‹ Du prêtreChapitre 7 sur 17 · SAINT FRANÇOIS DE SALES ET M'"' DE CUANTÀL · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS DE SALES ET M'"' DE CUANTÀL

Inlriiiiic amoureose. — Louf ooiuoiirs h la ii'aclion dnole. Madame de Cliaiilal ENTRE à l.i Visitalioii. — Los résultais.

Kl d^ibortl, voici maJaiiic de Cliantal.

Nous laisserons encore la biographie et les contes pour rire.

On fait de Tesprit. On observe très-judicieusement que madame de Chantai est née en 1072, r année de la Saint-Uarlhélemy {p(igc 38). — Moins judicieusement, M. de Marsollicr avait dit : le 23 janvier, joiœ de Samt'Jcan-V Aumônier., ce qui fut regardé comme un présage de ce tendre

amour qu'elle eut toute sa vie pour les pauvres ' .

On nous peint saint François de Sales comme une espèce d^amoureux blafàtre et un damoiseau de bas étage. 11 séduit et endort, par des complaisances de chat, les bons parents de la jeune dame, entre lesquels un archevêque de Bourges , et le beau-père. Il fait sa cour aux petits enfants et à la nourrice ^ ni plus ni moins qiCime jeune-recrue sensible; il a pour eux mille caresses. Ainsi renseignent Possevino et Gui Pancirole. Il appelle madame de Chantai sa chère sœur et sa chère fille ^ et croit manifestei' ainsi sa flamme, comme si tous les évêques, en style officiel, n'en faisaient pas autant, — et quoiqu'aufbnd le bonhomme soit chaste"'.

Mais la jeune dame a un confesseur, et tout ce que peut obtenir saint François de

1 vie de saint François de Sales, tome T', édit. de 1833.

- Dans la première partie , j'ai donné à saint François de Sales la qualité de Français. Il Tétait par le langage ; et Henri IV le regardait si bien comme Ici, qu'il lui oflril* coadjulnrcrio de Paris. (S. C. M.)

Sales , c^csl l'emploi de directeur. Le coîi" Jesseur borné se prend de jalousie ; une guerre s'engage à la sourdine. A qui la pénitente ? à moi — à moi plutôt. Et la pénitente, ainsi tiraillée en deux sens , ne sait à quel saint se vouer. Bagatelle que tout cela ! Le directeur est fin; il engage la pénitente à ménageries susceptibilités du confesseur, et ne manque pas de « soumettre d'avance à « celui-ci les conseils qu'il pourra don- « ner » {page ^o) ^ pour l'enjôler à coup sûr, et n'en faire qu'à sa guise. Au fait, vous croyez qu'ainsi tout va pour le mieux ? et vraiment saint François de Sales paraît pousser jusqu'au prodige la modération , l'abnégation de soi-même et l'ineptie ; c'est une erreur bien grande. M. Michelet déclare que les apparences trompent ; je n'en dois point douter. — Je ne dois pas dire que tout ceci est pur mensonge, et qu'aussi bien M. Quinct me donnera la nouvelle ci-dessous : Saint Louis gagna ses éperons à Marengo , et M. Michelet le droit d'écrire en parlant fi'ancais une fois dans sa vie.

Suivez rintrigue.

Saint François de Saîes (1567-1622) emploie le langage de son époque, pour exprimer l'attachement qu'il a voue en Notre-Seigneur Jésus-Christ à madame de Chantai; il lui dit : Je parle devant le Dieu de mon cœur, etc. , etc. ; Vajfection que je vous ai , a une certaine particularité qui me console infiniment et qui m'est extrêmement profitable \ — Donc... Mais je ne prévois aucune conséquence, à moins de suppositions cyniques.

«C'est à elle, à ses enfants qu'il pense au « moment de la communion ; ils font péni- « tence aux mêmes jours, ils communient « ensemble )> {pcige 4i). — Cela pourrait être, cela est. Pourquoi non ? M. Michelet

1 Cité à la page 41 du libelle. — M. Michelet renvoie son lecteur au tome via des œuvres de saint François de Sales, éd. de 1833, qu'il a eue constamment sous les yeux, dit-il, et il indique les pages 31 1 et 272 comme renfermant des lettres galantes du Saint à madame de Chantai. Je trouve à la page 31 1 : Lettre à tm ami qui lui avait envoyé un livre qu'il avait composé sur l'autorité des deux puissances. (J'ai parlé ou je parlerai de celte lettre.) El à la page 272 : Lettre à une dame: le moyen d'être tout à Dieu, c'' est de crucifier nos inclinations les plus vives. — Donc, le P. I.oriqucl fut un historien faussaire !

— 2:Vi —

suit sa niélhotlc aflinée. Et, à la ngiicur, que veut-il dire ?...

On loue sa chasteté de plume /...

Mon devoir nVst pas , je le déclare, d^imiter cette chasteté. Je n'ai pas besoin d'hypocrisie. Sans détours , je soutiens qu'il accumule les détails, qu'il les exagère et les invente, pour imputer finalement à madame de Chantai et à son directeur des inclinations misérables. Les épithctes flatteuses dont il a parsemé ses perfides calomnies n'en diminuent point la portée ; je n'y vois qu'une grossière façon de donner le change à des esprits irréfléchis ou ignorants.

Dire d'un homme qu'il est sincère et qu'il est faux, qu'il est pur et qu'il joue une repoussante comédie de Lovelace, qu'il fiiit en quelque sorte de l'autel un lit moelleux pour ses amours mystiquement charnelles, qu'est-ce que cela? Et qu'est-ce donc enfin que de multiplier les citations mensongères et les fables de toutes couleurs,

dans l'évidente intention d'accréditer ces intrigues chimériques ?

L'évêque de Genève était un saint, aux yeux de madame de Chantai , comme du monde entier. Le directeur, qui n'avait pas deviné, cent ans d'avance, le style poU et chaste d'un siècle impudique , se conforme à l'usage existant, et parle comme on parlait alors , il écrit de même ; il entretient une correspondance spirituelle avec cette pieuse dame, se conformant toujours à l'usage commun ; il parle , devant Dieu , de son affection spéciale qui le console infiniment et lui est extrêmement profitable ^ des prières qu'il fait pour elle et pour son fils, etc., etc. — De son côté, madame de Chantai croit fermement, je le présume, à l'efficacité des prières du Saint; elle se persuade qu'en les rapprochant des siennes autant que possible, elle donnera par là même à celles-ci quelque chose du parfum qui s'exhale des premières et réjouit le coeur de Dieu : elle cherche à mêler une fleur dans ce bouquet céleste... Et, en tout honneur, M. Michelet viendra

me raconter que ces communications ravissantes cl immaculées recèlent au fond je ne sais quelle surprise brutale des sens !

Il use de restrictions , ce grand ennemi des restrictions ,• sa chasteté de plume fait la nerveuse et reflarouchée. Mais un instant , et vous aurez le lin mol.

Madame de Chantai, « pour cire une « sainte, n*'en avait pas moins des abîmes « de passion inconnue ! » {Pag^^ 42-)

On lit dans l'histoire : « Le saint évoque et la comtesse de Sales <f sa mere^ voulant accomplir un voeu qu'ils avaient fait à saint Claude , il en donna a^is à madame de Chantai, à qui il a^ait ouï dire qu'elle en ai'aitjiiii un pareU^ et il lui marqua le jour qu'il devait arriver. Madame de Ciiantal s'y rendit '. »

1 Elle avait lié une étroite amitié avec la comtesse de Sales, nii^re du saint prélat, qui lui avait fait promettre qu'elle viendrait la voir. » Maupas, Marsollier (|)age 470) et tous les historiens de la vie de saint François. — il écrit à cette même dame : Dieu sait combien votre chère fille jn'est précieuse, comme une propre seaur. — Encore une maîtresse.

Ici , c'est une passw7i inconnue qui la mène. Celte passion inconnue , ce spleen d'Ariane , cette rage utérine la rapproche de son Silenciaire , et la pousse violemment à faire du directeur un confesseur, à prononcer entre les mains de saint François de Sales le voeu d'obéissance, vœu si doux à prononcer en des mains aimées ! ! etc. [Pages 42 et 4^0

Parce qu\me pénitente choisit de préférence tel ou tel confesseur, il faut bien que son cœur soit séduit et sa vertu malade ! Parce que saint François de Sales, livré sans réserve aux lointaines occupations de Papostolal, ne pouvait assister constamment à Dijon sa pénitente , celle-ci, qui est une personne de haute qualité, s''expose aux plus hideux soupçons , si elle se dirige de temps à autre vers les différents pays où réside son confesseur ! . . . Des amis, fort honnêtes et non poussés par des appétits libidineux, ne sYcrivent jamais : Frétiez nous voir; et jamais ne répondent : Je sais lié des pieds et des mains / ^incommodité du voyage passé ne vous étouTie-t-elle pas?

710US verrons entre ci et Pasqucs ! [P. 440 Après six semaines^ madame de Chau' tal écrit à son directeur ( non pas seulement ^//V//<? voudrait le voir encore *) mais cjuVlle voudrait se confesser encore ou réclamer ses conseils. — Et je dois en conclure que « ce n'est plus qu'orages en elle, que tentations ! » {Page 43.)

Elle a « des doutes même sur la foi [ihid)^)y — Et c'est nécessairement une rage utérine qui la réduit à cette pénible position d'esprit !

« Elle dit cette parole sombre : Il y a quelque chose en moi qui n'a jamais été satisfait. » (Ibid.) — Et voilà une échappée de bacchante! Et cette parole signifie , sauf ia chasteté de plume , qu'elle voudrait de saint François de Sales ce que Phèdre voulait d'IIippolyteî Et nul ne verra qu'il est uniquement question de ce sublime malaise , si merveilleusement défini par saint Augustin : Domine Deus ^ irrequietum est cor nostrum donec requiescat in te ! et

' Pnpp n.

mieux encore j)ar saiuL Paul : Cupio dissolvi^ etc. , etc. I . . . Et le National sVcriera : « Remercions M. Michelet cravoir fait acte (le bonne philosophie ! »

Or, saint François de Sales cachait toujours son jeu ; cet homme sincère était toujours un fourbe.

« Il fait semblant de n* entendre qu'à moitié {page 43); il veut ne pas comprendre que la dame de ses pensées brûle pour lui cPune flamme inextinguible.

<( Il n'écoute ses scrupules que pour Pen- « gager à n'y point réfléchir. )> — Et c'est là une tactique de galanterie boudeuse !

Il l'occupe de ses dettes à payer (dettes de madame de Chantai). — Mais l'amphibologie fait bien.

« Elle lira parfois de hcîis livres , » — et le Tartuffe lui conseille quelques mauvais livres... (Ibid.)

Cette sainte personne, que l'Eglise a placée sur nos autels, passe donc par toutes

les vicissitudes des tentations et du doute.

« Elle ne sait plus à la fin si elle ne va « pas s^ enterrer aux Carmélites ou se re- « marier. » {Page 44-) — Tant est vive et dcscspcrée la passion qui l'entraîne vers saint François de Sales. {Page 46.) Et de fait , qu'on me permette de le dire , il est assez d\isage aujourd''hui que les Didons du Quartier-Latin, dans leurs chagrins d'amour, menacent leurs fils d'Aiichise de la guimpe ou de la mort ^.. Fi donc!

« Un docteur de Sorbonne la pousse aux Carmélites. » {Page 45.) "Craignant que son amante ne lui soit enlevée, saint François de Sales fait trêve de rigueurs diplomatiques; et d'autant mieux qu'avec la meilleure volonté du monde, il devait malaisément concilier cette indilîerence et ses chaleureux empressements.

1 Voyez ci-dessous pour ce qui est du second mariage de madnme de Clianlal.

2 Je tlierrhc à la page 33G du lome viti, éd. de 1833, suivant Tindicalion de M. Michcict, cl Je ne trouve point qu il y soit (jueslion de cette alTairo. Je trouve ; Lettre à un de ses omis. Il le console de lu mort de son frère.

Tout à coup , par bonheur , « le saint « trouve un aliment à cette puissante « flamme qvHl avait trop allumée » (/?. 46), — malgré ses feintes rigueurs. Ou, en d'autres termes, le directeur permet à madame de Chantai « d'entrer au couvent de la « Visitation. » (Ihid.) — Ce qui fait la finesse du moyen, c'est qu'à l'époque indiquée par M. Michelet(i6o7), la Visitation n'existait pas encore, et qu'elle fut précisément fondée par madame de Chantai et saint François de Sales, le 6 juin i6io '.

Bien entendu que la puissante flamme trouva un alimeiit dans les pratiques de la Visitation. — Un aliment signifie peutêtre une diversion puissante.

Dès quelle visitait les malades et les pauvres, madame de Chantai devait oublier

1 Saint François de Sales a\ait quarante-trois ans, et madame de Chantai trente-huit ans. — «Pour éprouver sa soumission , il lui proposa de se faire religieuse de Sainte- Claire, puis sœur de Thôpilal dcBeaunc, et enfin Carmélitc.n (Extrait de sa vie, écrite parMarsollier,pa(/c 490.) — M. Mirhclct suppose un dialogue ridicule, et conclut que Tangéliquc abnégation de madame de Chantai provenait encore de sa passion violente pour ré\êquc d« Genève.

— '2 A"! — sainl François Je Sales, — qui élait pourtant son supérieur immédiat , et quV'lle voyait perpétuellement , plus que jamais , car ci/e voyageait môme dcjondation en fondiition^ sous sa direction aimée. ( Page 48.)

Cest une tâche fort disgracieuse que celle de réfuter M. Michelet. Chaque mot demande une observation. A peine s^il s'en U'ouverait un seul que fauteur n'ait détourné de son vrai sens et qui n'ouvre la porte VI mille interprétations diverses. Le plus ordinairement, comme je l'ai dit, on est forcé de supposer , à défaut de comprendre. Plus souvent encore, la seule réponse possible consiste en ceci : l'auteur invente ce qu'il aliirme ; il ment du commencement à la fin. L'air d'assurance qu'il sait picndre pour débiter ses contes ne laisse pas d'en imposer au premier abord. Comment croire à tant d'audace ? Qui oserait s'inscrire en faux contre des citations portant noms d'auteurs , édition des livres , indication du format et

(les pages et des lignes ? On ne songe pas même à vérifier les notes; si, par hasard, Toccasion s'en présente, voyant la fourberie, on voudra n'avoir vu qu'une erreur de typographe ou s^être mépris soi-même , et tout finit là.

Je soutiens que l'histoire de madame de Chantai a été falsifiée, dénaturée dans son ensemble comme dans toutes ses parties ; que nul écrivain, nul livre, nul témoignage, nulle tradition ne justifie les commentaires délirants de M. Michelet ; qu'aussi bien je pourrais analyser tous les actes, et même les plus irréfléchis, de l'existence de M. Michelet , et les paraphraser , et en induire persévéramment qu'ils impliquent, par voie directe ou indirecte , telle inclination désordonnée que l'on voudra.

