‹ Du principe des nationalités (volume 2)Chapitre 2 sur 51 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La plupart des guerres et des insurrections survenues en Europe depuis 40 ans ont eu pour cause l'oppression ou le démembrement des nationalités. — La Grèce, — La Belgique. — La Pologne. ■— La Hongrie. — Les Slaves roumains. — L'Italie. — Guerre de 1859. — Le Piémont et l'italianisme. — La Prusse et le germanisme. — La Russie et le panslavisme. ■— Les Scandinaves; incident du Schleswig-Holstein. — Les îles Ioniennes.

En 1821, une noble nation, courbée depuis quatre siècles sous le Joug de la conquête, la nation des Hellènes, releva la tête, et, après avoir soutenu seule, pendant six années, contre les conquérants, une lutte inégale, elle vit venir à son aide trois grands peuples de rOccident. Grâce au concours des armes réunies de la France, de la Russie et de TAngleterre, elle purgea du moins, en 1829, le sol classique du Péloponèse et de la Livadie, d'oppresseurs, qui, là comme partout

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OÙ a régné le despotisme turc, avaient accumulé les

crimes, les malheurs et les ruines.

. Depuis ce temps, les populations de même race, qui

bordent au nord le royaume de Grèce, n'ont cessé de

réclamer leur indépendance, et ne sont retenues dans

l'obéissance à Tempire ottoman que par l'occupation

armée.

Sous l'impulsion de la révolution de 1830, l'une des plus glorieuses tribus de l'ancienne famille gauloise, celle qu'une diplomatie vindicative et ombrageuse avait, dans nos jours de désastres, arrachée à la France épuisée, la Belgique, non contente de briser les liens artificiels qui l'attachaient aux États néerlandais, demanda à la France une place sous son drapeau. Tous les cœurs l'accueillaient comme on accueille un frère trop longtemps absent du foyer. Mais l'Angleterre, alors notre unique alliée, abusant de notre isolement, ne permit pas que les rives de l'Escaut et le port d'Anvers rétournassent aux mains de son étemelle rivale * ; elle opposa son veto, et la France répondit à la Belgique par un refus.

En i831, quelques mois après la réapparition en France du drapeau tricolore^ dont ils avaient si longtemps partagé les gloires et les revers, les Slaves de Pologne tentèrent, à leur tour, de secouer le Joug de la Russie, qui les tenait en partie sous sa domination.

< Voir note A,

DES NATrONALITÉS. H

La lutte fut longue, acharnée, héroïque ; mais, comme le disaient les soMats de Tindépendance : « Dieu est trop haut et la France est trop loin. » La France laissa, en effet, écraser la nation martyre ; Dieu lui prépare un brillant réveil.

Quinze années s'écoulent, quinze années de paix, durant lesquelles de savants ethnologistes et historiens, des professeurs et des puWicistes éloquents, rappelèrent aux peuples leurs antiques origines, tracèrent les limites de leurs domaines primitifs, invoquèrent les affinités indestructibles des races, et, au nom de ces affinités^ proclamèrent Tindividualité distincte des groupes qui habitent notre vieux continent.

Les uns montrèrent le rôle chevaleresque et la puissance tutélaire des Slaves, qui, du Danube à la Yistule, avaient servi autrefois de boulevard aux nations occidentales, et que ces ingrates nations avaient laissé morceler et asservir ; ils firent appel au sentiment de fraternité qui devait réunir les tronçons épars de cette grande famille humaine.

D'autres exaltèrent la patrie allemande, glorifièrent dans son passé cette race robuste, indomptable, qui, seule, avait victorieusement résisté aux armes romaines, alors que les armes romaines régnaient sur presque tout l'univers connu.

D'autres, enfin, se firent les apôtres ardents de Vunité italienne. En 1846, le Souverain Pontife devint

le promoteur de cette grande idée^ aux applaudissements de TEurope attentive et émue, et, de la tribune française, tombèrent ces paroles qui sont encore dans toutes les mémoires : « Courage, Saint-Père, courage * ! »

Au coup de foudre de 1 848, lltalie se leva et posa nettement, en face du droit de conquête représenté par TAutriche et les archiducs, le droit imprescriptible des nationalités.

