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d'une fois, malgré cette diversité d'origine, soudées à cette dernière» à cause des nécessités de la défense contre les attaques d'un même ennemi, et d'une communauté d'existence imposée par leur situation relative»
Dans cette hypothèse, les difficultés ou la lenteur de la fusion ont été en raison directe de l'importance de la fraction ou tribu à annexer. Ainsi TEcosse (l'antique Calédonie), peuplée de Pietés et de Scots, comme une grande parte de l'Irlande, n'a point d'analogie de race avec le reste de l'île de Bretagne .(l'Angleterre), peuplée de Saxons et d'Angles, mélangés d'Ibères au sud et de races Galliques à Touest. Et pourtant, cette juxtaposition des deux groupes dans une même ile devait amener tôt ou tard la domination de l'un des deux par l'autre. La lutte a été longue, mais enfin l'Angleterre, plus ét^due et plus forte, a subjugué l'Ecosse. Ici les circonstances géographiques ont exercé une influence supérieure à celle des races*
D'autres fois, les fractions annexées ne fonnairal qu'un faible accessoire^ dont la résistance à la fusion dut être de courte durée. Prenons des exemples dans notre histoire. Au nord-ouest de l'Espagne, entre le littoral de l'ancienne tn&t Cantabrique (aujourd'hui golfe de Gascogne^, et la chaîne Cantabrique, ramification des Pyrénées, qui s'étend à peu près parallèlement à la mer, dans cette partie de la péninsule appelée CeUibérie et GaUû^, les traces de la race celtique et gauloise
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sont nombreuses. Cependant les Pyrénées, cette grande barrière, qui se dresse entre l'apanage des ibères et celui des Gaulois, ne pmnetlent pas à ces derniers de revendiquer des populations que les circonstances géographiques ont bites ibériennes en dépit de leur origine.
En sem inverse, les invasions de Celtes ou Gaulois dans la Péninsule, opérées par la porte occidentale des Pyrénées, ayant refoulé violemment les populations ibériennes, celles-ci s*épanchèrent, par la porte orientale, dans le Roussillon, se répandirent sur les côtes de la Méditerranée, et arrivèrent ainsi jusqu'aux Alpes maritimes. 11 n'est personne qui ne connaisse la similitude frappante qui existe entre les hommes de la Cerdagne espagnole et ceux de la Cerdagne française : type physique, instincts, aptitudes et mœurs, tout ou presque tout est semblable entre eux, et l'on ne saurait douter de leur identité d'origine. Néanmoins la chaîne des Pyrèiées, placée entre eux, fiât un obstacle à peu près infranchissable à des relations permanentes, à la communauté d'administration et de gouvernement, en un mot les repousse loin les uns des autres, maintenant h Cerdagne espagnole dans le giron de la famille ibérienne, et rattadiant le Roussillon à la fiimille gauloise.
Des circonstances analogues se présentât au nord
de notre territoire. Suivant des traditions rapportées
DU 9MNCIPB
par César, qui fit sa première campagne en Gaule
59 ans avant Tèra cluctienne, la nation gauloise avait i^voyé, â ^iesépoqnea antérieures, des oolenies chez les Germains : a II fut un temps, dit le proconsul, où les x> Gaulois durpassaient les Germains en courage^ por- » taient la guerre hors de leurs frontières, et, à raison » de leur population surabondante et du n^ân(|ue de » terre, jnmyaàeni des eolomes au-delà éu Bhén. » C'est ainsi que les parties si fertiles de la Germanie » qui entourent la forêt Hercynie (la forêt. Noire) , » connue d'Eratosthène et de certains auteurs grecs >i 80US le nom d'OrcynlQ, fureni ^^upées par les » Yolces Tectosages qui s y fiièrait ^ » Tacite reproduit et confirme ces énonciations de César, et y ajoute le renseignement suivant : « Ëntre la fiorêt Hereynie, le » Rhin et le Mein, ont habité des Helvètes, plus loin des » Boîens, et Tune et l'autre nation sont gauloises » Ainsi nous avons dans ces passages des deux historiens la preuve irréfragable de i'immigralion et de rinstaliation, chez les Germains, de trois peuplades gauloises, ou plutoi de colonies tournes par trois d'entre elles»
* e Ac fuhantea tempos, comCermanos Galli virlutesuperarent, «Zfro bella tn/isrrent, propter hoininum muUitudioem agrique inopiaai, trans Rheimm colonias mitterent. Itaqiie ea, qua» fertilissima Germanise sunl, loca circiim Hercyniam sihram, qaam Erathosteni et qnibusdam Graecis fama notam esse video, quand illi Orcyniam appellant, Voica? Tectosages occupa vurunt, atque ibi coit* siderunt. » {De hello GalUco, lib. vi, cap. 24.)