Mon but n'est pas et ne peut être d'écrire ime véritable vie du Saint et de la Sainte, en face de ces déclamations vampiriques. D'autres l'ont fait , et fort bien fait. Les vies de Maupas et Fichet, si jésuite que soit ce-dernier, etc., etc. ', ces vies reste-

' 1 Henri Cauchon do Maupas, ^''vèfiuo (IM'.vrcux. Il fiif on-

— 2Ai —

ront comme des modèles dYdification , de bon style et dcvcrké; et pour la mrmo raison, M. Micliclcl rentrera dans IVjmln'e honteusement, ainsi qu\m homme que le jour compromet.

Donc, je n'insiste pas. Je laisse à de plus patients le soin dVxamincr s'il y a quelque pudeur dans toutes ces assertions :

« On interdit lîientôt à la Visitation la rt charité active, et Taustcrité » {pages 49 et « 5o). Madame de Chantai y commença les <f molles dévotions ^ etc. » — La Visitation existe encore. Nous avons lu sa Kègle \ Nous savons que ces pieuses filles travaillent de leurs mains , qu'elles élèvent des jeunes personnes du sexe , etc. , etc. '^. Les

voyé à Rome en IGCI, pour solliciter la canonisation de saint François de Sales. La Me de madame de Chantai (IGGl), souvent réimprimée, a été traduite en italien. — Alexandre Fichet, jésuite, a laissé un grand nombre d'ouvrages fort savants et fort estimés.

* Qui est, à part quelques dispositions locales, celle de Saint-Augustin.

2 ('Saint François dp Sales régla les exercices etPemploi du temps, jusqu'aux moindres cli"scs. » Marsollier, page 199.

pauvres peuvent parler. Quoi quVn dise M. Michelet , les portes sont ouvertes.

Saint François de Sales s'est expliqué assez nettement à ce sujet. Nous lisons en VEsprit de saint François de Sales ^ partie XVII, section 24 : Des mortifications extérieures: « 11 n'en estoit pas beaucoup ami, et ne

vouloit pas qu'on les emplojast , sinon

aux pressantes nécessitez des tentations violentes : car alors il vouloit que l'on s'essayast de repousser la force par la force, et que l'on pratiquas! ainsi ceste sainte violence qui ravit les cieux ; et comme par des incisions et bruslures , on redonne la santé au corps, souvent aussi par ces remèdes caustiques on conserve la saincteté en rame. ))

Toutefois , la puissante fiamme vivait encore 5 et c'est pourquoi , furieuse et folle qu'elle était, madame de Chantai « se « tatoua le sein du nom de Jésus. » — Et rien n'explique une pareille détermination que des contrariétés d"amour ! Et puis c'est (\\x petit esprit {page 5o). Que sais-je? 1** M. Michelet confond les dates. C'est

beaucoup trop découvrir en liistoire. Lorsqu'elle eut le courage de graver sur sou cœur le nom de Jésus, madame de Clmntal n'hélait pas à la Visitation. La Visitation s'ouvrit plus tard. C'était peu de temps après la mort de son mari. Un seigneur de Bourgogne, ancien ami du président Frémiot , la demandait en mariage. « Elle fut toucliée du mérite de ce seigneur et des instances de son père qui voulait au plus mie conclure celte union. Mais elle se ressouvint d'une promesse qu'elle avait faite à Dieu, et refusa. Pour sceller de son sansf le vœu qu'elle fit dene jamais se remarier^ elle eut le courage de graver elle-même avec un fer chaud le nom de Jésus *. Action extraordinaire, plus admirable qu'imitable, dit bonnement l'historien, mais qui ne laisse pas de marquer un grand courage et une ferme résolution de n'être jamais qu'à Dieu ^ . ))

2" C'est àw petit esprit. {Pcifçe 5o.) Que répondrai-je?. . . Le roi deSuède, Charles-Jean,

* Maiipas, Vie de madame de Chantai.

* Marsnilipr, Vie de saint François do Snirs, p. 47i.

se tatoua le bras gauche du nom de la République.. . L'affection se traduit généralement en cette sorte chez les généreux enfants du peuple j ce qui n''exclutpas l'habitude d'attacher religieusement à sa personne certains objets précieux ou de vil prix qui rappellent de près ou de loin des êtres vénérables. Le tatouage cause un peu de douleur, tant mieux; on se réjouit alors de souffrir : c'est la nature; tous les syllogismes du monde humanitaire ne prévaudront pas contre elle. Que si positivement, madame de Chantai, comme l'insinue M, Michelet, se donnait à elle-même le change , et en traçant un nom divin , sous-entendait celui de son saint amant^W fallait le dire totit haut, citer des autorités irrécusables , prouver qu'on n'a pas toujours soif de calomnies et d'ordures, et supprimer enfin cet ignoble propos : « 1° En tout ce qui concerne saint Fran- « cois de Sales, la Sainte se montre très-faite ble ; après sa mort, elle délire. {Page 5o.) « 2" Elle porte sur son tombeau, etc., etc.» {Fage 59.) Ni Fichet , ni Maupas , ni l'abbé de Marsollier, ni le véridique Pierre

Camus nVn ont fait menlion, ni personne.

En eflel , je Irouve sur le tombeau du saint évèque un petit livre •, comme sur celui de ma bomie mère une petite couronne d^mmortclles et quelques cyprès amoureusement cultivés par mes mains. Si j'*en crois des chroniques naïves , madame de Chantai le déposa , « en priant son ancien di- « recteur que , s^il y avait quelque chose <( contre son intention , il voulût bien Petra- « cer...))Et M. Miclielet de s''écrier : «Que « d'autres soient embarrassés pour trouver « le vrai nom de ce sentiment, etc.; qu\me « fausse réserve les arrête 5 qu'ils Tappellcnt « amour filial , etc., etc. ; nous rappellerons « VamoLir. y>{Page 5i.) — Ici je me récuse.

Pour avoir plus vile raison, M. Michelet n'entend pas que je définisse le sentiment qui animait madame de Chantai. C'était de l'amour; je le veux, mais je voudrais savoir quel amour : il y en a de tant de sortes, de si beaux et de si vilains I

1 C'étaient les llc^glcs de Tordre écrites par le Tondatciir et auxquelles madame de Cliantal avait ajouté quelques dispositions commandées par les circonstances.

Si matlame de Chantai n''éproiivait|qu''Lm amour de vénération et de reconnaissance , tel que nous en inspirent les hommes de grandes vertus et même de grande science, les bienfaiteurs de Phuraanilé , nos propres bienfaiteurs spécialement; si elle était à saint François de Sales ce que sont à PEmpereur, par exemple, ces vieux soldats mutilés qui chaque année vont oiïrir leur couronne ou leurs souvenirs glorieux à la colonne de la place Vendôme , j'admire ce sentiment.

Si, au contraire, un mystérieux démon la pousse, et qu"'elle prétende ainsi raviver des désirs impurs et mal éteints, je Tenvoie aux Madelonnettes.

Donc aymer^ qiCest-ce ? disait le Saint lui-même ; et, à celte demande, il répondait magnifiquement ': (( L'amour esl la première affection du raisonnable, qui est nostre volonté; si bien que la volonté n'est autre chose que Tamour du bien, et l'amour,

1 Voyez Touvragc cité de Camus, part. I, sect. 31, et Dq la chasteté du cœur, part. IV, sccl. 2 et 3.

c'est vouloir le bien. Si nous nous voulons le l3ien,c'cst-cc que l'on appelle amour de convoitise ; si nous le voulons à quelquVui , cVst ce que Ton nomme amour d'amitié... Aimer donc Dieu et le prochain, c'est vouloir du bien à Dieu pour lui- même , et au prochain , en Dieu et pour Tamour de Dieu... Aimer le prochain en Dieu , c'est se réjouir du bien qu'il a , en tant qu'il s'en sert utilement pour la divine gloire ; c'est cette charité qui couvre la multitude des défauts.» — Franclîcment, je trouve que saint François de Sales ne manquait pas de bon sens et de philosophie.

Mais j'exige trop. M. Michelet s'en lient à l'énigme, et prévoit que la jeunesse mettra tout au pire, ainsi que le commun des lecteurs.

Quiélismc ik saint François de Salos.

Et voilà. A la page 52 , saint François de Sales pratique et enseigne le quiétisme. Admirez la transition : « Toute la doctrine « de saint François se résume par les mots : « aime?' ^ attendre... »

A cette occasion, M. Miclielet cite un passage sans en indiquer Torigine. J^ai beaucoup lu les écrits de saint François de Sales } je perds deux heures à les feuilleter encore; point de passage. Partout la condamnation formelle de cette dangereuse doctrine. Sa vie tout entière la condamne. Nous Pavons vu , nous le verrons.

Admettons que le passage existe, par hasard; c"'est chose possible. Pour écarter les griefs de mon adversaire , il suffit d\uie simple et claire définition du quiétisme, laquelle se trouve plus bas ' . « Je veux peu

1 Page33;j.

de chose, aurail dit le Saint ; ce que je veux, je le veux fort peu. Je n''ai presque point de désirs; mais si j'étais à renaître, je n''en aurais point du tout. Si Dieu venait à moi , j'irais aussi à lui ; s'il ne voulait pas venir à moi , je me tiendrais là et n'irais point à lui. )>

En vain prétendez-vous que les lettres de saint B'rancois de Sales s'adressent à des religieuses consommées dans la perfection; qu'il emploie des allégories mystiques fort en usage parmi les ascètes ; qu'en suivant la glose du professeur, ce passage combiné avec mille et mille autres passages des lettres susdites , impliquerait une contradiction beaucoup trop grossière ; qu'un passage ne définit point une doctrine, à lui seul et abstraction faite des antécédents et des conséquents ; et qu'il faut un oeil bien pur et bien exercé pour apercevoir le fil qui sépare le vrai du faux , en ces matières délicates. Jà M. Michelet vous accuse d'humeur coquillcusc ^ comme dit l'évèque de Genève , cl continue de gauchir à son aise. L'évèque de Genève est quiélistc. Oui,

« ce n'en esl pas moins lui qui ouvre au « dix-septième siècle et à Molinos la porte <( du cjuiétisme... {Page 55.) Et, ajoute « le grand travailleur^ si votre œil est pé- « nétrant — comme le mien — vous le « verrez. »

« Saint François de Sales, dit M. de Montlosier, esl IVm des hommes les plus vénérables de l'Eglise chrétienne '. »

Manuel le jugeait ainsi : « Saint François de Sales est une de ces âmes sublimes, nées pour la vertu et pour la piété, que le ciel crée exprès pour inspirer l'une et l'autre Sa candeur inspirait de la confiance,

et en le quittant, on était meilleur. C'est surtout au confessionnal que, plus fort que les lois, par le seul empire de la vertu, sans les pièges d'une police souvent trompée parce qu'elle est toujours menaçante, généreux dépositaire des consciences, il a

* Dénonc. aux coursroyales, elc, etc., p. 34.

prévenu el des vols et des crimes. Comme simple oflicier de morale, il a fait plus de l)ieii qifime maréchaussée entière '. »

1 Année françaitc, loin, iv, p. 429 et 432.

Hors-dVime divertissant. — Promonade dans les seizième et diiseplième siècles. — Comme ([noi, pour SOCLEVER la famille et l'i'Hlever, les jésuites l'ont de l'enfant un savant enCS.

C'est Tobjet du chapitre ÏIT, qui nous occupera le moins possible.

M. Michelel nous promène à travers une foule de considérations bien absurdes, dans les seizième et dix-septième siècles, ressassant toujours, sinon les idées qui n'existent pas, au moins les gausscries pédantesques des chapitres précédents.

Ainsi avnncoi'a-l-il que les (grandes ques-

tions se dcbaltaicnt ilans la famille même au seizième siècle, tandis que la famille, au dix-sep lième , s^isolc des grandes questions. {JPcig. 58 et 5g.) — Pourquoi? Rien.

Etque devient la famille au dix-septième siècle ? « Uhomme est muet pour sa femme « et les siens, qui ne pourraient rien com- « prendre aux petits problèmes qui rcm- « plissent son esprit. » {Page 69.) — Quels petits problèmes? Rien.

« Mais au moins la femme a-t-elle ses « enfants pour la consoler ? Non. Au temps « qui nous occupe , la maison silencieuse « et vide n''est plus avivée du bruit des « enfants. » (Ibïcl.) — Bien que les jésuites ne les cnlèi>ent pas aidant Vdge de douze ans, comme le porte Thorrihle Édit susmentionné. Mais la rc action déf^ote avait sans doute cassé Pcdit... Allez plus loin.

Pourquoi plus dVnfants dans la famille?

Parce que « le fils est élevé aux Jésuites , « la fille aux Ursulines ou chez d'autres

« religieuses. » (Thid.) — Je pense qiiVii seizième siècle, les fils et les filles n'claienl pas élevés autrement ^ ;et qu^à Tune et Tautrc époque, il y avait d\uitres instituteurs que des jésuites et Jes religieuses; et que les pères de famille, ici et là, pouvaient en toute liberté procurer à leurs enfants le genre d*'étlucation qui leur convenait. Selon M. Michclet, ce n'étaient pas les pères, mais bien les mères qui livraient les enfants aux jésuites et îuix ursulines : les mères étaient à même par conséquent de les conserver au foyer de famille ou de s'en séparer; donc, si les mères restaient seules, c'est qu'elles le voulaient bien , et si le père^ donnait son consentement, c'est une preuve négativedu grai'e dissentiment qu'?7 y a dans la famille.

Comment la séparation produira-t-elle

1 Les Ursulines, instituées en 1537, par la bienheureuse Angcle de Bresse. Inslilut approuvé par Paul III, en 1544; Ordre ériqé en 1572, par Grégoire XIII, sous la Règle de saint Augustin.

onsuile <( l^opposili(3n , la gncrro et mille « maux pour la famille, pour la société ? » [Ibid.) — Par une raison toute simple : parce que au dix-septième siècle (ce qui n'arrivait pas au seizième) l'instruction donnée par les jésuites et les ursulines (mais non pas celle que donnent les autres instituteurs) « fera de Tenfant un petit sa- « vant en us. » [Page 59.)

Dès lors, observe mon adversaire, et sa profondeur d^idées me terrifie, plus de langue commune entre eux, [lôid.) -— L'enfant parle latin , la mère parle français ; le moyen qu'on s'entende ?

Et suivez bien. La niere alors , et nécessairement (/(6/<:/.),etpar ampliation,doit être Ignorante et mondaine. — Placez son fils auprès d'elle, l'ignorance disparaît, la mondanité cesse.

