‹ Du principe de populationChapitre 25 sur 120 · I.A PRÉVOYANCE, CONTRAINTE MORALE, ETC · texte numérisé non relu

I.A PRÉVOYANCE, CONTRAINTE MORALE, ETC

Ce langage de Bastiat, c’est celui de Malthus, des Économistes en général, des moralistes, des philosophes qui ont réfléchi sur cette question. En le tenant, Bastiat n’a eu qu’un tort, celui de croire qu’il faisait du nouveau, tandis qu’il se bornait à formuler trèsutilement une fois de plus des vérités développées et creusées depuis cinquante ans‘ par Malthus, répétées par J. -B. Say, Sismondi, deTracy,Dunoyeret presque tous les Économistes, et plus récemment encore par l’illustre Bossi et par M. John Stuart-Mill.

■1. — Mijeetlraff faites h la morale de la prévoyaace i elle ■’eat ni aristoeratique^ ni contraire aux preaeriptions de la seienee^ ni inefileaee* — De la prudence conjusale. — Lettre de M. Ch. Dunoyer. — CTonaeils des caauiatea. — Argumenta de MM. Proudhon et Thiera.

On reproche à ce principe de la Contrainte morale

* Quelques personnes ont voulu croire que Bastiat nous avait laissé une théorie sur la population en opposition radicale avec Malthus. (l'est une erreur. Mieux que Malthus, Bastiat a su exprimer la distinction entre le principe virtuel de la population et les Faits réellement accomplis. Il a insisté sur cette vérité, d’ailleurs bien connue, que le niveau du bien-élrè tend à s’élever constamment, et que la population tend à baser ses iiioyeris d'existence sur une échelle de plus en plus grande. Il a cru donner une appréciation plus juste de l'obstacle préventif, qu'il fait résider dans l'attribut de perfectibilité dont est doué le genre humain. Enfin il a mis au nombre des remèdes natunds au principe de population les avantages d’une population plus dense, pour développer la production et le progrès naturel et moral. Nous examinons ces divers points dans cet article.

nr PRINCIPE DE POPULATION.

OU de la limitation préventive, qui se résumerait (voir plus loin, p. 91) dans l’abstinence et les mariages tardifs, d’être aristocratique, contraire aux principes de l’Évangile et inefficace.

11 serait aristoci*atique, parce qu’il reconnaît aux gens riches et aisés la faculté d’élever des familles }dus nombreuses? Le reproche est peu fondé. Ce n’est j)as la quantité des enfants qui fait la joie du père de famille, c’est leur santé et leur bien-être; et, à ce point de vue, mieux vaut n’avoir pas d’enfants que de les voir privés de ce qui leur est nécessaire. En second lieu, recommander aux pauvres de ne pas se mettre troj) vite en ménage, c’est les cxliorter à une abstention qui leur permettra d’avoir une famille dans de meilleures conditions, de ne pas trop se multiplier, de ne pas trop se faire concurrence, d’être plus indépendants; et, sous ce double rapport, le conseil est essentiellement démocratiiiuc. *

Ce premier reproche estirréfléchi. Ccn’est pas ladoctrinequi esl ar istocratique, c csl l’espèce humaine, c’est la nature. Si on prouve que la population ne tend pas à dépasser les subsistances, il n’y a plus de doctrine de Maltbus; mais, si ou ne peut le nier, il est évident qu’il n’y a que les gens aisés de toutes les dusses qui aient le privilège d’avoir des enfants; je m’explique, des enfants henreux, sains et bien portants. Les autres, on ne saurait trop le dire, mettront au jour des créatures baves et cliélives qui trébucheront du berceau dans la tombe.

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Dites que cette doctrine a constaté une dure vérité, dites qu’elle vous a fait voir la profondeur de la misère, et que vous n’oserez plus, si vous n’êtes relativement à l’aise, songer, sans frémir, aux joies de la paternité; sondez le mal si vous pouvez, cherchez des remèdes , mais ne calomniez pas le savant physiologiste de la société. Est-ce sa faute si son génie lui a montré un abîme réel dans ce que vous preniez pour l’expression d’une grande prospérité?

Et, si ses propositions sont vraies, pourquoi seraitil inhumain de vous dire ; Soyez prudent. Vous pouvez nourrir deux enfants, mais le troisième serait de trop.

Bastiat vient de répondre en ce qui louche les prescriptions de l’Évangile. lAi Crescite et multiplicamini s’adressait à des gens qui avaient de la terre et de l’espace devant eux, et ne peut être pris pour une inutile exhortation à la procréation incessante, à la multiplication des malheureux; c’est une bénédiction et une prédiction. Nous ne croyons pas qu’il faille traduire dans un pays où la population se presse : Croissez et multipliez, mais bien : Croissez et prospérez. Or, pour prospérer, il faut user de la liberté, de la raison, de la prévoyance enfin, de ces attributs de l’homme supérieur au quadrupède ou à l’ovipare.

