KOTI€E HIST, ET CRITIQOE SUR LE DROIT AU TRAVAIL
n naat, à défaut de la fiiinille, des secours à ceux qui sont H hors d'état de trarailler. »
« La Constitution garantit aux citoyens la liberté du travail et de l'industrie. »
« La société favorise et encourage le développement du travail par l'enseignement primaire gratuit, l'éducation professionnelle, l'égalité de rapports ^tre le patron et l'ouvrier, les institutions de prévoyance et de crédit, les institutions agricoles, les associations volontaires, et l'établissement par l'État, les départem^ts et les communes, de travaux publics propres à employer les bras inoccupés : die fournit l'assistance aux enfonts abandonnés, aux inflrmes et aux vieillards sans ressources, et que les familles ne peuvent secourir. »
Notre dernière réflexion est que tout cela est fort embrouillé, et tellement élastique, que le socialisme et les partis politiques y trouveront toujours tout ce qu'ils voudront ; mais la France n'y trouvera pas le calme et la tranquillité, le travail et le progrès. Combien ont été mieux inspirés les républicains qu'on aurait pu prendre pour modèles, et qui se sont bornés à dire, en tête de la loi fondam^tale, ces paroles simples et vraiment msgestueuses :
« Nous, le peuple des États-Unis, pour former une union plus parfaite, établir Ta justice, assurer la tranquillité intérieure, pourvoir à la défense commune, accroître le bien-être général, et assurer les bienfaits de la liberté i nous-mêmes et à notre postérité, décrétons et établissons cette Constitution pour les États-Unis d'Amérique, t
Suivent les articles de la Constitution, sans autre déclaration de droit, de dogmes ou de principes.
Décembre 1818.
PROVOCATIONS ET ENCOURAGEMENTS A LA POPULATION PAR LA RELIGION, LA PHILOSOPHIE, LA LOI ET LES MŒURS, DANS LE PASSÉ ET DE NOS JOURS.
• Cette population dont Zoroastre a si bien connu ravantage politique, que le Zend-Avesta est plein d'effusions religieuses en faveur de ceux qui multiplient les êtres et donnent au mariage la fécondité, et renferme des prières pour ceux qui n'ont encore ni produit ni connu les liens et les jouissances des époux. (V. Vendidad-Sadé, p. IH, 191, 561, et le Zend-Avesta, t. H, p. 107 , 276 et 611.) — « Onnuzd, s'écrie-t-on en particulier dans le Yendidad-Sadé, faites que les hommes vivent longtemps, toujours engendrant et toujours dans les plaisirs » (Zend-Avesta, t. I, p. 182). On peut joindre à ce passage, d'un côté, le principe des Destours qui défendent aux femmes de se marier dès qu'elles ne sont plus en âge d'avoir des rejetons (Usages civik et religieux des Perses, par M. Anquetil, p. 562) ; enfin, le fait rapporté par Hérodote et répété par Strabon, que les rois de Perse faisaient des présents, chaque ^nnée, à ceux de leurs sujets qui avaient un plus grand nombre d'enfants*. »
* Zoroastre, Confucius et Mahomet, par M. de Pastoret, 2' édi. tion, Paris. 1788, p. 57. Zoroastre vivait, s'il a existé, sous Darius» cinquième siècle avant J. G.
EKCOURAOEMENTS A I.A POMI.ATION. 511
« On peut Ife regarder (&mfttdttô *) comme Fauteur de cette idée favorable aux mœurs et à la population , qu'un père (Lettres édifiantes et curieuses, t. XIX, p. 120) vit sans honneur si ses enfants sont condamnés au célibat, et qu*un fils manque au premier de ses devœrs s'il ne laisse pas des enfants qui perpétuent son nqm et sa famille*. »
« Zoroastre a un autre avantage; il accorde des récompenses à la population, fruit du mariage... Peu de législateurs partagèrent cette attention.... Les mariages des gens du peuple méritent donc plus particulièrement la protection de la toi'. »
Platon*, nous Tavons dit (196), voulait que Ton an élût ou que l'on encourageât la population selon le besoin, par toutes sortes d'efforts, par les honneurs, la honte et les aver^ tissements donnés aux jeunes gens par les vieillards.
Les anciennes lois de Rome cherchent beaucoup à déterminer les citoyens au mariage; par des prescriptions somp- (uaires, des obstacles de succession, des impôts ou des peines. César (mort 44 ans av. J. C.) défendit aux femmes qui avaient moins de quarante-cinq ans et qui n'avaient ni mari ni enfants de porter des pierres précieuses et de se servir de litière. Il donna des récompenses à ceux qui avaient beaucoup d'enfants. La loi Papia Pappea, du nom des consuls, lut plus pressante; elle imposa des taxes [xs uxorium) contre le cé-
* Gonfucius, philosophe chinois, est mort en. 479 avant J. G.
