MOLÉ
Sur les rapports malaisés de .Mole et de Talleyrand. V. les Souvenirs du duc de Broglie, t. IV, p. 57.
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l'environne. Il est plus que le délégué de son pays auprès d'une nation étrangère; il est le vrai ministre, le ministre sans portefeuille du gouvernement qu'il représente.
Encore une fois il a Jonc en main de grandes affaires. Lorsque, pendant ces années de 1830 et de 1831, au milieu des contestations inouïes que soulèveront contre les intérêts de la France et ceux de la jeune Belgique aspirant à voir reconnaître son indépendance : les démonstrations militaires de la Hollande, le vif mécontentement de la Russie, le désir ardent du tsar Nicolas de créer un prétexte de conflit, les sentiments douteux de l'Autriche et les dispositions malveillantes do la Prusse; lorsque, correspondant avec le roi, recevant ses impulsions à la fois pleines de sagesse et d'entrain, y répondant avec une compréhension lucide et sûre (1), il sera parvenu à fixer le repos des peuples, vraiment Talleyrand aura vu revivre, à la Conférence dé Londres, les grandsjours du Congrès de Vienne. Avec quel mépris, à cette hauteur, pouvaient-ils parler, lui et les personnes de son entourage, des politiciens bavards de Paris, ceux qu'ils appelaient les liuiieurs de la Chambre!
N'ayant besoin que de peu de sommeil, il suffisait à tout sans apparence de fatigue. Suivant le récit d'un de ceux qui le virent à l'œuvre, en 1831, au fort des conférences, il avait coutume de mettre sur les dents ses plus jeunes collègues; en plus d'une rencontre ses yeux étaient ouverts, comme après une nuit de bon repos, tandis que lord Palmerston sommeillait. C'était encore l'une de ses victoires pacifiques (2).
(1) Les (l(''])ê(hes résulit'ri'S du prince de TalleyiMiid étaient adressées au ministre.
(2) Toutefois, il arrivait que la nature reprit ses droits, fût-ce à contre-
Les occupations de Talleyrand ne l'absorbaient pas tout entier. Des compensations aimables se mariaient à tant de sérieux labeurs (1). Des plaisirs à heure fixe, partagés avec M"''' de Dino qui était venue le rejoindre à Londres et tenir sa maison ; des réceptions officielles de grande allure, des défilés de cour, des galas de théâtre, des dîners et des fêtes magnifiquement ordonnés chez les autres comme chez lui-même (2), le distraj^aient des protocoles où il dépensait une si belle énergie de travail.
Il y avait une circulation continuelle de monde à l'ambassade française. Des visiteurs de Paris se présentaient souvent aux audiences du prince. Entre ceux qu'il reçut, à cette date, de façon particulière, se rencontre le nom de Jules Michelet. Le célèbre historien en rapporta des impressions si vives qu'on aurait tort de les passer sous silence.
Michelet avait un semblant de mission à remplir. L'objet s'en réduisait à un échange de sceaux entre la France et l'Angleterre. Il avait obtenu une première entrevue dans le milieu du jour. Soit que la conversation eût été trop écourtée, à son sens, soit que
temps comme on en eut le spectacle, une fois, à Vienne, en 181Ô, où Talleyrand s'était endormi en pleine assistance de fête, et dans quelle occasion! Le ministre plénipotentiaire de Sardaigne en avait pris bonne note, en son Journal. « 25 janvier 1815. Le soir, grand concert en gala pour le journal de naissance de l'impératrice de Russie. Talleyrand s'y endort, coram populo. »
il) Voir les lettres particulières de Louis-Philippe (guerre de la Hollande contre la Belgique, 1831, publiées par le comte Horace de Choiseul dans la Revue des Deux Mondes, Il mars 1910).
(2) Jamais la table de Talleyrand ne fut plus fastueuse et tant appréciée qu'à Londres, de 1830 à 1834.
