‹ Du principe de populationChapitre 14 sur 120 · VI. — Conitéqueneeit des deux luis · texte numérisé non relu

VI. — Conitéqueneeit des deux luis

La population et les subsistances n’obéissent donc pas évidemment au môme principe. La marche de l’un tend naturellement à s’accélérer; celle de l’autre est beaucoup moindre, et tend môme à se ralentir et à s’écarter de plus en plus de la rapidité de la première, si l’on considère des pays entièrement et déjà anciennement occupés.

En d’autres termes, la puissance productive de l’homme est plus grande pour la multiplication de

* Principes fondamentaux de l'Économie politique, traduits par AI. J. Aniviibene, 5® proposition. — Voir aussi nos Éléments de l’Économie politique, .V édition, p. 100.

r»2 nu PBIiNCIPE r»F. POPtlUTIOX.

son espèce que pour celle de ses moyens de subsistance.

D’où il résulte que, toutes les fois que les deux reproductions se sont développées et se développeront sans obstacle volontaire de l’homme, la population s’est pressée ou se pressera contre la limite des subsistances, et le niveau entre les deux éléments n’a été ou ne sera maintenu que par l’émigration, et, si elle n’est pas possible, par la mort précédée de la famine, des privations de toute espèce et des maux physiques qui ont leur source dans l’insuffisance de la subsistance matérielle ou morale, — moyens dont la nature, logicienne impitoyable, se sert pour rétablir l’équilibre, à moins, répétons-le sans cesse, que l’homme ne substitue son libre arbitre à cette action brutale et sommaire, et règle sa multiplication conformément aux besoins de la production, et prévienne ainsi les maux redoutables qu’un excédant de population ne manque jamais d’occasionner dans la société.

Les propositions de Maltbus expriment la tendance actuelle de l’accroissement de la population et de l’accroissement des subsistances, poussés l’un et l’autre par une force différente. Si l’on suppose des ' terrains fertiles disponibles, un climat propice et les ' autres conditions nécessaires du travail et de la vie, telles qu’une société organisée, le respect de la propriété, la garantie de la justice, la facilité des communications, ces deux forces agissant librement, la

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population suivra le mouvement accéléré qui lui est propre, doublant en de courtes périodes : premièrement, par la multiplication des naissances, les familles ne craignant rien pour l’avenir, étayant sans cesse besoin de nouveaux auxiliaires; — deuxièmement, par l’excédant des naissances sur les morts, celles-ci étant d’autant plus retardées, que l’aisance et la moralité sont plus générales.

Au lieu de teiTes fertiles, on peut supposer un territoire restreint, mais l’existence d’industries actives qui amèneront des substances alimentaires et textiles par la voie des échanges et de l’exportation.

Les Etats-Unis peuvent être cités comme exemple dans le premier cas ; l’Angleterre, dans le second.

Mais, quand tous les terrains cultivables avec profit seront occupés et exploités, ou bien quand l’industrie aura obtenu tous les débouchés qu elle est susceptible d’avoir, la multiplication progressive des hommes ne sera plus nécessaire, utile et profitable; elle deviendra même nuisible, car la concurrence fera baisser le prix des services et les salaires, la misère et sa hideuse cohorte de maladies et d’agitations commencera à sévir, et la mort rétablira l'équilibre, à moins que les familles, comprenant le danger, s’appliquent à devenir moins nombreuses.

« En admettant même que les hommes ne se préoccupent aucunement du soin de régler le mouvement de la population, ce mouvement n’en demeurera pas

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moins conlcnu dans des limites infranchissables. L’homme ne peut se multiplier ni beaucoup plus ni beaucoup moins que cela n’est nécessaire. Si sa multiplication est trop rapide, des obstacles croissants viendront la ralentir, puis l'arrêter; si elle est trop lente, des excitants non moins énergiques viennent l’activer L »

En fait, le statisticien pourra constater que la population est toujours dans une certaine limite proportionnellement aux moyens d’existence; je (lis dans une certaine limite, parce que ces moyens d’existence peuvent varier entre le terme aisance et le terme strict nécessaire ; mais il se tromperait singulièrement s’il voyait dans cette équation apparente un fait rassurant. Il verrait la population proportionnelle aux moyens de subsistance ; mais il ne verrait pas par quels moyens (soit volontaires et préventifs de la part de l’homme, soit répressifs et cruels de la part de la nature) est obtenue cette équation.

L’excès de population se manifeste dans une localité lorsqu’une portion de gens laborieux et valides se trouve dans l’impossibilité permanente de satisfaire par le salaire aux exigences de la vie et de la famille. C’est qu’alorsla concurrence des travailleurs amène la baisse des Salaires, la cherté des produits,

' M. Tt. (lo Molinai'i. Cours d'Économie poliU(]ne, p. 57t*.

M.U X QLI l'El VKAT KN ItÉSlJl.TKIl . IMlOl-OSITIOJiS DK MALTlIt S. 55

la hausse des Profits du capital et de la Uente ‘ du sid aux dépens des salaires, et, en dernière analyse, la misère avec sa cohorte de souffrances, de vices et de criminalité progressive.

Cette énergie du principe de population, jointe aux besoins inhérents à notre nature, est donc un puissant aiguillon pour l’espèce humaine, qui doit faire un appel incessant à toutes ses facultés intellectuelles, morales et, physiques , pour ne pas se laisser atteindi c par les soulTrances de la faim et des autres privations. (]omme elle pousse l'espèce vers un accroissement graduel, et comme, d’autre part, cette môme espèce est douée de facultés susceptibles de développement et de l'ambition du bien-être, il en résulte que la loi d'accroissement est un ferment de progrès lorsqu'elle, est maintenue dans une certaine mesure, et une cause de malheur et de destruction si elle n'est arrêtée par aucune contrainte.

Malthus est loin d’avoir couihattu celle idée; mais, comme il ne s’y est pas arrêté sullisammcnt, on en a tiré de fausses inductions sur sa doctrine. C’est un point qu’a mis en lumière un autre économiste anglais, M. Mac Culloch*.

Telle est la vérité qui ressort évidemment des considérations précédentes; vérité que Malthusct plusieurs

* Voir iiux Éléments de l'Éi-onomie politique, étlilioii, clutjiilres IX, xx, xxi, xxii et xxiv, relatifs h ces divers sujets.

* Primipes d’Écon. polit., l” partie, production, chap. viiu

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('■conomisles éminents après lui ont établie et démontrée, cl que personne ne peut jdus sérieusement contester, l'ersonne, après réllexion, ne peut sérieusement soutenir la proposition inverse, à savoir : (|ue riiomme aurait beau laisser toute liberté à ses instincts de reproduction et se livrer' à sa puissance* j'énératiice sans obstacle et sans conliainle , qu’il serait trmjours sûr- de li’ouver des moyens suffisants de subsistance, ou, ce qui revient au même, un capital capable de lui fournir un li’avail assez rémuiiéi'é pour acbeler sa nouiTilure, son logement, son \étemenl, cl les autres moyens d’existence.

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