‹ Du principe de populationChapitre 16 sur 120 · I.i: l'HlNCIl'K UK l'Ol’l I.ATIO.N · texte numérisé non relu

I.i: l'HlNCIl'K UK l'Ol’l I.ATIO.N

L’obstacle tiré de l’aisance nous conduit naturellement à la dodi ine de l’obstacle pléthorique ou de rengraisseinent, qui en est l’exagération, mise en avant par Fourier et présentée sons nn aspect scientitique par M. Donbleday, auteur d’un livre intitulé : La véritable loi de la population *.

Nous allons retiouver Fourier un peu plus loin. Arrêtons-nous seulement ici sur la docfiine de

M. Dûubleday.

Voici comment la résume le Quaterley lîeview dans un article très-enthousiaste : « Premièrement, lorsque des es[>éces animales ou végétales sont menacées de mort par l’insuffisance de principes nutritifs et par l’état de débilité physique qui en résulte, la nature fait un effort suprême ; elle accroît la vertu prolifique des races et leur donne une impulsion qui ne s’an ête qu’au moment ou l’équilibre des aliments se rétablit. — Secondement, lorsque ces espèces reçoivent une nourriture luxuriante, excessive, elles passent à l’état pléthorique et stérile ; la reproduction s’arrête pour faire place à,une diminution graduelle. — Troisièmement, si l’alimentation des individus est modérée, si la vie ne surabonde pas cliez eux, le principe géné-

clüinles exceptions, et nous savons aussi jusqu’où peut s’élever la sii))liinilé (le ramour niatern. 1 chez la femme du pauvre.

* The truc hnv of population schoion to be connected ivith the food o( the peoplc. Voir l’analyse de cet ouvrage traduite dans la fiPvue Uritanuique, avril 18tt>.

oiisT\n, ES OPPOSÉS PAP. i.\ .wiriir ou pap. i.’iiomme. io

rateur agit sagement, la race se continue et ne s’accroitpas. — Quatrièmement, enfin, quand on réunit, en quantités égales, des espèces mal nourries a\ec d’autres dont le svstémc alimentaire est riche et fortifiant, l’équilibre s’établit immédiatement. L’accroissement des unes se trouve compensé par la diminution des autres, et la race deineure stationnaire. »

Ce système n’est pas l’expression de la nature des choses. La plus simple observation permet de constater que les plantes bien soignées, bien fumées, viennent admirablement en graine, dans les jardins et partout ailleurs où elles ont une nourriture suffisante. Les concours d'animaux reproducteurs que nous avons, dans ces dernières années, vus en France et en Angleterre, donnent également le démenti le plus positif aux assertions deM. Donbleday. En ce qui louche les hommes, les individus pléthoriques, recevant une nourriture luxuriante et excessive (au sujet desquels l’anthropologie aurait plus d’une l éserve à faire) seront toujours une. exception. 3lais, sans nous arrêtera la question d’histoire naturelle,’ qui nous mènerait trop loin, nous nous bornerons à répondre par le dilemme posé ci-dessus au sujet de l’aisance. Il est évident que les familles modérément alimentées, c’est-à-dire qui n’abusent pas de la table et qui ne manquent de rien, peuvent, quand elles le veulent et sauf les cas très-rares de stérilité naturelle, avoir un grand nombre d'enfants et s’accroitre

46 LE pni«ciri: di; l•oplL.vTlo^.

avec la rapidité indiquée par J. -B. Say. (V. p. 20.)

Parcourons maintenant les o^yrcOons faites à cette tliéoi ie des obstacles limitatifs de la population.

II. — HbjeetionM faitei* h 1» théorie deii ohataeleo au développement de la population indiiiuéa par Malthua, tirée» t — de la réalité de eea ohataeleo; — deo desoein» de la Providence ; — du principe ariotocratique inné dann r homme; — du prod;rèa de la perreclibilité et de la moralité humaine»; - de» re»«ource» productive» de la Denaité de la population, meanre inesacte de la pui»aance de» État»; — du progrèa de» Culture».

Négation des obstacles. — D’abord on nie simplement que les obstacles répressifs ou préventifs aient agi ou agissent.

Celte objection comporte pour réponse le relevé des faits constatés par l’iiistoire tant ancienne que moderne, par les rapports des voyageurs, par la géographie et la statistique. Malthus y a consacré une partie de son ouvrage, et chacun est à même de compléter sa réfutation par ses observations propres. Nous nous bornerons ici à un petit nombre de remarques.

C’est un fait hors de contestation que les hommes meurent pins ou moins rapidement, selon les lieux qu’ils habitent, leurs conditions d’existence, selon les professions auxquelles ils se livrent, selon les classes auxquelles ils appartiennent.