Talleyrand n'eût pas pris assez garde aux mérites de Fécrivain, Jules Michelet en était sorti mal impressionné, trouvant que le diplomate avait l'âme sèche et découvrant en l'homme une nature morale équivoque.
Cependant, il a été invité à dîner, pour le soir même, afin de causer plus à l'aise, ce qui n'était pas, en l'espèce, une preuve de mauvais vouloir. Mais l'amour propre des poètes fut toujours si chatouilleux!
A 0 heures sonnant, l'invilé de Son Excellence a pris la direction d'Oxford -Street, il arrive bientôt à l'ambassade et il en franchit la porte sans se douter qu'il va tomber en plein dîner diplomatique. La duchesse de Dino préside la table. D'être séduit par l'éclat de ses longs yeux noirs, il ne pouvait manquer de l'être. Il l'est beaucoup moins par sa minceur extrême, qu'il qualifie de maigreur effrcujante. Talleyrand, remarque-t-il, ne la quitte pas des yeux ; il s'absorbe à la considérer — cette nièce bien-aimée — au point de négliger complètement la voisine aimable qu'il a prise à sa droite. L'ambassadeur s'occupe davantage du docteur Koreff, assis à sa gauche, un rubicond disciple d'Esculape, qui a le verbe abondant et haut sur les questions relevant de son art. « Koreff, lui demande son amphytrion, bien onctueux, bien attentif, ne voulez-vous pas boire de ce vin vieux avec moi? » Puis, il reporte ses yeux en fare. Et la voisine oubliée n'a que des marques distantes de son attention.
Aux côtés de la duchesse de Dino se voient M. de Bûlow et l'ambassadeur de Belgique van de Veyer. On aura nommé tous les principaux convives, si l'on ajoute M. de Bacourt, le premier secrétaire de l'ambassade française, très calme et très posé, tout à la
ressemblance de son chef, et le représentant de la Russie, au contraire fort nerveux et agité.
Le dîner s'achève. On passe dans le cabinet du prince, où s'engage aussitôt, les femmes s'étant retirées au salon, une conversation toute politique. A la Chambre des lords, fut posée, discutée, la veille, la question de la maternité dans le paupérisme. Le pour et le contre se croisent sur cet intéressant sujet, qui passionne, d'abord, l'imagination vive et tendre de l'auteur de la Femme el de r Amour. Il se contient, néanmoins, et laisse parler l'ambassadeur belge, rapportant ses impressions de la séance même, à laquelle il avait assisté. Michelet n'est pas longtemps à s'apercevoir que, dans ces débats sur un point d'humanité générale, Talleyrand réserve ses sympathies à l'idée exclusivement anglaise, et qu'il ne dissimule en rien ses préférences manifestes à l'égard d'un pays, qui lui représente l'idée même du monde. Le cœur du chaleureux écrivain en frémit. Comment, en présence de ces illustres étrangers, se retiendrait-il d'exhaler son sentiment patriotique?
« Et notre passé? s'écrie-t-il en s'adressant à Talleyrand? Et les saintes, les belles, les grandes folies de notre histoire : les Croisades, la Pucelle, la Révolution! Qu'en faites-vous? »
La raison froide du diplomate n'est pas émue de cette véhémente tirade :
« Les Croisades? Penh! les Anglais liront cela dans Walter Scott. »
Les paroles s'échauffent. Michelet n'admet pas l'idée de la prééminence anglaise.
« Mais, si, pour vous, ce peuple est en tout le premier, comment se fait-il qu'il est, aujourd'hui, le plus embarrassé par la question? »
Sans sortir de son calme, Talleyrand rétorque des raisons de fait :
« Embarrassée? L'Angleterre ne l'est nullement. L'inégalité ne choque personne, ici, elle est passée dans les mœurs. Les démonstrations ouvrières et les associations n'ont rien de révolutionnaire. L'équilibre est assuré pour longtemps. »
Michelet se pique et s'emporte contre cette imperturbabllité d'oracle et cet optimisme à outrance; il démontre avec force la divergence des intérêts existant entre les deux nations, dans la sphère du commerce commed ans celle de l'industrie. Tous les regards sonl lixés sur les deux interlocuteurs. Le prince de Bénévent, qui n'était pas préparé à une si chaude attaque, opère une diversion habile et, sans se prononcer ni pour ni contre, passe à un autre sujet. Michelet ne douta point qu'il ne l'eût fort embarrassé. C'était un succès. Mais on ne l'invita plus à l'ambassade.