Toute la péninsule fut bientôt en feu : Turin, Milan, Venise et Rome, ces phares lumineux, semblaient convier les peuples italiens à Tindépendance. Mais une nation, dont la renaissance est, pour ainsi dire, improvisée, sans armes, sans apprentissage militaire, sans chef, sans organisation, divisant ses efforts et ses ressources, vulnérable partout, fortifiée nulle part, devait succomber sous les coups d'une puissance organisée presque exclusivement pour la guerre, préparée de longue main à la lutte, assurée de refuges inexpugnables en cas de revers, et pourvue de plans de campagne qui avaient fait l'objet des méditations de ses généraux. D'ailleurs, l'idée de l'hégémonie italienne n'avait pas encore passé à l'état de formule populaire, de symbole politique, et Ton retrouvait, dans la division des parties et dans leurs tendances distinctes, des traces de cet esprit municipal du moyen âge, esprit

^ Discours de M. Thiers à ta Chambre des Députés, session de 1S46.

t)ES NATIONALITÉS. 13

qui contribua, il est vrai, i h grandeur artistique et littéraire de l'Italie, mais qui devait amener, par Tan^ tagonisme des villes, son abaissement, et faire de cette noble terre un champ ouvert aux ambitions conquérantes.

Après quelques succès brillants, des, défaites amené* rent Tennemi aux portes de Turin. La cause italienne était encore une fois vaincue et Tépée de Charles- Albert était brisée. Venise tomba la dernière ; mais elle eut le temps de faire connaître au monde une des plus grandes figures de Tépoque moderne, Manin, Thomme bienveillant, modeste^ désintéressé, autant qu'il était énergique par le caractère, élevé par Tesprit, héroïque par le cœur. 11 vit bien que l'idée de Tunification, servie par une épée dévouée, pourrait seule rendre une patrie aux italiens. C'est à la prédication de cette idée que l'illustre proscrit consacra ses heures d'exil, ses dernières heures, car il ne devait plus revoir cette terre dont l'amour lui avait tant coûté.

L'Autriche, c'est-à-dire l'élément étranger, recommença à dominer sur l'Italie. Les fils de la Lombardie et de la Vénétie furent, comme par le passé, transportés en Hongrie, dans la Gallicie ou dans d'autres provinces de l'empire, tandis que les soldats hongrois, galliciens ou croates, vinrent sur le sol italien, maintenir par la force cette oppression contre laquelle protestaient les instincts immortels de la race.

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Dans le même temps, les Hongrois secouaient, à leur tour, le joug de rAutriche» et, combattant victorieusement ses années» menaçaient sa capitale. La Hongrie fot un moment aux Hongrois ; et c'en était fait de Taigle impérial à deux têtes sans le secours de soii allié du Nord. La lutte devint par là trop inégale, et la valeureuse nation dut baisser de nouveau la tête sous un pouvoir détesté. Mais une antipathie profonde sépare toujours les deux races : aux tentatives d'incorporation à l'empire et d'effacement de Tautonumie, les Hongrois ont répondu par les protestations les plus énergiques, et chaque effort que faisait le cabinet de Vienne, pour réaliser leur assimilation, semblait élargir la distance qui les séparait de lui. Devant de telle répugnances, devant des résistances si opiniâtres, l'empereur François-Joseph a reculé : il parait consentir à laisser, du moins quant à présent, à l'antique royaume de Hongrie son individualité, et des actes récents, notamment le choix du nouveau gouverneur, le général hongrois Bénédeck, peuvent être considérés comme des pas faits dans la voie des concessions à l'esprit national. Mais ce sont là de vains palliatifs, tout au plus de nature à retarder une rupture violente entre deux éléments profondément hostiles l'un à l'autre.