OBSTACLKS Ol-POSKS PAR I.A NATCRK OU PAR l IIOMMK. 47

En France, on a observé que les hommes de quarante à quarante-cinq ans meurent, s'ils sont riches ou aisés, dans la proportion de 0,85 sur cent; s’ils sont pauvres et besoigncux, dans la proportion de 1,87 sur cent; c’est-à-dire qu’il meurt le double et un quart de pauvres. — Dans les colonies anglaises, les nègres esclaves mouraient dans la proportion de ' 1 sur 6; les nègres libres, dans la proportion de 1 sur 55; c’est-à-dire qu’il meurt six fois plus d'esclaves. — Dans les États-Unis du Sud, la vie moyenne d’un esclave n’excède pas 4 ou 5 ans ; on évalue le déchet annuel d’une plantation à 2 1/2 pour 100. — A Paris, il est mort, de 1817 à 1830, un habitant sur 15 dans le douzième arrondissement, peuplé en grande partie de gens pauvres ; un habitant sur 65 dans le deuxième, quartier de la richesse.

A Manchester, la vie moyenne de certains quartiers n’est que de 17 ans, quand celle d’autres quartiers est de 42 ans. — D’après un relevé de M. Villermé, à Mulhouse, la durée probable de la vie d’un enfant d’ouvrier tisserand n’est que d’un an 1/2, tandis que celle d’un enfant appartenant à la classe des manufacturiers est de 20 ans. Il y a des localités, des professions , dans lesquelles les enfants s’élèvent mieux, dans lesquelles on rencontre plus de vieillards que dans d’autres. Ici la moitié des nouveau-nés n’atteint pas cinq ans, là elle voit l’âge de vingt ans; dans tel pays la mortalité est d’un vingtième, dans

ir nilNf.ll’K IIK 1 OIM I.ATin.N.

tels aiilres d’un Ircnliàine ou d’un quarantirnie seir leinent.

En 1847, sous l’inlluence des {)i ivations rigoureuses imposées par la disoUe, le cliilîre des décès s’éleva en France à près de ‘25,OilO de plus que l’année precédenle, ponr retoniher en 1848 au cliilfre moyen ordinaire.

Voilà pour les obstacles répressifs.

D’autre part, n'observe-t-on pas des familles, des classes de citoyens, des localités, des époques, où les mariages sont plus tardifs ou moins nombreux, ou moins féconds? C’est un fait général, avons nous dit, que les classes aisées et éclairées, sauf cependant de nombreuses exceptions \ sont plus prévoyantes et moins prolifiques que les classes pauvres des manufactures ou des campagnes.

Certaines populations, frappées des inconvénients

‘ L’irréflexion sur ce gi'ave sujet, ou bien encore une fausse direction des idées économiques, inor.iles ou religieuses, produisent ces exceptions. M. Mill dit en parlant de l’Angleterre : « Tatit que l’aristocratie et le clergé seront les' premiers à donner l'exemple de rincoiitiiience, que peut-on attendre des pauvres? » Principes (l'Economie polit., cliap. xm,§ 1, noie. Voir ce qui est dit chapitre V, à proj'os des prescriptions de l'Evangile.

C'est, en outre, par suite de l’insouciance, de l’égoïsme et de l'ivrognerie que l’obstacle ju'évcntif a moins d’action dans les classes pauvres, toujoui’s sauf exception.

Voir ce que pensait déjà Monli‘sqnie:i, p. i.”. Voiries rotes des deux pages suivantes.

Digilized by Cooglc

OBSTACLES OPPOSÉS PAIS LA NATI ISE OC PAIS l.'lKiMMK. 49

d’une ramille nombreuse, font un appel eoiislanl à la prévoyance. On peut citer en France les populations normandes et particulièrement celles du département de l’Eure, qui jouit d’une grande aisance relative et dans lequel le nombre des habitants reste stationnaire *. On peut encore citer les ouvriers lyonnais de la Croix-Rousse, dont les familles sont peu nombreuses V

La statistique nous fournit sur le point qui nous occupe divers faits concluants.

On a toujours remarqué, dans les temps de disette, en même temps que l’augmentation de la mortalité (obstacle répressif), la diminution des mariages et des naissances (obstacle préventif).

En 1847, en France, sous l’influence des piivations imposées par la disette, le cbilfre des mariages a diminué de près de ^1,0(J0, ou 8 pour lüO, pour augmenter en 1848; et de même en Angleterre'.

' On peut citer, comme exemple en >ens inverse, les populations agricoles de l’Angleterre, dont la population s’accroît en diveis; points aussi rapidement qu’en Amérique.

* M. Vill ermé (V. Tableau de Teint physviue el moral des ouvriers, etc., t. 1, p. 393) a observé que les ouvriers de laCroix- Uousse, à Lyon, ont relativement |)cu d'enfants, 5,25 par mariage (moyenne do 1805 h 1834 compris). L'est à peu près la moyenne de la France, où les mariages sont le moins létonds. Or ces oiirriers sont des premiers en France pour la conduite et la digniti' du caractère,

' lie 270.ri53 à 249,797 en France, et de 1 iô.fdii à 135,845

Page 1