‹ Du principe de populationChapitre 62 sur 120 · NOTICE IIIST. ET CRITIQUE SUR LE DROIT AU TRAVAIL · texte numérisé non relu

NOTICE IIIST. ET CRITIQUE SUR LE DROIT AU TRAVAIL

Si telle était la sigiiificalion du Droit au travail, assurément il n’y aurait |>as eu nécessité d’une nouvelle formule. Pour l’exprimer, il n’y aurait eu qu’à reprendre la formule de Turgot, ou bien ce mot si connu depuis 89 ; la Liberté.

Mais les socialistes entendent bien autre chose, en vérité ! Ils entendent tout le contraire. Il y en a prmi eux qui rêvent des organisations analogues aux corporations. Loin de demander le développement de la liberté du travail et la cessation de toute réglementation administrative ou bureaucratique, ils proposent la suppression de toute liberté et une réglementation universelle qu’ils décorent du nom pompeux d'organisation. Que leur parlez-vous d’exceptions, de privilèges, de monopoles, de prohibitions, de hauts tarifs? Ils disent qu’il n’y a point assez d’entraves, que l’industrie et le commerce sont trop libres, et que tout va mal parce que, sur beaucoup de points, la Révolution de 89 a proclamé le laisserpasser en commerce, le laisser-faire en industrie, la concurrence enfin ; abominable laisser-faire que les disciples de Quesnay n’appliquaient, il est vrai, qu’à l’ordre commercial ou industriel, et que les socialistes affectent de critiquer dans l’ordre mond, afin de rendre leurs adversaires à la fois plus ridicules et plus odieux ' .

Si les socialistes repoussent la liberté du travail, ils i-epoussent aussi l’égalité dans le travail. L’égalité, c’est encore la concurrence ; la concurrence, ils l'ont dit sur tous les tons, est cause des trois quarts des maux de la société, des falsifi-

‘ Ce qu’il y a de singulier, c’est que ce reproche perfide part souvent de l’ccolc fouricristc, qui se plaint précisément que la morale actuelle comprime trop les passions, et qui pnHend avoir les moyens de les laisser faire toutes avec prolit pour rindi\idu et la société.

DtJ PniSCIPE DE POPCI.ATIO.’t.

cations, des sinistres commerciaux, des faillites, de la baisse des salaires, de la mist're, de la prostitution, du vol, et de je ne sais combien d’autres crimes encore.

Le Droit au travail, est-ce le droit de j'ouir des fruits de son travail? est-ce, en d’autres termes, le droit de propriété? Tout aussi peu; car ce droit, personne ne le conteste, si ce n’est les socialistes eux-memes, si ce n’est surtout l’école d’un socialiste éminent plus nouvellement arrivé à la connaissance du public, qui a été jusqu'à nier le droit à la propriété et notamment le droit à la jouissance des fruits de la propi;iété résultant du travail accumulé, c’est-à-dire du Capital.

Mais, qu’est-ce donc que le Droit an travail?

Nous venons de dire ce que n’est pas le Droit au travail; pour dire ce qu’il est, il nous faudra encore faire d’interminables énumérations.

La fomude a été et est employée par plusieurs espèces de socialistes plus on moins avérés,, plus ou moins complets, plus ou moins francs, plus ou moins honteux :

1° Ceux qui prennent les mots pour ce qu’ils disent, ceux qui nomment les choses par leur nom, et « appellent chat un chat et Uollet un fripon. » Rollet, pour eux c’est le Capital;

2' Ceux qui comprennent ou feignent de comprendre comme les précédents, mais manquent de bonne foi ou de courage; •

3* Ceux qui par irréflexion, ignorance, ou par conception incomplète, donnent à la formule un sens qu’elle n’a réellement pas; qui ne croient pas à la logique inexorable des populations; qui croient au contraire qu’il est possible de les satisfaire par des clauses jésuitiques, identiques ou ambiguës, à l’instar de l’art. 14 de la charte de l.ouis XVllI.

soTicE iiisT. ET cniTiQi'E sc:n lE imoiT Ai; TnAVAii..

