RÉCAMIER (JULIETTE
Jusqu'à cinquante ans, avec la langueur attendi-ie et l'ingénuité coquette de son visage, elle avait été la plus belle personne de son temps. Nul ne l'ignore : elle dépensa les dernières années de sa -vie à consoler Chateaubriand, attristé, vieilli, malade. Elle avait inspiré, autour d'elle, parmi tant d'hommes supérieurs qui recherchaient sa compagnie, des attachements profonds, qu'elle sut convertir doucement en amitiés fidèles et pleines d'abnégation. Était-ce pudeur moiMle"? Etait-ce omission de la nature? Vingt, trente biographes se sont lancés à la découverte de ce mystère, sans parvenir à l'éclairer. Une anecdote seulement, qui permettrait un doute. Le mauvais sujet de Montrond, l'unique Montrond, aurait eu le privilège d'émouvoir cette enveloppe de marbre. Curieux, lui aussi, de la virginale Juliette, ill'avait intriguée, dans un bal masqué, audacieusement, sous les yeux de la brune Hamclin, s;i maîtresse. Avertie par l'instinct jaloux celle-ci les aurait surpris l'un et l'autre, au moment juste où ils s'enfuyaient en fiacre vers un lieu connu du séducteur. La spirituelle muscadine, alors, feignant de reconnaître, dans la voilure une personne qu'elle ne s'attendait pas à y trouver, s'étaitécriée : « Madame lirramier... Comment! Madame Récamier, c'est voua? Ah! je me suis trompée. » A tort ou à raison, tout le monde de sa connaissance en parlait, le lendemain. Mais il est bon de s'en souvenir : Fortunée n'aimait pas Juliette, M"'<' Hamelin vécut en brouille ouverte avec M""= Récamier.