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OBSERVATIONS SUR LE PRINCIPE DE POPUUTION

fausse et contre les conséquences fâcheuses qui en découlaient. A ce point de vue, Malthus est entièrement dans le vrai, et il en tire d*excellentes règles de législation politique comme de conduite privée. Ceci ne détruit point d'ailleurs, je le répèle, le mérite des observations de H. Passy; c'est seulement une justice plus complète rendue à Malthus.

H. Léon Faucher :

Les observations quotient de présenter notre honorable viee^président, M. Guizol, ne me semblent ni infirmer ni même contredire Topinion de H. Passy. C'est l'explication plutôt que l'approbation d'une doctrine. M. Guizot a donné la raison historique du livre de Malthus. Ce livre fut motivé en effet et jusqu^à un certain point justifié par les erreurs de l'époque. On croyait alors que la population est dans tous les cas une richesse : et la législation, les gouvernements, ainsi qu'une fausse science, en encourageaient l'accroissement sans mesure, au risque du malaise, de la misère et de la mortaUté qui pouvaient en résulter. Malthus rendit un grand service en démontrant les funestes conséquences d'un tel système. Rien n'est assurément plus moral ni plus sage que les conseils de prévoyance qu'il adresse à ses contemporains. Mais il ne s'en tint pas là, et peignit sous l'aspect le plus désespérant les destinées de l'espèce humaine. A une exagération qui avait fait beaucoup de mal il oppose l'exagération contraire. Malthus l'avoue lui-même quelque part, quand il dit : « Il est probable qu'ayant trouvé l'arc trop courbé dans un sens, je l'ai trop courbé dans l'autre, en vue de le redresser. »

Voilà ce que l'on peut dire pour expUquer l'action à beaucoup d'égards légitime que Malthus a exercée; mais il ne faut pas élever au rang d*axiomes ou de principes les propositions fondamentales que son Kvre renferme.

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L'économie politique est une science d'observation, ou elle n'est rien. Les principes qu'elle proclanie, elle les déduit des faits, dont ils sont l'expression la plus générale et, pour tout diie, la Id. Eh bien, voilà ce qui manque à la doctrine de Malthus. Spn système repose bien moins sur les faits que sur des hypotlièses. Dans quel temps, en effet, et dans quel pays trouverait-on que la population s'accroît dans une proportion géométrique, tandis que la progression arithmétique règle le mouvement des subsistances ? En fait, il n'est pas vrai que l'accroissement de la i)opulation marche plus yiie que celui des subsistances, puisque les hommes sont aujourd'hui beaucoup mieux nourris, mieux vêtus et mieux logés qu'ils ne l'étaient par le passé*.

En tenant compte de la puissance de production, il faut mesurer également celle des obstacles. Si Malthus a voulu parler d'une tendance abstraite, d'un pouvoir de multiplication qui existe dans l'espèce humaine sans se manifester, cela ne niérite pas d'occuper la science. Sil a prétendu saisir dans les faits la tendance qu'il proclame, je dis que les faits sont contre lui. Ce n'est donc pas dans son livre qu'il faut chercher la véritable loi de population, et, sous ce rapport, je me réunis aux observations très-judicieuses que M. Passy a présentées.

REMARQUES DE M. JOSEPH GARNIER (Extrailes du Journal des Econoniisles^ de juin 1853).

Puisque notre savant collaborateur, M. Passy, nous a fait l'honneur de regretter que nous n'ayons pu loi répondre au sein de l'Académie, nous nous autoriserons de sa bieuveil-

* Voir plus haut la réponse faite à M. Mac Culloch, p. 251 .

Olt^RYATlONS SUR LE PRINCIPE OC POPDLATIOM.

laiice pour coBsigncr ici quelques obseryalious à la suite de celles qu'a provoquées la lecture de notre travail.

Nous remarquerons d'abord qu'aucun membre présent à la séance n'a fait la moindre objection à la morale de Malthus, et que, relativement à la prévoyance et à la contrainte morale, H. Passy comme lord Brougham, M. Guizot comme M. Dunoyer, M. Léon Faucher comme M. Villermé, sont parfaitement d'accord avec l'illustre auteur de V Essai sur le principe de population; or c'est là la partie fondamentale de sa doctrine.

En outre, MM. Dimoyer, Passy, Guizot et Léon Faucher ont fait ressortir les progrès que Malthus a fait faire à la science économique, à la législation et à la politique.

Sur tous ces points nous avons l'honneur de nous être trouvé d'accord dans notre article avec chacun des savants académiciens dont nous venons d'écrire les noms.

Mais M. Passy, M. Dunoyer et M. Faucher ont nié l'exactitude des deux premières et célèbres propositions de Malthus, mises, l'une sous forme de progression géométrique, et l'autre sous forme de progression arithmétique. D'abord, s'il était vrai, comme l'ont fait observer lord Brougham et M. Villermé, qu'en se servant de ces progressions Malthus n'ait voulu exprimer qu'une tendance, il n'y aurait plus pour nos honorables contradictems le même sujet de contestation. Or nous croyons, pour notre compte, que lord Brougham et M. YiHermé sont dans le vrai. Tel a été aussi le sentiment de Charles Comte, de Bossi, et d'autres qui ont fait sur Malthus des études spéciales. L'ensemble du Uvre de Malthus nous paraît très-expUcite sur ce point, et nullement autoriser l'assertion de M. Passy, « qu'il y a chez lui un penchant à croire qu'en effet l'espèce humaine multiplie plus rapidement qu'elle n'augmente ses moyens de nutrition, et que sur sa destinée

pèse une sorte de fatalité qui la condamne à vivre éternellement sous le poids de misères ou stationnaires ou croissantes. » Malthus croit qu'il y a tendance dans Tespèce humaine à s'accroître plus facilement que les moyens de subsistance; mais il est très-loin d'admettre la fatalité qui la condamnerait à vivre éternellement sous le poids de misères stationnaires ou croissantes. L*objet principal de son livre est de prévenir les populations de ce danger, et en même temps d'indiquer les moyens de l'éviter pour s'élever à une meilleure conditioa matérielle et morale. (V, plus haut, p. 254.)

