‹ Du prince de Benevent au due de MornyChapitre 13 sur 130 · L 11 KL RE DE LA RETRAITE · texte numérisé non relu

L 11 KL RE DE LA RETRAITE

leur famille ou dans les relations coutumières devenues un des besoins de leur vie.

Il réapparaissait, de loin en loin, en l'hôtel de la rue de l'Union, où avait élu résidence Flahaut, lieutenant général du roi, pair de France et le souvenir vivant — quoique Talleyrand n'en soufflât mot — de sa liaison avec la comtesse de Flahaut, quand il portait des bas violets. Le salon de l'ancien aide de camp de Napoléon avait été le rendez- vous de la noblesse militaire du premier Empire. Les visiteurs changèrent d'insignes sous la monarchie constitutionnelle. Ils y venaient en aussi grand nombre qu'autrefois, avec une cocarde différente; et M""^ de Flahaut très agissante ne laissait inemployées ni l'influence personnelle (1) ni les ambilions diplomatiques de son mari. Le prince ne semblait pas attaché au général de Flahaut par un rappel du cœur bien puissant. Il permettait qu'à sa table M""® de Dino, en particulier, ne le ménageât guère, lorsque ce nom revenait dans la conversation. Mais il se devait à lui-même de se montrer dans la maison où, de ses petits yeux gris scrutateurs, il voyait poindre l'étoile d'Auguste de Morn}, son petil-tîls.

Par hasard, si l'état du ciel et de sa santé n'y mettait pas obstacle, il faisait atteler, emmenant avec lui sa petite-fille Pauline de Périgord. De préférence, il dirigeait la promenade vers les quartiers de Paris, qui lui remémoraient ses plus anciens souvenirs. Son cœur desséché s'y réchauffait. A sa jeune compagne il indiquait en passant la maison du faubourg Saini-Jacques où de vivre il eut permission, pendant les quatre premières années de son enfance, dans le logis d'une

(1) Cette influence faisait le désespoir de M"' de Dino, qui la jugeait déplorable.

femme du peuple, sa nourrice. Le vieux collège d'Harcourt aussi l'attirait; volontiers son équipage en frôlait les murailles, quand une impulsion plus forte ne le ramenait point aux alentours de Saint-Sulpice. Tout l'intéressait, en ces parages : la rue Garancière où il était né, la rue Férou où il avait aimé, pour la première ou deuxième fois, — ce qu'il ne disait point à Pauline, — et l'austère façade du séminaire, cjui lui fut une prison, quand il s'y vo3'ait enfermé, et qui lui devint une chère image, lorsqu'il en fut sorti. Là s'élevait la chapelle, où il fut baptisé. D'ici l'on apercevait la fenêtre de sa cellule de séminariste. Il la reconnaissait bien; souvent, il s'y était penché, l'esprit songeur, ou guettant le passage de sa tendre voisine de la rue Férou, M"« Luzy.

La politique en chambre, les réceptions, la promenade, la lecture et les choses d'Académie se partageaient ses heures. Aux débuts de l'an 1836, une question du jour l'occupe fortement : c'est de faire recevoir Mole à l'Académie française. Heureux Mole! Talleyrand et Royer-GoUard n'ont qu'une seule vue en sa faveur. Les partis politiques les plus contraires s'harmonisent dans le désir de l'y pousser. Déjà Villemain s'apprête à lui donner la bienvenue (1).

Pareille sollicitude animera le prince à l'égard d'Alexis de Tocqueville, qu'il souhaitera vivement avoir pour collègue à l'Académie des Sciences morales et

fl) Nous avons vu que, pendant l'amljassadc de Londres, le prince goûtait beaucoup moins Mole ministre; il ne s'eji cachait point à ses intimes ou le faisait lire sous la forme plus élégante et plus libre de sa nièce. « Si vous aviez été à la place de M. Mole, écrivait-elle de Londres, le 8 janvier 1831, au général Sébastiani, vous n'auriez pas perdu, il y a trois mois, quinze jours en petites finesses et en petites peifnlies et nous aurions évité les mille et un embarras du moment. »

Page 1