ENTRAVES AU MARUGE ET A LA POPULATION
chercher du tout le plaisir des sens, et que, si celui qui marie sa fille fait bien, celui qui ne la marie pas fait mieux*. »
Et ailleurs : a Les personnes qui se marient imprudemment souffriront dans leur chair des afniclioiis et des maux que je voudrais vous épargner*. »
Une loi de l’empereur Majorien (mort en 461) imposait aux pères de constituer une dot à leurs fils ou à leurs filles avant de les marier; et, plus tard, le concile d Arks (ô24) défendait le mariage sans dot : Nullum sine dote fiat conjugium.
Dans sa vingt-quatrième session, le concile de Trente (clos en 1563)’ frappe d’anathème l’opinion que a l’état conjugal doit être préféré à l’état de virginité ou de célibat, et qu’il n’est pas meilleur et plus saint de demeurer dans la virginité et le célibat que de contracter mariage. Si pour vaincre les volontés de la chair la sagesse naturelle est trop faible, en revanche la grâce y suffit*. »
, Nous trouvons ces citations dans un remarquable article publié dans le Correspondant, recueil religieux, par M. de Metz-Noblat, appartenant à l’école, malheureusement si restreinte, des économistes catholiques et malthusiens, que nous voudrions voir s’étendre. Ainsi que M. de Villeneuve-Barge-
* Paul, II Corinth., xii, 9.
* Citation de M. de Villeneuve-Bargcmont. llist. de l'Écon. pot. 2' vol., p. 278.
5 Dernier concile œcuménique, convoqué en 1542, ouvert en 1515 et clos en 1563. Les protestants furent entendus et condamnés dans ce concile, que ne reconnaît d’ailleurs pas l’Eglise gallicane.
* Population et misère, extrait du Correspondant, 1854.
« Si quis dixerit, stuturn conjugalcm anteponenduin esse statui virginitatis vel cœlibatus, et non esse melius ac beatius inanere in virginitate vel cœlibatu, quam jungi matrinionio, antheina sit. » (Conc. Trident, sess. xxiv, can. 10.)
DD PnI^CIPE DE POPULATION .
mont, M. de Melz-Noblat revendique la doctrine et la contrainte morale par le catholicisme, plus capable de donner à ce frein l’elTicacité nécessaire pour contenir préventivement l'essor possible de la population, parallèlement ou au-dessous de l’essor possible de la production, et éviter la loi cruelle de la nature, qui fonctionne sans pitié sur la population, ne se proportionnant pas au capital, en inspirant aux hommes une prévoyance instinctive ou réfléchie qui leur conseille de ne pas user de toute la plénitude des facultés génératrices dont ils sont doués; en portant les uns à se maintenir dans le célibat, les antres à retarder le mariage ; en conseillant à ceux-ci de n’en user qu’avec modération , à ceux-là de n’en pas user d’une façon réprouvée par la morale (p. 19).
S’appuyant sur les citations que nous venons de rapporter et d’autres * relatives à la consécration de la virginité et de l’abstinence, l’auteur que nous citons conclut en ces termes :
« Ainsi c'est dans le catholicisme, et dans le catholicisme seul, que les sociétés euiopéennes peuvent trouver un frein à la fois moral, sérieux et efficace contre la puissance génératrice de l’homme; c’est à lui seul qu’on peut demander utilement de tenir en échec cet excès de force procréatrice que ne suffit point à contenir là prudence purement humaine; c’est lui seul qui vient renforcer cette sorte de préwyance, et plus souvent encore la suppléer, pour épargner à notre vaine pitié le spectacle cruel d’une population exubérante moissonnée par la misère; seul il peut maintenir d’une manière durable et permanente, sans secousses, sans souffrances, par une simple action préventive, l’équilibre entre la population et le capital.
* Tirées d’un autre écrivain catholique et malthusien, M. Guerrier de Dumast, Origine de tous nos ftfrils.
K.MUWES Al’ MAr.lVf.i; ET A I.A POl’Et.ATIO.N . r»‘J5
« Il y léiissit de deux façons ; d’abord en bonorant et en faisant praliciuer la conlinenco, ainsi (|iie nous venons do le voir, ensnile en prà liant la simplicité des nionii’s, en condam- < nantie luxe, en conseillant l'abstincncc et la inorlificalioii. v>
L’aiilenr explique comment cotte doctrine n’cxciut pas nne raisonnable satisfaction des Ijesoins de la civilisation et le culte des arts.
Les eboses ainsi cntendncs, nous lui donnerons raison sur ce point. Nous accordons encore que la foi calôoüqno peut * insjiirer et faire pratiquer la continence absolue Mais il en est de même de tontes les fois, et nous ne Siunion-. con. lnre d’une manière aussi exclusive que lui. Ce ipi’il dit iln caliiolicisine peut être dit de tout le christianisme, et encore de la pliilosopliie et de la morale, e’c<t-à-dire de la raison.
