LES UBLLÈNBS. — ROYAUME BYZANTIN
La race hellénique habite : T Tout le territoire compris entre la chaîne des Balkans, qui, au nord, la sépare
des Slaves, la mer Ionienne à l'ouest, la mer de Candie
DBS NiTiOMAinÉS
au sudy la Méditerranée à Test ; p'est-à-dire» en partant des Balkans, l'Albanie, la Macédoine, la Roomélie, Andniiople et l'antique capitale de Tempire byzantin ; au centre la livadie, an sud la Morée; V Gorfou, Géphalonie, Zante et les autres îles Ioniennes ; 3° Ghio, Candie, Chypre et toutes les îles de rarchipel oriental*
Là, les éléments sont préparés pour Torganisation d'un état unitaire, dont le noyau porte déjà le nom de Royaume de Grèce,
A la période de décomposition, où l'empire ottoman languissait depuis si longtemps, parait succéder la période de l'agonie. Les deniiei^ événements de Syrie, ies massacres des Maronites du Liban et des Chrétiens de Damas, cet immense holocauste offert au prophète par une population fanatique, hâtent l'heure la dissolution de ce vaste empire. Un dilemme terrible est posé au gouvernement turc : et Ou vous êtes » complice de ces égorgements, ou vous êtes impuisj» sant à les prévenir et à les réprimer. Votre compli- » cité on votre impuissance appellent une inter<- » vention au nom de l'humanité. » Or, les nations occidentales^ en se substituant au padischa, pronon^ cent implicitement aux yeux des peuples sa déchéance. La banqueroute n'est plus seulement aux portes de Constantinople, elle assiège le palais du sultan, et les symptômes d'une fin prochaine de cet empire décrépit se multiplient avec une gravité et une promptitude qui
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frappent les esprits même les plus zélés pom* le mahométisme \
Dans le démembremenl que l'on pressent devoir suivre cette crise suprême de Tempire ottoman, l'idée de l'ancien État byzantin reparaît avec son prestige populaire. Les provinces peuplées . d'Hellènes, qui sont au nord de la Grèce actuelle, se rattacheront i ce royaume, ainsi que Byzance elle-même.
Les aspirations, plus encore, la vobnté,. de la race hellénique qui existe sur ces territoires, se révèlent par des mouvements fréquents, que la police et les armes turques n'ont jamais réprimés qu'à demi, et qu'elles seront bientôt peut-être impuissantes à contenir.
En Grèce nfiême, nous trouvons dans les organes de la publicité le témoignage de ce pressentiment d'un avenir prochain. Ne lisait-on pas, en effet, il y a peu de jours, dans un journal d'Athènes (HXioc, le SoleU)^ ces paroles significatives, écrites à propos de l'expédition légendaire de Garibaldi en Sicile : « La voix de la » liberté se fait entendre des rives de la Sicile â celles 9 de la Grèce; quand la Sicile sera libre, elle viendra » délivrer les iles ioniennes, la Crète, Chypre, Rhow des, l'Épiro et la ïhessalie ; quand Victor-Emma- . » nuel possédera l'Italie entière, il sera dans les con-
* Voir iMte G.
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DBS MATMMAUTÉS. 81
» seils de FËiirope le chaleureux défenseur de VunUé
» hellénique, »
La Russie, qui a» comme on sait,, envisagé de longue date l'éventualité du démembrement de l'empire otloman« s'est eflbrcée et s'elïorce de faire servir à ses projets ce mouvement hellénique ; elle a recherché et elle a acquis, en effet, au sud des Balkans, une influence considérable, qu'elle doit surtout à la communauté de religion. Pontife suprême du culte grec schisma^ue, le czar s'est fait le protecteur des peuples qui le professent, et il poursuit ainsi son but de domination par une double voie : sous un prétexte de communauté d'origine, par le panslammey au nord des Balkans ; sous uu prétexte de fraternité religieuse, par le panheUéiûmej au midi de la grande chaîne.
Mais, le danger que paraît renfermer cette double propagande, au point de vue des envahissements de la politique moscovite, est infiniment moindre qu'on ne peut l'imaginer à première vue. Nous avons dit plus haut pour quel motif, suivant nous, il n'y a pas à le redouter quant aux Slaves : la même raison s'applique aux Hellàies* Ces d^ers mettent volontiers et mettront encore peut-être à profit la bonne volonté et, au besoin, les armes de la Russie, pour reconquérir leur autonomie. C'est lâ une nécessité de leur position ; car, dans cette période militante de l'hellénisme, il lui fout un point d'appui, et ce point d'appui est le
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patronage intéressé du grand Ëtat du nord. Mais» croire que cette individualité si glorieuse, ce génie si puissant, si original, si différent des races tartares, ira s'unir et se confondre avec ces dernières, c'est là, à nos yeux» une profonde erreur, que l'on reconnaîtra au lendemain de raffranebissement de la nationalité hellénique.
H est même i rranarquer que, dès à présent, les
Grecs, comme les autres peuples impaticiils du joug, avides de reconstituer leur unité, tournent instinctivement leurs regards vers h France, héritière de la civi-^ lisation gréco-romaine, et attendent d'elle, plutôt que de la race moscovite, le signal de leur délivrance. Citons encore un passage de iMiÀio;, publié à Athènes : « D'accord avec lui (Yietor-Emmanuel), fe& Fram- » çais affranchiront les Grecs y leurs frères, du Joug » impur de FOttoman. Secourez donc, ô Grecs, le& » concitoyens d'Archimède, delModore, deThéocrite; » la guerre que soutiennent, en ce moment, les Sici- 9 liens est une guerre hellénique. »
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LES GKRMAINS.
La partie gerroanique de FAutriche, située à l'ouest de cet empire, irait vers son centre national, qui est la Prusse. Les royaumes^ les prindlpautés, les grands et petits duchés de la Confédération, situés au nord et au nord-est du Rhin, se grouperaient, en vertu du mouvement unitaire que nous avons signalé plus haut, autour de la nation allemande par excellence. Toutes les aspirar tiens sont dirigées vers die, eomme vers Téloile de la patrie future ; et les efforts que font ouvertement aujourd'hui dans ce sens ses hommes politiques, ne sont que la mise en pratique d'idées longtemps élaborées dans la tête des penseurs de cette puissante race : « La Prusse, » disait , il y a peu de jours , la Sodété nationale de Breslaw, dans une adresse à la Société nationale italienne de Ttirin, € la Prusse prépare la solution de » la question de la nationalité allemande, cette grande » idée, qui réunit tous les hommes libéraux et sensés » de notre patrie, et qui doit être une vérité et un fait. » La Prusse sera à la téte do rAllemagne unifiée. »
Le nouvd empire germanique reprendrait la partie
DU PBINGIPB
centrale et occidentale de TAotriche ictuelle, c*e8t4-
dire rarclnduché d'Autriche, les royaumes de Bavière, de Wurtemberg, de Saxe, de Hanovre, de Hollande, h Prusse, diminuée du duché de Posen qui ferait retour à la Siavie, et tous les duchés et principautés confé- ' déréfl, sauf le territoire gaulois de la rive gauche du Rhin, dont nous nous occuperons plus loin.
n serait borné, au sud-ouest par le Rhin, à Touest par la mer du Nord et par l'Eider qui le séparent du groupe Scandinave, au nord par la Baltique et la Siavie, à l'est et au sud-est encore par la Siavie, au ^d par les Alpes fhétiques et le royaume itahen.
tiROUPË SCANDIl^AVE. .
Dans toutes les circonstances graves de la politique internationale, la famille Scandinave, représentée par les trois royaumes de Danemarck, de Suède et de Norwége, et par la grande île d'Islande, s'est distinguée de la race germanique, dont elle est limitrophe, par ses instincts, ses moeurs, ses sympathies et ses alliances.
Ces différences se sont fiût remarquer, il y a peu
d'années, dans une question qui passionnait alors vive-* ment les esprits en Allemagne comme eu Dauemarcki et qui est près de se réveiller. Nous voulons parler de
la question des duchés de Schleswig-Holstein, dont la population est, presque toute entière, de race saxonne dans le Holstein. Sous cette question, si mince en apparence, se cache un grave problème de nationalité, auquel Allemands et Danois attachent une égale importance, et qui excite l'intérêt des grandes puissances occidentales.
Les Danois reconnaissent, avec sincérité, que les habitants du Holstein, c'est-à-dire de la région située au sud-est de l'Eider, doivent, conformément au principe des nationalités, faire retour à la iamille germanique. Quant au Schleswig, qui n*est qu'imprégné de germanisme sur la rive nord-ouest de 1 Eider, et qui est, dans lé fond, de race Scandinave, il resterait attaché à la Scandinavie. Cette solution, recommandée par plusieurs publièistes, nous paraît la plus logique et la plus équitable envers les deux nations qui se disputent la possession définitive des duchés.
LES ANGLO-SAXONS. — LES GAËLS d'ÉCOSSK, DU PAYS DB OAlJiBS ET D'IRLANDB.
La grande île, que la Manche sépare de la France, et dont la plus grande-partie reçoit des historiens et des géographes de l'antiquité le nom de Bretagne, est, sauf deux fractions assez étendues dont nous parlerons plus bas, babitée par des populations de races diverses, où le type celtique se mêle au type anglo-saxon. Les chants 4es vi^ Bardes et les légendes populaires eonservent, dans les couches inférieures, le souvenir d'un peuple primitif de la Bretagne, qui aurait une origine commune avec les Celtes de la Gaule. Les affinités de ce dernier type avec celui des anglo-saxons, hommes du nord de la Gmnanie, sont nombreuses et frappantes, et modifiées seulement, à la surface, par le sang normand qui y lit invmm au ix*siècle«Mais, on constate aussi que le restant de rîle, c'est-à-dire H* le pays de Galles, qui s'étend à l'ouest entre le canal de Bristol et la baie de Morcambe, et placé en face de la gallique Irlande, dont il n'est séparé que par le canal de Saint-Georges ; 2** le territoire situé au nord de l$i Twed, et qui portait chez les an-
OOR NATIONALITES. 87 •
ciens le nom de Calédonie, est occupé par des Gaëls, des Pietés et des Scots, que l'on peut croire avoir été refoulés, dans ces régions montagneuses, par les inva- ■ sions successives venues du nord-est.
Il résulte de cette juxta-position sur une terre insulaire, et, plus encore, de cet amalgame de races aujourd'hui diiliciles à distinguer» un état complexe, un peuple, si je puis dire, composite, qui, à lui seul, Qonstitue, à proprement parier, sous l'influence dominante des circonstances géographiques, une individualité, une nationalité à part; et il ny a point de raison de penser à priori que les éléments divers qui le composent, soient portos à se désunir.
Mais, il n'en est pas ainsi de l'Irlande, Tantique Hybernîe. Aux différences essentielles de religion, d'instincts, de génie eufm, qui distinguent le peuple Irlandais des Ânglo-Saxons, se joignent des griefs qui ont creusé entre ce dernier et son dominateur un abîme plus prdond que le canal de Saint-Georges. Ces causes de scission éclateront un jour, et, dans cette explosion de haines séculaires, qui n'attend peut-être qu'une occasion, le Royaume-Uni sera dissous.
A peine est-il besoin d'ajouter que les iles gauloises de Jersey, Guemesey et Aurigny doivent, en vertu de notre principe, se relier à la nationalité française.
