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NOTICE SUR LA VIE ET LES OUVRAGES DE MALTHUS

MALTHUS (Thomas-Robert) mquit à Rookery, près de Dorkiiig, dans le comté de Surrey, en Angleterre, le 14 février 1766; il est mort à Bath, le 2» décembre 1854. Son père, Daniel Malthus, était dansFaisanee; mais, devant laisser sa fortune à son fils aîné, il fit entr^ Thomas-Robert dans la caiTière ecclésiastique. Il le confia d'abord à I^iehard Graves, auteur du Don Quichotte ^irittiel, puis il l'envoya à l'académie de Warrington, dans le Lancadiire ; mais, cet établissement nayant pu se soutenir, il lui fit terminer ses études avec Gilbert de Wakefield, qui jouissait d'une grande réputation en Angleterre. Â Tâge de dix-huit ans, le jeune Malthus

^ Cette notice sur Malthus et celle qui suit sur Godwin ont dé^ été publiées par Tauteor, dans le Dictionnaire de rÉconomie^ politique, 2 vol. grand in-8% chez Guillaumia,

entra au collège de Jésus, à Cambridge ; il y prit ses grades en 1788, devint membre de la Société, et Tannée «livante il entra dans les ordres. Après être demeuré quelque temps au sein de sa famille, il desservit une cure du voisinage.

C'était une époque où les esprits étaient en grande fermentation en Europe^ par suite du mouvement philosophique et des événements de k Révolution française. Publiciste d^à très-connu, "William Godwin venait de faire paraître son livre sur la Justice politique, dans lequel il établissait que le mal moral et les diverses calamités du genre humain n'avaient pas d'autres sources que les vices des gouvernements ; il proposait l'établissement de l'égalité des conditions capable de prévenir les elTets des mauvaises institutions politiques. Cet ouvrage eut, en Angleterre, des adversaires et des partisans au nombre desquels se trouva Daniel Maltlius. Thomas* Robert, son fils, au contraire, avait appris dans l'étude de l'histoire et de l'économie politique (Smith avait publié son livre en i 776, et David Hume, qui avait été reçu dans la famille avec J. J. Rousseau, avait publié ses Essais) que, si les gouvernements défectueux contribuent à rendre les hommes vicieux et misérables, l'ignorance et la dégradation des classes inférieures concourent puissamment, de leur côté, soit à former, soit à maintenir les mauvais gouvernements. Malthus était donc bien loin de se faire illusion sur la nature des résultats qu'on pouvait attendre des réformes politiques. Godwin publiait, en 1797, un recueil appelé theinquirer, composé d'une série d'Essais sur l'éducation, les mœurs, la littérature. Un de ces Essais, sur la prodigalité et V avarice, fit prendre la plume à Halthus, qui était alors dans la force de l'âge, et il répondit par un Essai sur le principe de population, qu'il publia sans nom d'auteur, et qu'on doit considérer moins comme une première édition que comme

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«ne préparation au célèbre ouvrage imprimé cinq ans après.

Malthus combattit les écrivains aux yeux desquels la perfectibilité des bonames et des institutions politiques et sociales était sans limites^^etil réduisit presque à rien Tinfluence des mauvais g(Hiief nements ; il défendit la propriété et combattit les divers systèmes socialistes qui s*étoient déjà produits; il montra que les sociétés n'avaient jamais rencontré que deux obstacles à leur accroissement, le Vice et li Misère ; et il signala comme principale cause de ces (rf)stacles la multiplioftlion trop rapide des populations relativement à leurs subsistances.

Ce livre, qui heurtait toutes les utopies et les systèmes imaginés pour le bonheur du genre humain par des écrivains populaires , et qui montrait les pliénomènes sociaux sous un jjour nouveau, fut attaqué et défendu avec rivacité, comme Pavait été celui de Godwin. Ce fut pour Malthus une raison d'approfondir de nouveau son sujet. 11 s'était d'abord servi, comme il nous Fapprend lui-même, des ouvrages de Hume, de Wallace. de Smith^ de Price*. Il rechercha quelle influence le principe de population qu'il venait de mettre en

* Le docteur Wallace, ministre deTÉvangile, mort en 1771 , a fait un Essai sur la population, provoqué par VEssai de Hume. Cet ouvrage, A dissertation on the number of mankind, a été traduit deni fois en français, sous ces tities : Essai sur la différence du nombre des hommes dans les temps anciens et modernes, trad. par Jonçourt; Londres (Paris), 1754, in-8 et in-12;— Dissertation historique et politique sur la population des anciens temps comparée avec celle des nôtres, trad. parEidous, Amsterdam (et Paris), 1769, in-g*.

Le docteur Priée, ministre dissident, mort en 1791, a pubKé divers extraits sur les finances et les dettes de l'Angleterre et un Essai sur la population. Londres, 1780, in-8**.

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lumière avait exercée sur les nations aux diverses époques de riiistoire ; puis il voulut ajouter aux leçons du passé celle du temps présent, et il se mit à parcourir une partie de l'Europe.

Au printemps de 1799, il partit d'Angleterre avec trois autres membres du collège de Jésus, de Cambridge, jparmi lesquels se trouvait Daniel Clark, connu par ses voyages dans diverses contrées de TEurope ; et il visita le Danemark, la Suède, et nue partie de la Russie ; plus tard il visita la Suisse et la Savoie. Le résultat de ses voyages fut la publication de la deuxième édition de V Essai sur le principe dépopulation en 1 805, qui souleva davantage encore les attaques auxquelles la première avait donné lieu. Dans cet ouvrage, qui procédait du premier, mais qui était nouveau sous beaucoup de rapports, Malthus complétait ses idées par de pbis longs développements et par l'exposé de faits nombreux emprmilés à l'histoire et à la situation de différents pays; il appliquait ses observations à des institutions qu'on avait toujours considérées comme bienfaisantes , et indiquait les dangers d'une philanthropie irdntelligente ; il démontrait aux classes ouvrières que le meilleur moyen d'élever d'une manière durable le taux des salaires était de mettre dans le mariage une grande circonspection, etc.

Une année après la publication de son ouvrage, Malthus fut nommé professeur d'hisloire et d'économie politique an coUége de la Compagnie des Indes orientales, à Ailesbury, aux environs de Londres; c'est à la naéme époque qu'il se maria. Il remplit pendant trente ans ces f(Hictions et ceUe de ministre de l'Evangile ; et c'est pendant cette période de sa vie qu'il remit trois fois encore la main à son célèbre ouvrage, qu'il médita sur les questions qu'embrasse la science économique et qu'il fut conduit à publier ses autres écrits : sur les lois céréales(i814 et 1815), sur la rente (181&)y sur les

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