J. HEURE DE LA RETRAITE
parvenir, telle une relique royale, le fauteuil qui servit à rouler Louis XVIII dans les appartements des Tuileries. Sans tarder, il lui enverra son propre portrait, l'un des meilleurs qui soient sortis de la palette de ses peintres (1). Une correspondance régulière s'est établie entre l'homme d'État au repos et Madame Adélaïde; elle l'instruit de mille détails intéressant la vie intérieure du palais ou les rapports mutuels des princes et princesses des différentes cours. Il répond sur ces nouvelles officieuses et les commente par la plume de la duchesse, qui reçoit avec résignation le surcroît de besogne. Gazette épistolaire appréciable que celle-là, et lui venant d'une si noble source! Gomment se portent et se comportent les princes; quelles inquiétudes a données, récemment, la santé de Chartres, comme on continue d'appeler, dans la famille royale, le cher duc d'Orléans; quels espoirs sont fondés sur les nouveaux arrangements ministériels jusqu'à ce que ces cinq têtes raisonnables, heureuses, aujourd'hui, de travailler de concert au bien commun, soient fatiguées de se voir; ce qui se mène ou se projette d'essentiel au Gonseil, ou à la Ghambre : il en est informé le plus exactement du monde, sans qu'il ait besoin de se mettre en frais pour le savoir.
Ses avis sont recherches et du plus haut qu'ils puissent l'être. Gomment a-t-il trouvé dernièrement, les adresses des Ghambres au roi et les réponses que
(1) Di'jà, pendant son ambassade à Londres, Talleyrand l'en avait très humbloment prié, par l'entremise de Madame Adélaïde :
a Je voudrais bien que Mademoiselle eût la bonté d'envoyer un portrait du roi, à la légation de France, en Angleterre. Je lui ferai plus tard la même demande pour Valen<;ay ; mais là je ne pourrai pas ne plus oser demander un portrait de Mademoiselle. « (Talleyrand, Letire. à Madouie Adélakle, Londres, 13 décembre 1830.)
Sa Majesté leur a transmises? En tout cas d'importance, on tient à recueillir son appréciation personnelle, au Château. Et la très écrivante Madame Adélaïde ne cesse point de lui réitérer les assurances du prix qu'on y attache, autour d'elle. Lui-même est-il en humeur de causer (1), la plume en main, il prend sur soi de répondre à la femme d'État qu'est la sœur du roi, l'éclairant par des considérations précises sur ce qu'il y aurait de mieux à faire, ici ou là, sur la conduite qu'il serait sage de tenir, vis-à-vis de telle ou telle puissance étrangère, ou le sens qu'il faudrait accorder à de certaines finesses de chancellerie; et le temps qu'il a passé à l'écrire n'aura pas été perdu pour ses correspondants. Mais il ne voudra toujours pas retourner à Londres; il n'aura plus envie d'aller à Vienne; et c'est le point noir de ses relations avec la famille royale, malgré qu'on eût l'air de n'y plus penser.
Dans les entrefaites, et suivant l'ordre naturel des choses, se produisent nécessairement, des naissances ou des morts affectant la haute société, qui est la sienne et celle de la duchesse. On en prend note, on en écrit, selon la règle et les convenances. Il n'y a guère, Talleyrand a fait tenir des condoléances à lord Wellington, sur la perte de sa mère : lady Mornington s'était éteinte, en sa quatre-vingt-dixième année. Un grand deuil, mais dont la tristesse fut courte, presque légère, au cœur du héros. En général, Talleyrand et sa nièce témoignent d'une sensibilité d'Ame très faible pour les disparitions, qui ne les touchent pas en propre, dans
(1) « Je vous remerfie encore de votre Ijonne longue lettre, qui est une véi'itable causerie; tout, soyez-en bien certain, restera entre nous. » (Madame Adélaïde, Lettre au prince de Talleyrand, 20 mai 183'i.)
LA ULCHESSE IjE COURLANDE Dessin de Jacob