CONTRADICTEURS DE MALTHUS
William GODWIN , né à Wisbeach (Gomté de Cambridge) le 5 mars i75&, est mort le 7 avril 1836. Fils et petit-fils de ministres presbytériens, il fut d'abord élevé dans les principes de Calvin, qu'il abandonna de bonne heure pour se fair9 déiste pur. De 1778 à 1785, il fut ministre d'une congrégation non conformiste aux environs de Londres; mais, la hardiesse de ses opinions ayant déplu à ses cosectaires, il donna sa démission, et vint à Londres pour suivre la carrière litt^ire.
Admis dans quelques cercles où brillaient Fox, Sheridan et d'autres cbe& de rq)position, il s'occupa de politique, et Ait conduit, par la nature de son esprit, à fixer les études sur l'organisation des sociétés, la forme des gouvernements ei les réformes sociales. Les événements de la Révdution française vinrent donner une nouvelle animation aux discussions politiques , et c'est sous cette impulsion que Godwin acheva et publia son célèbre ouvrage sur la Justice politique, dont la première édition parut en 1793. Ce livre fit une grande sensation ; il était écrit ayec une grande verve
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et cette fiévreuse passion qui fut un des traits saillants de son talent et de son caractère. L'organisation de la société y élait vivement attaquée, et ses propositions offraient un assez singulier mélange d*audace et de raison.
Aia<;i Godwin prêchait des réformes politiques et sociales très-radicales, et entendait néanmoins qu'elles fussent opérées sans secousses, sans révolutions; car les révolutions, disait-il, entraînent des maux incalculables, détruisent les libertés publiques , manquent presque toutes leur but et retardent les réformes. D'autre part, il professait déjà plusieurs de ces théories aventureuses et erronnées que nous avons vues se reproduire de nos jours, et qui ont reçu la dénomination de Socialisme. Il attaquait le mariage comme une institution absurde et immorale.
En résumé, Godwin attribuait le mal moral et les maux du genre humain aux vices des gouvernements, et il essayait de constnnre un système d'égalité ou plutôt de communauté dans lequel les riches étaient considérés comme de simples administrateurs du bien d'autrui, et toute jouissance qu'ils se donnaient à l'exclusion de quelqu'un des membres de la société comme une injustice.
L'an d'après , Godwin publia un autre livre, d'un genre tout différent, et qui eut également beaucoup de succès; nous voulons parler de Caleb Williafriy œuvre remarquable d'imagination, sans amour, et où se reproduisaient sous une autre forme les sentiments de hi Justice politique, " Ce sujet fut transporté sur la scène en Angleterre et en Frapce, et on cite encore la vive impression produite par Talma (1797) dans le rôle de Falkland d'une pièce de Laya.
Dans cette même année (1 794) Godwin eut encore \m autre succès dans le monde politique; il parvint à foire acquitter Home Tooke et ses amis, fondateurs de la Société consiitu-
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tionnelley par un mémoire dans lequel il réfutait habilement Tacte d'accusation. Ce fut 1 apogée de ses succès littéraires : Godwîn avait alors trente-huit ans.
Le reste de sa longue carrière a été consacré à la production d'un grand nwnbre d'écrits de politique, d'imagination, d'histoire, de brograpliie, d'économie sodale, parmi lesquels nous devons citer ici V Investigateur {Inquirer) , série d'essais dans lesquels il développa, en 4797, les doctrines de ses recherche sur la Justice politique^ et dont la lecture inspii-a à Malthus son célèbre Essai sur le principe de population (la première édition parut en 1798), livre qui provoqua pins tard les Recherches sur la population, dans lesquelles Gotiwin cherchait à réfuter Malthus.
Au commencement de i797, Godwin épousa miss Maria Wollstonecraft, alors célèbre dans le monde des letti'es par la hardiesse de ses écrits, par ses aventures, et qui avait, comme lui, médit du mariage. Miss Wollstonecraft mourut dans le mois de septembre de la même année. Godwin , qui avait pour elle une grande affection, publia (1798) ses Œuvres posthumes f précédées d'une histoire de sa vie *.
* Miss Wollstonecraft s'était fait connaître par de nombreux écrits liltératres, religieux et politiques : sur Téducation, dont elle avait d'abord fait sa carrière ; sur la ftévolution française, qui Tavait ^tliousiasmée; et sur les ft^mmes, dont elle défendit chaleu— reosenient les drwts. Miss Wollstonecraft prétendait, ainsi que miss Macîuilay, que la femme est appelée par la nature à partager avec rbomme toutes les fonctions que oelùi-ci s*est arrogées exclusivement et abusivement ; que rbomme n'a d'autre supériorité que la force musculaircy et que ce n'est que par lempire tyrannique de l'amour que le sexe féminin est tombé dans l'état de dégradation où iniss Wollstonecraft le voyait. Avant d'épouser Godwin, miss Wollstonecraft avait été trompée par un négociant américain.
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En 1801 Godwin se remaria, et comme bieulôt après, malgré ses succès Kttéraires, il était dans k gêne, il éiabb't une librairie d'éducation dans laquelle il composa, sous le pseudonyme de Baldwin , plusieurs des ouvrages que sa femme vendait. Mais il ne paraît pas que cette entr^ise l'eût emMchi, pas plus que ses publications subséquentes ; car, eu 1 835, le ministère whig le nommait à une place à laquelle était attaché im modiqae traitement, dont il ne jouit pas longtemps. Il mourut en i 83Ç, d'un catarrhe ^pidémique qui régnait aloi^, à Fâge de quatre-vingts ans.