* « Igitar inter Here^raifin siWam, Rhemunqae «t Mcnuim anum, Helvetii, ulttrioit Bmî, GtMkatOraque gens, tm m n ,»P$ maribm Gt m m iw, e. 2S,)
DES NA'liOiNALiTÉS.
savoir : les IFo^ces Teetosages (peuple des environs de Toulouse), les Helvètes (peuple de la Suisse), et enûn les Boîens, dont le f(n cr paraît avoir été dans le pay6 d'Auxerre et à donné son nom à la Bohême.
A l'époque de rentrée des Romains dans la Gaule celtique, ces peuplades s'élaient uaie$ assez étroitement avec les tribus germaines, si nous en jugeons par le témoignage du conquérant relatif aux Volées l ectosages : a Depuis son invasion cette nation, dit-il, s'est » maintenue à la même place, jouit d'une grande ré- » putation de gloire militaire, et se trouve, à présent, » dans la même disette, pénurie et souffrance que les » Germains eux-mêmes, dont elle partage tontes les » habitudes quant à lanmriHireetaux vêtements »
Malgré son assimilation quant à la vie matérielle, cette peuplade paraît avoir conservé longtemps ses instincts et ses traditions particulières. Beux de nos plus savants numismatistes ' ont retrouve récemment^ sur des médailles frappées au-delà du Rhin peu de t^pe avant ou peu de temps après l'occupation de la Gaule par les armées romaines, le type monétaire gaulois des Yolces Teetosages de Toulouse. On a d'ailleurs observé
* « Qiue gens fid hoc tempui bit sedibui Mse continet, summamqut liaèit justitiip et b«11icae landif <^ionem. Nunc quidem in eadem inopia, egestate patientia que Germani pennaociit, eodem vidu et culttt «vptttt iituotur. • {D$ belh Gallico, loc. cit.
3 M. Adrien de Longpérier et M. de Sauley, Bemt mmimMiqM, nomnlle •érie, aonèe 1859, p. 320-321.
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depuis longtemps les dissemblances profondes, qui existent entre les Germains et les hommes de la Bohême, et qui ne s'expliquent pas seulement par un mélange de Slaves, mais aussi par la différence originelle des
races.
Pourtant, maljgré les li^s que nous signalons, la
France, héritière de l'ancienne Gaule, ne saurait être admise à franchir le Rhin, pour rattacher à son territoire ces pays, que la configuration du sol et un large fleuve en ont séparés pour toujours.
Dans le sbis inverse^ nous savons qu*i une époque plus rapprochée de la conquête romaine, des colonies germaines vinrent ea Gaule et s'y installèrent. Ainsi, au j^pport de César, plusieurs nations de la Belgique, notamment les Ëburons (peuple des environs de Liège), sortaient de là Germanie, et avaient autrefois passé sur la rive gauche du Rhin \
Tacite nous apprend, de son côté, que les Tongriens (Tongres et Brabant) étaient les premiers Germains qui euss^t franchi le grand fleuve ^. Quant aux Trévires (habitants du pays de Trêves) et aux Nerviens (Flandre-Hainaut), qui se vantaient d'une origine germanique, Thistorien nous dit que leur prétention était d'autant moins fondée, que, par leurs traits physi(|ues comme par leur caractère moral, ces
* IkmoritniGemaniœ, cap. 2.
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DES NATiOHÀLITÉS. 41
peuples étaient semblables aux autres Gaulois
Néanmoins» lorsque les Romains s*avancèient au ' cœur de la Gaule , la confédération autonome se leva toute entière contre eux : on la vit, après les défaites successives de ses peuplades divisées, s'unir, pour la première fois, à la voix de Yercingétorix, dans un suprême effort pour l'affranchissement de la patrie commune. Et, quand le jeune et illustre chef des Arvemes se fut enfermé dans Alésia» les tribus qui bordaient le Rhin, comme celles qui habitaient les rives de la Seine, de la Loire» du Rhône et de la Garonne, s'imposèrent, dans une assemblée générale, un nombre de guerriers déterminé pour la formation de Formée de secours
La nation gauloise existait donc compacte, malgré la présence de quelques peuplades germaniques, que le grand fleuve séparait delà patrie d'origine. A la vérité, le langage et les institutions des trois grandes divisions de la population gauloise. Aquitains, Celtes et Belges, étaient dissemblables, comme l'atteste César % et tout indique, en effet, que ces peuplades provenaient de souches distinctes. Mais, jetées, simultanément ou à des époques diverses, par le cours des migrations, dans ce grand cadre naturel formé par l'Océan, les Pyrénées, les Alpes et le Rhin, elles se fixèrent au sol et com-
* De nmofUm Germaiti», c 38.