La clcr de la charade au prochain numéro.

Or, les jésuites, pour s'emparer de la famille, vont opérer sur ces deux machines individuellement : l'enfant, la mère.

Et d''abovd^ pour prendre Tenfant, les jésuites et les ursulines le briseront par Vaccablement des études.

Comment donc ?

« Il faut qu'il écrive, écrive , qu'il copie, « copie; au plus, qu'il traduise, imite. » {P. 60.) — Et jamais, de mémoire d'homme, on n'avait imaginé un pareil système ! Aujourd'hui encore, l'Université ne fait pas copier^ copier^ écrire , écrire , traduire , imiter! M. Michelet connaît un autre système bien pieilleur! Et voilà un en^mni brisé !

Et seulement, quels rapports trouveronsnous entre ces copies copies^ et l'art de prendre les enfants ? Rien,

Et la mère , comment la prendront-ils ?

« La dame est seule au château. » — Et les dames qui n'ont point de château?

Le mari est cl la chasse ou à la cour. — Voilà ses petits problèmes techniques. . . Et le mari qui travaille assidûment sous son toit, dans un appartement loué, au sixième étage de la rue Saint-Sauveur, n'ayant ni

présidence pour petits problèmes techniques^ ni triste hôtel dans Ij Marais ou la Cité?— Mil

Quand je vois U' soleil, cl quand je vois...

A quoi s'occupera cette dame seule ?

« Au seizième siècle, la clame charmait son «( oisiveté par le chant, souvent par les vers. « Au dix-septième siècle , on lui interdit « les chansons mondaines » {page 60).

Certes, Tobjection est sérieuse.. Elle vaut la peine d\ui examen.

Ainsi, on défendait, au dix-septième siècle, la poésie et les chansons mondaines qu'on permettait pourtant au seizième. On faisait subir à ces pauvres femmes une si choquante contradiction!

Quelles étaient ces chansons mondaines?

Si elles blessaient la morale, le seizième siècle avait bien tort, j'estime les rigueurs infiniment sages du dix-septième ; sinon, le dix-septième aura mes mépris. — INI.Miclielet ne dit pas quelles étaient ces chansons. Il dira autre chose plus tard.

On défendait la poésie et la littérature aux femmes. C'est une vérité historique : Madame Deshoulières , mesdames de Sévigné , de Grignan , de Maintenon , de La Fayette , Anne Barbier, etc., etc., naquirent au seizième siècle!... Je reste coi.

A propos, que signifie on ? Les jésuites, sans doute. Qu'ils le sachent bien.

Ils défendaient même à la dame le chant des Psaumes {ibid.). « Ce serait se déclarer prolestante, » observe encore et toujours finement M. Michelet. — Aussi, les jésuites d'en deçà de Louis XIV, et tous les prêtres , sous la Restauration notamment, ii'ont-ils jamais fait chanter par les dames des psaumes français-latins, et des paraphrases de psaumes qu'ils appellent cantiques.

Ne pouvant chanter, « que lui resle-t-il donc » (à la femme) ? {Ibid.) La Fontaine répondait :

£b bieni dansez maintenant.

Je réponds qu'il lui reste à soignci' son

ménage , à tricoter tles bas pour son fils cl son mari , à diriger ses domestiques ou à préparer de ses mains le dîner de famille comme Nausicaa la Piiéacienne , à visiter le cher latiniste , à prier pour lui et pour elle-même, à entendre dans cette intention la messe de cliaque matin , à veiller sur son cœur, et raille choses encore. — Ou autrement , « que lui reste-t-il donc? » « Rien..., dit M. Michelet, que la dévotion galante, la conversation du directeur ou de Pâmant. » {Pnge 60.) Honte et malheur aux femmes qui ne chantent pas î

Cest pourquoi, tout père étant préoccupé de petits problèmes techniques ^Gi tout enfant pris par les jésuites el les ursulines , toute mère se livrait au libertinage, ou, ce qui me paraît fort synonyme , à la galanterie^ et devenait au hasard la femme de son directeur ou de son amant , de Pun et dePautre, du premier surtout, qui le plus ordinairement réunissait les deux titres :

— car, de bonne foi, « si vous ccoiUiez a (jeune homme), témoin invisible, la con- <( versalion des belles ruelles, vous ne « sauriez toujours distinguer qui parle, de «( l'amant ou du directeur. » (Page 61.)

Le lecteur verra si j'avais droit de traduire énergiquement les réticences qui pullulent dans ce misérable libelle , et jusqu'à quel point le National peut préconiser la candeur de M. Michelet et flétrir nos impuretés de style.

Ceci étant posé , le directeur ayant son entrée au foyer, grâce à l'absence du iîls et du mari, comment pro cédera- t-il pour séduire la, femme et devenir son amant ? — Laissez passer un calembour de bonne compagnie. Le directeur exploitera la Prédcstmation. (Page 61.)

Et d'abord, la seule chose que j'aie comprise dans la théologie de M. Michelet, c'est que je n'y comprends ri<?n , absolument

lien. Je saisis quelques mois du libelle. JWpose au hasard les principes de la science catholique louchant la grâce et la prédestination. Je tâtonne, je suis fastidieux, et je le sais. A qui la faute?

« En ce siècle, se réveillait, pour \es/ài- « blcs et orag'cuses cimes des femmes^ la « question terrible du salut et de la dam- « nalion. » [Page 61.) — Laquelle question notait pas réi'eillés au seizième siècle; et cela, précisément, parce qu'alors Tépoque se passionîiait et guerroyait pour la religion. (Ihid.)

«( Trouver une réponse adroite à la ques- « lion, c''était réussir. » — Sérieusement? — Oui.

Les jésuites la trouvèrent.

Et la voici cette question rwttcusc ^ comme dit encore saint François de Sales : a Qui peut nous sauver? »

Ici mon adversaire distingue les thèoio-'

irieris des jésuites, et les jésuites du ja-

ris te.

Chacun va répondre à son tour.

Suivant lui, les théologiens répondaient : Cest la grâce du Christ^ qui nous tient lieu de justice. [Page 62.)

Mon adversaire dit une chose à peu près juste , pourvu qu'il entende par théologiens Luther, Calvin , Jansénius et leurs adeptes.

Luther et Calvin prétendent que la Grâce agit avec tant d'empire sur la volonté de l'homme, qu'elle ne lui laisse pas le pouvoir de résister. Et l'Eglise catholique les anathématise *. — Jansénius et Baïus soutiennent que l'efficacité de la Grâce vient d'une délectation céleste, indéhbérée, qui l'emporte en degrés de force sur les degrés de la concupiscence qui lui est opposée. Lisez la bulle Unigenitus.

Il est bien évident que ces hérésies dé-

1 Lulher, de, Servo Arbitrio, fol. 434. — Calvin, Institutions, livre 3, chapitre 2, n. 1 1 et 1 2.

truiscjil le libre arbitre cl justilienl toutes sortes de crimes , par rimpossibilitc où se trouverait riiomme cle les éviter ; elles détruisent de même les vertus , par ranéantissement de la volonté, qui seule constitue avec la Grâce le mérite des actions.

A part les théologiens de M. Miche let , nous avons les nôtres qui sont catholiques. Ils se divisent en deux classes ; Les uns pensent que Pefiicacité de la Grâce vient du consentement de la volonté : et ils l'envisagent comme cause morale des actes ; les autres, que la Grâce est efficace par ellemême : et ils disent quVlle en est la cause physique. De là les augustinienset les thomistes; de là le conginaisme de Suarez: — il fait consister la Grâce dans le rapport de convenance qui se trouve entre elle et les dispositions de la volonté; lemolinisme: — il n"'admct point la Grâce ellicace par ellemême , et veut que son efficacité vienne de la volonté humaine qui la reçoit ; et enfin Topinion du père Thomassin, qui ressemble

fort à celle des congruistes \ — J'ai dit : opinion; et en effet, PEglise, ne jugeant pas que ces divers sentiments puissent altérer en aucune manière le dogme de la Grâce et du Libre Arbitre, en abandonne la discussion aux écoles.

Telle est la réponse des théologiens catholiques et des jésuites.

<( Le juriste, poursuit M.Michelet, le ju- « riste répond que nous sommes punis ou « récompensés selon Temploi bon ou mau- « vais que nous faisons librement de notre « volonté. )) Est-ce donc sans préjudice du concours de la Grâce? Le juriste qui parle si bien répète la leçon des théologiens catholiques. Le juriste , sMl rejette la grâce nécessaire, est pélagien ou semi-pélagien ; TEglise le flétrit. Je le récuse^.

Et puis, de quel juriste parlez-vous ?...

* Voyez Mallebranche , Traité de la Nature et de la Grâce; Henriquez, Bossuet, Défense de la tradition et des saints Pères . el le concile de Trente, sess. C, e. n.

^ Rétractations de S. Augustin, liv. 1, c. 10.

Je suis forcé de Iracliiirc. Par ce mol juriste^ M. Michelet ne dôsignc pas Tanciennc magistrature parlementaire. Il sait probablement que le juriste ainsi compris donne de plein pied dans les erreurs de Janséniiis, exagérant Pinfluence de la Grâce jusqu'au fatalisme. Il veut parler de la puissance gouvernementale qui fait la loi, et du juge qui punit les infractions. Tel est Tordre de ses idées. En face de la justice théologique, il place la justice civile ; il conclut de TEvangile au code pénal , et vice versa. On va bientôt s^en convaincre. Mais d^abord un peu de patience est nécessaire.

Vues nouvelles de M. Mirlielet sur la piédeslinalion. — h lliéol»gien cl le juiisle oonlinueiil leurs sermons. — Que les femmes sont en e'quililirc sur un fil de rasoir. — Les causes. — les elTels.

« Qi^on se représente les femmes du clix- « septième siècle sur une crête étroite et « tranchante, un^l de rasoir. D'une part, « la prédestination qui damne; de Tautre, la « justice qui frappe... Deux terreurs... Le « pauvre homme ^ un pied sur une pente, un « pied sur Tautre (pente), toujours près de u glisser.» {Page G2.) — Quel est cq pauvre homme ?

Qui enseignait la prédestina rion qui * Molière, U Médecin malgré lui.

— t>70 — damne? Qii'cst-cc que la prctlcsliiiation ? M. Miclielet ne s'en tloute pasj il fait de la théologie à plaisir ; mais voici

Un petit bout d'orcillo échappé par malheur.

La prédestination qui damne est une bévue." Ce mot ne se prend plus qu"*en bonne part pour l'éleclion à la grâce et à la gloire. Le décret contraire s'appelle réprobation^ .■» Saint Augustin, dans son livre du Don de la persévérance^ chap. 7, n. i5, et ch. i4, n. 35, définit la prédestination « la prescience et la préparation des bienfaits par lesquels sont certainement délivrés ceux que Dieu délivre; » et chap. 17, n. 4^ ' « Dieu dispose ce qu'il fera lui-même selon sa prescience infailhble : voilà ce que c'est (\\\e prédestiner^ rien de plus. » Selon saint Thomas, 1" partie, q. 23, art. i"", « \2i prédestination est la manière dont Dieu conduit la créature raisonnable à sa fin, qui est la vie éternelle. » Telle est la réponse des théologiens catholique.

* Bcrgier.

Et maintenant, nos tliéologicns discutent, sans jamais confondre la prédestination avec la fatalité.

Surviennent, après Gotescalc, et Wiclef, et Jean Hus, Luther , Calvin , Théodore de Bcze, et les jansénistes, qui font un dogme de celte confusion; et encore une fois, TEglise les a foudroyés , leurs plus déterminés antagonistes furent des jésuites précisément.

Il y a les prédestinatiens mitigés et cathohques, et les prédestinatiens rigides ou hérétiques , ou réprobatiens * , etc. , etc. Peu importe aux catholiques.

L'Eglise a parlé, c'est leur réponse; la cause est finie.

Par opposition , M. Michelet place, de Pautre côté de la pente, Xq. justice qui frappe: Cest-à-dire qu'il épilogue sur le moi justice ^ et qu'il embrouille la justification théologique dans des chicanes de palais.

La justice du juriste demande la tête

* V. Petau, de Jncarn., liv. 13, e. 7.

— 27-2 — ilii coiipalilo (/). C3), la justice de Dieu veut la conversion , et non la mort ; elle frappe, mais elle guérit ; elle punit le mal et couronne le bien. Le Prêtre et les jésuites ne Tout jamais comprise ni définie autrement. La justice quij'rappe est la Justice, comme celle qui bénit ; et cVst la première fois qu^en dehors des petites-maisons, un être à face humaine veut s''en indigner.

L'image souriait à mon adversaire : une femme en équilibre ou à cheval sur un tranchant de rasoir, tiraillée de ci et de là par la prèdestïnalion et la justice^ ce sont toujours manières de parler comme ce bon Sganarellc : Je m^êtais amusé dans votre cour à expulser le superflu de la boisson.

Résumons-nous.

En saine théologie, Justice, Grâce, Prédestination, ne sont pas des termes contradictoires , le Catéchisme en fait foi , et les théologi'ens catholiques Tont assez bien démontré pour qu'il soit inutile d'en repro-

cluire la preuve. Il suflisait cVunc définition exacte que tout le monde connaît.

Dans le thème de M. Michelet , les jésuites soutiennent la fatalité aveugle et la justice implacable, tout à la fois ou alternativement) pour le plus grand profit de leur Ordre. Deux absurdités hors de proportion.

Et enfin , que veulent-ils donc , ces jésuites? comment arriveront-ils, par ces ravins problématiques, à Tempire des ruelles?

L'avantage ultérieur d'une pareille manœuvre, je ne Tentrevois pas.

Un moment. Jusqu'ici , les jésuites n'ont guère fait que la moitié de leur besogne. C'est à présent le tour des distinctions superfines.

Vhomme^ disent-ils^ est sauvé ou perdu

par ses œuvres (p. 64). — Les jésuites disent

bien , s'ils disent ainsi ; mais ils ne disent

pas assez. Que n'ajoutaient-ils : ctpardé-

faut de correspondance a la Grâce cpil

cclriirc tout homme venant dnn.<i le monde? Ils rajoulaientposiLiveriicnl; et l'orlhotloxie des jésuites m'enchante ; et les jésuites n'enseignent donc pas le fatalisme , puisqu'ils attribuent rigoureusement aux œuvres le salut ou la damnation; et M. Michelet reste arlequin.

« Vous êtes libre (d'agir), partant res- « ponsable, punissable. Vous péchez, et «( vous expiez. » (P«^e63.) — Ainsi concluent les jésuites. C'est exact. V nicuiqiic. secundùni opéra ejits '. On croirait même que les jésuites négligent beaucoup trop la Grâce. Et c'est justement l'épouvantable crime dont les accuse mon adversaire. Ils ont immolé le fatalisme au libre arbitre.