DQ PRINCIPE
YIl LIS Ifii&ES.
L'Espagne, le Portugal et les îles Açores et Baléares
représentent le groupe ibérien, malgré quelque mélange de race& celtiques, dont les traces s'observent sur nne sorAioe peu considérable A l'extréinilé nord-ouest de la Péninsule» mais dont l'iniluence y est très-secondaire. Enclavés qu'ils sont entre la mer et des populations ibériennes, ces territoires peuvent être considérés comme occupés par une seDile et même famille. La chaîne des Pyrénées, que l'on ne franchit que par d'étroits déûléSy limite ce pays et forme du côté du continent une barrière colossale* De tous les autres côtés, l'Océan à l'ouest, le détroit de Cadix ou de Gibraltar au sud, la Bléditerranée à l'est, dessinent avec précision ses contours. L'unité nationale y est donc visiblement préparée par la nature des choses, et, depuis qu'une guerre, secondée par les sympathies unanimes du peuple espagnol et de tous les États civilisés, habilement organisée par le gouvemem^t, bien conduite par le maréchal O'Donnel, et bravement faite par les soldats, ardevé la gloire des armes espagnoles; depuis que la
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tentative insensée do comte de Montémolin et la renonciation à ses prétentions dynastiques, suivies d'une rétractation plus honteuse que son échec, ont consolidé encore le trône de la reine Isabelle* on peut augurer que, dans un avenir peu él(Hgné« l'unité du groupe ibérien se constituera * . Le rocher de Gibraltar, le seul point qui soit foulé par Tétranger, sera dégagé de cette occupation , que h loi si^^ienie des nationalités réprouve, et que des convei^anoea i^ des calculs politiques ne saqnd^ plus justifier^. -/^S^f-i .
L'trAUB.
Déjà, à la suite de la campagne victorieuse de 4859, et sous régide de la France von État, qui prfenile nom de la Haute-Italie^ s'est établi au nord de la Péninsule. La solution qu'ont reçue les dernières questions sous l'influence du principe des nationalités, fait pressentir que Venise, la belle martyre, autrefois la reine de TAdriatique, le Mantouan, le Yâronais, le Tyrol italien, les Grisons et le Tessin, viendront ac-
* Voir nete H.
90 DU namm
<HtAtre/ comme par alluvion, le temtmre de la monarchie nationale.
il parait désormais inévitable que, par mie application logi<{ucdu principe posé, les États du roi dcNaples et ceux du Saînt-Siége s'y réuniront également, pour former enfin la patrie italienne dans sa puissante et féconde unité.
A peine les Deux-Sidles ont-eHes seboué le joug qui
pesait sur elles, les esprits éclairés ont compris d'instinct la nécessité d'une autorité, d'une hiérarchie gouvernementale, qui organise les forces indisciplinées de la révolution : ils ont recc»mu que les bandes improvisées de Garibaldi, irrésistibles dans leur élan contre un ennemi hésitant et amolli, mais dénuées de ce qui constitue la puissance matérielle et la solidité des armées, seraient exposées à de cruels mécomptes et à de sanglantes défaites, si elles affrontaient des troupes régulières. • '
Ce sentiment est aujourd'hui partout en Italie. A Naples comme en Sicile^ citadins et paysans, riches et pauvres, tous réclament la réunion à la monarchie piémontaise, comme un moyen naturel et presque comme la condition nécessaire, du rétablissement de létal normal dans cette société si [Hrofondémenl troublée.
Le dictateur, désireux de conserver la libre disposition des ressources conquises par ses armes pour compléter son œuvre, a résisté opiniâtrément anx manifes-
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DBS fUTlOMALITÉS. 91
tations répétées des voeux des populations : il a du par deux fois intervenir de sa personne, user de tout son prestige, de cette éloquence primesautière, bizarre, colorée, qui caractérise sa parole ; il a dû faire appel aux souvenirs reconnaissants des Palermitains, pour obtenir qu'il soit sursis à Tannexion, jusqu'au moment oà, maître de la Vénétie et de Rome, il pourra, dit-il, du batttduQuirinal> proclamer rentioraifranehissemeni du sol italien et sa soumission à la couronne de Victor- EnimaBuel.
Défi tesensé à l'adresse de la Fraofiàv: dont une armée veille aux portesdu Vatic^! . » ; /
Le gouvernement sarde a senti; i ta fins, le dang^ que ces témérités de langage crésiiant à la cause italienne, et la nécessité de partage aveé l'iilusti^ gué* rillero les travaux et la gloire de la délivrance.
Ses années ont pénétré rapidement dans les iHarches et AmsTOmbrie; à la suite du combat sanglant de Castdfidardo, elles ont forcé Ancône à capituler, et sont venues vésolânient se placer entre leurs alliés dé ?ale8tro, de Magenta, de Solférino , et le hérps exalté de rindépendance.
Ces actes, que la plupart des hommes, même les plus sympathiques à la régénération de l'Italie, avaient tout d'abord condamnés, sont moins sévèrement jugés, aujourd'hui que l'opinion publique est mieux fixée à l é* gard du omiffit élevé, entre les hommes d'État du cabinet
02 DU ntmcm
MFde et tes personnages beaucoup moins éclairés» qui influent sur les déterminations du dictateur. On aperçoit actuellement la situation périlleuse qui résultait de ce conflit, non-seulement pour la cause patriotique dont le Piémont s'est constitué le défenseur, mais, à un point de vue plus élevé encore, pour la cause de Tordre en Italie.
Il fallait, en effet, parer à tout prix les coups dirigés contre ralliancefiran^ise, qui est toujours, au regard des hommes clairvoyants et politiques, l'espoir, le salut de ritalicf il fallait prévenir une collision qui eut été une affreuse anomalie au lendemain de Solférino, et, suivant Texpression de M. de Gavour, un acte d'odieuse ingratitude; il fallait enfin , et, il faut encore, substituer aux entrainements passionnés d'un chef héroïque de volontaires, les décisions raisonnées d*un pouvoir établi.
Or, les actes énergiques accomplis au centre de la Péninsule, ai ramenant la popularité sur la tête de Victor-Emmanuel et de ses ministres, leur ont communiqué la force dont ils ont besoin pour régler, limiter et combattre, s'il le faut, une action parfois irréfléchie. Ces actes sont donc, tout hardis qu'ils aient paru, d'une incontestable habileté : ce n'est pas la première fois que l'audace politique aura été de la suprême sagesse.
Le roi galant-homme se rend dans les contrées récemment occupées par ses troupes, ^t il y a tout à espérer de sa présence au milieu des populations qui
acclament ea lui le représaitant définitif de, h nation
aifranchie.
De son côté, le ministère sarde, en posant^ le 2 octobre, devant le Parlemeut , le principe de 1 aimexion des provinces qui la réclameront par la voie du suffrage, a annoncé la résolution de n'attaquer ni la Vénétie, parce que le vœu presque unanime des grandes puissances s'y oppose, m la ville de Rome, parce que la France y est présente, et qu il y a là une question de l'ordre moral, que la force matérielle ne peut résoudre; il rappelle, en terminant, u qu une voix chère aux multitudes » a manifesté, vis-i-vis de la couronne et du pays, un sentiment de méfiance à Tégard des ministres. Ceux-ci prennent le pays et la couronne pour juges.
L'accueil chaleureux dont ces déclarations mi été Tobjet dans le Parlement, faisait présager un vote presque unanime, et cet espw n'as pas été trompé : les représentants légaux de la Sardaignc ont adhéré, par acclamation, au progranunede M. deCavour, et ont raffermi le cabinet, fortement ébranlé par la crke terrible qu'il traverse depuis plusieurs mois.
On peut voir, du reste, dans Jes derniers actes du dictateui* de l ltahe méridionale, les symptômes évidents d'un rapprochement avec le ministère sarde. Dans une proclamation récente, il a annoncé l 'action prochaine des troupes de Victor-Emmanuel dans les États napolitains, et a recommandé à ses compagnons d'armes de serrer
DO MtMCIPB
fraternellefnent leurs mains victorieuses* A la denuère
rencontre, près du Vulturne, un régiment piémonlais, un bataillon de bersaglieri et une batterie d'artillerie, ont activement concouru au succès de la journée.
L'alliance est donc renouée, l'annexion des Deia- Sidies est imminente, et Tidée de l'unité italienne 6it, au moment où nous écrivons, un grand pas vers sa réalisation.
Si cette réalisation se complète (et l'hypothèse est au moins vraisemblable), les limites du territoire italien seraient nettement tracées par la nature. La Péninsule tout entière, à laquelle se rattachent la Sardaigne et la Sicile, est bornée: 4*'A -l'ouest, par lee Alpes maritimes, les Alpes cotiennes, les Alpes grecques et les Alpes pennines qui la séparent des Gaulois ; 2° au nord, par la chaîne des Alpes rhétiques ou tridentines, qui la séparent des Germains; 3° au nord-est, par les Alpes noriques etcamiques, qui la séparent des Slaves de l'iUyrie; 4^à Test, par l'Adriatique; S^'au sud, |Nur la mer Ionienne) 6** enfin^ aiu sud-ouest, pur la mer Tyrrhénienne et la Méditerranée.
Ce nom AltaUe^ où le prince de Mettemich, dans son dédaigneux langage, ne voyait qu'une expresrim géographiqmj désignera désonnais une virile personnalité, tandis que, dans quelques années peui-être, on cherchera vainement sur la carte d'£urope le nom de ce viBte empim d'Autriche, que les artifices de l'habile
diplomate et de ses prédécesseurs avaient si laborieu-
sèment édifié, et qui paraît destiné à tomber devant le réveil des nationalités dont les débris eompoaent son domaine.
Dans oe grand &it*de Tunifioation de llftaliey qu'adviendrait-il de la souveraineté temporelle du pape?
On ne saurait se dissimuler les graves inconvénients que présente la réunion, dans les mains du Saint Père, do gouvmem^t de la cathoHcité et de l'adminislration séculière des Étals pontificaux :
1** L'alliance du pouvoir séculier et du sacerdoce cause le dépérissement des intérêts maltériels, (]ui, en présence des intérêts spirituels y ne doivent être et ne sont, en effet, qu'un objet gccessoire des préoccupations du souverain. Le clergé n'est ni ingénieur» ni économiste, ni finander, ni militaire, ni marin : il se salirait au contact de la police d*un Etat ; il n'admet pas la liberté de conscience et des cultes, condition essentielle dn développement des pays civilisés, et sans laquelle le monde serait placé entre les bûchers de rinquisition et le poignard des Musulmans. Si Van juge un arbre par ses fruits, une administration par ses résultats, on jugera Tadministration ecclésiastique par les solitudes pestilentielles de la campagne romaine, par l'abandon et la ruine des aqueducs, des égouts et des grandes voies, par les prog^ de la
96 DU nuMci»
mendicité et du banditisme, par b répulâon unanime
des classes éclairées.
L'alliance d une souveraineté territoriale et du sacerdoce compromet ce dernier. EnefTet, les actes administratifs, pour lesquels on ne saurait, sans tomber dans TabsurdCi invoquer le privilège de Tinfaiilibilité, sont naturellement sujets à discussion, et attirent ainsi la censure des hommes sur un personnage auguste, qui devrait n'y être jamais exposé.
