OBSTACLES OPPOSES PAR LA NATLUI. OU PAR L*I(0MUE
II tombe sous le sens que la \ie tranquille d'un couple aisé est bien plus favorable* à la reproduction, à la grossesse, aux soins que réclame la première enfance. Abstrayez par la pensée la prévoyance, et mettez en parallèle deux couples, Fun misérable, l'autre aisé, de même santé au point de départ : pouvez-vous conclure que c'est du côté de la misère que l'accroissement aura plus de probabilité? Assurément non; il pourra y avoir autant de naissances d'un côté que de l'autre, mais c'est du côté de la misère que la mort fauchera le plus souvent. Que si on nous objectait la prospérité des familles très nombreuses à la campagne et à la ville, nous répondrions que ces familles ont été assez heureuses pour trouver des circonstances favorables sur lesquelles d'autres ont en vain compté.
Si maintenant on demande pourquoi la misère est prolifique, nous répondrons, avec Rossi, quelle rend l'homme égoïste, insouciant de l'avenir de ses enfants comme de celui de sa malheureuse compagne et du sien propre, intempérant, incapable de la moindre contrainte, et enfin insensible quelquefois à la perte de ses petits, dont la mort le délivre, et pour lesquels il sait bian qu'un sort pareil au sien n'est pas à regretter. Montesquieu avait déjà dit : « Les gens qui n'ont absolument rien, comme les mendiants, ont beaucoup d'enfants, qui sont en naissant munis des instruments de cet art * . »
* Esprit des Lois, liv. XXÏÏI, chap. xi. Il y a de nobles et tou-
L'obstacle tiré de Taisance nous conduit naturellement à la doctrine de Tobstacle pléthorique ou de Tengraissement, qui en est l'exagération, mise en avant par Fourier et présentée sous un aspect scientifique par M. Doubleday, auteur d'un livre intitulé : La véritable loi de la population *.
Nous allons retrouver Fourier un peu plus loin. Arrêtons-nous seulement ici sur la doctrine de M. Doubleday.
Voici comment la résume le Quaterley Review dans un article très-enthousiaste : « Premièrement, lorsque des espèces animales ou végétales sont menacées de mort par l'insuffisance de principes nutritifs et par Tétat de débilité physique qui en résulte, la nature fait un effort suprême : elle accroît la vertu prolifique des races et leur donne une impulsion qui ne s'arrête qu'au moment ou l'équilibre des aliments se rétablit. — Secondement, lorsque ces espèces reçoivent une nourriture luxuriante, excessive, elles passent à l'état pléthorique et stérile ; la reproduction s'arrête pour faire place à une diminution graduelle. — Troisièmement, si l'alimentation des individus est modérée, si la vie ne surabonde pas chez eux, le principe géné-
chantes exceptions, et nous savons aussi jusqu^oii peut s'élever la sublimité de Tamour maternel chez la femme du pauvre.
* The true law of population schown to be connected with the food ofthe people. Voir l'analyse de cet ouvrage traduite dans la lieime Britannique, avril 184(î.
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rateur agit sagement, la race se continue et ne s'accroît pas. — Quatrièmement, enfin, quand on réunit, en quantités égales, des espèces mal nourries avec d'autres dont le système alimentaire est riche et fortifiant, l'équilibre s'établit immédiatement. L'accroissement des unes se trouve compensé par la diminution des autres, et la race demeure stationnaire. »
Ce système n'est pas l'expression de la nature des choses. La plus simple observation permet de constater que les plantes bien soignées, bien fumées, viennent admirablement en graine, dans les jardins et partout ailleurs où elles ont une nourriture suffisante. Les concours d'animaux reproducteurs que nous avons, dans ces dernières années, vus en France et en Angleterre, donnent également le démenti le plus positif aux assertions de M. Doubleday. En ce qui touche^es hommes, les individus pléthoriques, recevant une nourriture luxuriante et excessive (au sujet desquels l'anthropologie aurait plus d'une réserve à faire) seront toujours une exception. Mais, sans nous arrêter à la question d'histoire naturelle, qui nous mènerait trop loin, nous nous bornerons à répondre par le dilemme posé ci-dessus au sujet de l'aisance. 11 est évident que les familles modérément atimentées, <5'est-à-dire qui n'abusent pas de la table et qui ne manquent de rien, peuvent, quand elles le veulent et sauf les cas très-rares de stérilité naturelle, avoir un grand nombre d^enfants et s'accroître
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avec la rapidité indiquée par J.-B. Say. {V. p. 20.) Parcourons maintenant les ol^ections faites à cette théorie des obstacles limitâtes de la population.
II. — Olijeetionii faites à la théarîe des «bstaelMi an dé- ▼eloppeiaeiit de la population indiquéfl par Malthno, tirées t — de la réalité de eeo obotaeles; — des deooeias do la ProTidenee; — da prineipe ariatoerati^HM inaé daaa rhOBune; - du procréa de la perfeetiMUté et de la moralité humaines;- des ressourees produetives de la Den^ site de la population, mesure inexaete de la puissanee dos États ; — du progrès des Cultures.
Négation des obstacles. — D'abord on nie simplement que les obstacles répressifs ou préventife aient agi ou agissent.
Cette objection comporte pour réponse le rele?é des faits constatés par Thistoire tant ancieAne que moderne, par les rapports des voyageurs, par la géographie et la statistique. Malthus y a consacré une partie de son ouvrage, et chacun est à même de compléter sa réfutation par ses observations propres. Nous nous bornerons ici à un petit nombre de re^ marques.
C'est un fait hors de contestation que les hommes meurent plus ou moins rapidement, selon les lieux qu'ils habitent, leurs conditions d'existence, selon les professions auxquelles ils se livrent, selon les classes auxquelles ils appartiennent.