De la part de M. Miclielet, qui adore la liberté, cette accusation vous étonne; et de même , un pareil crime de la part des jésuites qui enfantent partout l'esclavage.

Mais voici le noeud de la dilliculté : « Le « jurisconsulte, qui nj plaisante pas, veut «une expiation sérieuse'*. » {Ibid.) —

1 IMalth,, XVI, ^7. — Rom., ir, 6.

"^ ^^)lll)lioIls pas (luc les /«li'sJc*, pour la pliipnrf , don-

— Ilb — Est-ce que les jésuites ne partagent pas son avis? — Non. — Les jésuites prêchent sur TEufer! — N^imporle. — Est-ce qu'ils plaisantent ? — Oui. — Que font-ils de cette doctrine libérale et sé'^'èrc : J^ous êtes libre ^ partant, etc., etc.? — Ils s'en servent pour duper le public; mais, dans la réalité, ils adoptent des grâces de fantaisie, émoussent galamment le fil du rasoir, et suppriment l'expiation pour amorcer les coupables ; c'est-à-dire pour les faire tomber sur une pente de la ente. — Donnez mi fait, mie citation d'ouvrage, un mot... Et M. Michelet donne son témoignage tout nu. « Les jésuites prouveront souvent « qu"'il n'y a rien à expier. La faute, bien « interprétée, deviendra un mérite. Au <( pis , elle sera lavée par des bonnes oeu- « vres *, et la meilleure, c^est de se vouer

«t aux jésuites {page 65 ) Ces faibles

M âmes de femmes, /?/e//2^5 de mauvais dé-

naient alors dans l'erreur de Jansénius , qui exagère l'influence de la Grâce jusqu'au fatalisme.

* Ingénieuse équivoque. — Mon adversaire incline au ièiuitisniz

« sirs et de re?iiOr(/s , saisirent avidement « ce moyen de pécher en conscience ; elles « lurent heureuses de recevoir au confes- M siounal, pour toute pénitence, i/ne direc- (( tion d^ intrigues^ et pour rester dans le <( péché ^ elles firent souvent des crimes, » {Ibid.)

Je suis fort embarrassé, je ne dislingue plus rien. Le ra^oz'r s'évapore. La prédestination s'est enfuie, la prc'destinativn qui condamne . La justice qui frappe ne sait plus ce qu'elle vient faire ici.

Il va sans dire que les jésuites faisaient un marché avec leurs pénitents et pénitentes, comme le P. Cotton avec Henri IV: J^ouez-çous aux jèsuiics^et vous pourrez ^ en sâretè de conscience^ voler^ souiller le lit conjugal, assassiner^ commettre tous les crimes. Nos mères étaient pleines de mauvais désirs et de remords j elles saisirent avidement ce moyen d'arriver au crime par le péché. On leur donnait au confessionnal des leçons d'intrigues... Et, nous sommes d'impudiques boutions ! des

hisloriens faussaires ! tle lâches calomniateurs ! de mauvais fils ! Et les Tyrlées du ISational Tiendront chanter la haute modération , la candide franchise et les coquetteries virginales de M. Michelet !.., Nous vivons de plus en plus en un siècle miraculeux.

Ce trivial étalage de mots sonores et d'érudition théologique pourrait signifier en définitive une chose : les femmes du dix-septième siècle, si mondaines ei ignorantes qu'elles fussent d'ailleurs , se préoccupaient vivement du salut éternel. En cet état, deux influences les atteignent : le fatalisme , qui justifie tous les crimes par l'impossibilité de s'y soustraire ; la justice implacable, qui n'admet pas la réparation et demande toujours la tête. D'abord, M. Michelet nous avait dit une vaste sottise, confondant Molina et Jansénius , la prédestination avec la réprobation , confondant tout. Mais à présent, il admettrait volontiers un moyen terme. Entre ces deux influences, le jésuitisme fait sentir la sienne : il rejette

le fatalisme el la justice implacable; il invoque la miséricorde comme Tun des attributs essentiels de la sévère justice de Dieu.

Que sVnsuit-il de là, suivant jM. Miclielet? Les jésuites prom'cront qu'il Jiy a rien à expier. . . la faute bien intcrprèlée deviendra un mérite... Les femmes qui se confessent alors sont pleines de inam'ais désirs ; elles reçoivent une direction d'intrigues qX. font des crimes pour rester dans

le péché La Miséricorde produit tout

cela !

Quelle lumière ! Quel culte pour la femme et la mère ! Quel bon médecin des âmes que cet illustre professeur!... O Madame! ô manière! soyez une Brinvilliers, je vous prie ; devenez malade , nourrice , devenez malade pour V amour de moi. J'aurais toutes les joies du inonde de vous guérir * .

Au total, voilà bien des obscurités. — A qui la faute ?

1 Sganarellc, dans le Médecin malgré lui. acl. 3, se. 3.

Au secours de ses évolutions, mon adversaire appelle un mauvais écrivassier protestant, du nom de Léger, que personne ne connaît non plus que Gilles, et qui fiut partie de sa grande trilogie vaudoise. — J'appelle, pour mon compte, le simple bon sens; je nie éperdument que Léger luimême ait jamais eu Timpudence de mentir comme a menti M. Michelet. Je ne réplique pas.

Je demande seulement s'il est possible qu'une compagnie de religieux aussi méprisable et aussi scélérate eût obtenu les éloges de Bossuet , qui valait peutêtre Léger, de M. de Chateaubriand, de Descartes, de Fénelon, de Grotius, de Leibnitz, de Montesquieu, de Richelieu, de Roberlson, de Bacon; de Bayle, de Rousseau, de d'Alembert, de Voltaire lui-même, du fameux Kern , luthérien et professeur à l'Université de Goettingue, de Lalande , de Raynal, de M. de Montlosier.... Ce qui veut dire de M. de Montlosier^ elc. , etc.

« El vous,sV'criait lîossuel, cl vous, célèbre compagnie, qui ne porlez pas en vain le nom de Jésus, à qui la grâce a inspiré ce grand dessein de conduire les enfanls de Dieu dès leur plus bas âge, jusqu'à la ma- Unilé de Tliomme parfail en Jésus-Christ, à qui Dieu a donné, vers la lin des lemps, des docleurs, des apôlres, des cvangélisles, afin de fiiire éclaler par loul Tunivers el jusque dans les Icrres les plus inconnues la gloire de PEvangile, ne cessez d'y faire servir, selon votre sainle instilulion, tous les lalenls de Tespril, de l'éloquence, la politesse et la lilléralure*. » — El M. de Chateaubriand : « L'Europe savante a fait une perle irréparable clans les jésuites. LVîducalion ne s'est jamais bien relevée depuis leur cluite. Que peut-on reprocher aux jésuites ? Pesez la masse du bien qu'ils ont fait, el vous verrez que le peu de mal dont les philosopJies les accusent ne balance pas un moment les services qu'ils ont rendus à la société". » — ElDescailes:

1 Sermons.

2 dénie ilu rliriatiattisme.

(( Parce que la pliilosopliie cr.t la clef des autres sciences , je crois qu'il est trèsutile d'en avoir cludié le cours entier comme il s'enseigne dans les écoles des jésuites^)) — Et l'archevêque de Cambrai : c( On ne veut voir que les jésuites dans tout ce qui s'est fait sans eux. Ecoutez le parti : Les jésuites ont fait les censures des Facultés de théologie , dont ils sont exclus. Ils ont présidé aux assemblées pour régler les délibérations de l'Eglise de France. Ils ont conduit la plume de tous les évêques, dans leurs mandements. Ils ont donné des leçons à tous les papes, pour composer leurs brefs. Ils ont dicté les constitutions du Saint-Siège. L'Eglise entière, devenue imbécile, n'est plus que l'organe de cette compagnie pélagienne. Il ne faut plus écouter l'Ej^lise, parce qu'elle est conduite par les jésuites, au lieu de l'être par le Saint-Esprit*^. »

Ces paroles magnifiques sont de point en

1 Lettre XC.

2Instruct. past. 1714.

point la contrc-parlie du mauvais lihelle que j'ai voulu rôlutcr. On voit que M. Michelet ne fait pas beaucoup de frais d^invenlion. Ce qu''il invente, d'autres l'ont invente avant lui , et plus agréablement. Que vient-il faire ?

Je cite encore Grotius et quelques autres : « Les jésuites, dit ce grand homme, ont beaucoup d'autorité dans le monde, à cause de la sainteté de leur vie, et parce qu'ils instruisent avec succès, commandent avec sagesse, et obéissent avec fidélité'. » — Et M. Kern : «Quels sont aujourd'hui les ennemis des jésuites? ceux qui ne les connaissent pas. Le rétabhssement de cet ordre célèbre, loin de devoir nous causer de l'inquiétude, est au contraire d'un heureux présage pour notre siècle » — Et Bacon : <( Dès qu'il s'agit d'éducation, le plus court

est de consulter les écoles des jésuites

Je ne puis voir l'application et le talent de ces maîtres pour cultiver l'esprit et former

* Annales de rébus Belg,

les moeurs, sans me rappeler le mot crAgcsilas sur Pharnabaze : Etant ce que vous étes^ faut-il que vous ne soyez pas des noires^.»— Et Bayle : « Il est certain que tout ce qu'on a publié contre les jésuites est cru avec une égale certitude par leurs ennemis. Il est même vrai qu'on en renouvelle Taccusation, toutes les fois que l'occasion s''en présente, dans quelque li\>re nouveau. Cependant, ceux qui examinent avec quelque sorte d'équité les apologies innombrables que les jésuites ont publiées, y trouvent d'assez bonnes justifications pour faire qu'un ennemi raisonnable abandonnât l'accusation "'.)) — Et Lalande : u Le nom de jésuite intéresse mon cœur, mon esprit, ma reconnaissance. On a beaucoup parlé de leur rétablissement dans le Nord : ce n'est qu'une chimère, mais elle a rappelé tous mes regrets sur l'aveuglement des gens en place de 1762. Non, l'espèce humaine a perdu pour toujours et ne recouvrera

1 Dedignit. et augm. Scient.

' Dict. hist. — Je recommande particulièrement ce passage à M. Michelet.

jamais relie lémiion précieuse el élonnanlc do vingt mille sujets occupés sans l'clàclic et sans intérêt de Pinstruclion , de la prédication, des missions, des conciliations , des secours aux mourants , c'està-dire , des fonctions les plus chères et les plus utiles à riiumanité. La retraite, lu frugalité, le renoncement aux plaisirs, faisaient de cette société le plus admirable assemblage de science^et de vertu. Je les ai vus de près, c^ était un peuple de héros pour la religion et pour l'humanité... J'eus occasion de voir La Chalotais à Saintes le 20 octobie 17/3. Je lui reprochai son injustice, il en convint. Mais Carvalho et Choiseulont détruit le plus bel ouvrage des hommes '. » — Et le cardinal de Richelieu : (1 La bonté de Dieu est si grande, qu'il convertit d'ordinaire en bien le mal qu'on veut procurer aux siens. Vous pensez nuire aux jésuites, et vous leur servez grandement, ji'j- ayant personne qui ne reconnaisse que ce leur est une grande gloire d'être hldnié

.innée philosophique , moralf et littéraire, tome I*'.

de la même bouche qui accuse l'Eglise^ calomnîe les saints^ fait injure d Jésus- Christ^ et rend Dieu coupable,,.. Beaucoup les aiment parliculièrement parce que vous les haïssez.* » — Et Rousseau ;« On a sévi contre moi pour n''avoir pas voulu prendre la plume contre les jésuites^.» — Et Voltaire. . . (Voyez ci-dessus, page 22.)

Ces citations, quoique un peu étendues, ne déplairont pas ; elles entrent dans mon sujet naturellement. Voici les apologistes que M. Michelet veut combattre. Tous les cas sont prévus; je Pai dit, pas une syllabe qui ne soit une réfutation directe des calomnies formulées dans son libelle. H y a une différence pourtant, une double différence : c'est que Voltaire, comme Fénelon et les autres, viennent d'alléguer en termes fort clairs les raisons de la défense et leur expérience personnelle, à l'encontre des billevesées indéchiffrables que M. Miche-

^ Réponse aux ministres de Charenton.

^ Lellrc à Christophe de Rcaumont.

Ict nousjeHcà la face; cVst qu"'il.s portent ces noms-là, et qii^en vérité rilliistrc professeur se nomme tout bonnement Miclielet.

Le génie n''estpas d^obligation, sans cloute, et on le voit de reste. Mais le mensonge non plus.

Laide chose que le mensonge! Si laide, qu'il faut de bien grandes nécessites et des efforts violents pour Pimputer hautement à qui Va fiiite. JMiésitai longtemps... Hé! que pouvais-je dire? Encore une fois, les sophismes provoquent une discussion rationnelle et souvent exclusive de la personnaUté : il n^ avait point de sophismes; c'était une longue suite de faits controuvés, insolemment énoncés, détaillés, afHrmés. Y substituer des faits contraires et vrais, n'était-ce pas dévoiler par là môme le mensonge? Avocat d'une cause sacrée, je trouve un adversaire qui ment pour me calomnier, qui m'appelle figurément ou en tontes lettres, coquin, traître, lâche, pendard, gueux, béhlre, fripon, miiiaud, voleur %

1 IMolirro, ihiil. , acic i, sr. I .

qui m^Utribue toutes les corruptions et tous tes crimes, qui demande ma tête : et, par déférence pour une telle dignité d'homme, je ne dois pas dire qu'il a menti mille fois!... Il mVst permis de le prouver, à condition que je n'en dirai rien!... Et M. Michel et se plaindra de mes incivilités!... Allons donc!

Voila-t-il pas qu'il allègue sa chasteté de plume , — car enfin l'expression m'obsède, — et qu'il fait en même temps de toute rehgieuse et de toute mère une fille de joie, de tout prêtre un séducteur démoniaque et un escroc ?

Conversion des pères par les filles. — Ce qui en résulte pour les jésuiles, — In jésuile à cheval sur des cadavres. — Aquativa fait la guerre de Trente ans.

Nous continuons d'assister au cours de Sganarclle.

Tout à riieure le dix-scptiùmc siècle, domine par les jésuites , avait rompu tous les riens de la famille. Le père allait à la chasse, les enfants au couvent ; la femme restait seule, abanduimcc aux intrigues de son directeur.

Maintenant la scène change

Le dix-septième siècle multiplie les rapports intérieurs de la famille, et les complique démesurément.

La femme, « que soutient Tobstination c( virile d\me main mystérieuse » {p. Qj)^ exerce sur le père qui ri^ est jamais /à, « une « action molle et forte, ardente ciperscvé- « rante^ immuable comme le fer, et fon- « dante comme le feu. » (Tbid.) — O/i! la grande fatigue que d\ivoir une femme l et qiC Aristote a bien t-aisoti quand il dit qu''iine femme est pire (ju'ua dcmon *.