Ou s'est efforcé d établir que la possession d'une souveraineté territoriale est une condition de h prospérité çtde la grandeur du catholicisme dans le monde. Mais, une telle solidarité, si elle pouvait être démontrée, produirait cette conséquence fatale, que tout échec subi par la puissance séculaire jserait un échec pour la puissance ecclésiastique, et que, le jour où le temporel aurait fait son temps, comme toute chose temporelle^ le spiriiud aurait aussi vécu. Or, Thistoire nous enseigne que le domaine pontifical a été diminué, accru, réduit encore» et modifiée n divers sens, par des actes diplomatiques, sans que l'ascendant du pape sur les catholiques en ait été aflGûbli. Aujourd'hui même que les États de l*Église sont notablement ainoindris par la perte de la plus grande partie des légations, le successeur de saint Pierre en est-il moins obéi par Tépiscopat, moins vénéré par les fidèles? Non, sans doute \ et bien malavisé, bien dangereux, aussi, serait rhommequi affirmerait le con-
traire, car il affirmerait la mortalité de ce qui, d'après notre loi religieuse^ est immortel. Dire^ en effet, que le pouvoir spirituel du pape serait diminué par la privation d'wie partie de son domaine terrestre, c'est reconnaître que la perte de tout ce domaine amènerait la fin de son règne spirituel. Or, nul croyant catholique, n'admettra que les promesses iisiites par Dieu à son Église soie&t vaines et sujettes à déception.
3° Par l'alliance du pouvoir séoulier et du pouvoir sacerdotal, la papauté, d'institution eaihaliquej e'est-àdire universelle, qu'elle a été et qu'elle doit être, est devenue une institution UaUenne, Le sacré collège, qui en est la représentation vivante, se compose, presque en ratier, d'Italiens. A peine, sur les 66 membres dont il est actuellement formé, les grands États de l'Europe (que réglise romaine, héritant des traditions de l'ancienne Rome, appelle ses Provinces), y comptent ensemble 15 cardinaux ' : et encore, ces deniiers, résidant loin de la YiUe étemelle, laissent-ils à leurs collègues italiens le libre maniement des affaires.
Le gouvernement de la catholicité n*a donc pas ce caractère élevé, dégagé d'esprit local ou même national, ce caractère pour ainsi dire cosmopohte, qui répondrait à son principe comme à son nom.
4"" L'alliance du pouvoir séculier et du sacerdoce dans
* Voir note J.
les mains du Saint Père, est aussi pernicieuse en ce qu'elle rend cette auguste personne justiciable, comme chef d*État secondaire, des grandes puissances continentales. N'a-t-ou pas vu, eu 1856, au Congrès de Paris» le gouvomement des papes traduit à la barre d'un -tribunal politique, où siégeaient, à côté des ambassadeurs de France, d'Autriche et de Piémont, les ministres de l'empereur de Russie, grand-prétre de Téglise grecque, du roi de Prusse» souverain d'une nation protestante, protestant lui-même^ de la reine d'Angleterre, chef de l'église anglicane, et du sultan, le Commandeur des croyants de Tislamisme? N'y a-tril pas dans ce fiiit, tout au moins bizarre, du pontife suprême du catholicisme jugé par une majorité de schismatiques, une preuve des inconvénients et des dangm de Tunion des deux principes? iS est-il pas évident que le pape, dégagé du titre de prince tonporel, qui le met au rang des petits gouvernements, serait à Tabri de toute juridiction de cette sorte; xjue, ramené à sa pureté de pouvoir spirituel, placé au-dessus de l'arène où s'agitent les passions humaines, il serait, coumie ce qui ujest qu'esprit, invincible au regard de toute puissance terrestre?
Ën résumé, l'union, dans la personne de pape, du
spirituel et du temporel, fait languir les intérêts matériels des peuples, compromet la dignité du sacerdoce, fait descendre une institution .universelle aux proportions
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DBS NATIONALITâS. 99
d'une institution italienne, et la subordonne enfin à des États schismatiques.
Loin donc de servir à la papauté, la possession d'un territoire lui est funeste, et nous croyons que, le jour où cessant d'être un domaine italien, elle s'adonnera sans partage à la direction et au salut des âmes, à la diffusion de la parole chrétienne, c'est-à-dire de la lumière, de la vie, du progrès des nations, elle s'élèvera à une hauteur et trouvera des grandeurs qu'elle n'a point encore connues.
Mais^ pour accomplir sa mission, le pontife suprême du catholicisme ne doit être le sujet d'aucun souverain : son indépendance est une nécessité absolue, une loi supérieure qu'on ne saurait éluder, et son immunité, pour employer le langage d'un éloquent évêque, est en quelque sorte de droit naturel * .
Il faut de plus que le trône du vicaire du Christ, élevé par la main de Dieu dans Rome chrétienne, à coté du trône en ruine des Césars, y reste debout à travers les âges. La Ville éternelle n'a cessé d'être la capitale de l'univers conna, que pour commande à l'universalité des âmes; et c'est sur la terre sacrée où fut martyrisé le Prince des Apôtres, que le Siège Apostolique doit subsister à jamais.
Pourtant, si l'unité de l'Italie se constitue, les
* Mandement de Mgr BerUaud^ évéque de Tulle, sur la souveraineté tem» porelle du pape, p. 4.
250,000 habitants de Rome seront-ils condamnés à être pour toujours privés des avantages qu'elle doit procurer aux enfants de la même patrie? Comment justifierait-on une telle condainnation ? Est-il permis d'espérer que eette ag^omération d'hommes se résignera à cette exclusion de la vie politique? Et si, comme on doit le prévoir, elle ne s'y résigne pas, &udra-t-ii la tarir courbée par ta force sous on joug qu'elle veut secouer? La France maintiendra-t-elle indéfiniment, à grands frais, et malgré les remontrances de l'Europe, un éfat de choses contraire à ses propres principes, à son rôle naturel et séculaire?
A ces questions, nous nous croyons tenu de répondre par la négative.
Dès lors, il convient de laisser hi population romaine suivre librement le mouvement de lltalie.
Gomment condliera-t-on cette conclusion avec le maintien du Saint-Siège à Rome?
Il nous parait que le moyen le plus rationnel consisterait à déclarer le Vatican, les sept basiliques, les palais des ministres, les établissements d'éducation et d 'administration eccl^stiques, dmaine exclusif de la papauté, inaccessible à la juridiction du roi d'Italie, comme notre école de France à Rome constitue, depuis plusieurs siècles, un territoire français, inaccessible à la juridiction du gouvemeniait romain. Dans ce cas, les puissances européennes garantirai^t solenndlement,
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* DBS NATlOIIALIlte, 101
par un trûté, la neutralité et l'inviolabilité du domaine
Apostolique, et régleraient en détail les dispositions nécessaires pour assurer au Saint Père son immunité et sa juridiction sur les personnes résidant dans les établissements ecclésiastiques Les nations catholiques fixeraient ensuite le tribut annuel, destiné à pourvoir aux besoins de Tadministration religieuse, . A qui soutiendrait que ce tribut aurait un caractère offensant pour la majesté de l'Église, nous répondrons : Nos seigneurs les archevêques^ évêques et ecclésiastiques de tous ordres sont-ife, en France, humiliés par 1 allocation d'un U aiteaicnt de 1 État? Ëxiste-t-il dans le monde chrétien des ministres, qui, par la vertu, les talents et le respect des peuples, soient placés, nous ne dirons pas au-dessus d eux^ mais même à leur hauteur? Quel est, du clergé de Rome ou du clergé salarié de France, le plus pur, le plus savant, le plus honoré? Poser ces questions, c*est les résoudre. Puisqu'un traitement n'est ni une cause ni un signe de déchéance, combien cela s^t-il vrai d'un tribut annuel, mis aux pieds du Père commun des fidèles I
Examinons maintenant de quel mil la France doit envisage l'éventualité d'une constitution unitaire de là Péninsule italique.
Quelques personnes ont pensé que la politique fran-
< V«nviiirMsdii|NMitioiis, laootaK*
lOf DO PRmcin *
çaise excluait Torganisation de llUiiieen un seul État ; que, d'après le programme tracé dans une brochure célèbre elle n'admettait que l'idée d'une confédération^ où chacun des États existants conserverait son gouver^ nement particulier, et où la diète fédérale, placée sous la présidence du pape, se bornerait à régler les questions relatives à l'armée^ à la marine militaire et aux rela- • tioiis internationales.
Un savant académicien, dans un travail remarquable, a £ait, depuis, au profit de cette tiiéorie, un rapprochement historique (rès-ingénieux^. Après avoir exposé les commencements et les progrès de la maison de Hapsbourg, il nous la montre entrant en lutte avec la monarchie française; Tltalie, au xv* et au xvf siècle, comme dans les temps modernes, servant de champclos aux deux puissances rivales; leurs systèmes d'alliances, analogues à ceux qui sont pratiqués de nos jours» et le roi Henri lY, notamment, donnant la main au duc de Savoie. Nous voyons le Béarnais, dont le génie politique devança si souvent ses contemporains, concevoir et exprimer la première pensée d'une Répu^ blique chrétienne^ dans laquelle entrait nommément une ItaUe eoHfédéréêf composée de vingt États de dimensions d'importance, et de constitution gouvernementale
* Le Pape et le Congrès.
3 Tradition d'une confédération de l'iUUitt par J. Berger de Xin^, M» Paris, 1860.
0B8 NATHNIALITÉS.
trèsHii verses; enfin » rassemblée des chefs de la Jt^-
Uique chrétienne y formant un grand tribunal arbitral, devai^t lequel toutes les questions internationales de- * vaient se débattre et se résoudre ^
Noble pensée, digne d'une si lumineuse intelligence, d'un esprit si indépendant! Mais, en admettant par hypothèse, que la confédération italienne ait été réalisable en^ aucun temps et particulièrement en 1609, où les petits États du nord et du centre de la Péninsule étaient, dit-on, fort attachés à leur autonomie^ il n'en saurait ^re de même aujourd'hui, en pr^enoe d'un mouvement déterminé par l'idée dominante d'une nationalité plus étendue, que Fauteur du livre cité déclare lui-même ne pouvoir méconnaître. A la vérité, M. Berg^ de Xivr^ ajoute que ce mouvement est irréfléchi, et il propose d*adjoindreà la Toscane, Parme, Plaisance, Modène et les Romagnes, pour constituer un État de VItalie eeiUrale. Mais ce serait là, il fout le dire, non pas une autonomie respectée ou rétablie, mais une nationalité factice, arbitrairement créée, et qui, ne répondant à aucun précédent historique, n'aurait aucune chance de durée. Des événements décisifs se sont d'ailleurs accomplis depuis cette publication, et ont modifié, nous le savons, l'opinion de l'honorable écrivain sur ce point particulier. Les provinces centrales ont été, malgré
< Voir iw ce point le ttawignage du véridiqiieet judieifliixSiil]|,4aiii sqp lime dei ÇE$onomi$t royalei.
DU PMNCSm
tous les efforts de la diplomatie» et par un courant de volonté irrésîBtible, annexées à h couronne de Piémont.
