‹ Du principe des nationalitesChapitre 12 sur 24 · DO PRINCIPE · texte numérisé non relu

DO PRINCIPE

sans parler des désastres industriels et financiers, le sang humain doit couler à grands flots. Nous serions heureux de pens^ que la transfinmiation, qui s'opère en Europe, arrivera à son terme sans déchirements et sans douleur. Mais, peut-on espérer que les gouverne^ menits qui détiennent tout ou partie des nationalités morcelées» adhéreront au principe que nous défendons» et laissant aux éléments h liba*té d'aller vm le point où les appellent leurs affinités naturelles et historiques?Non assurément; et, comme un principe doué d'une si puissante vitalité ne saurait s'incliner, ni s'arlèler devant un intérêt secondaire et illégitim, tel qiie celui d'une souveraineté créée par la conquête, le conflit est inévitablOi et doit se t^miner, comme dans la Moréeen 48S8, sur les bords du Danube en 1856, dans les contrées subalpmes en 4859, aux pieds de l'Etna en 1860.

Aussi, faut-il prévoirque, désormais, des mouvements analogues à ceux de la Sicile, se maflifestonont, à de courts intervalles, sur divers points de notre continent, etque ces mouvements seront suivis de luttes violentes.

La guerre d'iâleurs ne date pas d'hier. L'antiquité, le moyen âge et les trois derniers siècles de Tancienne monarchie française, sont tellement remplis d'expédi*tbns par terre ou par mer, d'invasions d'une nation par la nation limitrophe, d'excursions de seigneurs sur le domaine des seigneurs voisins, que l'on peut dire

DBS nàxmAmta

que la guerre y était l*étal habiUid, et la paix Texcep-

tion. Aussi, les annalistes prennent-ils soin de noter les courtes périodes de paix, ou plutôt de trêve» que l'Église imposait aux belligérants; et ces trêves mêmes entre les eoipires devenaient souvent le signal de luttes intestines et de déprédations années entre les sqets d'un même souverain.

Les guerres privées du moyen flge ont diminué en raison directe de 1 affaiblissement du pouvoir féodal et de la concentration des forces ainsi que des ressources sociales dans les mains du prince, concentration que les peuples occidentaux, entraînés par Téducation politique quils tiennent desRomains, autant que par leurs instincts, ont spontanément et activement concouru à réaliser.

Quant aux invasions et aux guerres internationales, le travail agricole ayant fixé, pour toujourSi les peuples sur le sol qu'ih habitent, les migrations qui avamt lieu» dans Tantiquité et depuis le déclin de l'empire romain jusqu'au temps où Charlemagne en arrêta le cours, ces grandes migrations ne sont plus à redouter. Il n*y a plus de ces masses nomades, fkittantes, de tribus de pasteurs, qui^ sans lien durable avec la terre, se déplaçaient incessamment, poussées par l'espoir d'un climat plus doux, d'un pays plus fertile, et d'une proie riche et £aciie à recueillir dans d'opulentes cités.

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Alors mâoie qu*elles existeraient encore, ces masses

rencontreraient^ dès la première étape, des populations compactes, attachées à leurs champs, et formant une barrière infranchissable.

Ënfm, par une conséquence naturelle de la multiplicité des relations et de la solidarité d'intérêts, que les voies rapides de transport ont créées entre les nations civilisées ; ces dernières se montrent de plus en plus tolérantes et disposées aux transactions dans tout ce qui ne tient pas à leur indépendance réciproque. £lles comprennent que tous les membres de la grande famille sont tenus de contribuer, suivant leurs apti>tttdes respectives, au développement des facultés humaines dans leurs applications si variées, c est-à-dire au p^ectionnement incessant de l'être humain et de l'état social.

JLoin de voir dans la guerre, comme certains publicistes impies et sacrilèges, un exutoire, un mode de saignée salutaire, la communauté la regarde désormais comme une. extrémité douloureuse, qu'elle conjure*, qu'elle éloigne de tous ses efforts, et dont elle veut, quand elle la subit, connaître et juger les causes. La droit de paix et de guerre, dont les princes sont munis par le législateur politique, est ainsi limité par cette juridiction suprême, présente en tous lieux, qui s'ap-. pelle la conscience publique.

C'est là un fait nouveau, un progrès considérable ;

DES MÀTiOiNALITÉS. 145

et il n'est pmonne aajourdliui qui ne reeonmiisse que la guerre est un de ces phénomènes, dont la société rend les manifestatioDS de plus en plus rares, et qu'elle tend à faire disparaître.

Aussi, sommes^nous convainou que, dàs rachève^ ment du travail de reconstitution des nationalités euro- * péennes, le continent marchera rapidement à une complète (Micifieation.

Peut-on se figurer^ dans cette hypothèse, le degré de prospérité que procurarait aux peuples la concentration de leurs ressources et de leurs efforts dans le domaine sans limites des seienoes, des arts et de l'industrie? Armé qu'il est d'agents tout puissants, inconnus des anciens, tels que l'imprimerie^, la vapeur, les cheiinnsdefer,rélectrieité» les télégraphes, le gaz et le crédit, cette force invisible qui multiplie les ressources sociales, quels nûracles le gâûe modmie n'enfanterait- il pas ! Combien le mouvement civilisa^ teuF qui emporte les nations serait précipité! Combien d'hommes, privés des enseignements intellectuels et moraux, pourrai^t, au contact des oeuvres de l'esprit, ëpur^ et fortifier leur âme ! GondMen d'infortunées créatures, aujourd'hui encore vouées, dès leur enfance, et comme par une fatatité inexorable, au vice et au crime, seraient, par des asiles ouverts en tous lieux, et, s'il le fallait, par la d^possession légale de femmes qui n'ont de la mère que le nom, dégagées d'une atmo-

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sphère impure, et âevées jusqu'px régions sereines de la vertu !