Des visites et des excursions, dans la campagne, en quelques-uns des beaux domaines de l'aristocratie britannique, jetaient une agréable diversité dans cette existence si remplie. Ainsi, par une journée d'octobre, profitant d'un doux soleil, il s'était rendu chez lady Jersey, en sa maison fort recherchée, ornée de bon goût et pleine de « très belles vieilleries ». Une autre fois, c'était à Eridge-Castle, chez un cousin de lord Warwick, dans l'un des sites les plus boisés et les plus romantiques qu'il fût possible d'imaginer. M""' de Dino se portait souvent seule à ce genre de voyages courts, où le prince n'était pas toujours libre d'accompagner ses pas. Elle a raconté, par exemple, comment en revenant de Tunbridge, elle avait eu la curiosité de connaître l'antique château de Knowles, où dormaient tant de souvenirs
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historiques, depuis Jean-Sans-Terre, qui l'avait construit, et d'admirer là quelques peintures superbes, des meubles du temps de Jacques II et l'appartement orné d'un lit en brocart d'or et d'argent, où le premier comte de Dorset avait reçu ce fils de Marie Stuart. Pendant que M'"" de Dino excursionnait, observait, recevait, le prince de Talleyrand continuait d'agir.
De Paris le nouveau ministre Casimir-Périer lui avait abandonné toute latitude et toute liberté. D'une bonne grâce parfaite, lu puissant orateur avait bien voulu convenir que, ne connaissant point, comme ce vétéran de la diplomatie européenne, les relations avec l'étranger, hérissées d'embarras, compliquées et secrètes, il lui paraissait simplement juste de se laisser diriger sur la marche à suivre par une expérience sans rivale. Aucune Ingérence pointilleuse ou jalouse n'empêchait Talleyrand de confîrmercequ'ilavaitpréparé. Le 17 avril 1831, il apposa la signature du roi au protocole décisif du 10 février, fixant l'indépendance de la Belgique, ainsi que l'établissement d'un gouvernement constitutionnel en Luxembourg, mais imposant à la première la démolition des forteresses construites contre la France après les traités de Vienne. Le patriotisme ombrageux des Belges faillit rallumer la guerre, que le ministre de Louis-Philippe avait tout fait pour éviter. Dans les entrefaites, il était tombé malade; mais si grande était son autorité sur les diplomates russes et prussiens, et son concours, en face de leur résistance, si utile à Léopold et aux Anglais, que la conférence se transporta auprès de son lit (1). Enfin, malgré le retour
(1) Voir rexcellent traité de politique étrangôre d'Emile Bourgeois, tome troisième.
Pour les textes diplomatiques, \oir le recueil de M. Pallain, Ambassade
offensif de la Hollande, qui avait provoqué l'intervention armée de la France, tout s'apaisa. Le 14 octobre, la Conférence avait arrêté définitivement le traité des vingt-quatre articles qui, s'il ne contenta point tout le monde, fit prévaloir sur des intérêts particuliers en désaccord un intérêt européen de premier ordre.
Entre temps, des nouvelles d'une autre nature venaient de Paris au prince, l'instruisant des embarras de la politique constitutionnelle et de l'état troublé de la capitale en perpétuelle effervescence; elles le renseignaient plus qu'il ne l'aurait désiré sur l'impopularité, qui déjà se formait autour du roi (1), sur la décomposition du ministère, sur les mécontentements qui s'élevaient de toutes parts, quand, au contraire, on aurait eu tout lieu de se montrer tranquille et satisfait, enfin sur mille détails de la vie intérieure peu réjouissants pour la plupart, et qui affaiblissaient son désir de rentrer en France.