> De bdl. 6alUe., Vn, 75. L« penpIadM ntoéèt ao md de b Garomie ne figurent pas du» noatmclature.
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mencèrent en^enible le travail de leur dév eloppcmeni social.
Leurs relafioDs, par le fait de la juxtaposition, durent se multiplier, des lieiis de tauiille se nouèrent, et, peu à peu, les différenoeB origioeUee tendirent i s'effacer.
Au moment de la conquête romaine, il y avait, dans
le vaste périmètre que nous venons de circonscrire, une confédération gauloise, dont les membres étaient fortement unis entre eux : unis, non pas seulement par le patriotisme et la solidarité d'intérêts, mais par les croyances religieuses, par un état social uniforme et un degré égal de civilisation \ par tous les traits du caractère, par un type moral, que César a peint de son énergique pinceau et dans lequel nous pouvons nous reconnaitre encore ^ Le général historien a donné, comme par opposition, le portrait des Germains, qui achève de singulariser le type de leurs voisins du sud Il affirme d^ailleurs pontivement^ en plusieurs endroits, comme nous le verrons plus loin, Tunité nationale de nos aïeux. Or, ce âdt raiotarquable doit être attribué, pour une large part, à l'influence de la configuration du sol| et il nous donne la mesure de
* Lm G«iloi8,étiientliwrfaiu i la période de la vie afrieofe^ aleri^ que jee Gennains éCaieiit encore dam la période de la ^ paitôiale. {D$ UU,
*».,V!, ItetiMY.
DBS NATIOltALITtS. 43
l'actum puissante, décisive parfois, de la géographie
physique sur la formation des nationalités.
Cloiicluons donc que, si la loi des races est destinée à servir de base fondamentale à la régénération des peuples et à la distribution nouvelle des États, elle devra, dans la délimitation de leurs territoires, se combiner avec le principe des frontières naturelles.
CHAPITBE III.
Date récente de ravéDement du prineipe des nationalités. — Connexité entrt ce principe et le dogme de la souveraineté populaire. — Révolution française : combien elle diffère des révolutions d'Angleterre; eàleKï aont nationales, celle-là est humanitaire; leurs destinées diverses. — Depuis 1789, lu France est ra[)ôtre du dogme de la souveraineté du peuple. — Depuis le démembrement de son territoire en 1815, elle est le champion du droit des nations. — Le suffrage universel, institution de la démocratie française, sert de mtertum pour l'application du principe nouveau.
Pourquoi cet instinclde reconstitution des nationa* lités a-t*il si longtemps sommeillé» et faitril aujourd'hui explosion? Comment s'explique la manifestation simultmée» suir tant de points différents de rEorope, de ce principe général qui semble régir les grands événem^ts contemporains? Telles sont les questions que nous nous proposons de traiter dans ce chapitre.
Les esprits ont été vivement frappés, dans ces derniers temps, de Tadmission^ i l'égard des grands du»
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chés de lltalie centrale, de la Romagne, de la Savoie
et du comté de Nice, du priacipe de la souveraineté populaire, c'est-à-dire de reacereice de la volonté de tous ou du plus grand iioinbre pour le choix de la nation aux destinées de laquelle ces groupes entendaient s'associer.
