‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 38 sur 82 · VL · texte numérisé non relu

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IMvIUv; lioxiif.

Romains paiiTres, modèles de toutes les vertus : — Devenus riches, exemples de tous les vices. — Sources de l'opulence romaine. — Dépouilles du monde vaincu. — Perturbation jetée dans les mœurs. — Fortunes individuelles colossales. — Luxe effréné des grands. <— Est contagieux pour les masses. — • Dépenses fabuleuses des empereurs. — Prodigalités folles. — Repas somp*

* Michelet, Hist. de France, 1. 1, p. 99.

• Granier, up. «ip., ch. XIV*

taeox. ^ Frais de table tnsenBée. — Gloutonnerie, gonrmandifle, iTrogcerid. — L'argent 8*ea Ta comme il est Tenu. — Fortune honteuse. — Honteuse misère!

Aussi longtemps qu'ils n'eurent à combattre que des populations pauvres et qui leur vendaient très cher des victoires qui ne leur rapportaient rien, les Romains restèrent des modèles de tempérance et d'austère simplicité. Mais quand y enfin , ils eurent soumis l'Italie, vaincu Carthage, et conduit à Rome les dépouilles de la terre, ils rapportèrent, avec les richesses des nations conquises, l'amour de l'or qui les amoncelle» l'orgueil du luxe qui les étale , la passion des plaisirs sensuels qui les dépense, et tons les vices qui s'en repaissent en de honteuses prodigalités. Tels furent, notamment, les résultats qu'amenèrent la prise de Syracuse, dont les chefs-d'œuvre de l'art, transportés à Rome vers le milieu du sixième siècle, contribuèrent essentiellement à répandre le goût général du luxe; la conquête de l'Asie qui fit passer en Italie tout le luxe de l'Orient et montra à Rome une opulence dont elle n'avait pas encore d'idée; enfin, la conquête de l'Achaïe, au commencement du septième siècle, par laquelle le dernier coup fut porté aux mœurs primitives des Romains.

Dans les douze années seulement qui s'écoulèrent entre le retour de Scipion et la fin de la guerre d'Antiochus, les contributions de guerre frappées sur les vaincus et apportées à Rome s'élevaient à près de cent cinquante millions \ L'argent, l'or, l'airain, portés par les généraux à leurs triomphes, montèrent aune somme égale. Ces trois cents millions seront aisément doublés

^ Voy. Dézobry, Rome au siècle d'Auguste.

BIVlTIiE; LUXCS. |g9

gi FoD y ajoute tout ce qui fut détourné du butin par les officiers et les soldats, les sommes distribuées aux légionnaires, et les objets précieux, meubles, tissus, argenterie, ouvrages de bronze, apportés à Rome du fond de TAsie , car rien u'échappail à la rapacité romaine. Scipion montra à sou triomphe cent trente et une dents d'éléphants; Flaminius et Fulvius, plus de cinq cents statues de marbre et d'airain, des vases ciselés, des boucliers massifs d'or et d'argent. Acilius prit jusqu'à la garde-robe d'Antiochus; Manlius jusqu'à des guéridons et des buffets ^ .

Les années qui suivirent ne furent pas moins productives. En une seule fois, PauUÉinile rapporta quarante* cinq millions Plus tard, arrivèrent les richesses de Gorinthe et de Carthage, les trésors d'Attale, et, chaque année, les produits des miueà et les tribus des provinces*.

On peut aisément se représenter la perturbation causée par tant d'or, de richesses et de luxe, jetés tout d'un coup au milieu d'une cité pauvre, sans industrie ni commerce. Les mœurs ne purent y résister. Gaton lui-même, l'austère Gaton, y succomba '.

D'énormes fortunes individuelles avaient été le pro* duit de la conquête. On cite, entre autres, comme ayant été acquises à la guerre : les fabuleuses richesses de LucuUus qui vivait avec une magnificence rivale de celle des rois de Perse*, celles ^e Sylla % celles de Marins qui devint plus riche que plusieurs rois en-

« Voy. Duruy, H, p. 12, et les auteurs qu'il elle.

« Jbid., p. 13.

» Voy. Plutarque, Fie de M. Caton,

f Phxi. f jAM!uUua,t$.