Les provinces méridionales et les États de l'Église, sauf le suburbe romain» vont suivre les mêmes destmées, el nous pressentons qu'un courant semblable vaincrait des résistances analogues, si elles lui étaient opposées* Est-il à présumer que, dans la pratique, on puisse organiser une confédération viable entre les représentants de la Haute-Italie, qui a posé et maintient, comme principe fondamental de sa politique extérieure, l'expulsion de rétranger, et les représentants de TAulriehe, qui repousse nécessairement et combat à outrance ce même principe ? Pourquoi tenter de réunir, dans une pacifique ét cordiale entente, le roi libéral du Piémont et le roi de Naples, dont l'éducation religieuse et polir tique est profondém^t antipathique à Tidée constitutionnelle, (|ui ne s'y était rallié que sous l'étreinte des événements, et qui est d'ailleurs aujourd'hui un roi sans couronne? Gomment prétendre associer, dans la vie politique, Victor-Emmanuel et Pie iX dont il détient presqu'en entier le domaine temporel, le prince excommunié et le pape qui l a frappé d'excommunication? Peut-on raisonnablemait espârer un accord, même d un jour, d une heure, entre des principes, des intérêts, des situations, si opposés? Cet accord, nous le dé> clarons avec conviction, nous semble absolument irréalisable.
OBS NAneitALITiS. iM
Né v(ttt-<Hi pas d'ailleurs que, dans une assemblée ou
le délégué de la Sardaigne siégerait en face des délégués de l Authchey de Naples et de Bome^ sous la présidence do Saint Père, la majorité serait inévitablement acquise contre le premier, c'est-à-dire contre l'indépendance et la liberté de Tltalie? N'est-il^ pas évident, enfin» que, si le gouvernement sarde acceptait l'offre dangereuse d'une alliance napolitaine^ abdiquant virtuellement son rôle politique, il laisserait la place aux hasards d'une révolution violente et aux chances d'une réaction autrichienne.
Mais, dira-t-on, si la lutte de l'Italie contre Tétranger, estlégitiméepar le sentiment national^ les agressions du Piémont ou de tout chef italien contre le pape et le roi de Naples, ne sauraient se justifier : car alors l'agresseur engage une lutte fratricide, la guerre civile.
On ne saurait, suivant nous, envisager du même œil tous les pouvoirs établis dans la Péninsule, queUe qu'ait été leur conduite politique. Ou s'explique aisément qu'^posé aux attaques d'un État voisin et hostile» le nouveau royaume subalpin, indépendamment du besoin instinctif qu'il éprouve de grouper autour de lui les éléments homogènes qui forment la nationalité «italienne, cherche à se constituer -assez fortement pour n'avoir pas à redouter l'issue d'une lutte peut-être imminente. Placée auprès d'individualités puissantes, l'Italie comprend la nécessité d'être aussi une puissante
106 va ramcipB
individualité, et, la division sous phisieurs gouverne-
ments distincts irait contre ce besoin.
' 11 ne faut pas oublier, enfin, que ces gouvernements, pour lesquels on sollicite le respect et Taffection des Italiens, ont été toujours liés à l'Autriche par des alliances intimes. Complices de ses usurpations, ils sen^ taientque leur destinée était attachée à la domination autrichienne; aussi étaient-ils tous, au fond, lesadver* saires irréconciliables du souverain qui a seul combattu l'étranger et personnifie l'idée de l'atifrancbissement de l'Italie. Peut-on s'étonner, dès lors, que les peuples aient confondu dans la même réprobation, dans la même haine, et l'étranger et les princes qui pactisaient avec lui.
Je passe à une objection tirée de l'intérêt français. La concentration, dans une même main, des destinées et des ressources d'une nation de 25 millions d'âmes, ferait, dit-on, perdre à la France, vis-à^vis de l'Italie, le rôle, de patronage qu'elle a si noblement et si chèrement acquis en 1859. L'ingratitude étant presqu'une loi de nations, l'Italie pourrait un jour, en se portant du côté de nos ennemis, devenir pour nous une cause de danger sérieux; enfin, si le nouvel État, baigné par trois mers, possédait le vaste littoral qui s'étend du golfe de Gênes à celui de Venise, notre suprématie sur la Méditerranée, que Napoléon I" disait devoir être un lac françaist cette suprématiequi, depuis la conquête de TAlgé-
DBS NATiOlfAUTÈS. 107
rie, est devofiue pour la France une nécessité politique,
serait gravement compromise.
Ces considérations et ces calculs d'équilibre n'ébranlent pas notre conviction.
La tendance des populations italiennes vers l'unité, n'est pas» on Ta constaté à propos de la Toscane et de rÉmilie, de celles que des démarches diplomatiques ou mime des actes de force puissent combattre avec swxsès. Et ces actes de force, disons-le tout d*abord, non^seulement la France ne les commettra points mais elle les int^ira .à toute autre puissance. Nous en avons pour garantie une déclaration récente^ dans laquelle le principe de non-intervention, principe d'où sortira la nationalité italienne, est formellement posé ; nous citons : « il m'a été difficile, dit l'empereur^ de m'entendreavec » l'Angleterre au sujet de l'Italie du centre, parce que r> j'étais engagé par la paix de Yillairanca; quant à » ritaUe du gudy je miw Ubre d'engagement, et je ne » demande pas mieux que de me concerter avec l'An- B gleterre sur ce point comme sur les autres.. ... En » résumé, voici le fond de ma pensée : je désire que » 1 Italie se paciûe, n'importe gomment, mais sans inter', » ventim étrmgère^ et que mes troupes puissent » quitter Rome, sans compromettre la sécurité du » pape »
* Lettre de ITSmpewiir iM*éb Fewigiiy, tmlwmadwir de Rince àLwdm, dn29juiUetlS60.
M MniNa»
Nous avons aussi pour garant de k libre disposition de ritalie parles Italiens, l'intérêt de notre honneur, qui nous ordonne de lui continuer notre aide. £n etïety si la France entravait la marche de l'idée unitaire, elle pourrait sans doute en retarder ravénement, et le faire acheter plus cher encore à la malheureuse Italie, à cette Niobédes nations, mais, comme le doigt de Dieu l'a touchée au iront, et que son afiranchissement est inévitable, Tobstacle serait ou brisé ou tourné. La France, qui a tant fait pour cette grande œuvre, voudrait-elle, pour en ajourner l achévement, compromettre, à ce jeu stérile, son incomparable popularité? Nous ne saurioiàs le croire. Ce rôle d'un peuple qui prodigue son sang et ses trésors, sans autre mobile qu'un sentiment d'humanité, et même sans espérer la reconnaissance de ceux qu il protège ' , ce rftle chevalmsque, ne l'abdiquons jamais, car il est notre grandeur dans le passé, notre prestige dans le présent. N'oublions pas que « la France est la » seule nation qui fasse la guerre pour une idée, » et que le jour où elle cesserait de présenter au monde cette sublime exception, serait celui de sa déchéance. Elle est donc tenue, par instinctcomme par devoir, d écarter de sa politique les vues étroites, les manœuvres . jalouses, qui, en la détournant de sa voie séculaire^ lemiraient pour toujours son glorieux blason.
< C'est la MQle natimi • qui aine ef nepeel» «eia,qB'«lis protège et <|a'ene ainranchit. • iiiiieMc chw j»Hfi«mâafiaù à ViHmie 'fmçtnitu
Diyiiizeaby
Allons plus loin et disons que rbégémonie ilali^ne
ne peut, en aucun cas, nous porter ombrage.
L'Italie constituée représenterait une agglomération de 25 millions d'âmes, ehiflre de beaneoup inférieur i celui de notre population, qui était, en 4856, de 3ê millions, et s'élèvera peut-être auproehain reeensement à 38 millions, en y comprenant les 7 ou 800,000 habitants de Nice et de la Savoie. Cette différence sera toujours une cause d'infériorité du nouvel État vis-à-vis de la France. Ne fiaut-4l pas ensuite tenir compte de la variété de nos dimatnres, de nos productions, de nos tempéraments, de nos aptitudes, artistiques et littéraires ici, industrielles et eommorciales plus Imn, guerrières partout ? A cette variété viennent se joindre ce double caractère d'activité intellectuelle et d'habileté pratique, ce génie sociable et sympathique, qui prédestinaient notre nation à Tapostolat, et qui sont les causes profondes et permanentes de la supériorité de notre civilisation. Un illustre historien l a ainsi compris et il a eu raison. Or, si notre civilisation est supérieure i celle de ritalie, en même temps que notre surface territoriale est plus vaste et ses habitants plus nombreux, qu'aurions-nous à redouter de nos voisins des régi(ms transalpines, alors même qu'au milieu de la transformation générale des Ëtats européens, la France seule resterait
« M. GttiaoC, Bùtoin it MliiaUon m Europe^ édit. lNdi0r, 1853, p.6. — B^f0«r«4f fa(ciPiliMfiéi»Mifhi«c^édU.]N^ 15.
lid
DU namn
amoindrie oomme Font Mte les traités de 4845?
Mais il n'en saurait être ainsi, et nous verrons bien- . tôt que la France dort reprendre le rang que la nature et rhistoire lui assignent. La race gauloise, remise en possession de son antique patrimoine, compterait ses enfants au nombre de 45 à 47 millions, et alors» les appréhensions causées par l ltalie unitiée seraient évidemm^t dépourvues de raison» même aux yeux des plus timorés.
Non-seulement l'unité de lltalie ne peut-être préjudiciable à la FraneOf mais elle est favoiraUe i notre in<-
térêt politique.
Ën effet, Tltalie, avec son immense étendue de côtes, ses golfes, ses ports et ses deux grandes îles, est destinée à devenir une puissance maritime importante. Depuis que TAngleterre s-est mise en possession de la prépondérance navale et coloniale^ et a fait de la souverairameté- des mm le principe avoué de sa politique, la France a constamment protégé et encouragé l'accroissement des marines secondaires, ses alliées naturelles dans sa lutte pour la liberté des mers. La péninsule italique formerait avec la France et la péninsule ibérique; que notre diptomatiè s'efforce d'introduire dans le con*cert des nations de premier ordre le groupe des peuples latinê \ qui, dans le sud de TEurope^ servirait de
* Voir note H.
a Voir mte I.
m» SATHNIAUTtS. 111
contre-poids au groupe germanique du centre, et au groupe oriental des Slaves et des Hellènes.
Mais, envisageons la question de plus haut, et dégageons-nous des préoccupations et des visées ombrageuses de la diplomatie.
Les nations européennes âtuées sur le littoral méditerranéen ont une double mission à remplir :
1 Développement intellectuel, moral et économique, à réalisa* chez elles et sur le continent;
2° Civilisation isoforme à porter chez les peuples barbares qui sont, en &ce d'elles, sur le bord africain.
La France, il y a juste trente ans^ a mis le pied sur
cette partie du monde aux profondeurs inconnues, dans laquelle des villes populeuses et de& contrées fertiles restent inaccessibles i nos voyageurs, et qu'habitent des races plongées dans l'ignorance, décimées par des guerres incessantes, et par ces effroyables razzias humaines, dont le négrier apporte les victimes par milliers aux planteurs de Cuba et de TAmérique du sud.