La fille, qui se tuit^ qui est au eouvent^ rivalise néanmoins à /a maison de zèle avec

1 Molière.

la mère , et poursuit Je père à la chasse dans une intention jésuitique. — Encore Tavis du docteur Sganarelle : les filles sont quelquefois bien têtues * .

Le drame, en vérité, marche bien. Ma femme est là, et n^est pas là. De racme ma fille. Je le veux, et tout est dit. — Je la veux battre , si je le veux ^ et ne la veux pas battre, si je ne le veux pas '^.

Si Lesdiguières se convertit ^, c''est que la fille , convertie elle-même par le père Cotton, « travaille habilement son père » {page 67), et prépare ainsi Tentrée du jésuite à la cour (voir ci-dessus, /^û'^c 180). — Cest encore parce qu'ail <( change sa religion ^ « contre le nom de connétable » [page Ci"]). Or, le maréchal de Créquy, son gendre, en

1 Molière.

^ Idem.

3 Lesdiguières , comme on sait , fut converti par saint François do Sales.

4 Pour change de religion. — Lesdiguières n'a pas, que nous sachions, change le calvinisme. Il a levé une poignée de terre dans son tombeau de famille, et trouvé des catholiques, ce qui le fit réfléchir.

— t>uo —

lui remettant les lettres de coujiétable , ne f l'avait pas deviné : Pour avoir toujours clé ■ifainc^ueur et iiai>oir jamais été vaincu .^ dit le maréchal.

En Allemagne, les filles de Ferdinand 1" <( travaillent si bien que la maison d'Au- « triche s'unit par mariage à la maison de «( Lorraine et de Bavière. » {Page Çi'è.) — Incontestablement, lesjésuitesont travaillé d'abord les filles de l'empereur; ils conduisent cette affaire pour élever les enfants à naître, et produire la « dure et dévoie <( génération des Ferdinand II, des Tilly ', « consciencieux exécuteurs des hautes

«( oeuvres de Rome!» ' Toutes choses

que nilustre professeur a vues sans doute dans les écrits de Lamormaini : Idca priiicipischrisLiani^ et dans les ^/z/2a/<7^ de Khcvenhuller, comme dans les peintures de ce

1 M. iMichclct éciil Tilhj. — Pour un grand historien j qui a tout refait, c'est la moindre des choses... Il s'agit de Jean Tzerdaès, comte de Tilli.

2 11 cs>l à savoir pourquoi T Université fournit des précepteurs il la raniillc du roi des Français, et coBimenl M. Micbelcl ne s'en plaint pas.

damné Sahafoy^ qui pourtant aimait les je-? suites et le disait M — Quoi! Salvator dit cela? — Oui. — Da72S quel chapitre^ s'il

vous plaît? — Vans son chapitre des

chapeaux'.

Il a vu de même cette chose : »( Sur les « ruines des villes en cendres , sur les « champs couverts de morts ( à la bataille « de Leipsick, i63i), le jésuite trottait sur « sa mule près deTilly.» [Pages 68 et 69.) —Nous ignorons que la cause originelle de cette guerre fut une révolte des Bohémiens sous la conduite du Roi dliiver., et la jalousie des princes protestants d^ Allemagne; que Tilli fut vaincu par Gustave-Adolphe à Leipsick, et, comme tel , ne pouvait guère se promener faslueusement sur des ruines fumantes et des cadavres ^.

Schiller, à la vérité , déplore les horri-

* Salvator avait ses raisons pour les aimer. Ils furent les protcclcurs de son génie naissant.

* Molière, ibid.

» Je pardonnerais cette idée à Salvator Rosa. M. JMichelel nous a bien fait voir les jésuites en sentinelle sur les tours de Notre-Dame ! . . . C'est une fantaisie ; mais ce n'est pas de l'histoire. Et alors même , Salvator lèverait les épaules devant la philosophie do M. Michclel.

blés résultats de la prise de Magdebourg ; mais la poésie et des élans dec<ciu' ne sont point des raisons de guerre. Tilli lui-même l(\s déplorait; « il exprimait des regrets sur le sac de Magdebourg, dont il rejetait tout le blâme sur Pappeinlieim, » dit M. Weiss. Après la guerre de 1626 contre Christiern, quiavait pillé toutes lesterrcsecclésiastiqucs de cette partie derAllemagne, Tilli demanda pour toute vengeance que la paix fût signée ; en effet, la paix fut définitivement conclue à Prague, i635, entre toutes les puissances belligérantes, et le pape Urbain VIII écrivit à Tilli pour lui exprimer la joie que toute TEglise avait d'une conduite si avantageuse aux catholiques ' .

Eh bien, non, nous avons hâte d\idopter les amplifications filandreuses de M. Michelet sur la guerre de Trente ans! C'était expressément un combat de machines qui marchent sans cœur et l'œil vide (p. 69) , au soufïlc des jésuites. Et Ilanke, sans men-

* M. Wciss.

tir, dit bien que le séduisant Aqiiai>wa montrait en ceci Vohstination virile de sa main mystérieuse! — Ilemarquez en passant que Claude Aquaviva était mort en 161 5, et Possevino en 1611 ; ils avaient sûrement arrangé de loin la grande guerre. (P. 70.)

Aussi bien, M. Michelet n^ignore pas qu^il bat la campagne : C est un homme extraordinaire^ qui se plaît à cela et que vous ne prendriez jamais pour ce qu'il est. Il affecte de paraître ignorant. . . ^

Quelles misères ! quel insipide bavardage ! Quel métier que celui d^analyser ces forcencries rebutantes ! Oh ! non , ce n''est pas à M. Michelet qu'il appartient de s^écrier: Qiiî le fera sans mal de cœur? Il faut s\'tahlir en pleine boue! . . . JVn appelle à M. Quinet.

1 Molière , ihid.

Sailli François lie Salos. — rniiislriiniont. — Ips jésuites jouaieiiil FAUX. — Sailli François de Sales leur donne le TO^.

LMntitulé (lu chapitre nous annonçait un passage concernant les romans dévots de Tcpoque, ou mieux des jésuites. Au moyen d'une figure que les rhétoriciens définissent \îi prètermissioji ^ M. Michelet déclare qu'il n"'en dira rien, pour ne point maculer sa chasteté de plume et ses mains blanches.

Cependant il observe et conslale que ces romans existent ; c'est commode. J'observe et j'aflirme qu'ils n'existent pas ,.ou que du moins s'il y a des ouvrages de spiritualité

auxquels celte qualification singulière pourrait convenir à peu près, ils ne contiennent de boue que celle dont les couvrirait mon adversaire en y touchant.

Comme semblant de méthode , saint François de Sales revient à cette page 71, pour montrer que tant d^hjpocrisie et dMntrigues cruelles n'auraient jamais eu cours sans son intervention charmante.

De sorte que saint François de Sales, le candide imposteur , le pur débauché , se prêtait ou complaisamment ou sans pensev malice à faire la courte échelle pour Aquaviva, Canisius , Possevino et toute la bande de ces renards moitié loups.

Il serait curieux de le voir à Poeuvre.

M. Michelet se redresse , et crie à tuetête : Mais vous l'avez vu? — Point du tout. — Mais il a îd^iface d'ange? — Mais j'ai mis à néant vos stupides hypothèses, et j'estime que vous lui faites un rôle de niais qu'il n'eût jamais accepté , qui répugne à son génie délicieux comme à l'inflexibilité connue de sa belle conscience, et dont le plus

malavisé tles hommes n"'aur.iit pas clô tlupr. — Mais voici les preuves. — JVcoule.

Tout de bon, quiticz ces inrarlades

El puisque Ui frarrchise a pour vous tant d'appas, Je vous (lirai tout franc que celle maladie, Partout où vous allez, donne la comédie*.

Or, « les jésuites donnaient Tabsolulion «( au rabais. » {Poge 71.) — Mensonge. Et je puis répliquer sans plus de preuves : les jésuites ne donnaient pus l'absolution au rabais. J"'ai démontre Timpossibililé ou Tinvraisemblance de cette absolution *.

Eh bien , soit : les jésuites pratiquaient une petite morale [ihid.). Qu'en résultel-il ? c'est que les jésuites, au sens de mon adversaire, « pouvaient bien corrompre les M consciences, mais non pas les rassurer. » {Pages 'ji. et 72.) Ils eurent donc recours à saint François de Sales, qui les corrompit cl les rassura en môme temps. Voilà le jésuitisme ; — c'était lui qui était Vapothi-

Le Misanthrope, ad. I, se. 1, 2 Voyez pagCjTu.

Caire , et v'ià monsieu le médecin qui a fait cette belle opération-là \

« Les jésuites pouvaient jouer du riche « instrument Je mensonge que leur ins- « titut leur donnait... » {IbicL) Ccst-àdire jouer la science , l'ai^t , la littèiritare^

la théologie — Et des écrivains de

toutes sortes, grands écrivains, grands hommes , répondent que , sur ces divers chapitres, nulle société n''a égalé en puissance réelle la Société de Jésus. « La Chalotais porta Tignorance ou Taveuglcment jusqu''à dire, dans son réquisitoire, que les jésuites n^ivaient pas produit de métaphysiciens. Je faisais alors la table de mon Astronomie; j'y mis un article sur les jésuites astronomes: leur nombre m'étonna*^. » Ma première réfutation ^ présente une assez Ion gue liste des hommes remarquables que produisit la Société de Jésus dans toutes les classes du monde intellectuel. Qu'ils aient exploité pour le mensonge leurs talents et

1 Molière, ibîd.

2 Lalande, Annales philosophiques , etc., tome l^"". ^ Les Jésuites. \U'i,^' Mxi.

— 29« — leurs œuvres , ce u'élaiL pas une cliosc si évidenle qu^il fût inutile de lo rendre palpable.

Au reste, la métaphore paraît exquise. La science, Part, la littérature, etc., c''cst un instrument; les jésuites avaient l'adresse de s'en seivir , mais non pas d'en tirer un son juste. (Ibicl.) «Ce son juste, c'est précisé- «( ment saint François de Sales qui le leur « donna; ils n'eurent qu'à jouer après lui, « pour rendre le Hiux un peu moins discoru dan t. » {Ihhî.)

Et comment /oMût/V donc saint François de Sales ? u 11 regardait de préférence les <( moindres choses de la création, les pe- « tits enfants, les petits oiseaux, les petits " moulons, les abeilles... ; ce qui autorisa « chez les jésuites les bassesses du style ^ <( les petitesses du cœur, »> [Paire 72.) — Ainsi jouait-il.

Exemple : « Parce qu'il montre Dieu <i dans la femme qui allaite son nouveau-né, « il enhardit ses imitateurs aux plus sca-

« breuses équivoques ; et il les a fait « mmncer à ce point, qu'^entre la galanterie rt et la dévotion, Tamour et le Père spiri- « tuel, la ligne devient insensible (/?, 72).» — On n'a pas besoin de mes réflexions. Mais j^observe que TEtat n'a pas payé Voltaire pour écrire la Pucelle.

Tel est le résumé du chapitre III. Telle est la logique de M. Miclielet. Il faut bien de Tineptie pour ne pas la comprendre, et poin^ se fourvoyer dans les sentiers rocailleux que nous traversons. La mauvaise foi toute seule pouvait faire que nos yeux n'eussent pas rencontré en lout ceci deux ou trois propositions tolérables.

Mieux inspirés, nous saisirons la finesse élégante de style et la haute distinction d'esprit de M. Miclielet, 1° lorsqu'il reproche aux jésuites de duper les maris en suivant l'amoureuse tactique des amants, qui consiste en de lâches roueries, etc.,

— aoo —

fie. {p'i^c Jj); 2" lorsqiul accuse les jésuiles iVatliaper Dieu {pcige 75), el (jifil épuise à celle occasion le vocabulaire des bouges.

l'eouui sous foinie archilccluialc. — L'arsenic sous forme d'puimi. — Promenade d'une dame allemande à traders des maisons louches qui onl L'AIR l'RÈIRE el L'AIR VIEILLE FILLE. — Celle dame pleure, assise sur une borne.

Une dame allemande est introclulle. La clame sYgare dans le quartier du Jardin des Plantes. IN^ayant rencontré que des rues entières de jardins^ àes maisons grises qui^ par dérision^ montrent leurs croisées murées^ qui voient et ne voient pas , qui ont Vair prêtre et F air vieille fille , et qui la regardent d'un œil louche , elle s'assied sur une borne et se met à pleurer. {Pages 78 et 79.)

Qi^arrivail-il donc à celle dame alleluande ? « IJ'c/inui, »

L''eiinui , « c^st efreclivemenl ce qui «( prend et afladil le cœiir, à regarder seii- « lemenl ces disgracieuses maisons ; les plus « gaies sont des hôpitaux. » [Ibid.) — Et celte dame ne connaît pas un moyen de se désennuyer noblement avec les malades :

elle aime mieux des prisons et des casernes, et ses florins.

Le quartier fait comme saint François de Sales ; il essaye , à sa manière , Vinstruj)ientj pour que les jcsuiles puissent jouer plus juste après lui ; le quartier fait /ace de.,. Dites-le moi.

Or, vous ne saviez pas pourquoi des hôpilaux dans le quartier MoiilFetard? Vous hviez bctii peut-être Tidce sainte qui plaça précisément au coeur même de Tindigence la providence des indigents ? Quelle erreur !

Les jésuites sont beaucoup plus rusés : très-visiblement, ils se proposaient dV^/iniijer le peuple sous forme architecturale

{p. 81), et (le le dure mourir; ils voulaient aussi, en j^ multipliant les pensionnats, débarrasser la nolîlesse de ses filles, ennuyer ces infortunées, et les faire mourir pareillement, au profit du vieuoç système uiurt.

Les rouveiilsà dpiw époques. — Diieclion des reli'içieuses. ^ — ^.Guerre acharnée eiilre les direeleiirs. — M. de Bénille, à propos des jésuites.

Suit une comparaison des couvents du pioyen âge avec ceux du dix-septième siècle et d'aujourd'hui.

Au moyen âge î 1° « la discipline était rude. » {Page 8j .) — On peut en convenir.

2" « Le nombre des religieuses très-petit. » — rEt rien n'est plus vrai que la proposition contraire.

3" « Le relâchement de la discipline com- « mença dès lors (au dix-septième siècle) à « peupler les couvents, car les parents hc- « sitaicnt moins à faire prendre le voile à

« leurs filles; ce n^ était plus les enterrer « vhcs. » [Ih'ul.) — M. Micliclet se combat lui-même : iladitenmnintcscirconslanccs, et il répétera que, dans les couvents d\aujourdMiui , les filles sont enterrées toutes vives et assujetties à des mortifications cruelles.