» Plm , Sf/Mtf, L . , V. ^ ■•

semble S enfin celles de Crassus, proconsul de Syrie, qui posséda plus de sept mille talents de bien (trente^ sept millions trois cent quatre-vingt mille francs), et qui disait que Ton ne devait pas regarder comme riche celui qui ne pouvait entretenir une armée avec son revenu*.

Les légions de Manlius, dit Tite^LivCi rapportèrent dans Rome le luxe et la mollesse de l'Asie. Ce fut de* puis cette époque qu'on fit paraître dans les festins des chanteurs > des baladins et des joueuses de harpe ; qu'on mit plus de recherche dans les apprêts des repas, et qu'un vil métier passa pour uu arL Aloi*s on vit un jeune et bel esclave se vendre plus cher qu'un champ, et quelques poissons plus qu'un attelage de bœufs'.

Jadis, tous les sénateurs réunis n'avaient qu'un seul service en argenterie qu'ils se prêtaient pour traiter les ambassadeurs^. Mainteuant, quelques-uns possèdent jusqu'à mille livres pesant de vaisselle d'argent, et bientôt Livius Drusus en aura onze mille livres. Il faut, pour les maisons, pour les villm^ de l'ivoire, des bois précieux, du marbre d'Afrique, etc. ^ En 131, avant notre ère, un Métellus bâtira un temple tout de marbre^ car ces nobles disposent maintenant de richesses royales ^.

Ce qui est le plus surprenant, c'est que ce ne fut pas

« Plut., Màrius, 60, 86.

• Plut., Cra«st«,3.

» Til.-Liv.,XXXlX, 6. — Poîyb., XXXI, 18.

• Plin., iVa«. W«t.,XXXIll, il.

• Vell.Pal.,1, 12, 14,21.

^ Ad paucos komines^ omnes omnium natiomim peoumoi pervê^ msw. Cio.y In Fvrr.y de St/pp., àH.

DlYlTlifi; LCXDS. 191

même par degrés^ mais tout à coup, que se fit un si grand changement dans les mœurs romaines.

Il est curieux de lire dans Sénèque le tableau de ce changement subite et surtout de voir le riche philosophe -déplorer, avec une éloquence admirable, la disparition des vertus simples et frugales, et regretter Tamour de la pauvreté et le mépris des richesses ; car, ce même Sénèque était riche de près de soixante millions de nos francs amassés en quatre ans de faveur. On le voyait dans Rome épier les testaments, circonvenir les vieillards et dévorer Fltalie et les provinces par une insa^*' tiable usure. En déclamant contre le luxe, il avait cinq cents tables de bois de cèdre montées d'ivoire, toutes pareilles, où il prenait de somptueux repas ^ .

Il est impossible d'imaginer et de décrire la magni^ licence et le luxe des riches Romains, dans leurs bâti-^ ments, leurs habits, leurs pierreries, leurs statues, le nombre prodigieux de leurs esclaves, afiranchis ou clients, surtout la profusion et la dépense de leurs tables. Aucun peuple connu n'est allé jusque-là.

Cneius Domitius, qui partagea la censure avec Crassus, lui reprochait un jour certain portique orné de dix colonnes en marbre. «Voyons, répondit Crassus, combien estimes-tu mon palais? — Six millions de sesterces > tout au moins» — Et combien en rabattrais4u si je faisais couper les dix arbres qui lui donnent de l'ombre? — Il ne vaudrait plus que trois millions. — Eh bien! reprit Crassus, qui de nous deux est plus adonné au luxe, moi qui ai payé mes dix colonnes cent mille sesterces, ou toi qui évalues à ti*Ois millions l'ombre de dix petits arbres?^) Plus tardj Çrassua,

' 0e Villeueuve 6'argemont, Eût. de i'écon. paUt., I, p. 184.

devenu plus riche^ paya six lotus trente millions de sesterces, et porta publiquement le deuil d'une murène *.

Pline, dans sa résidence toscane, dont il nous a laissé tant de charmantes descriptions, nous parle d'une alcôve de marbre, tout ombragée de vignes rampantes. L'eau, jaillissant par des tuyaux cachés, comme si elle cédait au poids des personnes assises ou couchées sur les bancs hexaèdres de cette fraîche retraite, retombait dans un bassin de granit poli, si parfaitement dispose, qu'il semblait toujours plein «ans déborder jamais. Il le fallait ainsi, car Pline s'en servait comme d'une table à manger, les plus gros plats demeurant posés sur la margelle du réservoir, tandis que les plus légers, taillés en forme de navire ou d'oiseaux aquatiques, flottaient, à peine mobiles, sur l'eau toujours unie ^.