Le fétichisme recule, dans ces mystérieuses régions, devant le mahométisme conquérant, et c'est un grand progrès, puisque cette dernière religion introduit dans des âmes à demi- fermées la nation d'un Dieu unique. Mais, le christianisme, à son tour, là comme à Constanfinople, aura raison de l'islauùsme : et la douce loi du Christ l'emportera sur la loi haineuse de Mahomet.
lit OD nmcmt
Déjà» l'Algérie entière nous est souoiise ; Tuois subit notre influenoe; des ehefe, venus de Togigfart et des Oasii^» se sont mis ea rapport avec nos administrateurs, et vont rétablir Tancnen courant commercial des tribus sahariennes vers nos ports algériens. Notre drapeau s'avance vers rintàîeur de la Sénégambie, grâce à l'initiative intelligehte de M. Faidherbe; la France a des. droits anciens sur la côte orientale et Madagascar; elle occupe Mayotte, Nosâ-bé, Sainte^Marie et TUe de h Réunion. Mais^ elle ne saurait protendre opérer seule la civilisation de ce vaste continent. La tâche, quant â l'Afrique du Nord, se divise naturellement entre les peuples assis sur les rives septentrionales de la Méditerranée : à l'Espagne revient le Maroc; à la Fhmce, rAlgérie et Tunis; à l'Italie» Tripoli et le Fezzan; à la Grèce, l'Ëgypte. Pourquoi la race italienne serait-^le dépouillée de cette mission,. que sa position géographique, c'esVérdire une loi supérieure aux lois faïunainés, lui impose? De quel droit entraverions-nous ce travail d'éducation des. races mineures, que Dieu semble lui confier? L'entreprise est immense, et ce n'est pas trop de l'activité de toutes les nations de l'Europe méditerranénme pour la mener à la fin.
Pionniers de la première heure, n'écartons pas les colons attardés : tendons leur au contnure une main amie, et gardons-nous de craindre ou de regretter jamais les progrès accomplis, par nos pupUles d'hier, nos col*
laborateurs d'aujourd'hui, dans le grand œuvre de la régénération des peuples.
LES GAULOIS. — L'eMPIRE FRANÇAIS.
Il est étrange que, dans notre propre pays, la plupart
ignorent les véritables limites du sol qu'ont occupe les Gaulois nos aïeux. Ce ne sera donc pas faire une chose inutile qae de résumer ici les notions historiques et géographiques que nous possédons à cet égard.
Envisageons la Gaule, à Tépoque où, mise violmnment en contact avec le peuple romain, elle prend une part dans ses vastes annales. Là commencent pour elle les temps historiques. Par une rare fortune, le conquérant, au moment même où . la Gaule autonome allait disparaître sous ses coups, pour ûiire place i la Gaule romaine, se chargea de dresser, pour ainsi dire, Tinventaire de sa géographie, de ses mœurs et des traditions de son passé.
César nous montre la Gaule circonscrite entre les
Pyrénées, FOcéan, le Rhin et les Alpes, dont les som«
114 DonuHCi»
mets étaient même occupés par des tribus gauloises*.
• Trente ans environ après la conquête, vingt-trois ans avant 1 ère chrétienne, Slrabou, le plus précieux peutêtre des j^^éographes de l'antiquité , parce qu1l mêle à la géographie physique des renseignements ethnologiques d'une exactitude reconnue» Strabon définit nettement les limites de la Gaule : « Elle s'étend, dit-il, » vers l'orient jusqu'au Rhin ^; sa côte septentrionale I» est baignée par le détroit britannique en son entier ; » car rîle de Bretagne se développe paralièlement à la » Gaule, presqu'à égale distance. La frontière gauche est » décrite par le Rhin, dont le cours suit une ligne paral- » lèle à la chaîne des Pyrénées. Le côté méridional est » borné, partie par les Alpes, situées au sud du Rhin, » partie par notre mer (la MédiUrranée)y au lieu où se » forme le golfe gaulois, qui baigne deux illustres citfe : )» Marseille et Narbonue^ » Et autre part : « Lâ Gaule » est bornée, du côté du couchant, par les monts Pyré- » nées, qui touchent à la mer extérieure (\ Océan] et à » la mer intérieure {làMédUerranée) ; du côté du levant, » par le Rhin qui coule parallèlement aux Pyrénées ; et » du côté du nord, par l'Océan^ depuis TextFémité sep- » tentrionale de la chaîne des Pyrénées jusqu'aux bou- » ches du Rlùn ; eniin^ du côté du midi, par la mer qui
« DêbdloGaaieOt 1, 1, 2, 10,27, 28; V, 14, et paHÎm. * On voit combieDrorieiilatioit de Stnbcm diflèfe de la ndlre.
DES NATIONAUTÉS. 115
» baigne Marseille et Narbonne, et par les Alpes, qui » 8*étendent depuis la Ligurie jusqu'aux souroes du
» Rhin ' jf>
L'historien Flavius Josèphe (an du Christ 71) remarque que « les Gaulois semblent admirablement for- » tiâés par la nature, puisque leur territoire est borné, » au levant par les sommets des Alpes, au nord par le » cours du Rhin, au sud par les monts Pyrénées, et au » couchant par l'Océan ^ » Pline l'Ancien (an 74 du Christ) reproduit cette délimitation et Tacite (an 97) la contkme, quant à la partie qui nous intéresse plus spécialement aujourd'hui, c'est-à*dire quant à la frontière du Rhin*.
Voilà donc un fait géographique bien certain. La Gaule s'étendait, au moment de la conquête romaine, de rOcéan aux Alpes, y compris l'Helvétie, jusqu'auprès des sources du Rhin , et du Rhin aux Pyrénées : et cet état de choses durait, sans doute, depuis un assez longtemps, lorsque le proconsul l'a constaté.
Des colonies avaient été, ainsi que nous l'avons déjà dit, envoyées, à des époques antérieures, par les Gaulois en Germanie, par les Germains en Gaule ; et, même après la conquête, des colonies germaniques furent
* Géographie, IV, 1.
2 De bello Judàico, lib. n, cap. 1.
' Historin natnrnlis, !ih ii, cap, 17.
^ De moribus G&rmaniie, cap. 1 et 2S.
transplantées au sud du Rhin. Mais, malgré la diversité d'origine, le large fleuve qui sépare les deux nations et forme leurs frontières respectives, avait foixïément uni à chacune d'elles ces colonies, dont une loi économique confondait les intérêts et Texistence avec les intérêts et l'existence du peuple puissaut auquel elles étaient soudées.
Nous avons énoncé, dans un paragraphe précédent, que la Gaule, au moment de la guerre de l'indépendance, formait une unité compacte : et nous en avons donné quelques témoignages. C'est ici le lieu de compléter cette preuve par des textes importants, qui n'ont pas été, que nous sachions, encore réunis. Ces textes, nous les empruntons, pour la pliipart^ aux Commentaires de la guerre des Gaulés de César, et au livre de Tacite sur la Germanie.
i César, dans son VI* livre, décrit successivement les mœurs de l'état social des Gaulois et des Germains, et il fait ressortir les différences profondes qui séparent ces deux nations « quo différant hœ nationes inter sese * . » Ainsi, les Gaulois sont agriculteurs, et les Germains sont un peuple pasteur ' ; les Gaulois ont des villes * , les Ger-
* De bello GallieOf VI, 11. t GM te otnnes al> Dite paire progaatos pne-
dieant. » (VI, 18.) 2 Ibid., VI, n.
' Les Bituriges Cubi (Berry] en [lossétliiicnt plus de vingt : et l'une d'entr'elles, Avaricum^ était presque la iilus belle de toute la Gaule {puldierrimam prope totiut Gallùe urbem. VU, 25).
Oigitized
mS NATIONALITÉS.
mains n'dki ont pas * ; les Gaulois connaissent et pratiquent l'usage de 1 écriture ^, les Germains l'ignorent ^ ; il existe en Gaule deux castes» dont l'une, la caste religieuse des Druides, tient en mains rëducation et en partie le pouvoir politique et judiciaire ^ ; les Germains n'ont point de caste pareille, ni même de collège de prêtres Toute la nation gauloise « natio omnis Gallo» mm, » est adonnée aux pratiques religieuses : elle adore Mercure, Apollon. Mars, Jupiter et Minerve'; en Germanie, Ton n'adore que des puissances visibles, dont on croit avoir du mal à craindre ou du bien à espérer : le soleil, le feu (vulcanum) et la lune \ Les Gaulois ont des magistrats permanents, qui administrent et rendent la justice; les Germains, en temps de paix, n'ont point de magistrats; ils font régler arbitralement leurs contestations par des notables choisis parmi eux ; en cas de guerre, chaque membre de la communauté a la faculté de s'offrir à prendre le commandement militaire; les
* César, loc. ciu, VI, 14. ^ 2 Tacite, loc. cit., c. 19.
8 César, VI. 14.
*id., VI, 21.
»/d., YI, 16etl7.
• Génr, VI» 21. Gda était déjà éhangé 150 ans après Céaar. Tacite rapporte qm les germains adoraient de» divinités palènnes : Mèreoie, Mars, Hercule, bis {De mmib, Geman., e. 9), e*est-A-dire des Dieux de rOlympe gaulois. Us avaient aussi des prêtres, flu tempe de Tacite (IMi, c. 10 et 1 1). H est évident que, dans la période éiM)ulée depuis la conquête de la Gaule par les Romains, les Germains s'étaient déijà OMMlifiéadans le sens des mmura et même des institutions ganloises.
DU PBIMClPfi
guerriers se groupent librement autour de l'homme de leur choix
Dans la Gaule, il s'établissait fréquemment, entre les cités» dâà liens de patronage et de clientèle ^, qui, tout en laissant au peuple client son administration intérieure, le surbordonnaient au peuple patron sous le rapport politique et militaire ^ ; les Germains, an temps de César, ne paraissent pas avoir connu cette condition : du moins je n'en ai pas encore noté d'exemple.
Tandis que, dans la Gaule, les femmes portent une dot à la communauté % chez les GeriAains c'est le mari qui dote sa compagne On trouve dans les anciens Germains un trait de caractère bien connu chez les Allemands modernes.: c'est la bonhomie, l'absencê complète de ruse et de liuosse ^ ; et César signale de
( César, YI, 23.
« 7d., IV, 6; VI, 4; VU, 75, et pasàm.
* N. SuMm, WtdekfliMlr et Gnénrd ont comidétè les peuples clients comme formant des pog» du peuple patron; mais cette opinioij, qui a été récemment rqnodulte, est erronée, et, dans mMÉtudêtsyr la Gétgrophiêhittoriqiie de la Ganle, ote. (oufiage codhoné par l'Aead. des inscripi et beU. lett., et
en cours de ()ublication dans son Recueil de Mémoires de savants étrangers), j'ai démontré que les pagi étaient parties intégrantes de la cité; qu'ainsi, les pagi ou cantons de la cité des Arremes étaient habités pardnÀrvemeSt tandis qne ses clients avaient, eux-mêmes, le rang de cité, et formaient des peuples distincts, Cadurques ou Cabales, qui, saut le lien politique et militaire qui les attachait au patron, avaient une existence et une admiaistratùm particulières.
* César, VI, 19.
■ Tacite, c. 18.
* id., c. 22.
DES NATIONAUIÉS
8011 côté un trait distinctif des Gaulois qui no se reproduit que trop bien chez les Français : la mobilité dans les opinions ' et l'existence de factions, qui divisaient, non-seulement les cités, mais les cantons et jusqu'aux liuinblcs bourgades : et tout cela s'applique expressément à la Gode entière ^.
