‹ Du prêtsChapitre 1 sur 183 · PRÉFACE ^'K · texte numérisé non relu

PRÉFACE ^'K

Quid fœnerari ? qti'id homlnem occidere {'i) ?

Populus vivere non potest sine 7h»/mo(3).

Si le titre du prôt ne comprenait que le commodat et le prêt simple, il mériterait peut-être le nom de petit contrat cpi'on lui donne quelquefois. Mais le prêt à intérêt, qui est l'une de ses branches, l'élève tout de suite à un haut degré d'importance. Ce dernier contrat a toujours été un grave sujet d'études. L'histoire romaine en est remplie; la philosophie ancienne lui a donné son attention ; la théologie l'a scruté dans ses règles, et lui a été aussi hostile que l'économie politique moderne lui est favorable. Soumis, en jurisprudence, aux destinées les plus diverses, tantôt il a été encouragé par des législations qui lui ont donné place parmi les transactions conformes à la raison, à l'honnêteté et à l'utilité ; tantôt , au contraire , il a été condamné par des codes sévères comme presque aussi répréhen sible que le vol et l'homicide !!

(1) Ce fragment historique a été lu à l'Institut, Académie des sciences morales et politiques , dans les séances des 17, 25, 31 novembre et 7 décembre 1S44.

(2^ Mot de Gaton ; voyez infrà.

[o] Paroles des minibties de saint Louis ; voyez injrà.

Il PRÉFA.CE.

Ce n'est pas tout. Parmi ceux qui ne refusent pas au prêt à intérêt une existence légitime, des controverses se sont élevées sur le droit de l'État d'en lixer le prix. L'usure libre a ses défenseurs parmi les jurisconsultes , les politiques et les économistes ; tandis que des dispositions pénales, considérées comme très nécessaires par de bons esprits, punissent l'usurier de peines rigoureuses.

Pourquoi toutes ces divisions dans les opinions? Par beaucoup de raisons. D'abord, le prêt touche à ce qu'il y a de plus vif dans les intérêts matériels de la société ; il peut tour à tour asservir le débiteur sous une exploitation aussi inexorable que l'esclavage , dont il a été souvent le complice ; ou le racheter, par un secours opportun, de la ruine et de l'infamie. 11 peut appesantir sur la propriété sa main écrasante et rapace , ou la dégager des charges qui la font languir.

Yeut-on voir ensuite le côté moral de ce contrat? Tantôt la bienfaisance en fait une vertu ; tantôt l'amour du gain en fait un vice ; il fait éclater l'équité du prêteur, ou son avarice. Si l'utile a tout pouvoir pour s'en servir à sa guise , ce peut être la guerre sans pitié de celui qui possède contre celui qui a besoin. Si, au contraire, l'honnête défend à l'utile d'en tirer profit, c'est l'antagonisme de la spiritualité pure et des intérêts matériels.

Le prêt remue donc toutes sortes de questions vitales, qui le mettent dans le domaine , non-seulement de la jurisprudence , mais encore de la religion , de la philosophie , de la' politique et de l'économie sociale. Et comme, pour résoudre ces questions, chacun s'est mis au point de vue de ses

PRIÎFACE. IIÏ

idées dominantes, la solution n'a pas été la même pour tous. La religion a plutôt considéré la perfection morale ; la philosophie, la délicatesse et la dignité de l'homme; l'économie sociale, la production et le mouvement des capitaux; le législateur, l'utilité présente. Quant au jurisconsulte, dont le rôle est d'accepter les faits accomplis, il s'est trouvé fort perplexe au milieu de ce conflit des sciences divines et humaines ; et il a mis des raisonnements à l'appui de tous les systèmes.

Et ce n'est pas seulement de secte à secte que les opinions se sont partagées. Entre les hommes voués aux mêmes spéculations et aux mêmes études, le temps a fait naître des aperçus contradictoires. Les principes d'économie d'Aristote et deCaton sur les produits usuraires ne sont pas ceux de Turgot. Cicéron et Sénèque ne les ont pas jugés comme Calvin, Dugald Stewart et les philosophes français du dix-huitième siècle. Les théologiens et les canonistes d'aujourd'hui ne leur portent pas des sentiments aussi ennemis que les Henri de Gand et les Soto.

Enfin , il est un rapprochement singulier dont l'esprit est frappé à ce propos.

Toute l'antiquité faisait le commerce d'argent et l'usure. Les Gaulois plaçaient sous la protection du dieu Mercure la fructification de l'argent, Mercurium ad quœstus pecunlœ mercaturasque vlm maxlmam liabem, dit César (1). Les Grecs s'y livrèrent constamment, ^ soit dans leur pays, soit avec les peuples d'Orient..

(1) D € bello (/(Illico^ VI, 1 7. Voyez aussi le n^ 13.

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