DD PRINCIPE
fraternellement leurs mains victorieases. A la dernière rencontre, près du Vultume, un régiment piéniontais, un bataillon de bersaglieri et une batterie d*artillerie, ont activement concouru au succès de la journée.
L'alliance est donc renouée, l'aimexion des Deux- Siciles est imminente, et Tidée de Tmiité italienne Êiit, au moment où nous écrivons, un grand pas vers sa résh lisation.
Si cette réalisation se complète {et Fbypothèse est au moins vraisemblable), les limites du territoire italien seraient nettement tracées par la naiure. La Péninsule k>ut<enttèpe, à hquelle se rattachent la Sardaigne et k Sicile, est (bornée : 4"" A l'oyest, par les Alpes maritioies, les Alpes cotiennes, les Alpes grec^ ques et les Alpes pennines qui la séparent des Gaulois ; f"" au nord, par la <^hau)e des Alpes rhétiqu^ Wk tri" dentines, qui la séparent; des Germains; 3*" au nord-^est, par les Alpes noriques et carniques, qui la séparent des Slaves de riUyrie; i^itrest^ par l'Adriatique; 5^au svid, par la mer loniemie:; 6"" enfin, au sud-^uest, par la mer Tyrrhénienne et la Méditerranée.
Ce nom A'Italie, où le prince de Metternich, dans son dédaigneux langage, ne voyait qu'une ecc^pes&im géographique^ désignera désormais une virile per^n* fiaiité, tandis que, dans quelques années peuiiretiie, an dierehera vainement sur la csË'te d'Europe le nom de ce vaste empire d'Autriche^ que les artifices de l'habile
DES NATieNALITÉS; 98
diplomate et de ses prédécesseurs avaient si laborieusement édifié, et qui parait destiné i tomber devant le réveil des nationalités dont les débris Composent son domaine.
Dans ce grand fait de Tunification de Tltalie, qu'adviendrait-il de la souveraineté temporelle du pape?
On ne saurait se dissimuler les graves inconvénients que présente la réunion, dans les mains du Saint Père, du gouvernement delà catholicité et de Tadministration séculière des Étals pontificaux :
V L'alliance du pouvoir séculier et du sacerdoce cause le dépérissement des intérêts matériels ^ qui, en présence des intérêts spirituels^ ne doivent être et ne sont, en effet, qu'un objet accessoire des préoccupations du souverain. Le clergé n'est ni ingénieur, ni économiste, ni financier, ni militaire, ni marin : il se salirait au contact de la police d'trn Etat ; il n'admet pas la liberté de conscience et des cultes, condition essentielle du développement des pays civilisés, et sans laquelle le monde serait placé entre les bûchers de l'Inquisition et le poignard des Musulmans. Si l'on juge un arbre par ses fruits, une administration par ses résultats, on jugera l'administration ecclésiastique par les solitudes pestilentielles de la campagne romaine, par l'abandon et la ruine des aqueducs, des égouts et des grandes voies, par les progrès de la
96 MJ PRINCIPE
mendicité et du banditisme, par la répulsion unanime des classes éclairées.
2*" L'alliance d'une souveraineté territoriale et du sacerdoce compromet ce dernier. En effet, les actes administratifs, pour lesquels on ne saurait, sans tomber dans Tabsurde, invoquer le privilège de l'infaillibilité, sont naturellement sujets à discussion, et attirent ainsi la censure des hommes sur un personnage auguste, qui devrait n'y être jamais exposé.
On s'est efforcé d'établir que la possession d'une souveraineté territoriale est une condition de la prospérité et de la grandeur du catholicisme dans le monde. Mais, une telle solidarité, si elle pouvait être démontrée, produirait cette conséquence fatale, que tout échec subi par la puissance séculaire serait un échec pour la puissance ecclésiastique , et que, le jour où le temporel aurait fait son temps, comme toute chose temporelle, le spirituel aurait aussi vécu. Or, l'histoire nous enseigne que le domaine pontifical a été diminué, accru, réduit encore, et modifiée n divers sens, par des actes diplomatiques, sans que l'ascendant du pape sur les catholiques en ait été affaibli. Aujourd'hui même que les États de l'Église sont notablement amoindris par la perte de la plus grande partie des légations, le successeur de saint Pierre en est-il moins obéi par l'épiscopat, moins vénéré par les fidèles? Non, sans doute ; et bien malavisé, bien dangereux aussi, serait l'homme qui affirmerait le con-
DBS NATIONALITÉS. 07
traire^ car il affirmerait la mortalité de ce qui, d'après notre loi religieuse, est immortel. Dire^ en eiîet, que le pouvoir spirituel du pape serait diminué par la privation d'une partis de son domaine terrestre, c'est reconnaître que la perte de tout ce domaine amènerait la fîn de son règne spirituel. Or, nul croyant catholique, n'admettra que les promesses faites par Dieu à son Église soient vaines et sujettes à déception.
3^ Par l'alliance du pouvoir séculier et du pouvoir sacerdotal, la papauté, d'institution catholique^ c'est-àdire universelle, qu'elle a été et qu'elle doit être, est devenue une institution italienne. Le sacré collège, qui en est la représentation vivante, se compose, presque en entier, d'Italiens. A peine, sur les 66 membres dont il est actuellement formé, les grands États de l'Europe (que réglise romaine, héritant des traditions de l'ancienne Rome, appelle ses Provinces) y y comptent ensemble 15 cardinaux ^ : et encore, ces derniers, résidant loin de la Yille éternelle, laissent-ils à leurs collègues italiens le libre maniement des affaires.
Le gouvernement de la catholicité n'a donc pas ce caractère élevé, dégagé d'esprit local ou même national, ce caractère pour ainsi dire cosmopolite, qui répondrait à son principe comme à son nom. .
4** L'alliance du pouvoir séculier et du sacerdoce dans
< Voir not^ J.