LES IBÈRES
L'Espagne, le Portugal et les îles Açores et Baléares représentent le groupe ibérien, malgré quelque mélange de races celtiques, dont les traces s'observent sur une surface peu considérable à l'extrémité nord- ouest de la Péninsule, mais dont l'influence y est très-secondaire. Enclavés quils sont entre la mer et des populations ibériennes, ces territoires peuvent être considérés comme occupés par une seule et même famille. La chaîne des Pyrénées, que l'on ne franchit que par d'étroits défilés, limite ce pays et forme du côté du continent une barrière colossale- De tous les autres côtés, l'Océan à l'ouest, le détroit de Cadix ou de Gibraltar au sud, la Méditerranée à l'est, dessinent avec précision ses contourSé L'unité nationale y est donc visiblement préparée par la nature des choses, et, depuis qu'une guerre, secondée par les sympathies unanimes du peuple espagnol et de tous les États civilisés, habilement organisée par le gouvernement, bien conduite par le maréchal O'Donnel, et bravement faite par les soldats, a relevé la gloire des annes espagnoles; depuis que la
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tentative insensée du comte de Hontémolin et la renon* dation à ses prétrations dynastiques, suivies d'une rétractation plus honteuse que son échec, ont consolidé encore le trône de la reine Isabelle, on peut augurer que, dans un avenir peu éloigné, Tunité du groupe ibérien se constituera * . Le rocher de Gibraltar, le seul point qui soit foulé par l'étranger, sera dégagé de cette occupation , que la loi supérieure des nationalités réprouve, et que des convenances et des calculs politiques ne sauraient plus justifier.
L ITAUE.
Déjà, à la suite de la campagne victorieuse de 1859, et sous régide de la France, un État, qui prend le nom de la Haute-Italie^ s'est établi au nord de la Péninsule. La solution qu'ont reçue les dernières questions sous l'influence du principe dès nationalités, fait pressentir que Venise, la belle martyre, autrefois la reine de l'Adriatique, le Mantouan, le Véronais, le Tyrol italien, les Grisons et le Tessin, viendront ac-
* Voir note H.
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craitre, comme per alluvion^ le territoire de la ntonarcbie nationale.
11 parait désormais inévitable que, par une application logique du principe posé, les États du roi de Naples et ceux du Saint-Siège s'y réuniront également, pour former enfin la patrie italienne dans sa puissante et féconde unité.
 peine les Deux-Siciles ont-elles secoué le joug qui pesait sur elles, les esprits éclairés ont compris d'instinct la nécessité d'une autorité, d'une hiérarchie gouvernementale, qui organise les forces indisciplinées de la révolution : ils ont reconnu que les bandes improvisées de Garibaldi, irrésistibles dans leur élan contre un ennemi hésitant et amolli, mais dénuées de ce qui constitue la puissance matérielle et la solidité des armées, ' seraient exposées à de cruels mécomptes et à de sanglantes défaites, si elles affrontaient des troupes régulières.
Ce sentiment est aujourd'hui partout en Italie. A Naples comme en Sicile, citadins 6t paysans, ridies et pauvres, tous réclament la réunion à la monarchie piémontaise, comme un moyen naturel et presque comme la condition nécessaire, du rétablissement de l'état normal dans cette société si profondément troublée.
Le dictateur, désireux de conserver la libre disposition des ressources conquises par ses armes pour compléter son œuvre, a résisté opiniâtrement aux manifes-
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tations répétée des vœux des populationB : il a dû par deux fois intervenir de sa personne^ user de tout son prestige, de cette éloquence primesautière, tMzarre, colorée, qui caractérise sa parole; il a dû faire appel aux souvenirs reconnaissants des Pàlermitains, pour obtenir qu'il soit sursis àTannexion, jusqu'au moment où, maître de la Vénétie et de Rome, il pourra, dit-il, du haut du Quirinal, proclamer l'entier affranchissement du sol italien et sa soumission à la couronne de Victor- Emmanuel.