Le citre (cyprès femelle) était un bois mauresque très cher. Los tables à un pied, faites avec ce bois, coûtaient des prix énormes; et les femmes en reprochaient le luxe à leurs maris quand ceux-ci critiquaient la dépense de leur toilette. Cicéron, dont la fortune n'était pâs énorme, a payé un seul monopodty venu d'Afrique, un million de sesterces (deux cent quatre mille cinq cents francs). Âsinius Gallus a payé le sien cent mille sesterces de plus, et les Géthégus eu possédaient un qui, transmis par succession au chef de la famille, était estimé quatorze cent mille francs'.

Le peuple ne pouvait pas ne pas adopter ces habi-

^ Becker, Gallus y or roman scènes ofthe Urne ofAugustus, trad^ de L'allemand en anglais par Frederick Melcalfe, 1815^ « Ibid, » Jbid.

BIVITIJS; LUXUS^ 193

tud68 luxueuses des^ grands; aussi lui fallut-il bientôt des parfums comme aux patriciens. La consommation» à Rome, des parfums et des épiceries de l'Inde dépassait tout ce que nous pouvons imaginer. Des sommes extravagantes étaient prodiguées par de simples particuliers à l'achat de ces denrées ruineuses et inutile$. Partout on respirait, dans les appartements des Romains, l'odeur des parfums les plus exquis ; leurs cheveux et leurs vêtements en étaient imprégnés. Les salles de bains, les lieux de réunion publique n'offraient pas moins de luxe, sous ce rapport, que la demeure des citoyens opulents. Un beau jour, l'empereur Adrien inonda le vestibule des théâtres d'un flot d'essences lesplus suaves. Les soldats s'en frottaient le corps, et ce genre de ration n'était pas de ceux dont les empereurs pussent impunément négliger la distribution K

Les diamants et les pierres précieuses, autres inutilités, partageaient avec les parfums la frénésie du peuple romain ; dès le siècle d'Auguste on en comptait des collections immenses. L'usage des anneaux devint si général, que les Romains en portaient à toutes les articulations de la main, et en changeaient tous les jours de la semaine ^.

Voilà où s'abîmaient des capitaux immenses dont un meilleur emploi aurait suffi pour préserver l'empire des malheurs qu'il eut depuis à essuyer.

Vainement quelques empereurs tentèrent de s'opposer à ces débordements du luxe et de la vanité, en prohibant, par exemple, l'emploi de Tor dans la fabrication de la vaisselle de table, l'usage de la soie dans

^ Blanqui, Hist, de Vécon.polit.^ I, p. 69 et 84. ^ Ibid. • - ,J.

IM CAUSES »E LA MISiRE,

la muiéction des vétetiients^ etc. Malgré ceâ prohiM-<> lions^ les objets de fabrication étrangère \t!S plas Inîliznts et les plus chers, les tapis de PersOi les mousselines dé rinde, les dents d^éléphânt, les bois d'ébène, i'éeàiile de tortue, les plumes d'oiseaut rares, avaietit fini par devenir pour les Romains des articles de prê^ tnièrè nécessité * •

0u6 de richesses donc ils durent stérilement consommer à Tachât de ces produits fastueux, en échange tlesquels ils n'avaient à donner que de Tor I

Quelque effréné qu'il fût, ce faste n'était qu'un re*^ flet affiiibli du luxe et des incroyables dépenses des empereurs. L'histoire romaine, sur ce point, est un conte des Mille et Une Nuits.

Sur un déB qu'on lui en faisait, Caligula fit jet^r un peiit sur la mer, du port de Baies aux digues de Pouz^ ^oles ; ce pont avait trois mille six cents pas de long ; II était pavé et avait la largeur de la voie Âppienne *• Il y passa triomphalement avec tous ses courtisatis pendant deux jours de suite. Le premier jour, il montait u[i cheval caparaçonné de housses magnifiques, revêtu luiHfnéme d*une robe impériale de drap d'or, et armé de toutes pièces; ses courtisans marchaient •après lui dans un semblable appareil. Le second jour, il parut, en tenue de cocher du cirque, dans «me voi* turc magnifiquement attelée, suivi des équipages de -ses Courtisans et de toute la garde prétoiienne. Ce pont n'avait été construit que pour ces deux promeiiades, et le caprice hnpérial le laissa ruiner aussi ra« pidement qu'il l'avait ^^onstruit ^.