4° « Le relâchement devait engendrer Poisiveté. » Au dire de M. Miclielet, voici la cause : Comme elles ne chantaient plus cil latin (pourquoi donc?), les religieuses ne pouvaient plus chanter du tout ; chanter, cela du moins leur eût procuré quelque peu de distraction {pages 82 et %'i passim). D'un autre côté, on leur défendit de lire, pour ne pas les rendre trop liseuses (le moyen est ingénieux). On leur défendit de chanter en latin, craiirjjant qu'elles ne s' attendrissent à chanter les louanges de Dieu. (Quelle connaissance du coeur humain!) Ne lisant pas, ne chantant pas, que faire? — La Fontaine répond...

Et « comment rc/??/;/rtC<7-^072 tout cela?... (Cest une transtlion.) « Quelle chose ^w^-

Il stitua-t-on ? . . . , Une chose? non, mais « un homme , tranchons le mot.)) (Ibicl.) — Il était déjà fort tranché. — « Le direc-' teur. »

Et ensuite les contes drolatiques, les mêmes que ci-devant.

Et puis cette observation pyramidale : « Les idées se pressent ici, mais il faut « qu*'elles attendent , nous les écouterons « plus tard; pour le moment, elles rom- « praient \cjil de la déduction historique. » {Page. 840

Et cela s'appelle écrire noblement , excellemment. « Il n'est pas, que je sache, dit le rédacteur du National., il n'est pas en notre langue de récit plus frais, plus brillant, plus aimable, etc., etc.. L^éloquence de la pensée se joint à celle du langage, etc. , etc. Les raisonnements les plus sévères ont acquis, sous l'excellente plume, les qualités attachantes, etc., etc. La beauté

des sentiments se reflète dans le style

C'est un charme d'élégance et d'amabilité

qui anime et parfume le livre loul entier, lionne de la douceur aux pages sévères.., et, derrière Técrivain, fait toujours percer IV'poux et le père... Cest proprement un charme*. » — Cest or mousseux pour les badauds d'antichambre.

Donc , le dix-septième donnera un directeur aux religieuses.

Mais voici un inconvénient : tous les prêtres , séculiers ou réguliers , veulent avoir la direction; « pour eux, citait une

« affaire de cœur)) {page 85), pour

• les Ordres^ c'était un grand pouvoir, w

Ainsi i( M. BéruUe — on dit moins élégamment M, de Bérulle''^ — courtisait bcau- « coup les carmélites; il y allait à toute <( heure du jour, et même le soir, les jésuites « disaient de nuit. » (Jôid.)—^ Les jésuites disent que vous mentez, et que vous invoquez au moins témérairement ici le témoi-

* National du 2i février 184d.

^ D'une ancienne fiiiniile de Champagne , connue dus le commencement du I 4" siôr le.

gnage de Tabaraud, car ils trouvent seulement dans son livre ces paroles suspectes : « Les cannes français étaient jaloux de le voir chargé de la direction génèi'ale des religieuses carmélites. Tous les religieux disent que vous mentez , et que ces guerres pour la direction des religieuses D'août ja^mais existé, même en apparence. Ils disent qu^en tout temps, les directeurs de religieuses furent désignés, non par les Ordres, mais par les évéques , et révocables à la volonté de ceux-ci *.

Et, à mon tour, je dis que vous faites usage d\in argument pitoyable pour expliquer cet acharnement des directeurs.

Vous alléguez V importance idéale et poé-

1 Sauf le cas exceptionnel du confesseur extraordinaire, et alors révêque désigne un nombre indéterminé d'ecclésiastiques parmi lesquels la religieuse choisira. C'est une mesure, si je ne me trompe, que ne blâmeront pas les gens qui s'entendent en liberté humaine , et non plus ceux qui conçoivent la nécessité d'une haute surveillance dans des positions aussi délicates. Le confesseur extraordinaire est également révocable. Toutes les fables de M. Michelet s'évaporent devant ce document bien simple.

tique (les communautés de femmes {p. 85). — Faites-vous comprendre.

Vous dites : « la vie molle Vdes isilan- « dines était très-propre à faire des vision- « naires ; et les ursulines , avec leurs cent « cinquante couvents, présentaient au di- «( recteur un grand instrument politique » {Pcig. 86.) — Et 1° nous connaissons la vie molle des Visitandines ; et nous admirons que saint François de Sales , le saint FrancoisdeSales de tout le monde, eûtdonnéunc recelte pour faire des visionnaires ; et quand même la visitandine Marie Alacoque n"'eût été qu'aune visionnaire , cette maladie individuelle ne prouverait rien, selon nous, contre un ordre de religieuses ayant deux cent trente-cinq ans d^existence ; et nous soutenons, comme nous établirons, que les visions de Marie Alacoque ne méritaient pas les aimables sarcasmes de M. Michelet. — Et 2°, en ce qui concerne les Ursulines, nous rions tout bonnement de la portée politique dont on les gratifie. — Et 3° enfin, nous goûtons fort peu cette remarque : «( Les Visitandines étaient inactii^es^ etc.; les Ur-

siiUnes ^ plus utiles^ se vouaient à V enseignement, {Page 86.) Car, sous le règne de Louis XIV, les Visitandines, et vous leur en faites un crime précédemment, tenaient des

pensionnats de jeunes filles Si les

Ursulines étaient utiles parce qu'elles se vouaient à renseignement , par là même les Visitandines qui se vouaient à l'enseignement Vêtaient comme elles.

Saint François de Sales nous dira, lui aussi, combien la direction et la confession tiennent au cœur du Prêtre : « Je vous avoue que , comme on appelle martyrs ceux qui confes^oient Dieu devant les hommes, il n'y auroit pas de danger d'appeler encore martyrs ceux qui confessent les hommes devant Dieu, même confesseurs et martyrs tout ensemble. O vraiment !

vaudroit autant exposer un visage frotté de miel à une ruche d'abeilles. » [OEuvr-es , page 28 , ch. 18, i"part. , édit. de 1747O

Et que dirai-je du passage cité à la page 87?

M'est avis que les religieuses ne sai'ent

ce qu'elles reiiLmt^ si elles i\^ nient attirer sur elles la supériorité des religieux , etc. Ayant clieiTlié dans rédilion des œuvres de saint François de Sales , tome XI , page 120, édition de i833^, je n''ai trouvé qu'aune lettre à un seigneur de la cour^ oii il est question de rarnvce de son frère, évéque de Chalcédoine, et une autre à une demoiselle malade^ où il n^est question que de patience dans les ennuis de la fièvre.

Je note seulement ce gage nouveau d'exactitude et de sincérité.

Voici pourtant une petite leçon d'histoire. « Un gentilhomiïîe du duc de Nemours, ennemi juré de la maison de Sales, trouva moyen d'avoir quelques lettres du saint homme. De concert avec une courtisane , il en contrefit une où celui-ci s'excusait d'avoir été oblige de prêcher contre elle , et lui disait mille criminelles douceurs. Ensuite le gentilhomme

1 Suivanl les indications du libelle J\i ev constàument

sous i,KS YKLX , (Ht ^I . Mlcliolol, i.'kuition de 1833. » (Page 33.)

et la couitisane firent grand Jiruit. La réputation Je saint François de Sales en soLiiFiit beaucoup pendant trois ans. Le caractère et le style étaient si bien imités, qu'il en fut étonné lui-même. Enfin, le misérable avoua son horrible calomnie et mourut en désespéré. Saint François de Sales le pleura * . »

" O Voltaire! ô malheureux ennemi d'une religion qu'au fond du cœur tu adorais! Homme prodigieux dans tes égarements mêmes , et qui fis déraisonner la vertu en l'enivrant de malice et d'esprit ! Menteur immortel , détestable enchanteur, ce sont là tes enfants!... Ils se disent aussi les fils de Pascal!... Ils ont déblayé le sillon des siècles.. . N'ont-ils pas fait des révélations ? . . . Ils sont les prêtres du Vrai et de la Charité ! Ils sont d'honnêtes gens ! On ose frapper des médailles en leur honneur et les apo-

* Aug. de sales.

ihéoser comme des dieux ! On dit de M. Miclielet, qu^il est Van des plus vaillants et des plus nobles héritiers de V exconiniunicaiion de ce pauvre T^oltaire^ !...

Non, M. Michelel, et toujours non, les jésuites, pour donner le change à saint Ignace, n'ont pas remplacé la direction générale des couvents , qui leur était sévèrement interdite , en pratiquant la direction individuelle ^ et dirigeant une 4 une les religieuses qu''ils ne gouvernaient point colleclivement [ihid.). Le moindre vice de ces allégations, c''est qu'elles égalent en absurdité toutes celles que nous avons vues.

Saint Ignace défend aux jésuites d'accepter facilement la direction des religieuses ; pourquoi? pour prévenir peut-être les impurs lazzis de votre chasteté de plume^. Voilà une règle positive. Eh bien, je

* National déjà cité.

2 Voici un exemple de chasteté de plume : Les rkgents

(jésuites) A QUI I.E MONDE DES FEMMES SE TROUVAIT FERME, DEVINRENT TROP SOUVENT DEsTiRCIS, DES (^,ORY!)0NS DE COLLEGE,

(rage 101.) — Il me souvieiil ici d'une belle parole de saint Augustin, citée dernièrcnienl par le vénérable évéquc de Chartres , cl qui résume assez bien la prétendue mission

vous dcile de prouver que les jcsuiles n'y soient pas restes fidèles.

Vous confondez à dessein le confesseur et le" directeur, le gouvernement et la direction.

La confession... mais c'*€st assez.

La direction , dans le plus large sens du mot, ne consiste qu'en certains rapports de spiritualité librement établis et nourris par une mutuelle confiance entre le directeur et celui qu'il dirige. Elle n'est obligatoire pour personne. Elle est, chez les religieuses, comme chez tous les hommes de tous les états et de tous les caractères, un besoin perpétuel, un appui de la faiblesse, la lumière de l'inexpédence , l'application sentie du fameux adage : Fis imita fortior. Si vigoureux que vous soyez, qu'avez-vous fait sans prendre conseil d'un ami? vos libelles probablement, et je le crois... Malheur à celui qui est seul! Fœ soli! Depuis le premier souffle jusqu''au repos du sépulcre , la di-

moralc de M. Michelct. Verha quœdam, etc., etc., vcïutim- ■pura cxhorrescens,impurus exagitat. RafTinement usité de nos jours. On maudit le vice pour avoir le plaisir d'en parler.

rcciion nous siiil et ne nous (|uUte jamais; et (l'ordinaire , quand nous la perdons de vue, c'est alors que nous la subissons davantage. Nous sommes des soldats sur la terre, mîlitia est vita hominis super terrain. Point de soldats, point de bataille sans un chef, point de vie possible sans direction. Faut-il montrer maintenant en quoi le gouvernement diffère de la direction, et que le directeur, pour donner à des religieuses quelques salutaires avis, ne tient pas nécessairement la clef de la caisse et J'ai

honte.

Faut-il répéter que le directeur doit être approuvé par Tevcquc , comme le confesseur, et qu'il est révocable comme celui-ci ; que M. Miclielet confond le directeur et le confesseur extraordinaire; et qu'il y a l'objet de la confession et Tobjei de la direction, qui sont parfaitement distincts?

Et enfin ne voyez-vous pas les intentions de l'Eglise, lorsqu'elle consacre par son autorité souveraine ces trois systèmes de conduite intérieure?

EfFectivement, la confession, lorsqu^il s\agil de religieuses surtout , présente une tentation terrible. Un homme seul peut exercer sur une pauvre femme isolée, quM dirige constamment et dont il possède les plus impénétrables secrets , une dangereuse tyrannie. Par ces motifs, Tévêque Ta choisi entre les saints j sur la moindre plainte et sur un simple soupçon , Tévêque intervient et lui retire ses pouvoirs. Il nMmporte. L'évêque prendra des précautions plus minutieuses. Si la pauvre femme ne goûte pas son confesseur ordinaire, elle écrira une lettre, sans obhgation de la soumettre à sa supérieure , elle la déposera chez la portière du couvent, qui doit la remettre à Tévêque. Cette lettre contient la demande d\m confesseur : Tévêque désigne, comme je Tai dit, un confesseur nouveau.— Ainsi peut-elle porter au tribunal de Tévéque, remarquez-le bien, tous les sujets de plaintes qu^elle trouverait dans son couvent.

Cest là la règle ordinaire. Il existe une disposition commune. Quatre fois par an,

— 3iC —

Tôvrquo donne aux religieuses nn confcssciu' extraordinaire sous les réserves que fai dites.

Indépendamment de ce confesseur, elles avaient un directeur... Eli! lisez l'abécédaire.

Où prenez-vous vos malédictions? Où trouvez 'VOUS de la débauche, des absolulions amoureuses, et le droit d'écrire ces lignes infectes : « Avec le directeur jésuite , « le confesseur devenait peu à peu une es- <( pèce de mari dont on ne tenait guère « compte » {page 88) ? Ignoble propos, calomnie lâche et folle.

Et c"*est pour Texcuser, vraisemblablement, que vous dites en si beaux termes : TV;/, jésuite^ somiens-t'en y ton art est la calomnie {page^o). Vous avez vos raisons pour crier au voleur ; cVst un système connu. Ceux qui vous poursuivent ne s^

l romperon t pas 7b/, sou çle/is-i'cn ,

to7i art est la calomnie.

Slu' quoi vous racontez, prêtre du vrai, quelque anecdote de taverne : « ITne des

(( parentes du cardinal de BéruUe étant de- « venue grosse aux Carmélites, les jésuites « l'accusèrent hardiment^» — Et vous citez

Tabaraud D^abord , Tabaraud , comme

janséniste, était TenDerai né des jésuites ; et c^est un témoignage au moins singulier que le sien. Et puis vous mentez pour la millième fois, car il n'y a pas une syllabe dans tout ce volume de Tabaraud qui justifie la citation. Jamais Tabaraud n'a écrit ni même pensé que les jésuites accusèrent M. de Bérulle.

Prodigieuse effronterie ! dites -vous.

{Ibicl.) Je l'accorde, mais c'est la vôtre.

^ Page 89.

Ooiélisme des jésuites. — le jésuite Desmarets de Sainl-Sorlin— . Soélératessc du P. Annal.

Le cinquième chapitre nVst quVin résume des chapitres précédents. On espère y trouver quelques expUcations ; le chaos se comphque. M. Michelet fait Téloge de Port-Royal, qu**!! ne connaît pas; du grand Arnaud, dont il n'a pas lu les ouvrages; de Pascal , qui ne méritait pas sa bienveillance.