Kn fait, et sauf un bien polit nombre d’exceptions, les calboli(pics (les bommes religieux) a croient presipie oll’eii-i r Dieu en pensant (pic les unions, même li'gi limes, pnissmit jamais être trop nombreuses on trop fécondes, et que le Créateur fasse sortir de gr. nds maux de la satisfaction des pendiants naturels, qui, po" leur côté noble comme par leur côté matériel, jouent un rô',; si important dans la vie humaine. »
.Nous citons les jiarolcs de l’an leur (p lù).
Cn lait, si l’Kglise, en généial, ri'commandc la continence avant le mariage, si ede. impo>e le célibat aux prêtres, si elle ne provoque pas aux mariages, elle pousse aussi de toutes ses forces à la fécondité des mariages riches ou pauvres, contrairement à la recommandation d’abstinence aksolue peu piaticable de Lactdnce, et à l’exemple des premiers ebrétiens, qui n’étaient p:is dans une condition cl une situation d’esprit normales. Combien, en eiïct, parmi les trcnlc-sixmillionsde Français, par exemple, eu les admettaut tous bons catholiques, compterai t-on de saints couples comme ceux de saint Henri
DC riUNClPE DE POri'LATfO.N.
el saillie Cunégomlc , d’Injuriosns et sainte Scolastique*.
En résumé, si M. de Villeneuve-Bargeniont el M. deMelz- Noblat ont raison, ainsi que nous l’avons déjà reconnu, de revendkiuer, non pour le catholicisme exclusivement, mais pour le christianisme, la priorité de la doctrine de la contrainte morale absolue prèchéc par saint Paul et Lactance
* « Que ceux que leur indigence empêche de nourrir leui-s enfants s’abstiennent de leurs épouses. » (Paroles de Lactance citées pir G. Dupuvnode dans ses Éludes sur la pop. et la charité, Journal, des économistes, 185i, 1855 )
« Dès lors on vit apparaître ces eunuques spirituels qu’avait signalés dans l’avenir le prophète Isaïe (cap. lvi, 4 et 5). Des âmes d’élite commencèrent à vivre de la vie des anges; l’armée en devint innombrable; et désormais, sans profaner leur corps par des mutilations ignobles, une foule d’êtres énergiques, armés de leur résolution seule, oublièrent qu’ils avaient un sexe. Ils y renoncèrent volontairement pour mieux gagner le royaume éternel.
« Les uns dans le sein même du mariage, au lieu d’user des droits qu’il conférait, s’en abstinrent, soit totalement. Comme pai exemple on le sait de Julien et de Basilissa, d’Injuriosus et de Scolastique, de saint Henri et de sainte Cunégonde, ou de saint Ehéar et sainte Delphine; soit en partie, comme avaient coutume de le faire la plupart des chrétiens des premiers siècles, lesquels, au rapport de Tertullien, dès qu’ils avaient assure la perpétuité de la famille, réduisaient communément l’alliance conjugale à la simple union des âmes.
« Les autres ne cwisentircnt même pas à contracter des liens dont la nature, dont l’apparence au moins, était en désaccord avec leur sublime désir. Voulant pousser la chasteté jusqu’à la virginité, ils embrassèrent franchement celle-ci, de droit aussi bien que de fait. » {Origine de tous nos périls, par M. P. Guerrier de Dumast.)
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• ENTRAVES AU MARIAGE ET A LA l'Ol’L’I.ATION. 3‘27
cl pratiquée, nous dit-on , par les premiers chrétiens, et qui s’est traduite par le célibat des prêtres et la multiplication des couvents, il faut reconnaître que ces conseils d’abstinence ascétique sont peu praticables par le plus grand nombi*e, qu’ils n’ont pas eu pour but de proportionner la population aux moyens d’existence, et que leur action limitative a été neutralisée et bien au delà par la recommandation faite aux époux de multiplier autant que possible, autant que le permettent les forces procréatrices, en vertu d’une fausse interprétation du cvescite et multiplicamini (F. p. 87), iuterpiétation tout à fait en désaccord avec les lois de la nature et des besoins de l’borame, que le Christ ne voulait assurément pas méconnaître.
Celte funeste et regrettable impulsion a été donnée et continue à être donnée à l’accroissement de la population par la presque totalité des écrivains catholiques, par les casuistes, et au moyen de la confession *. Mais tout porte à croire que, si les lumières du clergé catholique, portant leur attention sur cette grave question, étudiaient les lois et les conditions de la vie sociale, elles repousseraient les doctrines étroites des casuistes, ainsi que l’inintelligente jurisprudence de la congrégation de l’Index (V. plus loin, p. 338), et que le clergé userait de sa grande inlluence pour conseiller, non plus la procréation incessante et homicide, mais la prévoyance , sauvegarde de la dignité et de |a moralité des fa- ' millc-s. {Voir à ce sujet l’ensemble du chap. x.)
Ces réflexions s’adressent au clergé anglican' que M. J.
S. Mill* blâme vivement de donner aux pauvres le mauvais exemple de l’incontinence et de l’imprévoyance.
* Voir l’ou\Tage intitulé Mœchialogie, cité p. 98, et destiné à servir de guide aux prêtres pour la confession.
• V. Principles of polilical econotny, ch. xui, § 15.
DU PimClPE DE POPULATION.