Auprès des Hongrois, les Slaves roumains de Moldavie et de Valachie s'élevèrent, en 1848, avec la même énergie, contre la domination ottomane. Ils

bËÉ NAtlOlfiÀLÏtÊS. 15

parvinrent) eux aussi^ à rendre, pour un temps, les deux principautés indépendantes ; mais ce succès fut éphémère, la réaction survint, et les Roumains rentré* rent dans l'obéissance. L'heure de leur délivrance définitive devait bientôt sonner* Après l'expédition de Crimée et la diute de Sébastopol, notre représentant au Congrès de Paris , appuyé par les plénipotentiaires de Russie et de Sardaigne, assuré tout au moins de la neutralité de la Prusse, stipula, malgré l'opposition de l'Angleterre et de l'Autriche réunies (alliance monstrueuse en apparence^ rationnelle au fond), stipula, disons-nous, pour les Principautés, de bonnes conditions, dont une mise en pratique intelligente et courageuse devait conduire à l'entier affranchissement des peuples roumains. La double élection du prince Couza a résolu, en fait^ la question de Tunion. Cette union est aujourd'hui accomplie, le lien qui retient encore les peuples des rives danubiennes sous la suzeraineté delà Porte ottomane est bien faible, bien fragile, et tout le monde pressent qu'au premier conflit, il se brisera sans retour. Le sang et les trésors prodigués en Crimée sont leur rançon, et la France, dont tant de fois leurs sympathies avouées ou secrètes avaient invoqué le nom, peut se dire avec fierté leur libératrice.

Dans ce même Congrès de Paris, où se posèrent incidemment les questions les plus graves de la politique internationale, et où l'on peut apercevoir le germe de

tous les grands événements contemporains, le Piémont, qui avait, lui aussi, acheté, pai* le sang versé à nos côtés sur le champ de bataille de Tracktir» le droit de siéger dans le conseil des grandes puissances, le Piémont, na^ tion italienne, se fit Torgane des souffrances et des vœux de l'Italie. Il demanda, au nom de la sécurité de TEurope, comme au nom des droits de l'humanité, que les gouvernements oppresseurs, qui pesaient sur les différentes parties de la Péninsule, adoucissent des rigueurs, qui, après la désafTection, devaient amener la haine, le désespoir et la révolte.

Les déclarations et les réserves solennelles de M. de Gavour furent suivies des reuH^ntrances de la France aux cours de Vienne et de Rome ; nos relations avec la cour de Naples furent suspendues ; des promesses vagues de réforme, arrachées au gouvernement pontifical, furent éludées comme les promesses précédentes; les demandes de la France, appuyées ostensiblement par TAutriche, furent secrètement combattues en son nom; le pape Pie IX et le cardinal Antonelli furent encouragés à la résistance.

Aces procédés hostiles et irritants du cabinet autrichien, étaient venus se joindre des actes d'opposition persistante au travail d'unification des Principautés moldo-valaques, et des menaces d'intervention dans la Servie, alors agitée par l'esprit nouveau.

Enfin, le 1" janvier 1859, on entendit ces paroles

significatives à Tadresse de François-Joseph, qui, en dévoilant des complications dont peu de personnes soupçonnaient la gravité, annoncèrent au monde Timminence d'une lutte terrible. C'était le premier grondement de cet orage, dont le dernier coup de tonnerre retentit, quelques moii plus tard, à Solferino.

Chacun sait le cours rapide de cette victorieuse campagne d'Italie, où nos soldats se montrèrent les dignes fils des héros de Lodi, d'ArcoIe et de Marengo. La France et l'Europe tressaillaient déjà à l'espoir de la délivrance de l'Italie Jusqu'à l'Adriatique, lorsque survint la paix de YiUafranca, subitement conclue entre les deux empereurs, et confirmée depuis à Zurich. La Lombardie cédée à la France, puis rétrocédée par celleci au Piémont j les droits réservés diplomatiquement aux souverains de l'Italie centrale, annulés par l'unanimité des populations ; la Romagne, le jour même du départ des soldats autrichiens, arborant le drapeau tricolore, et refusant de se ranger de nouveau sous le régime des (^urdinaux légats; enfin, tous les peuples de l'Italie, se prononçant pour l'union aux États de Sardaigne, et le roi Victor-Emmanuel consentant, selon les vœux réitérés des Italiens, à étendre son sceptre sur les provinces qui se donnaient à lui; tels furent les résultats de notre intervention armée et des négociations qui la suivirent.