« Ibid.

< Suéu, Ca/tpui., éap. XXVI.

* Crftoi^r de Cftssagnae, UiH. dès olto»r tutH^itr^^ cb< UV.

iiviTkB; Luxus. 166

Claude, cerieux de Toâr labourer lia fond du lac Fit* tàùi ût hirép pour le dessédier, un canal à travers une inontagiie qui avait trois mille pas de diamètre. Celte fantaisie lui coâta Fentretien de trente mille ouvriers pendant onte ans *•

Mais Nérott laissa bien loin totid ces essais de puis^ sance fa^teeuse : jûttim bonr^iiie n'a montré pareille profusion* Quand ii jouait le soir^ après souper, son enjeu n'était jamais moitié de quatre mille sesterces* I^ujmirs vêtu de soie et d'étoffes d'Orient, il ne portait jamais deux fois le même habit. Quand il péchait dans des viviers, il avait un filet dout les mailles étaient de pourpre et de fils d'^or. Néron avait un singe qu'il aimait beaucoup ; ii lui avait assigné un palais à Rome, un château à la campagne, avec une terre, et il avait réglé sa maison sur un pied analogue. Quand il alla disputer le prix de la course du^tade àOlympie, Néron iiartît avec un train de mille voitures. Les deux mille mules qui les traçaient étaient ferrées d'argent, et les trois ou quatre mille d)cherB et laquais qui les couduis^aient ou qui les nKmtaient étaient vêtus des plus belles étoffes de l'Italie. Une gt*mide multitude de coureurs maures le précédaient, vâtUB à Tafricaine, avec des écharpes ^e soie, des coUiers et des bracelets. Ce fut en cet équi* p^e^ tout à £ait d'habitude pour iui, qu'il arriva à Olympie^ où il remporta le prix. Quand il fut de retour à Rome, on abattit une arcade du grand Cirque ; on fit, à travers le Yélabre et le Eorum, une voie magni-* fique jusqu'au temple d'Apollon, sur le n^nt Paktin. I^a voie était couverte de poudre de safran ; on imrno* lait, des deux côtés, des victimes pendant sa marche, et

< SuéL, Cfai«{.) oap« XXU.

î96 CAUSES DE LA HISÈRE.

il y avait, à droite et à gauche, pour sa suite et pour le peuple, d'interminables buffets couverts de toutes sortes d'oiseaux et de pâtisseries, couronnés de nœuds de rubans ^

Qui payait ces fêtes, ces profusions, ces folies? C'était, en grande partie, l'impôt ; c'était l'impôt qui défrayait les empereurs, leurs maîtresses, leurs eunuques, leurs mignons, leurs laquais, leurs lions et leurs panthères, leurs perroquets et leurs singes ; et si Ton songe qu'entre Auguste et Constantin il y a eu cinquante-<leux empereurs, c'est-à-direà peu près cinquante-deux prodigues, et que, parmi eux, un seul, Héliogabale, mort à dix*huit ans, a peut-être dépensé en un seul jour plus que tous les autres ensemble, en faisant paver la cour de son palais avec tous les diamants, toutes les émeraudes, toutes les pierreries de l'Italie , on se rend compte sans peine de répuisement où était l'empire au quatrième siècle, et Von s'explique comment ces tyrans, ces fous, ces ambitieux, qui passaient si vite, emportaient chacun son lambeau de la fortune du monde ^.

Produit du vol et du pillage, les immenses richesses des patriciens ne pouvaient produire en jouissances que des plaisirs dignes de leur origine. Le désordre avait présidé à la recette; il devait pareillement présider à la dépense. Aussi, les sommes s'en dissipèrentelles en prodigalités folles, en frais de table insensés, en excès d'ivrognerie et de gourmandise tout à fait incroyables aujourd'hui.

La prodigalité était la maladie domiuante de la noblesse romaine, de la noblesse riche. Cette ma-

* Suet., Ner., cap. XIX,XXII et XXIII.