On l'y verrait, volontiers, cependant, ne serait-ce que pour aider à la solution du problème ministériel. Au mois de mai 1832, Charles de Rémusat, envoyé en mission par son groupe du juste milieu, a voulu pressentir ses dispositions à accepter la présidence du Conseil. La proposition, toute flatteuse qu'elle soit, l'a trouvé sur ses gardes. Trop de complications lui gâteraient ce qu'aurait de séduisant l'honneur du titre et la supériorité de
de Talleymml à Londres (1830-1834) ; A/''/;(0()e.s de Tiilleyraiid, tomes III-Vj et Lettres de Loids-Philippe et de Talleyrtind (1831, Guerre de Hollande); publiées par M. Horace de Choiseul, dans la Revue des Deux Mondes Ul mars li)lO).
(1) « 11 paraît qu'au Palais-I>ii\:)l k' roi ne peut plus bouger sans être accueilli parles mots les plus durs; on lui ciie : « lidvard... Avare... » ; ou passe à travers la petite grille inléi-icurc des couteaux avec lesquels on le menace, enfui des horreurs ! « (('lirunitinc île la dachesse de Dino, 1. 1"'", p. 10.)
la fonction. Il a promis d'i'crire et de parler au roi, selon sa conscience. Mais il s'est défendu à lui-même de faire partie, désormais, d'aucune administration. Au surplus, sa mission diplomatique n'était pas terminée.
L'ambassadeur français avait gardé, à Londres, une influence prépondérante, qui non seulement s'exerçait sur ses collègues du Corps diplomatique, mais s'étendait jusque sur le cabinet anglais. Les moins complaisants se rangeaient à l'opinion du duc de Wellington, lorsqu'il lui déclarait à lui-même : « Monsieur de Talleyrand, vous êtes le seul homme du moment qui puisse maintenir, sous quelque ministère que ce soit, l'union de la France et de la Grande-Bretagne. » On s'en était bien aperçu, dès les débuts de son ambassade, le jour où le ministère tory avait dû céder la place au ministère whig, présidé par lord Grey. Rien ne parut modifié, le lendemain, dans l'expression et les témoignages de ce sentiment. Au point que des membres de l'opposition s'en plaignirent. Le 9 août 1831, en pleine séance du Parlement, lord Grey avait été fortement pris à partie par lord Londonderry sur ce qu'il se laissait diriger, dans sa politique extérieure, par un ambassadeur étranger. « Je vois la France, avait-il déclaré, nous dominant tous, grâce à l'habile et actif politique, qui la représente ici, et je crains qu'elle n'ait dans ses mains le pouvoir de décision et qu'elle n'exerce ce que j'appellerai une influence prépondérante sur les affaires
(1) La chute du duc de Wellington (15 novembre 1830), sous l'eiTet d'une alliance imprévue entre le parti tory et une fraction du parti high tory et quelques dissidents du groupe de Canning, avait été la conséquence de sa déclaration trop explicite contre toute réforme parlementaire.
européennes, qui, jusqu'alors, avaient toujours été dirigées par la sagesse et le génie de l'Angleterre. »
Lorsque des convenances personnelles obligèrent le prince à s'absenter (1) de Londres afin d'aller à Paris, e roi et ses ministres lui exprimèrent, dans les termes les plus obligeants, leur désir de le voir abréger cette absence. Ce qu'il s'empressa de faire, l'année suivante, pour mettre la main aux dernières négociations.