Défi insensé à l'adresse de la France, dont une armée veille aux portes du Vatican!
Le gouvernement sarde a senti, à la fois, le danger que ces témérités de langage créaient à la cause ita* lienne, et la nécessité de partager avec l'illustre guérillero les travaux et la ^oire de la délivrance.
Ses armées ont pénétré rapidement dans les Marches ^ et dans TOmbrie; à la suite du combat sanglant de Gasr tèlfidardo, elles ont forcé Âncône à capituler^ et sont venues résolument se placer entre leurs alliés de Palestre, de Magenta, de Solférino , et le héros exalté de l'indépendance.
Ces actes, que la plupart des hommes, même les plus sympathiques à la régénération de l'Italie, avaient tout d'abord condamnés, sont moins sévèrement jugés, aujourd'hui que l'opinion publique est mieux fixée à regard du confHt élevé entre les hommes d'État du cabinet
sarde et les personnages beaucoup moins ëclairés, qui influent sur les déterminations du dictateur. On apercent actuellement la situation périlleuse qui résultait de ce conflit, non-seulement pour la cause patriotique dont le Piémont s'est constitué le défenseur, mais, à un point de vue plus élevé encore, pour la cause de Tordre en Italie.
irfallait, en effet, parer à tout prix les coups dirigés contre Talliance française, qui est toujours, au regard des hommes clairvoyants et politiques, Tespoir, le salut de ritalie ; il fallait prévenir une collision qui eût été une affreuse anomalie au lendemain de Solférino, et, suivant l'expression de M. de Cavour, un acte d'odieuse ingratitude; il fallait enfin, et, il faut encore, substituer aux entraînements passionnés d'un chef héroïque de volontaires, les décisions raisonnées d'un pouvoir établi.
Or, les actes énergiques accomplis au centre de la Péninsule, en ramenant la popularité sur la tête de Victor-Emmanuel et de ses ministres, leur ont communiqué la force dont ils ont besoin pour régler, limiter et combattre, s'il le faut, une action parfois irréfléchie. Ces actes sont donc, tout hardis qu'ils aient paru, d'une incontestable habileté : ce n'est pas la première fois que l'audace politique aura été de la suprême sagesse.
Le roi galant-homme se rend dans les contrées récemment occupées par ses troupes, ^t il y a tout à espérer de sa présence au miHeu des populations qui
acclament en lui le représentant définitif de ,1a nation affranchie.'
De son côté, le ministère saisie, en posant, le 2 octobre, devant le Parlement , le principe de l'annexion des provinces qui la réclameront pai* la voie du suffrage, a annoncé la résolution de n'attaquer ni la Vénétie, parce que le vœu presque unanime des grandes puissances s'y ojppose, ni la ville de Rome, parce que la France y est présente, et qu'U y a là une question de Tordre moral, que la force matérielle ne peut résoudre ; il rappelle, en terminant, « qu'une voix chère aux multitudes » a manifesté, vis-à-vis de la couronne et du pays, un sentiment de méfiance à l'égard des ministres. Ceux-ci prennent le pays et la couronne pour juges.
L^accueil chaleureux dont ces déclarations ont été l'objet dans le Parlement, faisait présager un vote presque unanime, et cet espoir n'as pas été trompé : les représentants légaux de la Sardaigne ont adhéré, par acclamation, au programme de M, deCavour, et ont raffermi le cabinet^ fortement ébranlé par la crise terrible qu'il traverse depuis phisieursi mois*
On peut voir, du reste, daiiâ les derniers actes du dictateur de l'Italie laéridioiiale, les symptômes évidents d'un rapprochcmenl avec le ministère sarde- Dans une proclamation récente j il a annoncé laction prochaine des troupes de Victor-Emmanuel dans les ÉlatB napolitains, et a recommandé à se» compagnons d armes de serrer