VI. — CoBAéqaeBees ûem deux lois
La population et les subsistances n'obéissent donc pas évidemment au même principe. La marche de l'un tend naturellement à s'accélérer; celle de l'autre est beaucoup moindre, et tend même à se ralentir et à s'écarter de plus en plus de la rapidité de la première, si l'on considère des pays entièrement et déjà anciennement occupés.
En d'autres termes, la puissance productive de l'homme est plus grande pour la multiplication de
' Principes fondamentaux de V Économie politique, traduits pAr M. J. Arrivabene, 5* proposition. — Voir aussi nos Élémeîtts de i: Économie politique, 3» édition, p. JOO.
son espèce que pour celle de ses moyens de subsistance.
D'où il résulte que, toutes les fois que les deux reproductions se sont développées et se développeront sans obstacle volontaire de l'homme, la population s'est pressée ou se pressera contre la limite des subsistances, et le niveau entre les deux éléments n'a été ou ne sera maintenu que par l'émigration, et, si elle n'est pas possible, par la mort précédée de la famine, des privations de toute espèce et des maux physiques qui ont leur source dans l'insuffisance de la subsistance matérielle ou morale, — moyens dont la nature, logicienne impitoyable, se sert pour rétablir l'équilibre, à moins, répétons-le sans cesse, que l'homme ne substitue son libre arbitre à cette action brutale et sommaire, et règle sa multiplication conformément aux besoins de la production, et prévienne ainsi les maux redoutables qu'un excédant de population ne manque jamais d'occasionner dans la société.
Les propositions de Malthus expriment la tendance actuelle de l'accroissement de la population et de l'accroissement des subsistances, poussés l'un et l'autre par une force différente. Si l'on suppose des terrains fertiles disponibles, un climat propice et les autres conditions nécessaires du travail et de la vie, telles qu'une société organisée, le respect de la propriété, la garantie de la justice, la facilité des communications, ces deux forces agissant librement, la
MAUX QUI PEUVENT EN RÉSULTER. PROPOSfTIOKS DE MALTHUS. ÙO
population suivra le mouvement accéléré qui lui est propre, doublant en de courtes périodes : premièrement, par la multiplication des naissances, les familles ne craignant rien pour l'avenir, et ayant sans cesse besom de nouveaux auxiliaires; — deuxièmement, par l'excédant des naissances sur les morts, celles-ci étant d'autant plus retardées, que l'aisance et la moralité sont plus générales.
Au lieu de terres fertiles, on peut supposer un territoire restreint, mais l'existence d'industries actives qui amèneront des substances alimentaires el textiles par la voie des échanges et de l'exportation.
Les États-Unis peuvent, être cités comme exemple dans le premier cas ; l'Angleterre, dans le second.
Mais, quand tous les terrains cultivables avec profit seront occupés et exploités, ou bien quand l'industrie aura obtenu tous les débouchés qu'elle est susceptible d'avoir, la multiplication progressive des hommes ne sera plus nécessaire, utile et profitable; elle deviendra même nuisible, caria concurrence fera baisser le prix des services et les salaires, la misère et sa hideuse cohorte de maladies et d'agitations commencera à sévir, et la mort rétablira l'équilibre, à moins que les familles, comprenant le danger, s'appliquent à devenir moins nombreuses.
« En admettant même que les hommes ne se préoccupent aucunement du soin de régler le mouvement de la population, ce mouvement n'en demeurera pas
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moins contenu dans des limites infranchissables» L'homme ne peut se multiplier ni beaucoup plus ni beaucoup moins que cela n'est nécessaire. Si sa multiplication est trop rapide, des obstacles croissants viendront la ralentir, puis l'arrêter ; si elle est trop lente, des excitants non moins énergiques tiennent l'activer*. »
En fait, le statisticien pourra constater que la population est toujours dans une certaine limite proportionnellement aux moyens d'existence; je (lis dans une certaine limite, parce que ces moyens d'existence peuvent varier entre le terme aisance et le terme strict nécessaire; mais il se tromperait singulièrement s'il voyait dans cette équation apparente un fait rassurant. Il verrait la population proportionnelle aux moyens de subsistance ; mais il ne verrait pas par quels moyens (soit volontaires et préventifs de la part de l'homme, soit répressifs et cruels de la part de la nature) est obtenue cette équation.
L'excès de population se manifeste dans une localité lorsqu'une portion de gens laborieux et valides se trouve dans l'impossibilité permanente de satisfaire par le salaire aux exigences dé la vie et de la famille. C'est qu'alors la concurrence des travailleurs amène la baisse des Salaires, la cherté des produits,
* M. G. de Molinari, Coun d'Économie politique, p. 579.
MAUX QUI PEUVENt EN RÉSULTER. PROPOSITlOiNS BE HALTHUS. 35
la hausse des Prdits du capital et de la Rente * <lu sol aux dépens des salaires, et, en dernière analyse, la misère avec sa cohorte de souffrances, de vices et de crinainalité progressive.
' Cette énergie du principe de population, jointe aux besoins inhérents à notre nature, est donc un puissant aiguillon pour Tespèce humaine, qui doit faire un appel incessant à toutes ses facultés intellectuelles, morales etiphysiques , pour ne pas se laisser atteindre par les souffrances de la faim et des autres privations. Comme elle pousse l'espèce vers un accroissement graduel, et comme, d'autre part, cette même espèce est douée de facultés susceptibles de développement et de Tambition du bien-être, il en résulte que la loi d'accroissement est un ferment de progrès lorsqu'elle est maintenue dans une certaine mesure, et une cause de malheur et de destruction si elle n'est arrêtée par aucune contrainte.
Malthus est loin d'avoir combattu cette idée; mais, comme il ne s'y est pas arrêté suffisamment., on en a tiré de fausses inductions sur sa doctrine. C'est un point qu'a mis en lumière un autre économiste anglais, M. MacCuUoch*.
telle est la vérité qui ressort évidemment des considérations précédentes ; vérité que Malthus et plusieurs
• Voir aux Éléments de l'Économie politique, 5* édition, chapitres IX, XX, XXI, xxii et xxiv, relatifs à ces divers siijets.
* Principes dÉcon. polit. j Impartie, production^ chap. viu*
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éconamisies éminents après lui ont établie et déinoTUrcc, et que personne ne peut plus sérieusement (contester. Personne, après réflexion, ne peut sérieusement soutenir la proposition inverse, à savoir : que l'homme aurait beau laisser toute liberté à ses instincts de reproduction et se livrer à sa puissance génératrice sans obstacle et sans contraint^, qu'il serait toujours sûr de trouver des moyens suffisants de subsistance, ou, ce qui revient au même, un capital capable de lui founiir un travail assez rémunéré pour acheter sa nourriture, son logement, son vétemeotf et les autres moyens d'existence.