Tels sont» dans les termes les «plus généraux, les

résultats à espérer, au point de vue économique et moral, de la grande révolution qui s'accomplit sous Boeyeux.

On pournât craindre que la pacification de notre cofrtinent , et les rapports multipliés des nations entre elles n'amenassent une sorte de fusion, un effacement complet de leurs types xuriginels, et ne produisifisent une telle uniformité, qu'elle ferait, à la longue, tomber les œuvres 4e Thomme dsms,un moule uniforme. .

Hais, œ serait là une crainte mal fondée. Il est vrai que les voies, ferrées^ la navigation à la vapeur, 1 imprimée» et, enfin, la diffusion de la langue française, qui est celle de Tapostolat philosophique, rapprochent nécessairanent les peuples, confondent leurs intérêts, rendent communes aux uns et aux autres les chances de bonheur et d'infortune, en un mot les unissent entre eux par des liens nombreux et indissolubles. Mais il feut reconnaître, en même temps, que Taflranchissement des races, donnant un Uhre essor à lairs instincts natifs, doit produire, dans toutes les carrières, dans toutes les branches d'application de l'intelligence bu« maine, une efflorescence variée comme ces instincts mêmes, et comme les ressources que des terroirs et des climats différents mettent à leur portée. En sorte qu'au*

DBS RATIONALITES*

lieu de Tuniformité que l'on redoute, la doctrine que nous professons aurait pour résultat de maintenir cons*

tamment entre les nations» ce qui constitue les traits distinctifs de leurs c&racfères^ et une diversité précieuse dans leurs productions de même que dans leurs aptitudes.

Cette diversité se ferait remarquer plus oicore dans les organisations gouvernementales des peuples. Tandis que les uns, ehéz qui domine le géiiie individnèl; se soumettraient à un pouvoir unique, temporaire, viager ou héré^taire, c'est-ànlire àun régime où les pouvoirs loeaux seraient très-subordonnés ou très-effacés, d'autres, doués de Tesprit de collectivité,, se oonstitiieniieiit suivant un système fédératif, dans lequel les municipalités et les assemblées provincialesjoueraient un rôle im« portant; d'autres, enGn, chercheraient une forme, où les éléments politiques seraient savamment équilibrés, au nïoyen d'un formalisme minutieux : éa un mot, chacun organiserait son administration intérieure, selon son désir, sa tendance naturelle et ses Iraditions historiques.

Un homme, qui fut un grand philosophe et un Père de l'Église, a écht ces paroles remarquables : a Pax est tranquïOUMûrdms » « la paix M la tranquiUiti de V ordre f a dit, sqtrèslui, un savant prélat. Mais, cet

* 8>îiitAiigDrtm«~M(wi enipnmtaBicetted^ an Umdel^Diipiialeup, «titillé : la 5otMtraâMM fimêifieah lOon lê di9U eoMigm «f le âroUntnpimt iii-8. Fuis, 1860, ch. 2, pagas 24 ct25.

i4& DO nmm bes NATuniAUTÉs.

ordre n'est pas celui dont un ministre annonçait le rétaUissemeiii dans Yarsoviey au lendemain de l'oocopation de la malheureuse cité par les armées russes ; ce n'est pas Tordre lugubre» qui règne sur des cadavres et sur des ruines ; ce n'est point Tordre imposé par la

violence, et que la violence peut seule maintenir

Non. Cet ordre, dont k tanquilUté est la paix idéale dans le beau langage du saint évêque d'Uippone, c'est un ordre harmonique^ où les éléments soirt à k pkce que la nature leur a assignée, où, les aspirations et les besoins légitimes des individus et des peuples étant obéis,. Tbumanité marehe, Kbre et confiante, dans la voie que

Dieu même lui a tracée.

APPENDICE

APPENDICE

lOTE A

FOLLTIQUB ANGUISB E£Lm\£M£NT i IL BfiLQlQUK.

(Page 10.)

L'AngUiem n'a jamais eeoraiiti, de bon gré» I ea que la France possédât IsB boaabes da rEscanl at du Rhin. Ella a toajonn viié à eonstîtuer» dans las Flandias» un État indépendant. 11 est curieux

de trouver lu témoignage de cette politique constante, dans un entrelien que le célèbre marquis de Rosny (plus tard duc de Sully) eut, en 1601, avec la reine i'.lisabeth. Cette princesse émit l'avis qu'il fallait, d'un commun accord, soustraire à la domination du roi d'Espagîie les dix-sept provinces des Pays-Bas, avec celle réserve toutefois que ni la France ni l'Angleterre ne s'approprieraient aucune partie dec«s provinces : « Disant cette sage princesse tout libreiDent à celuy que le Roy luy avoit envoyé, que si le y> Roy son msistre, encore qu'il fualson Lien«ainé frère, vouloit 9 joindre ces provinces à la France, elU s'y opposeroit formel

ifSIÈ VO NHNCIPB

D UmerUf et ne trouveioit nullement eslrange qu'il fist le sem* » blable en son endroit; et pariant, que» pour eropescher tonle » jalousie entre eux, il en ialloit former une république souve- 1» raine. » (Sully, OBeonomiuroyalm, %, ni, in /tue, Diteours $ur lumapfiifiqmdmeimduRoyH^ ^nd; etc.). Nous emprantens cette cttatioa i l'ouvrage de M. Berger de Xivrey» intitulé : Trudiiion frmiçaÎM d^um Çanfédintion d$ rîMe, in-8o» 1860.

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