‹ Du principe de population: egergie de ce principeChapitre 15 sur 68 · OPPOSÉS PAR LA ÎÏATURE OU PAR L'HOMME A L'ENERGIE · texte numérisé non relu

OPPOSÉS PAR LA ÎÏATURE OU PAR L'HOMME A L'ENERGIE

I. Énuméralion. — Obstnclcs-au développement de la population. -^ Obstacles préventifs et répressifs indiqués par Maltluis. -^ L'Émigration. — WAisance et le progrès industriel. — Théorie de M. Double day et de Fourier.

II. Objections faites à la théorie des obstacles. — Objections tirées de la réalité de ces obstacles; — des desseins de la Providence; -^ du principe aristocratique inné dans l'homme; — de la Perfectibilité humaine et du progrès de s.i moralité; — des ressources productives de In Densité de la population, mesure inexacte de la puissance dus États; — du progrès des Cultures.

I. — Cnuméraliov de» «b^i^el^s mi dév^toppeMiea* ittitaii «le

r la popiilatifHiu — Obstacles préTentife et répreMsilii nudl*

que* par Malthus. — li'ÉmisrAtlon. — i.'Ai«aaice et le

procrèfli industriel. - Théorie de M. DovMeday et de

Fourier.

Nous venons de constater la nature du principe de population, son énergie, les avantages et les maux qui peuvent en résulter. Examinons maintenant |>ar

38 LE PHIMCIPE Di: POPUI.ATIO.X.

quels obstacles le développement de la population a pu et peut être contrarié.

Ces obstacles sont de deux espèces et de nature opposée : les uns préviennent les naissandfes; les autres amènent la mort des hommes nés dans de mauvaises conditions sociales. Les premiers sont préventifs, et les autres répressifs. Malthus a nommé ces derniers les obstacles positifs; mais cette appellation n'est pas bonne et peut amener de la confusion ; car les obstacles qui préviennent la population sont aussi positifs que ceux qui les font périr.

Au nombre des obstacles à l'accroissement de la population par l'action de son principe se trouvent : l'insalubrité des localités qu'habitent les populations; — la malpropreté ou le dénûment des maisons qui les abritent ; — le manque de vêtements et de soins hygiéniques; — une nourriture malsaine ou insuftisante ; — le dérèglement des mœurs ; — l'abus des liqueurs fortes, du tabac ou d'autres irritants ; — les disettes et les crises, dont les effets se font sentir à plusieurs années de distance; — la guerre, qui amène après elle la dissipation de capitaux énormes, la dévastation des récoltes, le ralentissement des cultures etc. ; — la diminution du travail, les fausses mesures économiques ; — les soucis et les douleurs morales, etc.; — l'avorlement, l'infanticide lui-même, affreux moyens, plus pratiqués qu'on ne pense*.

* L'avortcment, l'infanticide, sont très- fréquents de nos jours;

OBSTACLES OPPOSÉS PAR U iNATUHE OU FAi; L* HOMME. 51)

La plupart de ces causes meurtrières produisent les épidémies ou les rendent plus redoutables, nuisent au développement de l'enfance, diminuent les facultés de Tâge mûr et causent une mortalité considérable qui vient balancer le principe énergique de la reproduction. Malthus les a comprises sous sa formule de Vice et Misère, alternativement causes et effets l'un de Tautre et abrégeant la vie humaine.

Les obstacles préventifs appartiennent à deux catégories bien distinctes : les uns procèdent du Vice, les autres de la Raison.

Ceux qui procèdent du vice sont : la débauche, la promiscuité des sexes, la prostitution, qui détruisent la fécondité; la polygamie, qui agit dans h même sens, comme le prouve la statistique des peuples d'Orient ; l'esdavage, qui agit à la fois comme obstacle répressif par les mauvais traitements infligés à lesclave, et comme obstacle préventif en foulant aux pieds les sentiments de famille.

Les obstacles préventifs d'une nature opposée à ceux-là sont toutes les mesures de Prévoyance qui poussent les hommes à retarder les mariages ou à proportionner le nombre de leurs enfants aux facultés qu'ils ont de les nourrir et de les élever. Ces obstacles

bien qu'ib soient punis par les lois^ on peut dire qu'ils ne sont pas aussi sévèrement poursuivis par les mœurs. Ce qui se passe tous les jours devant les tribunaux en est la preuve. V. chap. x» g 5 des détails sur Tinfanticidei

l.i: IMllMill'»'. J»K l'OI'tUTlU.N.

ont de tout temps plus ou moins contribué à arrêter Tessor de la population ; il serait impossible de préciser dans quelle limite ils ont agi, mais on conçoit qu'il est possible, selon telle ou telle direction morale des esprits, que leur action s'étende ou se restreigne.