* Granicr de Cassagaac, HisL des ck»8..Qti&f.,ch. XiV^.

DITITL£; LCXQS. 207

iadie était poussée, chez beaucoup, jusqu'à la frénésie* . Un Claudius Esopus, riche d'une immense fortune, se fait servir un plat qui coûte cent mille sesterces (plus de vingt mille francs); il n'était composé que d'oiseaux instruits à chanter ou à parler, et qui lui revenaient à six mille sesterces chacun ^ Son fils, tout à fait digne d'un tel père , désireux de savoir le premier quel goût avaient les perles, en fait dissoudre une dans du vinaigre, afin de pouvoir se procurer le plaisir d'avaler d'un seul coup un million de sesterces (près de deux cent mille francs) ^.

Jules César, — le grand César ! — se ravala presqu'au niveau de ces insensés, en se faisant une fois un souper de cent millions de sesterces (près de vingt-un millions de francs). Il épuisa Timagination de ses courtisans pour trouver moyen de dépenser, en un seul festin, le ve^ venu de trois provinces, une somme double de celle qui composait le revenu du trésor public, dix-sept ans auparavant, à l'époque des triomphes de Pompée '.

Les complices de Catilina étaient, en grande partie^ des prodigues perdus de dettes et de débauches ^. Tous lea prodigues de Rome trouvaient auprès du méma César un refuge prompt et assuré, lorsqu'il méditait le renversement de la république. Ruinés qu'ils étaient, il leur disait ouvertement qu'ils avaient besoin d'une guerre civile pour se refaire *•

Certains autres prodigues se ruinaient uniquement

*Plin., X,M.

* Plin., K, 35. — Hor., II, Sot. Uî, vers 239.

* Plut., Pompée, 63. — Calul., XXVI, yers 15. — Scnec, Consol.ad Helv.y 9.

* Cic, Catil, II, 10.

» Suel., Cofs.i 47.

199 CACsm n L4 MfSteE.

pour pàS3ér pour ridies» Ils auraient mieqx aîmd m trouTer réduiU à une mendîcUé r^lle^ mais cachëe, que de paraître ne pas nager dans Topulenee. Tel de ces vaniteux r qui faisait sonner te plus haut sa fortuuQ, engageait son anneau pour huit sesterces, afia d'aveu de quoi souper \

Les prodignes les plus fameux étaient les gour« mands*

La gourmandise et les dépenses de taUe étaient poussées à un point d*exagératiQn qu'on ne peut ioia** giner de nos jours.

La gloutonnerie devint un moyen de célébrité, quand f^n ne put plus s'illustrer à la guerre.

Le conquérant de l'Arménie, le vainqueur de Mithrt* dale, LueuUus, semblait avoir voulu enfouir sa gloire dans les cuisiaes. il donna le premier l'exemple du luxe et de la profusion dans les festins. Dans un souper ordinaire, à la fortune du pot, qu'il donna k Cicéren et à. Pompée, qu'il n'attendait pas, il dépensa deux cent mille sesterces (plus de quarante mille francs) ^

Apixnus, le plus insigne glouton de son t^mps, gjénie oonsemmé dans tous les genres de luxe et de luxure, Apicius donnait publiquement des leçons de bonne chère, et mettait au concours Tinvention de mets nou-> veaux, dans une ville d'où Ton venait de <^asser les philosophes comme les corrupteurs de la jeunesse '• : Oetavius, autre famieux gourmand, se vit un jour en concurrence avec Âpicius pour l'achat d'un surmulet pesant plus de cinquante livres (seize kil^gcamimes)»

* Voy. Dézobry, Rome au siècle d^Âuguste, î, p. 276 et suit* < Plut., LucuUti^, Si.

* Plia., IX, i7; X, 48. -^-Senec, Consul, ad Beh^^ iA»

BIVITIA; LUXU&. 10$

dastiqé à Fempereur Tibère. Octaviiis paya cinquanta mille sesterces (près de dix mille francs) ce fameux pdsson; ce qui lui fit ma boiiaeur iafini parmi les grands de Rome ^

N'est-ce pas le cas dç^ s'écrier» avec Caton le Censeitr^ qu'il est bien difficile de préserver de sa ruine uiii^ ville Qi^ ua poisson se vend plus (^er qu'un bœuf ^ ?