Le 9 septembre 1<S33, il jugea son œuvre faite. Tout ce qui était difficile et utile il déclara l'avoir réalisé ou éclairci. Il demanda, de nouveau, à quitter Londres; mais pour y revenir encore et reprendre, en 1834, avec moins de conviction et avec plus de lassitude, les tractations de la Quadruple Alliance. Quoiqu'il eût en M'"'" de Dino une collaboratrice des plus précieuses et en M. de Bacourt un secrétaire modèle, le travail lui était devenu pénible sinon de conception, du moins d'exécution. Le contentement moral surtout laissait à désirer. Hélas! la lune de miel de son ambassade était bien passée. Sans doute l'intérêt public, qui s'attachait à sa personne n'était pas usé à Londres. Un jour, à Kensington, comme il descendait de voiture on avait remarqué que des femmes étaient soulevées dans les bras de leurs maris afin qu'elles pussent mieux regarder M. de Talleyrand. Les magasins auprès desquels s'arrêtait son équipage, étaient aussitôt entourés de monde. Il y eut, pendant toute une semaine, une afïluence extrême devant la vitrine d'un graveur, où était exposé son portrait, en regard de celui de William Pitt. Mais si la considération qui s'attachait à son nom, ou l'espèce de curiosité qu'excitait le personnage n'avaient pas
(1) Juin 1832.
diminué il n'en allait pas de même de son autorité politique. Les temps avaient bien changé de ce qu'ils avaient été pour lui, dans les commencements de son ambassade. Alors on le voyait toujours auprès du cabinet du roi. On lui montrait les déf)êches avant qu'elles fussent communiquées au public. Les ministres allaient chez lui, l'un après l'autre; ils semblaient le consulter, provoquer et attendre sa décision (1). Une nouvelle impulsion de l'esprit politique anglais avait renversé cet état de choses. Très différents de ce qu'il les avait vus se présentaient les hommes et les dispositions d'âme qu'il avait à côtoyer, désormais. L'hostilité manifeste de lord Palmerston (2) lui rendait la tâche autrement épineuse qu'aux jours de succès continus, faciles, où le soutenaient si puissamment les sympathies cordiales de Wellington et de lord Grey. L'alliance anglaise, ébranlée déjà en 1833 et qu'il essaya de rétablir aux dépens de sa réputation (3), ne tenait plus qu'à un fil. L'Angleterre libérale avait inauguré avec lord Palmerston, une politique d'imprévu, aux orientations brusques, utilitaire par principe, sans autre règle ni loi de conduite que la considération de la plus grande puissance britannique, et changeante autant que pouvaient l'être les intérêts exclusivement anglais, qui rompait absolument avec la méthode calme et toute
(1) Londonderry, séance du 29 septembre 1831.
(2) Une note intime montre assez quels étaient au vrai les sentiments (le Palmerston à l'égard de Tallcyrand : « Lord Palmerston qui, depuis notre dernier retour de France, n'a pas, une seule l'ois, accepté de dîner chez nous, était encore invité, aujourd'hui, et la présence de lady Cowper ïious faisait croire à la sienne, mais il s'est fait excuser au dernier moment. » {Chronique de la duchesse de Dino, l'^'^ mai 183't.)
(31 Cf. Emile Bourgeois, loc. cil.
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d'équilibre de Talleyrand. « Sire, écrivait-il à Louis- Philippe d'une plume désorientée, l'Angleterre n'a plus que des révolutions à vous offrir. » Le souverain constitutionnel de la Grande-Bretagne, qui, naguère, répétait à M'"" de Dino, deux fois dans une même journée, le bien infmi qu'il pensait de son oncle, semblait n'aspirer plus, à présent, qu'à le voir partir. La situation s'était retournée complètement. Au Congrès de Vienne, Talleyrand avait failli rencontrer son maître dans l'astucieux cardinal italien Consalvi. 11 craignit de le trouver, à Londres, en Palmerston. Avec son égoïsme supérieur, auquel répondait tout à fait la manière de voir claire et positive de la compagne de ses pensées, il jugea qu'il était prudent d'abandonner la partie, qu'il risquerait de perdre sur une seule carte tout ce qu'il avait gagné dans les précédentes années, et que le jeu, dans cel conditions, n'avait plus rien de tentant. Il résolut d'y renoncer.