Nous allons revenir sur ce sujet ; mais auparavant nous voulons combler une lacune qui n'était pas dans l'esprit de Malthus, mais qui est dans son livre et dans son exposé, et ensuite passer en revue une série d'objections qui ont été faites contre cette théorie des obstacles, et qui s'adressent aussi à la conclusion des deux propositions que nous venons d'exposer et de développer.

Malthus oublie de mentionner, au nombre des obstacles à l'accumulation de la population sur un point donné, l'Émigration, qui peut être supérieure à l'immigration, et qui peut en partie, beaucoup moins qu'on ne pense d'ailleurs, neutraliser les effets de l'accroissement des classes nécessiteuses, comme nous le verrons plus loin. (Chap, viii). Mais cet oubli n'est qu'apparent , car Malthus discute cette question en parlant des moyens proposés pour remédier à l'excès de population. Et, en effet, l'émigration n'a pris un certain essor que dans ces derniers temps, avec le perfectionnement des voies de communication maritimes, et il n'a pour ainsi dire pas agi dans le passé comme obstacle au développement des populations continentales. Nous dirons plus loin jusqu'à

OBSTACLES OPPOSÉS PAR LA KATUKE OD PAR l'hOIIIIE. 4i

quel point il peut agir de nos jours comme remède à l'excès de population.

Deux brillants écrivains, MM. Louis Reybaud et Blanqui, le premier dans son article du Journal des Économistes, en combattant M. Rossi *; le second dans son Histoire de V Économie politique '^^ en exposant la doctrine de Malthus, ont dit avec raison que l'expatriation était providentielle, et que jusqu'à ce jour elle avait rendu d'immenses services à la civilisation et à l'industrie de tous les peuples. Mais, tout en partant d'une idée juste, ils trouvent, à tort selon nous, les craintes de Malthus chimériques, sa loi suffisamment combattue, et ils comptent sur l'expatriation pour rétablir l'équilibre.

Personne assurément ne peut nier les effets civilisateurs de l'expatriation et l'intervention de la Providence sur les choses d'ici-bas. Mais la question n'est pas tout à fait là, ce nous semble : il s'agit de savoir si l'expatriation est un obstacle suffisant à l'excès de population, si elle a suffi dans le passé, si elle suffira dans l'avenir. C'est le point que nous examinerons un peu plus loin. En attendant, remarquons que M.L. Reybaud lui-même nous a fait apprécier combien peu l'émigration soulage les populations trop serrées. « Depuis le seizième siècle, dit-il, l'Europe, dans le

* Tomel, 1845, p. 194.

=* Tome H.

42 I.E na.NCIPK DR POPULATION.

cours de 300 ans, envoie en Amérique 25 millions de blancs, qui chassent devant eux les cuivrés éperdue. » Supposons le chiffre exact, ce n'est guère que 83,000 émigrants par an pour toute l'Europe, et pour mettre un obstacle assez répressif, d'ailleurs, à la reproduction des cuivrés !

On reproche aussi à Malthus d'avoir oublié de tenir compte des heureux effets de T Aisance et des progrès industriels et économiques qui la produisent. Or, avec Taisance, dit-on (et la remarque est juste en général), la fécondité des familles diminue. D'où résulterait cette conséquence consolante que la civilisation est à la fois remède et obstacle au mal pouvant résulter du principe de population.

Malthus n'ignorait pas cela.

n y a longtemps que les effets de l'aisance sur le ralentissement de la population ont été constatés, et qu'on s'est aperçu que les familles riches (sauf cependant des exceptions nombreuses) ont une tendance à se multiplier en proportion moindre que les familles pauvres. Mais quelle est la cause de ce phénomène? L'aisance diminue-t-elle directement la fécondité, ou bien l'aisance est-elle plus propre que le dénûment et la misère à fortifier la moralité, la prévoyance, la dignité du père de famille, à le rendre plus apte à user de son libre arbitre, plus capable de prudence dansle mariage? — La réponse n'est pas douteuse ; il n'est besoin d'entrer dans aucun détail.

Page 1