Telle était la pensée de saint Paul, qui a dit ; « Les personnes qui se marient imprudemment souffriront

DL' PRIKCIPE DE POPPLATIOM.

dans leur chair des aftlictions et des maux; or je voudrais vous les épargner. » Nous empruntons cette citation à M. de Villeneuve-Bargemont , auteur d’une Economie politique chrétienne, qui revendique, avec quelque raison, pour le catholicisme, la priorité de la doctrine malthusienne. « Les paroles formelles de celui que l’Église appelle le grand apôtre, dit-il, et qui son devenues le fondement des institutions civiles et religieuses (M. de Villeneuve veut sans doute parler des couvents) dans les pays où le catholicisme a régné exclusivement, répondent suffisamment aux allégations contradictoires des philosophes modernes et des économistes de l’école anglaise, qui, après s’être élevés contre le célibat des prêtres, ont depuis reproché au clergé d’encourager indiscrètement la population; mais, sous ce point de vue même, l’ouvrage de Malthus nous est doublement précieux, car il a mis sur la voie de combattre de vieilles erreurs anticatholiques*. » Nous aurions beaucoup à répondre sur ce passage et les curieux reproches qu’il contient. Nous ne nous y arrêtons que pour constater que l’auteur de l’Économie politique chrétienne, homme essentiellement pieux dans sa vie et dans ses écrits, pense au fond, comme cet « odieux» 3Ialthus, tant accusé par d’autres écrivains et orateurs catlioliques*. Remar-

' Histoire île Vcconomie politique, 1841, 2" vol., p. 278.

* « Ce n’esl pas un disciple de Maltlius qui a écrit : Dieu fait n.aitre les fîmes pour la vie et non pour la mort... Que ceux que

LA PIIKVOTANCE, CONTRAINTE WORAI.E, ETC. SO

quons aussi que Malthus, dans son passage le plus critiqué de son édition de 1803, auquel M. de Villeneuve a sans doute fait allusion en parlant de propositions exagérées et repoussantes, n’a pas dit autre chose que ce qui est exprimé par les paroles de saint Paul. Au reste, cet apôtre et d’autres Pères de l’Eglise ne se seraient pas exprimés de la sorte que Malthus n’en serait pas moins un philosophe éniinemment chrétien, et que sa doctrine, ayant pour base l’influence de notre conduite sur notre condition, n’en serait pas moins le fond de la morale du christianisme, c’est-à-dire de la morale la plus pure.

En effet, le christianisme a été une réaction contre le caractère sensuel des religions et des mœurs du paganisme. Il enjoint à l’homme de faire prédominer l’esprit sur la chair; il lui impose la répression des penchants physiques; il place la perfection dans le renoncement aux affections terrestres et finalement il recommande le célibat comme la meilleure voie pour arriver au salut. Si ces prescriptions et les institutions qui en sont émanées n’avaient pas directement pour objet de limiter la population, tel était leur résultat.

Si donc, à côté de ce mobile religieux, on considère le mobile aristocratique, c’est-à-dire le goùtdubien-

lour indigence empêche de nourrir leurs enfants .s’abstiennent de leurs épouses... C’est Lactauce. » Du Puynode, Éludes sur la pop. et la charité, II, dans le Journal des Économistes, 18.54, 185.5.

être et le besoin de se maintenir à nn rang élevé de l’échelle sociale, qui a agi dès la plus haute antiquité dans certaines classes de la population, on voit que la contrainte morale, qui a pour objet de réglementer le mouvement de la population, conformément aux nécessités économiques et sociales , n’est pas une invention de Mallhus, qu’on en trouve l’influence dans plusieurs prescriptions civiles ou religieuses, et queMalthus s’est borné à faire ressortir les avantages, surtout pour les classes inférieures de la société*, d’une vieille pratiipie de l’humanité, seule capable de prévenir l’excès de population et l'action homicide de la nature qui réprime cet excès.

J’avoue maintenant que le reproche d’inefficacité me toucherait davantage : premièrement, parcÆ que les unions conjugales, quoique tardives, peuvent être très-fécondes, et d’autant plus fécondes qu’elles ont été jilus tardives et que les conjoints sont dans de meilleures conditions pouç avoir une progéniture bien constituée; secondement, parce que le célibat de toute la vie ne semble devoir être qu’une exception; troisièmement, parce que la chasteté et l’abstention absolues sont peu praticables, soit aux champs, soit à la ville, dans une société composée d’hommes ,et de femmes qui ne sont pas séparément reclus dans des moiiaslèi es bien surveillés. De sorte que nous sommes

' Nous iti(li(|iions |)liis loin quelques <*xce|)tions.

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