Il y a peu de mois, une insurrection ayant éclaté en

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Sicile, Garibaldi, Thabile et audacieux capitaine, débar^ qua sur ses côtes, suivi d'une poignée de volontaires, et, après deux victoires remportées sur l'armée napolitaine, entra triomphant dans Palerme. Gatane, Messine (sauf la citadelle) et toutes les autres places et villes siciliennes, lui ouvrirent leurs portes, et Tile entière fut bientôt au pouvoir du libérateur.

Frappé par ce coup terrible et imprévu , François II sollicita, mais vainement, l'intervention des puissances européennes, qu'il avait jusque-là repoussée. C'est alors que, par un acte souverain (c'est-à-dire par un de ces actes que le prince peut retracter à son gré), il chercha à faire revivre la constitution octroyée en 1848, puis annulée par feu son père, Ferdinand II; il accorda l'amnistie, le drapeau tricolore italien orné des armes de sa dynastie, et la promesse d'une alliance avec la monarchie piémontaise pour le règlement collectif des intérêts généraux de l'Italie.

Mais les populations avaient été si souvent abusées par des concessions du même genre, faites sous les étreintes de la peur, en désespoir de cause (per despereh zi(me)y puis éludées ou retractées quand le danger semblait disparu, qu'elles n'avaient plus foi dans la parole du souverain, et qu'elles l'accueillirent par le mot fatal : // est trop tard.

On put constater, à côté de cet accueil dédaigneux, le prestige qu'exerçait déjà sur les peuples et sur Tarmée

DES. NATIONALITÉS. i9

eUe-meme le nom de Garibaldî , l'enthousiasme qu'il exdtait dans Tardente jeunesse de l'Italie; on put remarquer aussi dans la lettre adressée par les délégués des douze quartiers de Naples à M. le baron Brenier, pour protester contre Taltentat dont l'honorable diplomate avait été victime^ le passage où ils rappelsûent leur dette de gratitude envers la France et l'empereur , lequel, « avec le rai Victùr-Emmanuel , donnait ^ $ur » les champs de bataille, le signal de la résurrection de » Vltalie. » Il était sâsé de pressentir que les Napolitains ne bornaient plus leurs vœux à une édition nouvelle d'institutions^ qui n'avaient laissé ni traces glorieuses ni souvenirs heureux; que, là cornue en Toscane et dans rÉmiHe, les esprits s'étaient élevés à l'idée plus haute de Yunité italienne,. et que, déterminés qu'ils étaient à en poursuivre la réalisation par le suffrage ou par les armes^ ils n'accepteraient la liberté même que des mains du roi de Vltalie affranchie.

Ces pressentiments se sont réalisés.

Le dictateur de la Sicile, maître du détroit de Messine i a jeté une armée dans les Calabres« Â sa voix, les provinces méridionales du royaume napolitain, k Basilicate, la Gapitanate^ les Âbruizzes, se sont levées contre François II, et ont organisé des administrations provi^ soires. Sauf le combat de Reggio^ où la lutte n'a même duré que deux ou trois heures, les volontaires se sont avancés au cœur du pay^, presque sans coup férir :

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Tarmée royale s'est, en partie, dispersée ou rendue au chef dont la bravoure chevaleresque et les intelligentes hardiesses fascinent les âmes italiennes.

Délaissé par ses ministres et par la plupart de ses généraux, le jeune fils de Ferdinand II, victime expiatoire des fautes de son royal prédécesseur, a quitté sa capitale, et la marine, malgré ses ordres et ses prières, a refusé de le suivre à Gaëte, préférant à cette cause perdue, la cause de la patrie.

Quelques heures après , le dictateur entrait à Naples, lui cinquième, sans armée, sans escorte, et saisissait les rênes abandonnées du gouvernement.