Les Gaulois, que nous venons de voir si différents des Germains, différaient également des Ibères, à l'époque de l'invasion romaine. Tandis que ces derniers agissent individuellement ou par petits groupes, organisant des guérillas, et faisant traîner en longueur une guerre qui dégénère en brigandage, les Gaulois se réunissent et combattent par masses, de telle . sorte qu'ils triomphent ou sont terrassés d'un seul coup *. Du reste, le géographe Strabon, auquel nous devons cette observation, mentionne, dans deux passages, l'unité nationale de la Gaule : « Toute cette nation, qui maintenant ê'appeUe Gaulme ou Gdate^ est belliqueuse et sauvage, prompte au combat, etc. » Et plus loin : « Tous les Gaulois sont naturellement portés à la guerre.... principalement dans la région du nord,, et dans le voisinage de l'Océan \ »
< César, IV, 5.
^ 9 In (kUUa, non tnhm in omnHlm etoîtolibiu, atque in omiiibnB psgis, etc. (VI, 1 1.) « Este eadem ntio est in somma toUut GaUim, > (Dnd.) « in » cmni GaUiOf eorum iiominum qui aliquo siurt nomero atqne honore, gênera » sont duo. » (VI, 13.)
> €0ognfikie,t lib. iv, cap. 4, 1 1
iSO DU PRINCIPE
L'Espagnol moderne n'a-t-il pas hérité du caractère de l'ancien Ibère de Strabon? N'est-il pas encore l'homme des guérillas, évitant la bataille ran^^ée, pour combattre en partisan? Si Ton compare l'Espagnol, qui ne s*est jamais distingué par un génie sociable et sympathique aux étrangers, avec son voisin du nord,* on reconnaîtra sans peine qu'ils appartiranent à des nations différentes, douées de qualités, non-seulement diverses, mais même opposées.
Il y avait donc déjà, au temps de César et de Strabon, un type gaulois, très-distinct du type germain qui * était au nord, par delà le Rhin, ainsi que du type ibérien qui était au sud, par delà les Pyrénées, comme il existe de nos jours un type français entre l'Espagnol et TAllemand. Il est à peine besoin d'ajouter qu'alors, comme aujourdhui, il se rapprochait, à ses extrémités, des types limitrophes.
2° Un autre signe de la nationalité gauloise réside dans les grandes assemblées annuelles, qui se tenaient dans les forets des Carnutes (pays Chartrain), où toutes les cités se faisaient représenter par leurs principet (les grands du pays), et dans lesquelles se débattaient les questions importantes et même les litiges entre partientiers. César mentionne souvent des assemblées politi- <|ues (concilia), périodiques ou extraordinaires Le
* Voici les exemples que nous avons relevés : « In concilie Gallorum. » (1, 19.) « Bdlo Helvotiorum eonfecto, Mnu fm GoUiês kgtti iinncipes civi-
DES NATIONALITÉS. ISl
proconsul lui-même avait institué des réunions de délégués du peuple gaulois, qui, d*après un passage des Commentaires, étaient vraisemblablement fixées au printemps de chaque année ^ Il faut noter séparément les assemblées armées!; t'o?icî/mm ai^matum) qui, chez les Gaulois, préludaient à la guerre ^.
Or, ces conciles nationaux supposent toujours des intérêts collectifs et des questions générales, traités en commun, et Tadoption de résolutions, dont Tuniversalité de la Gaule confédérée poursuivait l'exécution par tous les moyens, et» au besoin, par la force des armes : la convocation des représentants des cites gauloises, pendant le siège d'Alésia % nous fait bien connaître le caractère de ces grandes réunions politiques.
3° César nous apprend qu'assez longtemps avant la venue des Romains, toute la Gaule était divisée en deux factions, ayant à leur tête, l'une le peuple éduen (Bour-
tatum ad Caesarem gratuliitum corivenerunl Pclierunt uti sibi concilium
ti tins Gallvi' in dicm certain iiidit^ere idque (-it'saris voluntate lacère liceret — Ea re perraissa, diem concilio constitucrunt. » (I, 30 ) « Principibus Galliœ evocatis, Gœsar bellum cum Germanis gerere constitutit. » (IV, 6.) « Concilio Gaitomm Smmibtim peracto. » (V, 24.) « bdietis inter te principes GaUim coneiliis. » (Vn, 1.)
* « GoDcilio Gallia, priino vere, ni iintitiierat (Gnar), indielo, eom rdiqui» prsfer Senones, Carnnte, TreYinraque, vealasent. » (VI, 3.) ■ Peragit oonei- Uum Gosar, eqnites que impenit civitatibns. » {VI, 4.)
s « Onmes fera GaUÛB ciritates de bello conraltabant. » (V» 53.) « lodntio-
mam annatmn eoneiliiim indielt. Hoc, more Gallomm, est inithun beUi :
quu legc coromuni omnes pubères armati convenire consueninU » (V, 56.)
3 « Dum hecapud Alesiam genintur, Galli, concilio prin^^ipnm indicto......
statuuDt certain munomm cuique ex cÎTilate imperandum-. • (VU, 75.)
122 DU PEINCIPB
gogne), Tautre le peuple arverne (Auvergne), prétendant chacun à la domination * ; que Celtillus, chef des Arvernes et père du célèbre Vercingétorix, avait un instant commandé à tmte la Gaule^ ; que, plus tard et peu de temps avant l'occupation romaine, la prépondérance avait été disputée entre les Éduens et les Séquanes (Franche-Comté), et que ces derniers lavaient emporté ' $ mais, qu'après l'arrivée de César dans la Gaule, les Éduens avaient rcronijuis leur prééminence, et qu'enfm 1 influence des Sé^uanes avait passé aux Rémois (Reims et la Champagne)
On voit clairement, par les faits qui précèdent, que les États de la Gaule autonome étaient presque toujours soumis à la suprématie de l'un d'entr'eux; qu'ils formaient un corps, une nationalité. Et les fluctuations même de cette grande confédération entre les tribus puissantes qui se disputaient sa domination, attestent les efforts instinctifs d'une nation qui cherche à constituer une direction politique.
4" J'arrive aux témoignages les plus càrieux et les plus décisifs de l'esprit de patriotisme, qui unissait tous les peuples gaulois dans la lutte contre l'invasion romaine.
* De bello Gallico , I, 31.
3 « Principatmn GalU» Mnu obtiimcnit. » (VII, 4.).
s « Sequani GaUùf lotiut fuiDcipatiuii obtinoaraiit. » (VI, 12.)
* ibttf., 1, 43.
Diyilizeo by VoOOgle
DBS KATIONAUTÉS. iS3
Dans le V livre des Commentaires, César rapporte qu'à la nouvelle d'une levée de boucliers qui avait lieu dans la Gaule septentrionale, et à laquelle le chef des Ëburons % Ambiorix, prenait part, il expédia vers ce dernier deux personnages, chargés de lui rappeler les bienfaits qu'il avait reçus du proconsul.
« Je n'ai pas oublié, répond le chef gaulois, que je >' dois à César d'être affranchi du tribut que m'avaient 3» imposé mes voisins les Aduatiques d'avoir vu « rendre à la liberté mon fils et le fils de mon frère, qui » leur avaient été livrés à titre d'otage et qu'ils avaient ^f^ traînés en servitude et chargés de chaînes. Mais, ce » n'est pas de mon propre mouvement, c'est par la » volonté supérieure de ma propre nation, que j'ai as- » siégé les camps romains. Les Éburons eux-mêmes ont » dû engager la lutte, dans l'impuissance où ils étaient » de résister à une conjuration subite des Gaulois Je » ne suis pas assez inexpérimenté pour espérer vaincre » les Romains avec mes seules forces ; mais il a été » ré^lu par les peuples de la Gaule, que tous les » quartiers d'hiver de César seraient attaqués le même » jour. Des Gaulois ne pouvaient guère refuser- leur
» concours 4 ^ Gmdois qui le rédamaienty alors sur-
' Peuplade des environs de Liège.
3 Peuple qui habitait la province modenie de Namur. 3 « Quod repentioae, Gallorwn conjitrcLiioni resislere uod potuerit. » (V, 27.)
» tout quil saymait de recouvrer leur commune indé- » feindmce\ »
Pendant la même insurrection, les chefs des Nerviens disent à Q. Gicéron, bloqué dans son camp : « Tottte la fottfe etî en armes^ et les Germains passent le Rhin ^ »
Plus tard, au dâ)ut de la septième campagne de César, Vercingétorix fut accusé de trahison, et, comme l'on disait dans son camp qu'il devait recevoir des Ro^ mains, pour prix de son forfait, le gouvernement de la Gaule, le jeune chef» interpellant ses accusateurs : ocie » ne désire aucunement tenir, par trahison, des m«ins » de César, un commandement que je puis avoir par la » victoire, et cette victoire, moi-même et Um IsJ Gott- » lois avec moi, nous l'entrevoyons déjà ^ » /
Quand la prise à!Avari€um (Bourges) et le inessacre de ses habitants eurent jeté le découragement prmiles Gaulois^ Vercingétorix, pour ranimer les esprits abattus, leur annonça qu'il comptait parvenir à rallier prochainement a la cause nationale les cités (|ujl n avaient pas encore pris part au mouvement, et réunir ainsi, dans une même pensée, les forces de toute la Gaule,
* (I Non facile Gallos Gallisnegare potuisse, praesertim/cum d« rmipe* randa communi Uhcrtate consiliiim initnm vi;!er( tiir. (V. Tf )
2 <( Omnem esse in armis Galliamf Germaiios Khfipum traDsisse. » (V. 41.) ' /
3 M Iinitcrium se a Casare per |tro(litioiiein niilliim desidterarc, <iuod habere Victoria posset, qua jam esset sibi atque omnibus OtjUlis cxplorata. » (VII, 20.)
à la voUnaé de laqueUe, ajoute-t-il, Fumvers enUer ne pourrait alors résister * •
Enfin, César, après nous av(Hr donné une précieuse nomenclature des peuples, qui, de la Garonne au Rhin et de 1 Océan au Rhône, s'imposèrent un contingent de goerriers, pour aller au secours de Yercingétorix, assiégé dans Alésia, César lui-même, rend hommage à rélan unanime des Gaulois, il signale, parmi les chefs de celle grande iiisurreclion, Coinius l'Atrébale, qui l'avait assisté lors de son expédition en Bretagne, et auquel il avait, en récompense, soumis la tribu des Aforini (le Boulonnais et Calais). Le proconsul ajoute cette réflexion remarquable : « 11 y avait un si grand accord » dans toute la Gaule {universœ Galliœ) pour secouer » le joug des Romains et reconc^érir son ancienne y> gloire militaire, que les Gaulois ne se laissaient tou- » cher, ni par les bieniaits, ni par les souvenirs de » Famitié, et que tous eùnemraient à cette guerre et » de leur courage et de leurs biens ^. »
* « Nam qiiîP ail reliquis Gallis civitates dissentirent, lias sua diligenlia adjuncturuiii a(i|ut* union comilium totius Galli,r cffecturum, cujus coiisoiuiui ne orhù ({uidciu lerrarum possU obsistere, idquc se prope jam eiTectum habere. » (VU,
S • TmUamiMnm GaUim tmutntio ftiit libcrtatis vindicande et pristiiMB beUilaudis leenperaiide, it neiiiie beoeflciis nequeamieitMB memoria moveren* tor, oouMiqiie el animo et opibus' in id bellom ineninbereiit. » (VU, 76.) Cf. pour la mentioD de ram> analité de la Gaule, dans César, lea paaugea suivants : I, 20; 1, 31; H, 35; m, 28; V, 5; V, 53; VI, 29;iVn, 3; VD, 66, et
Je ne sadie rien, dans les auteurs de Tantiquité, qui
exprime aussi énergiquement le patriotisme ardent,, aveugle presque, qui entraînait nos aïeux à la défense du dernier boulevard de la liberté gauloise. Nous pouvons être tiers, en lisant les récits de l'historien conquérant, d y sentir, à la distance de 19 siècles, les-pulsations d'une nationalité déjà si vivante et si passionnée pour son indépendance.