Les populations italiennes de la Toscane et de rÉmiliCy avec une discipfine digne de remarque, dans des termes mesurés et pleins de convenance, qu il n'était guère permis d'attendre d'hommes affranchis d'hier, ont successivement proclamé la déchéance de leurs princes, et exprimé la volonté de s'unir à la monarchie piémontaise. Des assemblées, éliies par un corps d'électeurs nombreux, mais tenus de jusliiior de Certaines conditions légales de cens et de domicile, sortis en un moi des classes les plus éclairées et les plus intéressées à 1 ordre, ces assemblées ont prononcé à l'unanimité, en 1859, la double résolution rappelée plus haut. Des doutes ont été élevés sur l'adhésion des classes inférieures, et il » été jugé nécesanve d'appeler tous les membres du corps social à s'expliquer sur la question» On comudt les multats de cette deraiire et solennelle épreuve. Les habitants des campagnes se rendirent dans les villes et dans les bourgades, conduits par leur pasteur ecclésiastique ; les femmes elles-méiofts, sur lesquelles la pression poUtique est si: {MU praticable et n*est même jamais tentée, les
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femmes sovtaient de leur logis, portanl, brodée sur \mf% vitementSy encastrée dans leur coifliiFe, la formule affirmative, qui réponciaii à ki quetiion posée de Tunion à la couronne de Sardaigne. Une voix dissideiile sur mille s'est à peme élevée coatre la pensée nationale, et les détails qui nous sont parvenus sur Tentratnement prodigieux qui amenné les paysans comme les citadins à Tume du suffrage universel, ne permettent plus de douter du caractère de sincérité et de spontanéité de cette votation d Italiens sur les destinées de lltalie; et, alors même que la main du Piémont s'y serait fait sentir, on ne peut méconnaître qu'il y a eu là un mouvement national, très-réel, trèspassionné, irrésistible.
Nous assisterons très-prochainemeat, sans doute, à un mouvement semblable de la part des populations des Deux-Siciles, des Marches et de TOmbrie, si, comme Tannoiice Vexposé de M. te eeiitte de Cavour au parlement sarde, elles sont convoquées dans leurs comices, pour faire connaitre une volonté qui sera obéie, quelle qu'elle soit.
Or, le mode d'expression de ce motivement par runivefsalité des citoyens, atteste la connexité qui existe entre le dogme de la souveraineté populaire et le droit des nalionalités* Cette eonnexité entre les deux principes est telle, que Ton pourrait presque* dire qiriln'en forment qu'un seul.
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Les affinités des races, le respect dû à leur unité* ce sont U des idées toutes modernes, et que ne paraissent avoir connues ni les sociétés antiques ni celles du moyen âge.
Chez ces dernières, le droit de la guerre attribuait au conquérant un pouvoir absolu sur les territoires, les choses et les hommes. A ce pouvoir il n'y avait, en réalité, d autre limite que celle que lui assignaient les instincts plus ou moins farouches du possesseur, et d'autre contrepoids que Tautorité morale de TÉglise, intervenant, collectivement dans les eondles, isolément par l'organe de l'évêque dans chaque cité.
Tel est le tait qui domine cette longue et douloureuse période du moyen âge. Nous en avons des exem* pies frappants dans la conduite des princes de la première race. A la mort du souverain, ses héritiers se partagaient le royaume et ses habitants, comme on partage un doroame et son cheptel. Les fils des Mérovingiens découpaient entre eux la Gaule, par longues bandes, s'étendant de Textrémité nord à l'extrémité sud, traversant, dès lors, toutes les températures, et contenant, pour ainsi dire, un échantillon des populations si diverses, dans leur unité, qui couvrent notre territoire : procédé bizarre, qui semble inspiré par le désir de faire jouir également chacun des copartageants, de tontes les richesses de cette proie échue aux successeurs de Clovis.
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Des faits analogues se passaient dans la pléninsole italique et dans la plus grande partie de l'Europe.
Le moyen ftge est rempli de ces aventureuses entreprises de chefs de bandes, allant conquérir des royaumes dans les pays lointains et presque au hasard, parfois sous le prétexte de croisadeis religieuses contre les Musulmans d'Espagne» de Sicile, d'Afrique ou d'Orient, mais le plus souvent sans prétexte et sans autre raisoa que le désir de s'approprier des terres fertiles et des bras pour les cultiver, c'est-à-dire le moyen d'assouvir la soif de l'or et des voluptés matérielles.
Le plus souvent, et jusque dans les derniers temps de l'ancienne monarchie, les guerres et les alliances se disaient de souverain à souverain, par des considérations de personnes ou de femilles. Un mariage, un riche ' présent, une intrigue, une passion, l'amour, la haine, la jalousie, allumaient la guerre, dictaient la paix. Les terres et leurs habitants, à la merci de leurs seigneurs, étaient art)itrairement distribués ooitre eux, et passaient alternativement du joug de l'un sous le joug de Tautre, sans que nul se souciât des sympathies ou des répugnances des peuples.
Mais, dans les pays conquis, l'élément indigène réagit violonmént contre Tenvahisseur. Les races vaincues, relevant la tête, protestèrent contre le fait brutal de la conquête, au nom des droits imprescriptibles de Thuma?^ nité et de Tégalité fraternelle écrite dans le code des