Et tous ces faits si étranges dans leur succession rapide, se sont accomplis sous Tinfluence d'une même idée, d'une même volonté : l'unité italienne sous le sceptre de Victor-Emmanuel .

Toutefois, un reste important de troupes fidèles à François II, fortifié dans les places de Gaëte et de Capoue, a fait subir aux lieutenants de Garibaldi, près de Cajasso, un échec meurtrier.

Le célèbre partisan a pris depuis une éclatante revanche sur les bords du Vulturne, et, au moment où nous traçons ces lignes, une lutte décisive et dont l'issue est facile à prévoir, va s'engager entre les royaux et lés volontaires secondés par les troupes piémontaises.

Tournons maintenant nos regards vers l'antique Germanie. Le culte de la patrie allemande, qui, de i813

& iSiby souleva contre nos armées les populations d'outre Rhin^ a continué, depuis le triomphe de la Coalition et la chute du premier empire, d'être exalté par les philosophes^ les savants et les poètes. Les livres et les revues sont remplis de la glorification de la race gerpaanique^ de ses origines et de son histoire. L'Allemagne aspire à la fois à Tunité et à la liberté. Elle se cherche, et elle ne trouve que sa circonférence, mais point de centre, où elle sente son cœur battre, sa pensée éclore, et sa volonté se traduire dans la pratique de la vie internationale. Elle réclame instamment la réforme de sa constitution fédérale, et ce désir de réforme n'est, au fond , que l'expression du besoin d'unité politique. Or/ des deux grandes puissances qui se disputent la prééminence dans la confédération, l'une, l'Autriche, composée de Slaves, de Hongrois, d'Italiens et d'Allemands, ne saurait, à aucun égard, personnifier l'idée de l'hégémonie allemande , dont elle est la négation. Dirigée par un gouvernement autocratique et sans contrôle, elle est inapte à fonder la liberté, dont elle est l'ennemie. Soumise à un régime d'intolérance ultra* montaine, elle ne peut se confondre avec les états protestants , dont elle est l'adversaire et deviendrait la persécutrice. C'est donc à l'autre, la Prusse, nation germanique d'origine, libérale d'instincts, tolérante par principe, qu'incombe la grave et difficile mission de refondre l'Allemagne*

En 1848, par un contrecoup de notre révolution, une première tentative d'unification eut lieu. Les aspi* rations du peuple prussien vers les institutions libérales et la direction politique de rAllemagne, dont il tenait déjà la direction littéraire et scientifique > éclatèrent violemment. On connaît l'histoire des mouvements populaires de Berlin. Sous la pression de ces mouvements^ la Diète de Francfort offrit au roi de Prusse le sceptre d'un empire allemand. Mais Frédéric^GuilIaume, esprit dénué d'aptitude gouvernementale^ imagination rorna* nesque et caractère mobile, s'effaça devant un rôle dont il n'avait pas compris la grandeur et l'importance, et s'affaissa sous une responsabilité dont il n'avait pas calculé le poids. Il recula, au moment suprême^ devant les éventualités d'une collision avec l'Autriche et d'une rupture avec la Russie, alors alliée de cette dernière : car l'Autridoke n'avait pas eu encore l'occasion d'étmner le monde par Y excès de son ingratitude.

Depuis cette époque, à propos de la lutte inégale qui ^'engagea entre l'un des duchés de la confédération (Hesse-Cassel)^ qui s'était donné une constitution plus libérale, et la Diète^ qui, d'après l'inspiration de VAvh triche, lui déniait le droit de changer son organisation intérieure» l'antagonisme se réveilla. La Prusse encou** ragealesHessoisà la ré^tanoe. Mais, malgré les obligations Eoorales que cet encouragement lui avait ifnpo*^ sées, elle déserta son rôle, abandonna ses clients, et

parut mêmeadhér&r aux injonctions de la Diète^ c'ost-àdiro de l'Autriche, dont la Diète était le docile instrument.

La question &é présentera de nouveau^ et le prince régent de Prusse, dont la politi<)ue a, par intervalles, des allures plus résolues que celles du roi Guillaume, et qui semblait naguère disposé à soutenir le duché, devra aviser. Mais faut^il compter sur des velléités et dès promesses qui ont été si souvent trompeuses?