Durant roccupation romaine, malgré le travail d'ei]ËM)emeAt des individualités de peuples^ que poursuivit le gouvernement impérial, ou, plus exactement, qu'opéraient virtuellement une législation et une administration uniformes, notre nationalité reparut plus d une fois, et se manifesta même avec un grand éclat, dans la sériedes em|tereurs ou tffram gaulois, aœlamés à la suite de séditions provinciales, et, le plus souvent, par les légions campées sur son territoire.
A la ichute de l'empire d'Occident, notre pays fut, dans le cours du siècle, divisé entre trois monarchies. Mais, dès le siècle suivant, Clovîs, réunissant, par la conquête, au royaume des Francs* celui des Yîsigoths et celui des Burgundes, reconstitua Tandenne Gaule; et, malgré les partages bizarres (|ue ses descen» dans firent entr eux, l'unité gauloise se réûétait encore notamment dans l'unité du système monétaû^. des- Mérovingiens, en vigueur depuis le Hliin jusqu'aux Pyrénées.
DBS NATIONAUTÉS. iSI
Charlemagne, à son tour, rétablit l'empire Gaulois» Mais son œuvre périt avec lui. Le principe féodal» c'està-dire le principe de la division de la souveraineté et du territoire» dont ce puissant génie avait pu retarder le développement, reprit sa marche on însfanf suspendue, et, moins d'un demi sièele après lui, son petit-fils reconnaissait et consacrait Thérédité des bénéfices. "
A la fm du xi*" siècle» quand le régiuie iéodai fut en pleine possession du pays» et Teiit morcelé entre de nombreux tenanciers, il semblait que l'unité de la patrie irançaise dût être perdue sans retour. Il n*en Alt pourtant pas ainsi, et un savant historié Ta dit en des termes qu'on nous saura gré de rapporter, car ils aideront à combattre des opinions inexactes et fort répandues sur nos origines et la date historique de notre nationalité : « Les habitants de la Provence, du Lan- » guedoc, de TÂquitaine, de ta Normandie, du » Maine, etc., avaient, il est vrai, des noms spéciaux, » des lois, des destinées spéciales; c'étaient sous les » noms d'Angevins, Manceaux, Normands, Proven- » çeaux, autant de petits peuples» de petits Etats, dis- » tiiicts et souvent ennemis. Cependant, au-dessus de 9 tous ces territoires divers^ de toutes ces petites na- » tiens, planait encore un seul et même nom, une idée » générale, 1 idée d'une nation appelée les Françaisy » d'une patrie commune dite la France. Malgré la » force des distinctions, malgré la variété, l'opposition
128 DU PMHCIPB
» mêmey des intérêts et des mœurs, jtmaia Vidée de » Vumté naUùnale n'a emipUtemeinlt ikparu parmi
» nous »
Au xn* siècle, le principe du droit personnd et héréditaire fit passer aux mains d^s monarques anglais la moitié de la France. Mais, les populations assujéties à l'étranger, avaient sans cesse leurs regards tournés vers le roi de France, qu'elles considéraient toujours comme « leur wraiy et sau/oeram seigneuTy » le nA é' Angleterre n'étant, à leurs yeux, qu'un vassal insubordonné, un usurpateur, qui possédait à titre précaire. Nous citerons, entre mille, un exemple curieux et qui est peu connu. Saint Louis, par le traité conclu, en' 1259, avec Henri III d'Angleterre, après une série de succès militaires, crut devoir, avec un désintéressement politique peut-être exagéré, restituer à son adversaire des provinces françaises que nos armes avaient rattachées à la monarchie : c'étaient le Pârîgord, le Limousin, le Quercy, l'Agénais et le partie de la Saintonge située au sud de la Charente. Les habitants de ces contrées en éprouvèrent une si vive douleuç et en con- (^ent un tel ressentiment, qu'après la mort du roi martyr, ils refusèrent de célébrer la messe de canonisation, et s'abstinrent longtemps de l'honorer Jcomme un saint. Le fait est attesté par une chronique manus-
* Gaizot, BUtovn âe la tMUtaUùm en FraniM, 13* kQon, édit. de 1853, tome IV, page 113.
>DBS NAnOlULITÉS*
crite du temps de Charles Vl, où nous liBons le pas-*
sage suivant :
« De laquelle pais {paix) les Périgordins et leurs. » marchisans {pays limîrophes)^ se brouvà^nt si mar- » ris, qu'ils n'affecliounèrent oncques puis le roy... ; » et encore aujourd'hui, i cette cause, ès marches de » Périgort, Quercy et autres d'environ, jaçoit (quoique) » ssdnct Loys soit sainct canonisé par TEglise» néan- » moins, ils ne le réputent pour sainct, et ne le fesloyent » point, comme on fait ès autres lieux de France »
Dans les siècles suivants, la détresse de nos rois devint grande ; la défaite de Poitiers (1 356), qui souleva contre la chevalerie française l'indignation et le mépris des communes^, et le désastre célèbre d'Azincourt (1445) mirent la France presque toute entière aux mains des Anglais. Un instant, le souverain qui siégeait à Londres» tint sous son sceptre les deux royaumes^ un coin de terre excepté dans le Berry. Mais, le génie de la nationalité française suscita à nos rois de nombreux et vaillants défenseurs, sortis pour la plupart des rangs du peuple. Dans cette période désastreuse de la guerre contre les Anglais, plus qu*à aucune autre époque de notre histoire, on vit se multiplier, piême loin de Paris,
* Chrùnique nu. V. Observations de C. Xinard sur l'Histoire de saiM Xouir, par Joinville, édàtàm dé Ihicange.
> a Li ehevalien cl les escn jm qui relotiniis etUneot de la bataille, m • uloient Umthaiis et Uatmés des oommumes^ que tnm ib B*eiDbatoïeiifc èa » bomiea villes. » (Gluroniqùe de FVolsaaii, 1 1, 2* partie, chap. 62.
130 > ou nunow
tra centre et au sod de k France, les exemples de
dévouement à celle grande et noble cause. « Quand on » lit, avons nous dit autre part, les chroniques de ces » temps de souffrances inénarrables, on sent, malgré » les succès ^éclatants et l'élévation progressive des » dominateurs anglais, malgré les revers et Tabaisse- » ment, constant des souverains qui tenaient le drapeau * de la patrie, malgré toutes les apparwMses de la force » durable chez les premiers, de la débilité et de la déca< » dence chez les autres, on sent, disonsnious, qu'il y » avait au cœur du pays une vitalité énergique, indomp- » table, à laquelle était réservée la dernière victoire ! • »
Cette dernière victoire, le patriotisme et les lances des communes françaises» conduites par l'héroïque bergère de Yaucouleurs, la remportèrent en effet et, après que les provinces de l'ancienne famille gauloise se furent successivement réunies, comme par alluvion, aux régions centrales de la monarchie, pour reformer l'ancienne unité nationale, on ne vit jamais aucune d'elles cesser de lui montrer un attachement persévé» rant, ni s'en séparer sans un regret amer.
Nous reconnaissons volontiers que les rapports si fréquents des Germains avec les Gaulois, sous la dynastie mérovingienne et sous les premiers rois carlovin-
* Introduction au CarUdaire de l'abbaye de Beaulieu, ouvrape au{iuel 1 Académie des inscriptions et belles-lettres a décerné, en 186U, le second yrix Gobcrt. ln-4% 1859, page 3tLV.
S Voir note L.
0B8 RATIONAUTfiS. 131
gifflis, l'infiisian continuelle de guerriers allemands
sur le littoral sud du Rhin, modifièrent peu à peu la face de ces contrées ; et que l'élément gaulois y a été recouvert d'une couche germanique, assez épaisse pour qu'elle lui ait imposé le langage et, sur divers points, les mœurs de rADemagne.
Mais, ceux qui ont voyagé et observé attentivement les populations des deux rives, ont constaté les différences qui les séparent. Il suffit de lire les discours des députés de la Prusse rhénane à rassemblée de fierlin pour y reconnaître aussitôt cette clarté» cette méthode d'ea^osition, cetle forme lumineuse de discussion, ce atticisme dans le trait, qué chacun sait n'être pas les qualités distinctives des Allemands purs, et que Ton &it procéder assez généralement du génie français. On comprend que ce sont là des Gaulois qui parlent allemand. Et cette analogie n'existe pas seulement dans la forme ; elle se remarque dans le fond des idées, dans les tendances sociales et politiques. Les députés de la rive gauche forment un groupe d'opposants libéraux, qui, à ce seul titre, trahiraient leur origine. Ne connaîton pas d'ailleurs les sympathies de ces populations pour la patrie française? Ces sentiments ont éprouvé de nombreuses vicissitude, et Ton est parvenu , dans certaines circonstances assez rapprochées de nous, à exciter dans ces contrées des répugnances à Tégard de la France. Mais, nous n'hésitons pas a penser que ce
sont là des dispositions passagères, nées sous Tinfluence d'événements ou d'actes politiques, et surtout de souvenirs, exploités habilement, qui feront place, à un moment donné, à des dispositions tout à fait contraire.
On nous objectera peut-être que, la langue allemande dominant sur la rive méridionale du Rhin, il faut en conclure que cette rive doit être rattachée au domaine de la nation allemande.
Nous ne contestons pas que Tanalogie et, à plus forte raison, Tidentité de langage, ne soit un lien puissant entreles populations : mais, nous ne saurions admettre qu'elle ait une portée politique aussi décisive que celle qu*on prétendrait lui attribuer. £n effet, la communauté dMnstincts , de tempérament et de traditions historiques, qui constitue la base de la vie des peuples, et les fait marcher chacun dans sa voie respective, cette communauté originelle, jointe à une situation géographique, à un périmètre naturellement délimité et commandant la fusion des éléments qu'il renferme ; ce sont là, suivant nous, des liens d'une puissance supérieure i toute autre; 4sst ils tiennent au sang, au sol, à Thistoire, et ont un caractère de durée qui n'appartient pas généralement au langage ^ N'avonsnous pas, sur le territoire de la France moderne, des groupes, parlant un idiome inintelligible pour les
< Voiroote M.
Diyiiizea by
autres, par temple le Celte breton, que les populations imprégnées de latinisme au midi, et de germanisme au nord, ne sauraient comprendre; les patois gascons, béarnais, roussillonnais et provençal, incompréhensibles pour les habitants de Bretagne ou de Lorraine? Et oependanty toutes les parties de cette grande individualité appelée la France ne sont-elles pas éminemment solidaires? N'est-il pas vrai de dire que le coup qui la frappe à Strasbourg est instantanément ressenti à Bayonne, et que la blessure qui atteint Marseille fait tressaillir Calais? Voyez l'Alsace : un grand nombre, si ce n*est la majorité de ses habitants, parle allemand, et les actes administratifs doivent être, pour cette cause, publiés dans les deux langues. Quelle province cependant est plus française que TAlsace? Quelle ville est plus patriote que Strasbourg? Sur quel point de notre territoire professe-t-on un dévouement plus profond, un culte plus fervent, pour l'honneur du nom français?