* Pastoret : Zoroastre, Confucius et Mahomet, p. 162. 5 Jbid., p. 424.
*Mort en 347 avant J. G. Les LoiSt Œuvres^ liv. V, t. l" du Panthéon titt., p. 268.
Zii DU PRIKCIPE DE P0PCUTI0.1.
libat et des exemptions d'impôts aux familles de trois en&nts. Trajan (mort en H 7) et les autres empereurs pa^ïens prirent des mesures dans le même sens. Ces lois, inefficaces d'aiUeurs, avaient été d'abord inspirées par la rareté de la population, et plus tard pour prévenir le dépeuplement, effet du triste état social du temps. Elles furent abrogées dans le codeThéodosien, compilation des ordonnances de Constantin (mort en 357) et des autres empereurs chrétiens.
Le christianisme réagit au nom du principe d'abstinence, et par cette considération, erronée d'ailleurs, que le nombre des hommes croit et décroit sekm l'ordre de la Providence^.
Hordly, une des lumières des socialistes de nos jours, étabht ainsi, dans son Code la nature, 1757, les lois conjugor les qui préviendraient toute débauche.
« I. Tout citoyen, sitôt l'âge uulïïle aoîomplî, sera marié, personne ne sera dispensé de cette loi, à moins que k nature ou sa santé n'y mette obstacle. Le. célibat ne sera permis à personne qu'après l'ifge de quaiEiUte aus.
« U. Au commencement de chaque année, ies jeunes gem de l*un et l'autre sexe seront assemblés, et, en présence du sénat de la cité, chaque garçon choisira la fille t|ai lui plaira, et, ayant obtenu son consentement, la prendra pour femme (p. 304).
« Tout citoyen sera homme public, sustenté, entretenu et occupé aux dépens du public.
« Tout citoyen contribuera pour sa part à l'utilité publique selon ses forces, ses talents et son âge (p. 177). »
* V. Montesquieu, Esprit des lois, liv. XXIII, ch. xxi.
ENGOURAGEMElfTS A LA POPULATIOK. Si S
Dans V Analyse du système social, Horelly veut qu'on donne à chacun selon ses besoins.
Maintenant, voici Fopinion de Montesquieu :
a De tout ceci, il faut conclure que FEurope est encore au> jourd'hui dans le cas d'avoir besoin de lois qui favorisent la propagation de l'espèce humaine : aussi, comme les politiques grecs nous parlent toujours de ce grand nombre de citoyens qui travaillent à la république, les politiques d'aujourd'hui ne nous parlent cjue des moyens propres à l'augmenter *. »
« Louis XIY ordonna de certaines pensions pour ceux qui auraient dix enfents, et de plus fortes pour ceux qui en auraient douze. Mais il n'était pas question de récompenser des prodiges. Pour donner un certain esprit général qui portât à la propagation de l'espèce, il fallait établii*, comme les Romains, des récompenses générales ou des peines générales *. »
On remarquera, à l'appui de notre assertion (p. 3) sur les idées générâtes du dix-huitième siècle touchant la population, l'opinion de M. de Pastoret, un des plus savants pablicistes et jurisconsultes de nos jours (il n'est mort qu'en 1840).
Un édit de Louis XIV, de novembre 1666, offrait une exemption de charges publiques à ceux qui se marieraient avant vingt ans, ou qui auraient dix enfants légitimes.
En 1797, Pitt proposa un bill pour récompenser les pères de familles nombreuses (t;. ses paroles p. 306).
Napoléon promit à toute famille qui aurait sept enfants mâles d'en prendre un à sa charge.
' Esprit des lois, liv. XXIIÏ, chap. xivi.
• Ibid., ch. xxvu.
314 DU PRiNCiPB PI fvwtànom.
Eu i819, le roi de Sardaigne ei^emptait de toute contribution royale et nobiliaire tout «ijet du dndié de Gênes ayant douze enfants.
Ces prîmes, on le foU, étaient intttée9 des Romains.
11 y a aussi dans les mœurs des encouragements et des proTocations à l'accroissement delà population fort nombreux, et dont les quelques citations suivantes, que nous pourrions niulliplier, donncaront la preuye.
On répète tous les jours avec approbation la réponse assez brutale faite à madame de Staël par le vainqueur d'Italie : a Quelle est , aurait dit l'illustre écrivain , la fename du monde, morte ou vivante, que vous préférez ? — Madame, celle qui a fait le plus d'enfants ! »
Un grand poëte a mis ce couplet dans l'hymne channante de ï Enfant à son réveil:
Donne une famille nombreuse
Au père qui craint le Seigneur ;
DoDne b moi sagesse et bonheur,
Pour que ma mère soit heureuse. (Lamartine.)