Suivant lui , le clergé , au dix-septième siècle, fuit des ajjcùres. {Page 91 .) — Té-

moin saint Vincent tic Paul, Bossiiet , Fcnélon , Bourclaloue , Massillon , Fleury, etc.. Et les laïques font VEglise, — « Car u Descartes et Galilée ont donné le mouve- « ment à la science, Leibnitz et Newton « Tharmonie. » {Page 92.)

Le reste est de même.

On y fait de Desmarets de Saint-Sorlin, membre de TAcadémie Française et auteur de C/oçis , un suppôt du jésuitisme. — Et comme tout exprès , les jésuites ont condamné plus haut que personne le fanatisme bâtard de Desmarets.

On dit que la vie de Simon Morin était innocente. — Chacun sait que Morin, logé chez une fruitière de Paris , abusa de la fille de celle-ci , etc. , etc.

On dit que le père Annat poussa Desmarets à faire brûler ce malheureux (page io3). — Et en même temps, que Desmarets perdit Morin par jalousie. On prête au père Annat les infernales machinations que voici : « Poussé par ce religieux, Desmarets capta « la confiance de Morin , lui fit croire qu''il « était son disciple (de Morin ), et en lira

<( ( pour lira de lui ) des preuves écrites au « moyen (les(|uolIes on le fil brûler ( non « pas Desmarcls, mais Morin ^).

On (lit encore que « la faveur du père « Annat valut aux livres les plusextrava- « gants de Desmarets Tapprobation de Tar- « chevèque de Paris. » [Pags io3.) — Et Phisloirc dit que le clergé de Paris, de son propre chef, approuva les seuls ouvrages irréprochables que Desmarets de Saint- Sorlin eût mis au jour , après sa conversion , ce qui n^entraîne aucunement Tapprobation des autres ^.

On dit que Desmarets, toujoiws coîiduit

par les jésuites^ « a démembré Port-Royal,

« et cela en gagnant quelques-unes des

« religieuses {petite 102). » — Ce qui paraît

fort logique et vraisemblable.

On ment de toutes les manières et sur tous les tons.

» page 103.

2 Ces livres sont VOfficc de la Vierge et des Prières où se faisait remarquer un peu d'exaltation, mais qui n'avaient encore aufun cararti^re danfiereux

Pourquoi Tarlufe n'est pas ciioore quit'tiste. — Tartufe excommunie l'Eglise. — En quoi le Tarlufe se mêle à la réaction dévote. — M. Micbelel FAIT LA CLASSE à Molière.

Au chapitre sixième , il s'agit de savoir pourquoi Tarlufe n''est pas encore quiétiste, i664-i66g.

Et cVabord, pour constater Texislence des Tartufes réels, M. Miclielet cité une anecdote de mademoiselle Bourignon,qu''il dit extraite des oeuvres de celle-ci. — Mademoiselle Bourignon a écrit vingt-un volumes , où ce passage ne se trouve pas. Il est dans sa vie écrite par un protestant fanatique , Pierre Poiret, — Quant à Saint- Saulieu

Nommez-le fourbe, infâme, et scélérat maudit, Tout le monde en convient, et nul n'y contredit i.

La fin du chapitre consiste en une leçon que donne à Molière... M. Miclielet, siu' la maliière d'écrire un meilleur Tartufe.

* Molière, Le Misanthrope, act. I, se. 1.

« Le dévot pris en flagrant dôlit par le « mondain j riiomme d'église excommu- « nié par le comédien.... Voilà le sens, la « portée du Tartufe. » (Page 106.) — Si quelqu'un fut jamais inhabile à juger Molière et ses œuvres, c'est M. Michelet. Molière s^explique lui-même sur le sens de ses intentions. Et le dévot n'est aucunement pris: le dévot s'^appelle Cléanle, et il prend tout seul.

Molière a dit :

Il est de faux dévots, ainsi que de faux bravos.

Il attaque les faux dévots dans le personnage de Tartufe. Il flétrit précisément riiypocrisie religieuse^ parce qu'il la met en regard de la piété sincère ; et cette opposition, ménagée avec un art merveilleux, n'avait encore échappé à personne.

Il est également inouï qu'on ait prêté au grand comique l'idée de faire jouer par le mondain je ne sais quel rôle grimaçant de moraliste luiivorsitairc. On a<lmire tous les

jouis, et à chaque page de ses immorlels chefs-cVœuvre, la pitié railleuse et profonde, rindignalion sublime, et les sages maximes que lui inspirent les travers du monde petit et grand.

Cette phrase ; a LHiomme d^église excom- « munie par le comédien, » n'est susceptible d^aucun sens raisonnable.

Tartufe , dans la comédie , ne l'eprésente pas V homme cTéglise^ ou du moins ce que M. Michelet voudrait qu'on entendît par là. Tartufe n'est pas un prêtre, ni même un marguillier, ni même un jésuite. C'est un mondain précisément qui passe par l'église pour arriver plus vite au libertinage et au vol , mais qui s'y prend dès Fabord d\me manière assez gauche. Ses contorsions, ses bons offices de bénitier, sa démarche peureuse et sournoise, sa physionomie tout entière trahit le peu d'habitude du lieu et fait que je m'étonne aussitôt de l'y rencontrer. H ne passera pas. Cléante a vu son masque, et le jette à la porte. Que dis-je? Son masque tient mal, et tombe de lui-même à deux pas du béni-

lier; Elinire le déjoue, Orgon retrouve sa casselte , M. Loyal fait son métier ; Tartufe est tartufié, il ira aux galères du roi. Voilà le sens, la portée du Tartufe.

Que parlez-vous du comédien ? Molière était comédien, sans doute, et si M. Michc- Ict voulait dire que Molière qui jouait la comédie , étant excommunié par Tliomme d^église , excommunie Thomme dV^glise à son tour, il se permet une sauvage naïveté.

Enfin, le sens probalîle de cette phrase alambiquée serait que Molière a mis en scène un comédien pour Topposer à Tliommc d^églisc, et les vertus injustement méconnues du premier, pour confondre,les ignominies vénérées de celui-ci. M. Micliclet m'*accorde qu^il n''en est rien.

« Le théâtre, ajoute-t-il, ralTcrmit la morale religieuse, ébranlée dans rEglise^.)^ ÇP. 107.) Je soulfre Texphcation; mais elle fausse ridée en Texagérant. Je ne suis point de ceux qui refusent à Molière le bon sens et la sincérité. Sa comédie vaut mieux qu''un

1 Ebranlée ihiim l'Eylisc! Lullicr l'avait dil j TEglise a répondu.

mensonge. Elle peint admirablemenl des abus réels. Il a existé des Tartufes. Je sais qu^il en existe, et malheureusement tout porte à croire que cette génération maudite se propagerajusqu^à la fin des siècles. Les flétrir , c"'est une œuvre méritoire , souvent courageuse. Ils ont généralement le secret de se faire craindre. En effet, ces gens-là sont partout , dans les conseils des rois comme dans les comptoirs des marchands, au Collège de France et sur le pavé des rues, partout. Et après avoir mis Tartufe dans féglise, — puisque alors, la dévotion étant favorisée, Tartufe ne trouvait point de plus sûr moyen d'intrigues, — Molière [probablement aurait mis Tartufe dans la position de mon adversaire , vu qu^aujourdliui le vent de la faveur souffle par là.

Mais fallait-il, en bon moraliste, négliger les préoccupations vulgaires, et, par une peinture trop saisissante du mal, persuader à des esprits ulcérés et faibles que leurs justes ressentiments doivent punir la chose des

fautes commises parles personnes ?La vérité qui produit Terreur, est-ce la vérité? Molière parlait bien, les auditeurs entendaient mal ; et ce grand homme ne pouvait Tignortr. Cesl pourquoi Rousseau Ta jugé sévèrement : « Qui peut disconvenir, dit-il, que le tlicàlre de Molière, dont je suis Tadmiratcur plus que personne, ne soit une école de vices et de mauvaises mœurs...? J''entends dire qu'il attaque les vices } mais je •voudrais bien que Ton comparât ceux qu'il attaque avec ceux qu''il Aivorise — Convenons que Pintenlion de Fauteur étant de plaire à des esprits corrompus , ou sa morale porte au mal , ou le faux bien qu'il prêche est plus dangereux que le mal même, pn ce qu'au grand soulagement des spectateurs, il leur persuade que, pour être honnête homme, il suffit de n'être pas un franc scélérat. »

Au reste , le Tartufe n'est pas la seule comédie que Molière ail écrite. Le Bourgeois gentilhomme^ l'^wrf?, et surtout VAmphytrion lui donnaient infiniment peu, ce semble, le droit d'excommunier les prêtres.

Je n'aperçois pas en toiil ceci un hieti solide ratFermissement de la morale religieuse; el la tristesse de Rousseau pénètre dans mon coeur.

M. Michelet donne des conseils à Molière, comme il en donnera bientôt àBossuet. S*'il avait fait le Tartufe , il Peut fait autrement. « Il eût em.'pioyé peut- êt/v le mys- « tique jargon de Desmarets et des pi'e- « miers quiétistes. » [Page 108.) « Il aurait (( serré la place de plus près ^ avant d'être « découvert. »(P<r/^i? ii6.)LadécIarationde Tartufe le choque par son invraisemblance ^ déclaration ^ dit-il , d'un tel homme à une telle dame!... «Un vrai Tartufe eût mené « bien autrement la chose ; il aurait attendu le moment favorable.» (Page 109.) M. Michelet, beaucoup plus fin que Molière, amènerait d'abord sur les planches <( tous les « amants dont Elmire a éprouvé les in- « discrétions ; et alors elle se serait laissé « dire bien des choses, qu'elle ne peut en- « tendre au moment où la prend Molière.»

— ri.28 —

Page 109. — Mais, observc-l-il jiuliciousemcnt, « cVUail chose impossible dans un drame si court. » [Ibid.)

El M. Villomain , qui fil un cours de littcralure fort estime, ne sVn doutait pas ! » Et le National^ juge compétent, sMl en fut, au point de vue de la littérature et de la critique, ne Pavait pas soupçonné davantage' !... Le National aura longtemps sur la conscience son panégyrique oflicieux.

J'*omets une foule de conseils, non moin charmants.

Quel dommage que Mohèrc soit défunt!

Mais plutôt quel dommage que fillustre

1 En blAmant les complaisances du National pour M. l\Iichdct, je suis loin de méconnaître le talenl du rédacteur. Il y a plus, et je crois fermement qu'au point de \He littéraire, Tarliclc en question vaut mieux à lui seul que le libelle tout entier dont il Tait l'éloge. On ne saurait soutenir avec plus d'esprit une plus triste cause. C'est mallieurcuscmenl un passei)orl frauduleux où se laisseront prendre des autorités même. Voilà pourquoi je l'ai biffi' de toutes mes forces.

professeur ne produise pas à la Comédie française un Tartufe do sa façon !

Nous trouvons ici une histoire de Molinos , revue, corrigée et considérablement augmentée.

On raconte qu'il eut du succès à Rome; on n^ajoute pas que le succès fut antérieur à la publication de la Guide spirituelle. On évite de dire que, dans le principe, Molinos avait une réputation bien méritée de grand directeur, qu'il descendit à Thérésie par une pente insensible ; que son premier antagoniste fut un jésuite, le P. Segneri, qui publia contre sa doctrine un livre intitulé : La Concordia ira la fatica e la quiète) qu'au premier aperçu , Terreur, habilement dissimulée, déjouait l'examen , et qu'ainsi s'explique l'approbation des cinq docteurs ; que ces erreurs, aussitôt qu'on les eut démêlées et définies , furent condamnées, au nombre de soixantehuit (19 novembre 1687); et qu'enfin, par l'organe du père d'Avrigny et de tant d'autres , les jésuites ont adhéré de coeur

et (IVime , expressémenl, piibliquemenl , logiquemenl, à la bulle cVlnnocent XI '.

Les nombreuses éclilions cVun ouvrage ne prouvent point du tout sa valeur intrinsèque et Teslime qu^on en fait; je pense l'avoir démontre beaucoup trop longuement au début de mes notes. A moins de prouver pour sa pari que ces vingt éditions et traductions de la Guida étaient Tœuvre de Rome et des jésuites, et d'abord qu'elles ont existé réellement, M. Michelet ne prouvera rien.

Rome, suivant lui, continuait la Maidalchini Panfili. « Elle dormait avec le gé- « néral des jésuites, Oliva, parmi les Vignes « somptueuses , les lis et les roses, et les ■ belles paresseuses qui vivent couchées, « l'œil demi-clos. » {l^ag('. 121.) — On souligne vertueusement le mot vignes^ et, en fait de chasteté de plume ^ le mot signifie qu'Oliva était un ivrogne, car tout le monde

* L'Inquisilion avait qualiûé Molinos iX" enfant de perdition, "l^ août 1687.

ne sail pas ce que cVHait que les Vignes pour les grands personnages de Rome à cette époque.

(( Rome', ajoute-t-il, Rome, la ville des <( catacombes , devait ainier le repos etpré- (( ter l'oreille â la voix basse ^ muette de « Molinos. » (Ibid.) — Observation trèsprofonde.

Les jansénistes , Bossuet , et la France, le ciel et la terre, ont bien su si Clément IX et Innocent XI dormaient l'œil demi-clos .. .

Quand parut la Guide spirituelle^ 1676, le père Oliva nWait guère que soixantequinze ans : singulier sybarite, Anacréon piteux, qui, dans sa fainéantise, évangélisait d^abord toutes les principales villes d'Italie sous trois différents papes ; qui dirigeait souverainement d'un pôle à l'autre l'immense conspiration de la société de Jésus ; qui devait enfin laisser après lui un Recueil de lettres^ des Sermons^ des Commentaires sur l'Ecriture sainte , etc. , etc.

Voilà lo (juiôlisme à Home. Le voici chez nous.

QuiélisDie eu Fruiice. — Miidamc Gujon cl le père Laconibe.

« Le cjiiiétisme eut un loul autre carac- « tère en France, » dit M. Miclielel.

{Pcigc 121.) — Cest fort heureux, (jiril le dise.

Dans un pnys vivant (n''oublions pas qu^il était mort) , la iJiéorie de mort montra de la vie. {^Page 121.) — Mon intelligence ne va pas jusqu'à pénétrer celle énigme. Ce sont là tle ces pensées si fines, si fines , qu^on ne peut les saisir ; et leur obscurité fait leur charme.

Je présumerais pourtant la traduction que voici : « LaFrance vivait, bien qu''en maintes circonstances niluslrc professeur ait constaté son décès. Oi-, les doctrines anéantissantes dc]Molinos,qui contenaient la mort, furent introduites et propagées en France avec une activité inouïe, et tellement qu''on

se servait de la A^ic pour produire la mort.» Si ma version nVst pas plus limpide que le texte, nous attendrons celle du National. J'ai cité, comme de coutume, la phrase entière : «• Dans un pays vivant^ la théorie « de mort montra de la vie. )> Le National^ qui a dit : C'est proprement un charme.^ peuts''expliquer à ce sujet. Je Ten défie charitablement.