Nous croyons, en second Ueu, qu'on peut très-bien défendre la progression géométrique 1:2:4, etc., pardon^ blement tous les 25 ans, comme formule de racax)issement possible d'une population qui a des terres productives à sa disposition, et qui a le bonheur de vivre dans un pays libre. Lorsque Halthus écrivait pour la première fois, on avait déjà observé des localités où la population avait doublé en moins de 25 ans; depuis 1800, l'ensemble de la population de TDnion a quadruplé en 50 ans, ou doublé en 25 ans. Celle de l'Ohio a triplé en 20 ans, de 1820 à 1840, et quadruplé m 30 ans, de 1820 à 1850. Celle de New-York est devenue sept fois plus considérable en 50 ans, de 1790 à 1840, et neuf fois plus considérable en 60 ans, de 1790 à 1850. Or il est prouvé que ces résultats ne peuvent être attribués à Timmigration. — J . B. Say conclut d'ailleurs, d'un calcul bien simf^e sur ce qui peut se passer dans chaque famille, à la possibilité du triplement de la populaticm en vingt ans. -- Si cela est, n'est-il pas permis d'avancer que, lorsqu'une population ne rencontre pas plus d'obstacles que celle des État»- Unis, elle peut doubler tous les vingt-cinq ans ? — « Sans doute, répond M. Passy, qui accepte le fait dans toute sa portée; mais ce qui se passe aux États-Unis, comparé à ce

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qui se pa^se ailleurs, fournit au contraire la preuve que les sociétés humaines savent subordonner leur accroissement numérique à la diversité des circonstances au milieu desquelles eHes vivent, et qu'elles ne cèdent aux penchants qui les porte à multiplier qu'autant qu'il n'en résulte pas pour elles diminution de bien-être. »

Plût à Dieu que M. Passy eût raison I Mais il ne tarde pas à contredire lui-même son assertion à la fin de son raisonnement, quand il admet le défaut de prévoyance des classes les moins éclairées. ^

n nous semble difficile, en effet, de nier que dans le passé et dans le présent les obstacles répressifs n'aient eu, et n'aient dans certains pays, dans^^ertaines localités, une action meurtrière qui dénote bien que l'équilibre s'est établi et s'établit par la suppressicm violente des populations existantes. D y a une Irlande dans le Royaume-Uni, des Flandres en Belgique, des Irlaqdes et des Flandres dans le monde entier, dans les faubourgs de Lille, dans certains quartiers de Paris, de Lyon, de Londres, de Manchester, etc., dans plusieurs professions et dans plusieurs familles des différentes classes de la société. Dans ces divers groupes, dans ces diverses catégories, les obstades répressifs sévissent, ce qui est la preuve palpable que la population y dépasse les moy^os d'existence, et que rim{Nrévoyance a trop d'empire. 11 est bien vrai qu'en dernière analyse les hommes ne dépassent pas les moyens d'existence, et même, comme dit positivement M. Faucher et comme semblent l'admettre MM. Passy et Dunoyer, que l'accroissement de la population marche moins vite que celui des subsistances, puisque les hommes sont aiyourd'hiii beaucoup mieux nourris, mieux vêtus et mieux logés qu'ils ne l'étaient dans le passé. C'est k résultante, c'est la loi du progrès, nous le reconnaissons. Mais ce n'est pas seulement la

résultante qu'il faut considérer; ce qui importe ici, ce sont les circonstances concpmitanles, ce sont les épreuves douloureuses par lesquelles passent les familles des misérables, avant de s'arrêter au nombre qui fait équilibre dans le total général. Que signifient donc ces épidémies d'enfants pauvres, celte brièveté de la vie moyenne, et Tabsence des vieillards dans certaines localités, dans certains quartiers de la même localité, dans certaines professions?

Moins que personne nous ne prétendons nier les progrès . des sociétés et le mieux-être des populations actuelles; ces progrès et ce bien-être sont même un des arguments que nous avons souvent opposés aux jérémiades des socialistes; mais de ce que le progrès a eu lieu dans une certaine mesure, peut-on conclure qu41 n'aurait pas été plus marqué si la prévoyance des populations avait été plus grande; si, pour me servir des expressions de M. Passy lui-même, « les classes les moins éclairées avaient consulté davantage les conseils de la raison et n'eussent mis au monde que des enfants dont le sort eût été mieux assuré, et si le défaut de prévoyance n'avait agi comme obstacle au mieux?» Une pareille assertion nous paraîtrait difficile à soutenir.

Nous ne voudrions pas contester non plus à l'honorable H. Dunoyer que les plantes et les animaux sont encore plus prolifiques que les hommes. Nous serions tenté de lui donner raison, puisqu'il y a des plantes, comme le maïs, qui peuvent fournir jusqu'à deux îniMe graines, et des animaux, comme la carpe, qui peuvent faire des œufs par centaines de mille. Hais cette fécondité n'est pas une garantie suffisante pour l'espèce humaine. En fait, aucun règlement n'empêche les carpes de se multiplier à l'infini, et cependant elles sont relativemejit assez rares. En fait aussi, ni le maïs, ni les plantes, ni les animaux ne sont en abondance à la disposition des

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