‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 32 sur 82 · PRISONNIERS · texte numérisé non relu

PRISONNIERS

couchée sur le seuil de la porte» passait la nuit à verser des larmes». privée des embrassements de son fils \

Un geôlier» acheté ou attendri par ]es souffrances du prisonnier» appliqnait-il quelque baume sur ses douleurs; il était obligé de s'en cacher comme d'une action coupable. .

Misérable! s'écriait, transporté de colère, un gouverneur de province, en s'adressant à un geôlier, pourquoi les blessures de ces chrétiens sont-elles guéries? Ne t'avais-je pas défendu de les panser? — Par votre grandeur! répondit tout tremblant Pégase le geôlier, personne d'eux n'a été pansé» et personne de leurs amis n'est venu les visiter; je les ai gardés enchaînés dans le plus profond delà prison... Si je mens, que ma tète en réponde. — Comment donc alors, reprit le gouverneur, leurs blessures ont-elles disparu? — Par votre vertu! je l'ignore» répliqua le geôlier... — Insensés! s'écria l'un des prisonniers, ne voyez-vous pas que notre Sauveur est notre médecin, et qu'il guérit tous ceux qui ont foi en lui ^!

Toutefois» le jour, ou même la veille de l'exécution des chrétiens condamnés aux bêtes, les geôliers avaient ordre de se relâcher de leurs rigueurs accoutumées. Ce jour-là, c'était fête dans les prisons ! fête pour les bourreaux, qui allaient enfin se repaître du sang de leurs victimes; fête pour les victimes qui allaient enfin échapper à leurs bourreaux! Ce jour-là, on leur servait le souper libre... C'est le nom qu'on donnait à leur dernier repas. Ce repas était une espèce de festin auquel tous les condamnés et même leurs amis

* Oral., In Verrem, lib. V.

• Voy. Hist.ecclés. de Fleury, liv. IX.

preiinient part. Le public était admis à y assister. •• \

Un jour, ded chrétiens allaient mourir. ..; les geA^ liers oubliaient le souper libre... , et leurs frères étaient à la porte, attendant le moment des adieux. Oubliess^ vous donc, dit l'un d'eux au geôlier, que c'est demain le combat? Et puisque nous sommes les condamnés da très noble césar destinés à combattre à fia fête, n'est-il pas de votre honneur que nous y paraissions bien nourris? Le geAlier> à moitié converti, permit à leurs frères d'entrer dans la prison, et leur laissa la liberté de n rafrûiehir ensemble *•

I^ prisonnier, pendant ce temps-là, ne succombait pas à une seule douleur. La mort, dit Cassiodore, se multipliait pour lui sous mille formes hideuses, et l'hon^ rible saleté de son cachot n'était pas sa moindre tor-^ ture : Non est unum clatms extftum ; muUifarié tnorit perimitnr qui carceris squalore iorquelur *.

A Rome, la principale prison publique ne recevait le jour que par des espèces de soupiraux fort étroits : Angustis foraminibus lenuem lucis umbram respicientem ^, et l'annexe de cette prison, appelée Tullianum, se composait d'un cachot sale et obscur, dont l'aspect était affreux et qui exhalait une odeur fétide ^.

La malpropreté des détenus égalait celle de la prison^ leurs cheveux sedressaientnonpeignéssurleurtôte demi rasée... Semitonsi capitiê capillt^ horrescit, et la crasse de leur corps n'était jamais mise à l'épreuve du bain ^ Squalent sine baïneis membra situ et sordedeformia^.

* Terlul., Apol.y c. 42.

« Hist, ecclés. de Fleury, li?. V, ch. XVU.

* Voy. Bombardiû., ub, sup.^ p. 41.

* Voy. Oral., /nKaf., 37.

> Salluste, Catilin., ch. LV.

« Voy. Bombardin., ub. svf>., p. 139.

Page 1