Voici niainlenant quelques reuseiguemenls recueillis par la commission de pauvres en Angleterre touchant diverses prescriptions légales actuellement en vigueur relativement au mariage *.
Dans le Mccklemhourg, les mariages sont retardés par la conscription jusqu’à la 22° année, et par le service militaire pendant si.v ans de plus; eu ouiiV, les futurs époux doivent avoir un domicile, sans quoi le piuli e n’a pas le droit de les marier. Les hommes se. marient di, 2^; à ôO ans, et les femme.presque au même âge, parce que lesui'.s et les autres doivent gagner d’abord de ipioi s’établir.
Eu Saxe, l'homme ne peut se marier avant 21 ans, s’il est pioprc au service militaire. A Drc.de, les artisans ne peuvent se marier qu’après être passés maîtres.
Dans le Wurtenberg, l’homme assujetti au service militaire ne peut se marier avant 2o ans, que par une permission spéciale obtenue ou acbetée, et en prouvant que lui et sa future possèdent ensemble de quoi s’établir et élever une famille. Dans les grandes villes, il faut posséder de 800 à i ,000 florins ; dans les petites, de 400 à 500, et 200 florins dans les villages.
Eu Bavière, les futurs doivent également faire la preuve qu’ils ont des moyens suflisants d’existence.
11 eu est de môme à Francfort. A Lubeck, l’homme doit prouver qu’il a une profession capable de subvenir aux besoins d’un ménage, avoir été reçu bourgeois et acquis l’uniforme de garde bourgeoise, qui coûte une centaine de francs.
' y. J. S. Mill, Principes d'économie politique, chap. xi, § 4.
EMRAVES AU WARIAGF. ET A LA POPELATIOX.
Eu Prusse et dans d’autres pays de rAllemague, il u'y a pas de prohibition directe ; ruais, comme tous les lionuues sont tenus de passer plusieurs années dans les rangs de l’armée, à Page où les mariages sont le plus généralement contractés, il en résulte des obstacles positifs aux unions prématurées.
En Norvège, le prêtre, avant de marier, est tenu de constater que les futurs auront les moyens de soutenir leur famille.
En Suisse, dans divers cantons (Lucerne, Argovie, Unterwald, Saint-Gall, Scbwytz et Uri), les jeunes gens qui veulent se marier doivent prouver au magistrat du district qu’ils sont en état d’entretenir une famille.
L’ancienne organisation de l’industrie et* sa coinposilion agissaient comme obtaclc à la population. L’ouvrier ne devenait un peu libre et maître de lui que lors<pi’il était passé maître. 11 était rare de voir que les artisans se mariassent avant cette épo(iue, car les pères n’aimaient pas à donner leurs filles à des hommes qui n’avaient pas encore d’état. Or les règlements prescrivaient en général que la maîtrise ne pouvait s’obtenir avant l’âge de 25 ans.
Dans quelques pays, les mœurs et l’nsage agi.ssent dans le môme sens que les lois positives. M. de Sismondi dit que, dans quelques parties de l’Italie, les classes pauvres imitent les classes supérieures et obéissent à l’usage en ne mariant qu’un seul enfant : les antres vivent dans le célibat.
Partout oii les ouvriers agricoles sont engagés pour un an, et seulement quand ils sont célibataires, les jeunes gens ne se marient point pour ne passe priver d’emploi. 11 en est de même dans tontes les professions où le célibat est une condition d’occupation.
liü PRI>CIPE PE POPULAT.OX.
Nous avons rapporté (p. 178) l'opinion de M. J. S. Miil sur les obstacles que la loi devrait opposer aux mariages des indigents réclamant des secours.
Malthus réclame, au contraire , la liberté pleine et entière lUi mai’iage.
« On m’a accusé de proposer une loi pour défendre aux pauvres de se marier. Cela n’est pas vrai. Bien loin d’avoir proposé une telle loi, j’ai dit distinctement que, si un individu voulait se marier sans avoir une espérance légilime d'être en état d’entretenir sa famille , il devait avoir la plus pleine liberté de le faire, et toutes les fois que des propositions prohibitives m’ont été suggérées, comme convenables, par des personnes qui avaient tiré de fausses conséquences de ce que j’avais dit, je les ai toutes fermement et uniformément réprouvées. Je suis en effet de la manière la plus décidée de l’opinion que toute loi positive pour limiter l’àge du mariage serait injuste et immorale ; et de toutes mes objections à un système de communauté et à celui des lois sur les pauvres (deux systèmes qui, bien que différents dans leur origine, sont de nature à produire les mêmes résultats), la plus grande est que la société dans laquelle on réussirait à les réaliser serait finalement réduite à la triste nécessité d’opter entre la détresse universelle et la mise en vigueur d&s lois directes contre le mari.ige *. »
' Essai sur le principe de population, liv. Il, chap. vu, p. r.tSü de la 2* édit. Collection des principaux Economistes.
ABERRATIONS AU SUJET DE ILVLTULS. — ^LES MALTHUSIENS HONNIS. — PAMPHLET ET CHANSON CONTRE LES MALTIILSIENS.