Madame Guyon (Jeanne) se distingua parmi les plus clialeureux coryphées du quiétisrae. — On n'en doute pas. Et TEglise a condamné madame Guyon comme Molinos ; et les jésuites n'absoudraient pas une pénitente ou un pénitent qui, depuis la condamnation, s'obstine à suivre les voies du quiétisme; et M. Micheîet ne trouverait pas au .frontispice des Torrents l'approbation d'un jésuite ou d'un évêque ou d'un prêtre quelconque, non flétri par l'autorité légitime.

Ce qu'il dit des Torrents et des disposi-

lions (Vcspril de madame Gayori, j'y souscris volontiers, sans prc^iidicc des ohservalionssaugrenuesdontilassaisonne son récit.

Il s'y mêle pourtant une calomnie que riionneur et le simple bon sens repoussent de toutes leurs forces.

Le père Lacombe dirigeait madame Guyon et partageait ses erreurs; une correspondance suivie, comme c'était alors Tusage, s'établit entre les deux illuminés'. De là, M. Michelct conclut que le père Lacombe poussait son attachement pour madame Guyon jusqu'à des adultères vaporeux {page 123) : «Le père Lacombe, «( dès qu'il la vit, jeune alors, encore mariée « et soignant son vieux mari ^ fut si vive- « ment pris au cœur qu'il se trouva mal » (page 123). — Reste un inconvénient: le Père Lacombe ne la vit pour la première

1 observons que le P. Lacombe, étant un barnabite savoyard, n'était pas un jésuite français. — Madame de Main- " lenon consulta Bourdalouc sur raffaire du quiétisme ; le savant jésuite ne fut point favorable à cette doctrine qui n'était pas, disait-il, selon la science, et qui supprimait tous les actes particuliers et praiicpu-s de la religion en se bornant à Un simple iule de coiilemplalinn ou d'oraison passive.

fois qu^en 1678, et le mari de madame Gujon mourut le 21 juillet ^'J'jQ' Elle était née le i3 avril i648 , elle avait seize ans à Tépoque de son mariage ; à vingt-huit ans elle était veuve. — Quant au père Lacombe, s^il ne suffit pas d^indiquer son âge, M. Michelet peut lire trois lettres de Tabbé de la Bletterie qui le disculpent surabondamment, ainsi que son élève, sur le chapitre des moeurs * . «On arracha au Père Lacombe, détenu au château de Vincennes, un écrit portant la date du mois d'août 1698, par lequel il exhortait madame Guyon à se repentir de leur coupable intimité. « hepau- (( i>re homme disait-elle, est devenu fou » {page 124). En effet , le Père Lacombe mourut fou à Charenton quelques temps après. »... Et puis je n'ai pas à défendre le père Lacombe, ni même madame Guyon.

' * Lettres au sujet de la lieZatton (2u ^utéft^me de Jean Phelippeaux. ~ 1733, in- 12.

FENELON.

Fcuélon cl madame delà Maisouforl. — Leurs amours. — Sccléralesscs de madame de Maiiitenoii. — Si l'évèque de Cliarlres, Godel des Marais, fui un cuistre.

Au sujet (Vuii article qui parut , il y a quelques mois , dans la Revue des doux mondes j M. Michelct prononce ceKe parole superbe : Je ne descendrai point â une profession de foi , cl une dénégation ^ etc., etc. \ Pure manière de jouer au Rousseau. Le V^oltaire ne suffisait pas. Cela fait diversion. Ainsi, point d^explica-

* Voir le îiaixonal f\\\ l février 184a.

lions possibles, point de raisons , ni de lumière, ni de conscience, ni dMionnêteté , rien... M. Michelet ne descend pas jusque-là. Ce qu'il écrit, cela est vrai, parce qu'il l'écrit. Il faut l'accepter et se taire.

Le cardinal de Bausset n'a pas fait la vie de Fénelon , et dévoilé d'avance les méprisables calomnies de M. Michelet.

Les qualités charmantes et supérieures de madame de la Maisonfort n'expliquent point par elles-mêmes l'intérêt qu'on lui porte : madame de Main tenon désirait son entrée à Saint-Cyr, par un motif dejalousie seulement , et afin de la soustraire aux lubriques regards du vieux Louis XIV, qui ne l'avait jamais vue. « Elle ne lui laissait voir « que de vieilles femmes,» remarque M. Michelet. {Page 139.) Pour les mêmes fins, elle écrit sournoisement à cette jeune chanoinesse que, dans la première place du inonde , elle se meurt de tristesse et d^ ennuis ^ .

^ Lisez l'histoire des Harpies, dans V Enéide.

Ainsi, le cardinal montait, lorsqu'il a (lil : « Madame de Mainlenon se plaisait à voir en madame de la Maisonfort celle qui devait un jour la remplacer à SainlCyr pour entretenir Tesprit et Tordre quelle voulait y élalilir... Les lettres à madame de la Maisonfort respirent une délicatesse, un goût, et une confiance qui ne se retrouvent jamais {[u''avec un mclauge de contrainte dans les autres correspondances... Ce fut peut-être celle qui inspira d^ibord Pintéret le plus vif à madame de Maintenon '. »

Godet des Marais mérite bien qu"'on l'appelle cuistre de mérite. {Th.) Saint-Simon n'a pas dit, à la page 3to du tome XI de ses Mémoires : « Ce prélat était fort savant et surtout profond théologien. Il y joignait beaucoup d'esprit, de la fermeté et même des grâces. Son désintéressement, sa piété,

sa raVc probité étaient son seul lustre

Ses moeurs, sa doctrine , ses devoirs épis* copaux , tout était irréprochable. »

1 Uisloirc de Fénclonj lojuc I', page 213.

Quoiqu'elle eût éloigne l'abbé deFénelon pour se servir de Tévéque de Chartres, et le quiétisme pour se servir du sec et du littéral {page i^^g), madame de Mainlenoii reprend tout à coup Fénelon , sans expliquer sa conduite. — Pourquoi donc? C'est sûrement qu'elle avait compris l'inutilité du ^fc et du littéral^ et qu'à ses yeux désormais , le quiétisme aurait plus d'adresse pour imposer une vocation à madame de la Maisonfort? — Oui et non. Soyez attentif.

Un conseil s'assemble , composé des lazaristes Thiberge et Brisacier, et, chose étonnante ! . . . de l'évêque de Chartres, qu'on avait éloignée (Pdge i43.) Ces trois hommes « règlent la destinée de la victime^ pen- « dant qu'elle se retire devant le saint sa- « crement et verse dans sa chambre un <( torrent de larmes. {Ibid.) — On n'a rien vu d'aussi naturel.

Néanmoins, M. Michelet devrait bien indiquer les sources pures où il puise ses documents. Son autorité est respectable,

' Kn no r(:'Ioi2nanl pas. Car Fônclon lui fut adjoint.

comme on voit, cl sa parole sacrée; mais j'aimerais mieux autre chose. Tout le monde n''a pas assez de génie pour découvrir LUI doucereux brigand sous Tenveloppe gracieuse qui cache Fénelon. « Madame de la Maisonfort , elle-même, ditesvous, a raconté quV'lle pensa mourir de douleur. » ^'ous faites d'elle une victime pitoyable. A vous croire, ces prêtres assemblés se concertaient sur les moyens de Timmoler le plus atrocement possible. Son sort dépendait de leur sentence; et son sort, c'était sa liberté, sa vie. Eh bien ! que diront les lecteurs, lorsqu'ils sauront qu'il s'agissait tout simplement, parmi cesprctres, de fixer les attributions de madame de la Maisonfort dans la conduite de l'établissement royal et de lui faire accepter une position supérieure dont s'alarmait bien à tort son angélique modestie? Telle est la seule cause de sa douleur; voilà pourquoi ce club ténébreux ; voilà pourquoi la victime n'assistait pas aux délibérations , chose absurde, chose monstrueuse et impossible, si l'on suppose que Fénelon, des

Marais et les autres macliinaient sa vocation religieuse. — Donc , pourquoi le concile ? Car enfin, « Tabbé de Fénelon est admis « à ce beau concile. » — Et certes, je m^ attendais bien. J'aurais même pensé qu'il présidait aux délibérations. Cétait une conséquence forcée de sa mission diabolique. — Point du tout. « Seulement il n'y contredit pas. » — A quoi bon le nommer directeur? — jM. Michelet répond qu'il jouait cartes sous table. Et la chose s'expliquera tout à l'heure.

Mais, mon Dieu, quelle maladresse de lui adjoindre , dans une circonstance aussi critique, les hommes les plus opposés à sa manière de voir, et celui-là même dont on avait éloigné l'influence littérale et sèche au profit de son quiétisme? Le littéral était en majorité ; le sec se combine difficilement avec le tendre. Fénelon avait le dessous nécessairement. La partie était manquée sans retour. — C'est \a justement \e curieux

de la scène, et ce qui en fait la rareté. Au reste , « les délibérations étaient de

« pure forme. Madame de Main tenon vou-

fl Irtil, il ne reslail qirà obéir.» (P. ifi3.) Personne n^ignorc que Celle tluègne ombrageuse availUn coeur de tigre et buvait, pour ge rafraîchir , le sang des jeunes Olles.

En appelant Fénelon à Sainl-Cyr , ma* dame de Mainterton voulait que la jeune pensionnaire se prît d'amour pour lui et qu'enfin deux beaux yeux obtinssent du coeur ce qu'un sec et ///^éra/ raisonnement n'avait pu obtenir de l'esprit. [Page i440

Ce qui fut dit) fut fait. La victime était prête. Mais il fallait sauver les apparences. Voilà pourquoi le concile. Brisacier, Thiberge et des Marais ont l'ordre d'égorger la victime, et Fénelon de les laisser faire. Fénelon ne délibère pas ^ c'eût été impolitique ; mais il assiste aux délibérations, et guette clandestinement, dans quelque recoin de la salle , une sentence conforme à ses œuvres préparatoires ; lâche et féroce inquisiteur. . . Il immole le premier toutes ses répugnances connues et tout son cœur; il se prêle, comme je l'ai dit, à des manœuvres d'enfer , « pour obtenir de madame « de Maintenon , avant que la doctrine

« (quiétisto, sans doute) nVîclalâl, la pote sition d'un grand prélat où fous lus siens « \epo\Jssaient,n{Pag'ei^l\.)V\\ïmposieuv^ plat valet , perdu de débauche et d'ambition.

Sa mission finie, « Fénelon s'éloigna peu « à peu. )) [Ibi'd.)

Ainsi convient-il de juger Fénelon, et madame de Maintenon, et Godet des Marais, et l'humanité.

Fénelon, qu'est-ce que cela?Féneloti...

«La réputation de Fénelon, dit J. -B.Rousseau , vivra autant qu'il y aura sur la terre des hommes sensibles au vrai mérite et à la vraie vertu. Et, soit dit à la honte de notre nation , peut-être sera-ce chez nous que sa mort sera le moins pleurée ^ 1 »

M. JNIichelet ne prend pas le mot pour lui; je l'en félicite.

1 Voyez Manuscrit de tnadame de là Maisonfort.

— 3'ii —

En rcsum(', madame de Mainlenon voulait et ne voulait pas de quiétisme au pensionnat de Saint-Cyr. Elle n''avait d'opinion que sa noire jalousie; et, pour concentrer sur elle seule les derniers feu\ d'un vieux roi dissolu , tout lui devenait catliolÏTjue. Et ce quef ait celte histoire à la question du quiétisme , je ne sais encore.

M. Michelet réplique peut -cire que Fénelon , comme quiétistc , se trouva jfV/.stenient au niveau des intrigues jalouses et des placides brutalités de madame de Maintenon.

Fort mal à propos , Fénelon n'était pas, au pied de la lettre, un quiétiste. Il commit des erreurs qui pouvaient conduire de loin à celle funeste doctrine. Innocent XII, dans son décret du 12 mars 1699, ^^^ M"® ^'^^ fuli'.les pourraient être m?>ensiblement coniliiiLs par le livre des Maximes d des erreurs déjà condaninèes) Fénelon se soumit aussitôt , mais il n'était pas quiétiste. — Le principe fondamental du quiétisme est c|u'il faut s'anéantir complètement

pour s'unir à Dieu ; que la perfection de Tamour pour Dieu consiste à se tenir dans un état de contemplation passive , sans faire aucune réflexion ni aucun usage des facultés de notre âme , et à regarder comme indifférent tout ce qui peut nous arriver en cet état. — Toute Terreur de Fénelon consiste uniquement en ceci, qu'il ne voit dans Dieu que Dieu lui-même et porte jusqu''à Texcès Tamour pur et désintéressé. Les vingt-trois propositions condamnées par le bref peuvent se réduire à ces deux points : • 1" il est des âmes tellement embrasées de Tamour de Dieu , tellement soumises à sa volonté, que si , dans un état de tentation , elles venaient à croire que Dieu les a condamnées à la peine éternelle, elles feraient à Dieu le sacrifice absolu de leur salut. 2° Il est en cette vie un certain état de perfection dans lequel il n^ a plus lieu, pour les personnes qui sont en cet état, ni au désir de la récompense, ni à la crainte des peines *.

1 Œuvres, tome 2, page 278, édit. de Lebcl. 1823.

— :îin —

Ilest jii<;te do reconnaître que Féneloii soutint madame Guvon ; son caractère et la nature de sa piété Tinclinaient tout naturellement vers ces idées fausses, mais généreuses en apparence. A la manière dont il les expliquait, la condamnation portée contre Molinos ne semblait pas Patteindre.

x4près la conférence d'Issv, lorsqu'il eut condamné lui-môme madame Guyon, quelque chose lui resta pourtant de ses mystiques entretiens. Il publia le fameux livre des Maximes des Saints^ qui fut aussi condamné ; nous le savons déjà. Rome ayant parlé, il se tut ^ et rentra dans ^orthodoxie héroïquement, aux acclamations du monde catholique.

Attribuer à TEglise des erreurs professées par quelques-uns de ses membres, mais qu'elle a frappées des censures les plus solennelles , c'est au moins un contresens.

Qu'il expose tant qu'il voudra et comme il lui plaira les points fondamentaux duquiélismo, (pTil nous répète à satiété ce que

nous savons aussi bien que lui et mieux que lui, ÎNI. Micbelet n\iura fait, en tléiinitive, que donner un coup crêpée dans Teau; à moins quMl ne s'estime, pour avoir entremêle CCS fastidieuses redites de sales inventions et d'ineptes commentaires; auquel cas, il s'estimera tout seul.

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