Les gourmands, ces esclaves de leur ventre, comme les appelle Salluste, se ruinaient par vanité presque au* tant que par sensualité. On en cite deux, nomnoés Arri^s, vrais frères par leurs excès et leurs extrava-» gances, qui se faisaient babituellement. servir des rossignols sur leurs tables» D'autres se faisaient servir deux ou trois sangliers tout entiers, et cela pour H premier service seulement ^

Le mélange de luxe et de pauvreté qu'on remarque dans la description de ces repas atteste la demi'-barbarie ojgi les RomainSy à l'époque même de leur puis^s^nce, étaient encore plongés. Ainsi, leur garum (espèce de eamar fait avec des intestins de poissons) sç vendait à des prix fabuleux. Ainsi, un surmulet de six livres valait jusqu'à dix-huit cent cinquante francs d? votre monnaie; ainsi» les huttres arrivaient quelquef<)i^ de9 ^tei^d' Angleterre ^••.. maïs, en revanche, les RomaiiH^ n'avaient pas de nappes ^ . Chaque convive apportait sa serviette (mappa) ; la cuillère n'était pa^ inconoM^; mais on igporaiti l'usage dw fourchette», et les cpH-v u^nx 9e fi^raies^ fue^daiis les maiAp^d^i dée^upemYs. Aussi prei^aib^oa les siUments à plewies, po^gKMi^sit g»

* Senec., Ep. 95.

• Plut., M. CiUo, 18.

s Dézobry, ub. sup,

♦ Voy. cî-de88«t» p. 49st(Sa|

300 CAUSÉS DE LA HtSËRE.

qui nécessitait, à plusieurs reprises, durant le repas, des ablutions peu appétissantes ^

Certains gourmands, d'ailleurs, vivaient non pour dépenser, mais uniquement pour manger. Le plus obéré ayant souvent la table la mieux servie, ses créanciers Tattendaient habituellement sur les marchés où on les voyait rôder tout le jour. Le prix ne l'arrêtait pas, et, s'il fallait prodiguer de nouvelles sommes, il eût mis sa vaisselle en gage, brisé et vendu en détail la statue de sa mère, et trouvé le secret de consommer quatre cent mille sesterces (soixante-dix mille francs) sur des plats d'argile ^.

Ces repas somptueux coûtaient des sommes énormes. Des hommes réputés très sobres ont dépensé jusqu'à trois millions de sesterces (cinq cent mille francs) pour un repas de réception •.

Un Anglais fort érudit, M. Arbuthnot, nous a donné la carte à payer des repas les plus fameux des anciens. Caligula dépensa pour un souper quatre-vingt mille sept cent vingt-neuf livres sterling (la livre sterliug vaut vingt-cinq francs). Alagabelle en donna un qui lui coûta vingt-quatre mille livres. Tigellius, un chanteur! mangea seul huit mille livres enx^inq jours. La carte de chaque souper de Lucullus montait au moins à seize mille livres ^.

Apicius, dont nous avons déjà parlé, après avoir consommé, dans sa cuisine, un milliard de sesterces (deux cent quatre millions cinq cent quati*e- vingt mille francs), quoiqu'il soupàt souvent en ville, et

* Becker, ub, sup.

* Juven., Sot. H, vers 9. — Senec, Ep, 99. •

* Senec, Ep. 95. — Itôzobry, ub, 8up.

^ Voy. Ârbuthaol's Telles an aneienê coins, ch. VIII.

. ' Dl VlTIiE ; . LUXIJS. :20t

absorbe en débauches une foule de présents des gens les plus riches de Rome^ s'avisa un jour de regarder ses comptes et de faire la balance de son avoir. N'ayant trouvé à son crédit qu'un reliquat de dix millions de sesterces (deux millions quarante - cinq mille huit cents francs) 9 et craignant de ne plus en avoir assez pour vivre^ il s'étrangla, de peur de mourir de faim K