Un jour M. Proudhon (M. Proudhon est le type de la première espece), discutant avec M. Goudehaux au sein du comité des finance^, lui dit : « Oh! mon Dieu, monsieur Gondchaux, si vous me passez le Droit au travail, je vous cède le droit de propriété. » Ces paroles ont eu quelque retentissement : elles ont été prises pour une trahison par tous les socialistes qui ne pensent pas qu’il soif, politique de dire la vérité. Ces paroles furent prises pour une extravagance par ïfes socialistes de la troisième catégorie; et ainsi s’expliquent tous les laidons lancés de la tribune, par une foule de socialistes inconséquents, à M. Proudhon, le plus franc d’entre eux*. M. Proudhon avait raison: si l’on admet le Droit au travail, il faut renoncer au droit de propriété. Ce n’est pas lA un axiome de scélérat, c’est un raisonnement très-vrai et trèssain. M. Proudhon n’admet pas le droit de propriété, mais il admet le Droit au travail; il est simplement logique. D’autres admettent le droit de propriété et le Droit au travail; mais ils ne peuvent échapper à la qualification de fourbes qu’en acceptant celle d’inconséquents.

Le Droit au travail dès uns est si bien un droit à la propriété des autres, qu’il ne se conçoit pas sans cette corrélation. Je demande du travail à la société représentée par une autorité quelconque; avec quoi celle-ci peut-elle occuper mes bras, fournir des avances à mou industrie? avec un Capital. Comment cette société peut-elle se procurer ce Capital? par l’impôt. Or, (|u’est-ce que l’impôt, si ce n’est un prélèvement sur la propriété des autres? y a-t-il besoin d’insister sur cotte évidence ? Cependant, c’est parce que la propriété des uns

* Dans la séance du 51 juillet. Je fais mes réserves pour un ai ticle sur les Mallhusieus, dans lequel M. Proudlion faisait vraiment de la polémique de broussailles.

passe par la phase d'impôt et salarie des percepteurs et des ■' intermédiaires, avant, d’alimenter le travail des autres, que beaucoup de gens se laissent prendre au sophisme. A leurs yeux, il semblerait que l’impôt est un produit spontané de l’Élat, être réputé supérieur et mystérieux, mais qui, en fait de subsides, se borne très-simplement à demander aux contribuables ce qu’on réclame de lui.

Il est vrai que ceux à qui on fait toucher la chose du doigt peuvent répondre que l’impôt ou la propriété de ceux-ci, destiné à faire travailler ceux-là, sera consacré à des emplois productifs capables de rembourser et au delà cette espèce d’emprunt forcé; ils peuvent répondre que leurs systèmes d’organisation donneront ces résultats, et ici il faudrait m'arrêter sur les plans des divei*s communismes, sur ceux du fouriérisme et autres. Je me borne à dire que le jour où on me montrera (juelque part des phalanstères et des communautés, des monastères ou des combinaisons d’association quelconques en prospérité, et les populations libres empressées d’y accourir, ce jour je trouverai naturel et inutile qu’on mette dans la Constitution une pronîesse facile à tenir et qui n’aura plus le moindre danger; car alors, les hommes sauront bien que le Droit au travail des uns est le sacrifice de l’avoir des autres; car, à cette époque, ce partage sera tout à fait de leur goût, et fera partie de la nature humaine dès lors totalement changée. — J’ajouterai que pour mon compte je verrais avec plaisir porter au budget, et exceptionnellement, une somme destinée à faire les avances de quelques phalanstères ou communautés, afin de mettre les i^uteurs de systèmes en demeure.

Je ne m’arrêterai pas aux socialistes de la seconde espèce, (|ui comprennent la formule et qui en enveloppent le sens dans des circonlocutions littéraires, sentimentales et politiques, et

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