I.A PnÉVOYA^CE, CONTRAIATE MORALF, ETC. iOi
point, et nous nous bornons à en appeler à toutes les consciences éclairées, et à celle de M. Proudhon, devenu, lui aussi, depuis la publication de l’ouvrage qui nous occupe, chef de famille. Qu’on se demande s’il est plus moral, plus conforme au cri de la conscience humaine, de faire éclore des enfants au milieu des privations, ou de les empêcher de naître, et qu’on réponde I
Nous avons répondu plus haut à la crainte de voir s’éteindre la famille.
Il nous est impossible de voir, dans le mariage dans lequel le nombre des enfants dépend de la prudence et de la prévoyance des jparents, que « le manque d’affections soit ajouté au manque de pain. » C’est le contraire qui est évidemment l’expression de la vérité.
Il nous est encore impossible de comprendre comment les conseils de la prudence conduisent à la suppression du mariage et à la débauche de la jeunesse. La prudence n’a-t-elle pas pour effet de rendre l’état de mariage plus prospère et plus attrayant? et l’expérience ne prouve-t-elle pas que l’imprévoyance est une des causes du concubinage et de la démoralisation, soit par suite de la violation du pacte conjugal, soit. par suite de cette coupable insouciance qui fait qu’on s’expose à créer une famille sans s’engager à la soutenir?
Il est aussi un autre point de vue qu’il ne faut pas
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DD PRINCIPE DE POPLLA’liON.
négliger : c est que le mariage peut très-bien être admis, en dehoi's de la famille, comme association assurément très-naturelle pour l’assistance mutuelle entre les deux conjoints. A ce point de vue, et même sans la conséquence de progéniture, le mariage est loin d’être une institution superflue. Nous ne voulons pas parler de l’abus du plaisir des sens, si ce n’est pour faire observer que les unions imprévoyantes n’en sont pas précisément les plus exemptes. Enfin, loin de détendre le lien social et de provoquer aux conséquences détaillées par M. Proudlion, les idées de prévoyance, de prudence, de responsabilité, de moralité, nous semblent devoir raffermir le principe de famille, et même le principe de propriété, dont il est assez remarquable que M. Proudlion se préoccupe. La jeunesse se trouve encouragée au mariage plus facilement par l’exemple de ménages prospères et sagement conduits que par l’exemple des ménages soumis aux tortures de la misère.
Mais cette prévoyance conjugale est à la fois justiciable de la morale et de l’hygiène, qui toutes deux s’accordent à leurs points de vue respectifs pour prescrire au chef de la famille le respect de la compagne de sa vie. Maxima ilebetur sponsæ reverentia; ce serait là un précepte qui ne fait peut-être pas assez l’objet de l’éducation intime que le père doit à son fils quand il a atteint l’âge de raison, et qu’il aspire lui-même à fonder une nouvelle famille.
LA PRÉVOYANCi:, CONTRA INTR MORALE, ETC. d 05
Ce respect, on ne saurait trop le faire pénétrer dans l’esprit de toutes les classes de la société, de celles surtout qui s’adonnent à l’intempérance de la table et à l’ivrognerie. L’intempérance et l’ivrognerie ont une grande part dans les misères de ce monde : elles tout perdre aux hommes le sentiment de leur dignité envers eux-mêmes, celui du devoir envers leurs familles; elles étouffent la voix de la raison; elles neutralisent toute prévoyance intérieure; elles amènent api'ès elles le découragement, bicnfùt suivi de l’affaiblissement du ressort moral.
M. Thiers était l’éclio de M. Proudlion, auteur du pamphlrt lesMallhusiens (1848), lorsqu’il écrivait dans sa défense de la propriété (1848) : « On se récrie contre les disciples de Maltbus qui arrêtent l’homme prêt à se rapprocher de sa femme, en lui disant ; Prenez garde, il y aurait un être de plus à nourrir sur la terre !... on se récrie contre ces philosophes *de l'abstention, on les appelle barbares, on les dénonce au peuple, et on a raison. Arrêter la fécondité du genre hnmaiu est un crime contre la nature*. . .» Le bon rens de M. Thiers est ici en défaut. Le savant écrivain n’a pas a.ssez réfléchi sur ce sujet. Comment la fécondité de l’Iionnnc, réglée par les ressources de la famille, peut-elle être plus contre nature que la procréation insouciante?
‘ De la propriété, liv. III, i vk.
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ni! PRIKCIPF. PE POPULATION.
L’homme csl-il un être raisonralile et libre, ou une brute simplement douée d’instinct? En vérité, les barbares sont ceux qui disent aux masses d’agir sans réflexion, sans retenue, sans prévoyance, sans souci des mères et des eubuits.
III. - EfTetM éeonemiqneH, moraux, Hoeiaiix et politiqueM de la praticiae de la prévoyance par let) elaMe« leu pImm nonibreii»e«. — Suite de« objeetienii.
Ap rés tout ce que nous avons dit dans les deux paragrapbes précédents, peu de paroles vont nous suffire pour indiquer les effets moraux, sociaux et politiques de la pratique de la prévoyance par les classes les plus nombreuses. Nous insisterons un peu plus sur les effets économiques.
Au point de vue moral, le développement de la contrainte morale et de la prudence dans le mariage, amenant l’aisance et la diminution des fatigues pby- .siques et morales des deux créateurs de la famille, si souvent affaissés sous le fardeau qu’ils se sont donné .sans réflexion, laisse au sentiment paternel et maternel toute l'action de son expansion naturelle, produit le l espect réciproque des époux et la paix du ménage, rend possible l’éducation morale et l’instruction des enfants, — d’où résultent à leur tour le respect des enfants pour leurs parents, l’énergie de l’esprit de famille, l’augmentation du lien de solidarité, et une