C'est une croyance populaire que les familles nombreuses ont plus de chances de prospérer.
La société poursuit de ses sarcasmes les célibataires des deux sexes et notamment les femmes. C'est un ternie de piquant dédain que celui de « vieille 611e, » prodigué à celles qui ont à peine dépassé l'adolescence. On oublie qu^une vieille fiUe a rendu service à la société, et se rend service à elle-même, en ne contribuant pas à augmenter le nombre
EMCOOlUGfillEKTS A LA P0rUUll6!f. SIS
des misérables, m préfixant souffrir seule, ^ ^ est pan* vre, quedesouffirir eninsdes f wr i fai tio ns de son luari et de ses eiAnts.
Écoutons Halthus à cet égard :
4 Si, d'une part, nous craignons qu'en prêchant la vertu de la contrainte morade nous ne &voriâons quelques vices, et ^f de Tautre, le spectacle de tous lés maux qu'entraîne une population excédante nous fait craindre d'encourager le mariage ; si nous pensons, en conséquence, que le mieux est de ne pas nous mêler de diriger les consciences à cet égard, mais plutôt de laisser chaque homme suivre librement son choix, en le rendant responsable, devant Dieu, du bien ou du mal qu'il aura fait, c'est là tout ce que je demande. Je serais fôché d'obtenir plus. Mais il s'en Êiut beaucoup qu'on en use de la sorte.
« Dans les classes inférieures où ce point de morale a le plus d'importance, les lois relatives aux pauvres sont un encouragement au mariage, qui agit d'une manière constante et systématique : car elles ôlent à chaque individu le poids de la responsabilité que la nature impose à chaque homme qui devient père. La bienfiaûsance privée a la même tendance ; elle facilite Tentretien d'une famille ; elle égalise , autant qu'il est possible de le faire, les charges du mariage et cdles du célibat. Dans les classes supérieures , on excite au mariage par les égards que l'on a pour les femmes mariées et par l'espèce de distinction qu'on leur accorde. Le peu d'égards, au contraire, que l'on témoigne à celles qui vivent dans le célibat est propre à en inspirer le dégoût, n arrive de là que des hommes qui n'ont rien d'agréable ni dans l'esprit ni dans la figure, et qui même sont parvenus au déclin de la vie, trouvent aisément de jeunes épouses, tandis que la nature semble indiquer que ces hommes devraient
3i6 DU pftiaapE de popoutioii.
chercher à s'assortir parmi les pa'sonnes d'uo âge piepor* tionné au leur. On ne peut douter que bien des femmes ne se soient mariées pour éviter le nom de vieilles filles. Trop alarmées de Te^èce de ridicule qu'un préjugé sot et absurde semble y avoir jittaché, elles se sont déterminées à épouser des hommes pour qui elles avaient de l'éloignement, ou tout au moins une parfaite indifférence. De tels mariages ^ aux yeux de ceux qui ont quelque délicatesse^ sont une espèce de prostitution légale; et souvent ils surchargent d'enfants le pays où ils ont été contractés, sans que ce mal soit eomp^osé par quelque augmentation de bonheur et de vertu dans ceux qui leur ont donné naissance.
« Dans tous les rangs de la société règne l'opinion que le mariage est une espèce de devoir, et cette opinion ne peut manquer d'avoir de l'influence. Un homme qui croit qu'il n'a pas payé sa dette à la société s'il ne lui laisse pas après lui des enfants qui le représentent, n'osera pas écouter les conseils de la prudence, et croira, en se mariant témérairement, avoir droit de se reposer entièrement sur les soins de la Providence*. »
J. B. Say a fait suivre de sages réflexions de Ricardo sur la charité officielle d'une note qui trouve naturellement sa place ici.
c Ces vues, qui ne sont pas seulement d'un philanthrope, mais d'un philanthrope éclairé, font sentir rimbécillité des princes qui consacrent les événements heureux de leur règne par le mariage de quelques filles pauvres, c'est-à-dire qui se rejouissent en condamnant aux larmes, et peut-être à la mort, les familles qui nidtront de ces unions follement pro^
* Essai sur le principe de la populalionf livre IV, eh. t.
ENCOORAGEMEMTS A LA POPULATION. 517
voquées. Plutôt que de multipKer les créatures vivantes et susceptibles de souffrir, il vaudrait mieux favoriser la multiplication des moyens de subsistances, c'est-à-dire, abolir les entraves à l'industrie, ne point emprunter, afin de laisser les capitaux chercher des emplois productifs, et diminuer les impôts qui augmentent la cherté des produits, et par consé<|uent la difficulté de vivre; mais les moyens qui n'effrayent point les bons princes sont très-difficiles pour les mauvais *, »
* Note k Ricardo, chap. v des Salaires,