévouement obligatoire du jésuite pour riiumanité entière , aient quelquefois représenté saint Ignace ou saint François Xavier avec un divin poupon'^. — Poaponl.,. «Cest, en effet, le « mot qu'on « trouve à chaque page de saint François « de Sales. » {Pag-e 29.)

L'étonnement de M. Michelet m'étonne ainsi que sa malice ; mais M. Michelet ne m'a point associe dans sa rouie d'idées et de progrès.

Il est encore prouve que « les Jésuites » (crime abominable) « commencèrent à faire « ces petits p.iradis sous verre où les « femmes » (et non les hommes) « aimaient « à voir l'enfant de cire couché dans les « fleurs. )) [Page 29.) — Il est au moins avéré qu'on ne saurait plus impudiquement pratiquer une plus sotte idolâtrie.

* Mot inusité aujourd'hui, mais qui alors Pourquoi

riez-vous ?

Or donc, les jôsuiles aimaient si fort les enfants, qu'ils « ne clodaignaient pas dV'tre i( régents, d'enseigner la gpammaiie et « ^''apprendre à décliner ^)) (Ibid.) — Tous les professeurs et maîtres d'école, tous les pères de famille ou à peu près, et M. Miclielet lui-même en font bien autant... Mais ce n'est pas ce que M. Miclielet veut dire : les jésuites seuls j' mettent des intentions perverses, car ils veulent influencer les femmes de cette manière, et ensuite satisfaire certaines fantaisies honteuses... que l'illustre professeur abandonne i» la sagacité de son jeune auditoire.

Cependant )> (car la réserve ne manque point à Pappel)," cependant, il y avait bien « des gens qui leur confiaient leur âme et <( qui hésitaient à leur confier leurs fils. » Çlbi'd.) — Gens incroyables, puisqu'au dire du Sauveur du monde, il vaut mieux tout perdre que de perdre son Ame î Enorme inconséquence , dégradante ineplie que

' Osi encore une faute de français. ^

celle-là : confier son ànie à qui Ton n'oserail confier son fils I !

Ainsi, chose convenue, les jésuites en-levaient les enfants et tout à la fois les enfants leur échappaient.

M. Michelet nous échappe lui-même.

Cest lui, et puis ce n"'est pas lui , et puis vous sentez qu'il vous passe entre les doigts. — « N'est-ce pas vous qui vous appelez Sganarelle ? — Hé ! quoi ? — Je vous demande si ce n'est pas vous qui se nomme Sganarelle ? — Oui et non , selon ce que vous lui voulez. »

Mais vous savez comment se prennent les alouettes. « Leur bonheur leur donna « (aux jésuites) pour auxihaire, un grand u enfant, fin et sage, qui justement avait « tout ce qui leur manquait pour inspirer « confiance, une charmante simplicité. >» (Page "do.) — Finesse et simplicité se réunissent peu, chez un enfant surtout, encore moins chez un grand enfant^ qui d'ordinaire

tient beaucoup cVun idiot, comme IV'nfanl (le cliocur du soi-disant Guide. Au sens de Voltaire, il esti-are que la finesse ne soit pas mêlée d'un peu de fourberie : la politique Tadmet , la société la réprouve.

Eh bien ! ce grand enfant , cYtait saint François de Sales; rien que cela.

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