On s'explique aisément que le langage ait pu être altéré et même changé» à la suite de l'occupation du sol par des bandes étrangères : quelques générations de
conquérants ont suffi pour cela '.Mais, à mesure que le sang germain, transplanté au sud du Rhin, s'affaiblira,
le sang gaulois, qui est au tréfonds, surgira et repren-
* Citons pour exemple, la Gaule qui, peu après l'occupation romaine, avait perdu sa langue primitive, sa religion et ses lois.
134 00 nONCIR
dra la prééminence. Longtemps» les familles franques ont tenu asservi le pays d'entre la Loire et la Meuse; maiS) modifiées par le mélange avec les peuples conquis, elles ont fini par perdre leurs traits distinctifs» et la race franque a été absorbée par la race gauloisoi en sorte que oello-ci domine aujourd'hui, presque sans partage, sur notre territoire.
Ce travail d'absorption, plus difficile et plus lent aux confins de la Germanie, s'opérera sous la double influence de la race primitive et des frontières naturelles. Le mom^t ne parait pas encore arrivé : il tardera même peut-être à venir. Mais, les nations sont patientes, elles savent attendre, parce qu'elles savont que Tavenir leur appartient et que le temps combat pour leur cause.
On a souvent parlé, à propos de TÂlsace et de la Lorraine, de la puissance d'assimilation que notre pays exerce sur les peuples conquis par ses armes ; et beaucoup admirent la promptitude avec laquelle ces deux provinces sont devenues françaises. Mais, il ne faut pas, suivant nous, en rapporter tout l'honneur à notre génie sympathique. Nos instincts de sociabilité trouvaient ici une terre admirablement préparée à en subir Taction ; et, si l'Alsace et la Lmraine se sont si vite fondues dans la nationalité française, c'est qu'elles étaient gauloises de race» et ne fiûsistient que revenir à leur patrie d'origine.
Hais, dirart-on, la Suisse, quoiqu'elle fût comprise
DBS NATHMfALlTÉS. ISS
àsm le territoire primitif de la Gaule, est Idn de<lé^:
sirer sa réunion à la France ; elle a vu de mauvais œil l'annexion de la Savoie, et s'oppose opiniâtrement à. celle du Faucigny et du Chablais. ' • >
L'opposition et les réclamations du gouvernement de la Gon(i$d#afion sont notoires, et nous n'avons pas it\ nous expliquer sur leur valeur, au point de vue stratégique et diplomatique. Mais» nous répéterons ici ceque nous avons dit au sujet de la rive gauche du Rhin ; les dispositions actuelles de la Suisse à l'égard de la France n'ont pas de raison d'être sérieuse et permanente; elles nous paraissent devoir être attribuées^ du moins en très-grande partie, à des causes secondaires et transi* toires. Nous pensons qu'un jour viendra, où Genève se retrouvera uni au Chablais et au Faucigny, dont die se sépare avec un si vif regret : c'est le jour où Genève et les autres cantons de la Gaule helvétique rq[»rendront eux-mêmes leur place au sein de la grande famille gauloise*
Les esprits sont, assurément, bien loin d'êtrepréparéi à. un tel événement ^ mais, chaque mouvement fera désontiais avancer la Suisse dans cette voie ouvmie par
la logique des principes. « Le parti catholique de Ge- » nève, écrivait-on de cette ville en avril 4 860, est an- » nexioniste et français, et, par cela même, suspect aux p protestants radicaux ou modérés. On accuse plu- » sieurs de ses membres d'être allés à Paris demander
IdO DU PMIICIPB
» la réunion de Gen&ve â la France, et les patriotes
» genevois demandent, à grands cris, qu'on livre à la 9 justice ces traîtres à la patrie. »
C'est là un symptôme évident d'affinités profondes, qui se nuoifesteront de plus en plus dans les paroles et dans lès ftits, jusqu'au jour où elle ramèneront cette partie denous-mêmeà notre foyer.
En résumé^ d'aj^ès le témoignage des historiens et des géographes, la Gaule a ses frontières continentales aux PyrénéeSySur les sommets des Alpes, et sur Us bords du Rhin.
Déjà Nice et la Savoie, ces deux membres de Tancienne famille gauloise, nous ont tendu les bras, pardessus les barrières posées par des siècles de féodalité et les actes diplomatiques. Leur retour à la France, lui rend, au sud-est, ses frontières primitives. ' La Suisse et la rive gauche du Rhin sont gauloises, dans le fond, et, malgré la couche de germanisme qui les recouvre et va toujours en s'affaiblissant, malgré des oppositions superGdelles ou des circonstances accî- * dentelles, elles reviendront à nous» et reconstitueront ^ ainsi, entière, complète, cette belle unité française, si glorieuse dans l'histoire, si puissante dans le présent, et qui semble destinée à un avenir plus grand encore que son passé.
Telles sont les prévisions que suggère rhypothèsè d'une nouvelle division des peuples d'après, la loi des races. Il est à peine besoin d'ajonter, qu'en ce qui nous concerne, il n'y a, dans ces prévisions, aucune pensée de menace contre des nations voisines amies. Ces grandes transformations, qui nous paraissent commandées par les liens du sang et par les traditions historiques, nous les présageons seulement, sans songer à rechercher jamais leur réalisation par la force. Nous Favons dit et nous le répétons, les peuples sont les juges suprêmes de leurs besoins, les artisans omnipotents de leurs propres destinées, et, devant l'expression de leur volonté, doivent s'incliner aussi bien les spéculations de là science que les résistances armées des représen-^ fants de Tesprit de conquête»
L'esprit de conquête nul peuple n'en a souffert
plus cruellement que le nôtre. En 4796, lorsque la France envahie lit appel au patriotisme de ses enfants, on vit des soldats improvisés» mal nourris, mal vêtus, à peine armés, rejeter, en une campagne, Tenn^i loin de nos frontières. £t, lorsque, peu d années après, rhomme extraordinaire, à qui elle avait confié ses desdinées, poussé par le génie de la guerre, soumit à son sceptre des races diverses, sa main puissante put bien maintenir, pour un temps, cette agglomération artificielle. Mais, la force naturelle de désagrégation d'éléments hétérogènes l'emporta bientôt, et le vaste empire
138 DU 9MIC1K DBS HÂTIOIIALITÉS.
fut dissous. Seulemenl, te représailles cimuneucèreut ;
et nos adversaires, commettant, à leur tour, la faute qu'ils nous reprochaient, accomplirent, sur notre terrifoire, une usurpation contre laquelle Tesprit nouveau réagit violemment.
Grande et sévère leçon pour tous les peuples, et qui doit nous éclairer les uns et les autres sur nos droits et nos devoirs respectifs.
La France aime et honore la nation allemande, nation vaillante au travail comme au combat ; elle rend hom« mage aux nobles qualités qui la distinguent ; elle admire, sans réserve et sans jalousie, ses progrès dans le do* maine des sdenœs et des arts ; et, quand elle fait un appel cordial à ses voisins d'outre Rhin, elle a lieu d'espérer que les préventions et les défiances injustes» dont récho arrive parfois jusqu'à elle, feront place aux sentiments de confiance et de sympathie qui lui sont dûs.
CBAPHRE VI.
GoméiiiwiiMsftitonB de la mise en action 'du principe des nationalités, sous fe rapport économique et moral. — L'ère des conquêtes est fermée; les nations, satisfaites, tournent leur activité et leurs ressources vers les travaux de la paix. — La lutte de l'esprit nouveau qui s'avance, contre l'esprit ancien qui résiste, amènera encore des collisions sanglantes; mais la guerre, qui était Tétat habitiid an moyen âge, disparait peu à peu des mœurs des nations policées; le trtTiil agricole a fixé llioinine i la terre; 0 n'y a plus de nanee flottantot prCles pour ks iimiioiii; oprît de tolévaiiee;amalgaiM des intérêts. — Après le triomphe du droit des nationalités, le continent aéra promptement paciflé; élan de l'humanité dans les voies de la civilisation. — Néanmoins, l'uniformité dans les œuvres de l'esprit n'est pas à craindre; chaque race produira suivant ses aptitudes, son terroir et son clunat*— Définition de la paix par saint Augustin. — Conclusion.
Après avoir examiné les conséquences probables et peut-être prochaines da principe des nationalités rdativement à la distribution des ËtatS| il nous reste à indiquer ses conséquences futures sous le rapport économique et moral.
Depuis que l'ère des conquêtes a été close par le plus grand gânie militaire des temps modemesy k pla-
140 DO PRmciPB
part des insarrectioDS et des gaerres, ainsi qoe noas
l'avons montré plus haut, ont eu pour mobile réel, le désir instii^ctif des peuples de recouvrer leur autonomie, n sait de 1â, que, lorsque les peuples seront en possession de leur intégrité et de leur assiette territoriale, il s'organisera une situation normale, où les chances de conflit s'éloigneront de plus en plus.
« Quand la France est satis&ite, a dit remporeur, l'Europe est tranquille. » A combien plus forte raison la paix sera-t-elle assurée, quand toutes les nations européennes seront satisfeites dans le plus ardent de leurs vœux!
On comprend, en effet, qu'après que la nouvelle loi aura tracé entr'elles des lignes de démarcation, elle les maintiendra par sa propre vertu; et, comme elle servira de base à la constitution des États régénérés, chacun la respectera d'autant plus qu'il y verra luimême le fondement de sa possession.
Une ère nouvelle s'ouvrira, où les peuples, exempts des préoccupations guerrières qui ont, dorant tant d siècles, pesé sur leurs destinées, tourneront sans crainte leur activité vers les travaux de la paix, vers les rivalités fécondes des sciences, des lettres et des arts. Chacun d eux reportera vers les entreprises productives ces capitaux immenses, qu'ils consacrent de nos jours aux stériles préparatifs des rencontres sanglantes; chacun d'eux rendra aux champs, à Tatelier, à la fa-
DES MATHNIALITÉS. 141
mine, ces poitrines robustes, ces bras vigoureux qu'une
dure nécessité, la loi qui règle l'impôt du sang, leur ravit chaque année
Pourtant, dira-t^n, en aucun temps, les armées ne furent plus nombreuses et les instruments de guerre doués d'une puissance destructive plus grande ; jaiiiais, les moyens d'attaque et de défense militaires ne furent l'objet de plus d'encouragements, et n'absorbèrent des sommes plus considérables. L'Angleterre, émue par le danger chimérique d -une invasion fhinçaise et par un péril plus réel qui la menace en Orient, fortifie ses côteSi accroit sa marine de guerre, enrôle des matelots, èt, ce qui est plus grave pour êm avenir politique , crée des corps de volontaires, et augmente démésurément son armée permanente. La France, la Prusse, la Russie et l'Autriche, sentent rapproche d'une crise qui peut emporter le malade de Gonstantinople, et elles se préparent, comme l'Angleterre , pour ce moment redoutable. Tous se tiennent sur. le pied de guerre ou», tout au moins, de paix armée. Une telle situation ne fait guère présager, syoutera-t-on, Tavénement de la paix, européenne. On peut y voir, au contndre, les symptômes de collisions, violentes, qui feront longtemps gémir Thumanité.
Nul, plus que nous, ne déplore et n'envisage avec horreur des éventualités aussi terribles, dans lesquelles,
* Voir note N.