On se demande naturellement comment des hommes auxquels la nature n'a donné ni plus d'appétit, ni un corps plus grand qu'aux autres mortels^ pouvaient^ dans le court espace d'un festin, engloutir une si prodigieuse quantité de mets. Pour y parvenir, leur glou^ tonne voracité avait trouvé un moyen : c'était de se faire vomir avant de se mettre à table, d'abord, pour s'exciter l'appétit, et ensuite, après chaque service^ en s'introduisant les barbes d'une plume dans le gosier ', 4e sorte que ces effroyables gloutons mangeaient pour vomir et vomissaient pour manger '. Personne ne rougissait de cette coutume aussi honteuse que dégoûtante. Jules César la pratiquait, et Gicéron lui-même en parle comme d'une chose toute simple, toute naturelle, et qu'il semble presque approuver comme une manière infaillible de faire honneur au festin que l'on reçoit *•

Un autre vice, pire que la gourmandise, s'était répandu parmi les grands : c'était Tivrognerie. Un noble patricien, parvenu de la préture au consulat, avait excité l'admiration de Tibère pour avoir avalé trois congés de vin (neuf litres) sous ses yeux. On rapporte

• Senec, Consol. ad Belv,^ 10. — Mart., H, 69. — Dézobry, ub, sup.

• Cels., Dette medic, 1, 3. — Suel., Claud., 33. — Mari., Uï, 82.

• Clc, Pro Dejot,, 7. — Senec, Consol. ad Helv.y 9., — Id., Ep. 95. ^ Gic, ihid. — Id., Ad Attic., XUI, 52.

tn CAUSIS M LA XISftRB.

que, dans sa jeunesse, ce prince eut aussi le goût du vin, el que, parvenu à Tempire, il nomma Pisoo préfet de Borne pour avoir passé deux Jours et deux nuits de suite à boire avec lui ^

Pline dit, en parlant des ivrognes s « Ces gens jouent et perdent leur santé dans les excès. Leur visage est d'une pâleur mortelle, leur» paupières sont pendontes, leurs yeux lAtéréa, et leurs mains si tremblantes qu'ils ne peuvent tenir un vase i^uis le répandre. Leurs fa* iQuUés intellectuelles se ressentent de cette borribie iatimipéi^ance, et cependant iis appetteitt cela se hâter 4e JQuir H»

Le Tice de l'ivrognerie n'était pas seulement un vtee de gra^ adlgoeur^ i} étak aussi devemi le vice du peupli^t Quand le peujde venait aux oomices, ii était prévue toiq^ra dans uii véritable état d'ivresse ^.

Ce débetdemenA de vioes grossiers et igneà^tes, sur^ venu dans \m habitudes privées des Rommns à la suite de leurs richesaear joint à Faffireuse dépravation de leurs mqeufs,. a inspiré à un économiste moderne les judicieuses observatmis suivantes : (t Ce ne furent pas les richesse quî eorrompirent les Romains, comme on Ta tant écrit; ce fut la manière dont ils se les étaient procurées. Les hommes ne jouissent avec okh» dération que des bleus qu'ils ont acquis avee bonn^or.

* Qézobry, ub, tup,, p. 281.

« Pli»,, XIV, 22.

Hominem quum Tint vifl penetr^Tit Aciiit, et in vineat dfteestU diditus arder, Consequitur gravitas membrorum : prœpcdiuntur Crura Yaniill^iiU; tardeftcitlingu»i «adet menti Nant OQolj ; dainor, singiUtus, Jargta glisounU

(Lncr^^Hb. U{. vw«4M » Hacrob., 5a<fir»., II, 15^.

Il en est du butin iEait à là gmne cortm^ de- Vargent gagn^ au jeu : on dissipe, presque tcmjonfa d'une mih nière honteuse ce qn'oa 9'e9t proctueé d'une maimère honteuse ^ »

Ia liante, d'aUIeucs, ne s'arrêta pas Ià. Dse la fortuno ignoblement acquise, ignoblement dissipée, elle dies-* cendit jusqu'à la misère ignoblement subie* AfHrèl avoir préludé dans la voie de la dégradation par se donner en spectacle gratis dans les combats de giadian teurs, des chevaliers riqbes, des sénateurs riches, d'U« lustres rejetons des plus nobles &miUes, finirept, une fois ruinés, par se faire eux-mém^a gladiateurs^ soid^ pour aj0uter quelques milliers de sesterees au9L<Hs$îpations de leur inoonduite^ Qladiatews l le métier le plm abiect et le plus vil de^ tous^ î

Fortune honteuse I l^anteuM miM^M I

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