La propagande nationale s'exerce activement sur toute la surface du territoire allemande L'idée nouvelle s'est fait jour même aasdn de l'assemblée élective qui siège à Berlin ; le gouvernement s'est plus d'une fois associé ouvertement aux vobux du pays, et, si la providence suscitait de ce côté un homme intelligent, habile et énergique, tel qu'elle l'a donné au Piémont, nous verrio;is bientôt, peut-^être^ poser les premières pierres de l'édifice de l'empire germanique ^ -

Or, quelle que soit l'époque où la pensée de l'organisatiop de la patrie allemande recevra sa réalisation^ cette pensée implique naturellement^ nécessairement même^ la désagrégation de tout ce qui n'est point l'élément germanique. Cette conséquence logique nous pa^ raît aussi incontestable qu'une vérité mathématique^ Admettre> en effet, la constitution d'une nation conformé^ ment à la toi de l'indépendance relative des races, c'est-

<îVoiïnoteB.

â-dire par Tune d'elles, individualité distincte, c'est forcément admettre qu'elle se séparera de tout ce qui n'est pas cette race et appartient aux individualités limitro* phes. N'est-on pas, dès lors, autorisé à taxer d'inconséquentes les susceptibités que nos voisins d'outre Rhin ont montrées, en 1869, à l'endroit du démembrement des provinces italiennes de l'empire autrichien? Hâtonsnous d'ajouter cependant, qu'en définitive, malgré des préventions aveugles et des passions jalouses, exploitées contre nous avec plus d'habileté que de bonne foi, l'Allemagne a laissé entamer le domaine italien de François-Joseph, rendant ainsi hommage, sans l'avouer, au principe de l'affranchissement des nationalités.

En face de la propagande germanique, une propagande aussi active s'est faite au nord-est de l'Europe, parmi les races slaves. Mettant systématiquement à profit l'élément slave que lui procure l'incorporation de la Pologne^ la Russie s'adresse, par Torgane de cette dernière, comme par ses propres écrivains, aux habitants du duché de Posen, de la Gallicie autrichienne, des bords du Danube, de la Croatie, etc., attirant ainsi vers ses possessions slaves, par l'affinité du sang, les nombreuses tribus assises au sud de ses États. Le panslavisme, tel est le nom donné à cette propagande : il en définit bien le but et le moyen. Mais, « f homme « s'agite et Dieu le mène^ » et Dieu fait servir à ses propres desseins les menées ambitieuses, autant que

les vertua des peuples et de leurs gouvernements. Nous verrons plus bas qu'à son insu, la Russie prépare, par cette voie, la formation, à ses propres dépens, d'une confédération qui lui deviendra vraisemblablement élrangère. Quoiqu'il en soit, et à ne prendre que le principe même de la prédication panslaviste, nous avons le droit de dire, qu'à l'exemple de la propagande germanique, elle suppose évidemment la désagréga^ tion de ce qui n'est pas slave, c'est-à-dire, quant à l'Europe> de tout élément tartare ou finnois, allemand ou italien.

Au nord-ouest de rEi;irope, un groupe considérable, quoique très-inférieur au groupe germanique, cherche à se constituer distinct et compacte : c'est celui des peuples Scandinaves, qui habitent le littoral de la mer Baltique, et sont aujourd'hui répartis entre la Suède, la Norvège et le Danemarck. Ils se reconnaissent comme frères par l^origine et les traditions historiques.

Les deux races germanique et Scandinave ont eu déjà l'ociîasion, lors de l'insurrection des duchés de Schleswig-Holstein, de montrer leur antagonisme. Cette insurrection survenue, jour pour jour, un mois après la révolution du 24 février 1848, a, comme on sait, pour cause réelle, le mouvement de la race saxonne qui peuple le Holstein, et que ses instincts éloignent du Danemarck (auquel elle est pourtant soumise), en même temps qu'ils l'attirent vers les nations allemandes.

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