‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 39 sur 82 · L1M«IBC · texte numérisé non relu

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ta Grèc0 ^j&ipeiie îDOcule ^et mœurs à Roln^ Tietorieuse, <v- Table«u <j[q I^lIo^ bricité de ces mœurs. — Comment Rome les imite. — Tableau de sa dépra- TatioQ. — Gicéron lui-même en e&t iafeoté. -*• tiloga qu'il fait dea court!'* aanes..— Séduction, adultère, iaceale, Jeux permi«, — r Vieillesse dé^dét. -« Mystères de la bonne déesse. — Messaline. — Digues posées par les empereurs à ce torrent d'impudicités. — Digues impuissantes, les empereurs eux-mêmes les brisant par tevr exemple. — » l^ces de* tout Fempire incarnés dans un empereur. — L'empim romaki #aiiéMtlt dans la fiisge du vice et de la mi« sère.

Avec les richesses de la conquête et les appétits gloutons qu'elles éveillèrent chez un peuj^e eneore

* Dunoyer, Liberté du travail, IV, cb. IV.

* Voy. Du droit à l'oisiveté, p. 97.

grossier; avec le luxe né de ces richesses et tous les besoins factices qu'il engendra, dans toutes les classes de la société, l'antique et rade sévérité de mœurs da peuple disparut des habitudes nationales ; une corruption générale finit par envahir tous les ordres de l'État, et la misère acheva de dévorer ce qui avait échappé à la putréfaction de la débauche.

« On sait, dit un écrivain moderne, que les mœurs de ces maîtres du monde, d'abord horriblement violentes^ devinrent ensuite horrîblement dissolues, et que le plus inique de tous les peuples finit par se montrer le plus dépravé K »

C'est aux mœurs anciennes et aux grands hommes qu'elles avaient formés qu'Ennius attribue la grandeur de Rome. Moribus antiquis $iat res romana virisqtAe. En rapportant ce vers du Tieux poëte, Cicéron avoue que de son temps il ne restait plus rien des antiques vertus '• Les vices, dit Tite-Live,^ en étaient venus à cet excès, qu'on ne pouvait ni les soufirir, ni soufiHr qu'on y apportât remède '•

ce Plus redoutable que le glaive, la luxure a fondu sur nous, dit Juvénal, et le monde vaincu s^est vengé en nous donnant ses vices ^. »

La lie du monde remplissait Rome :

« • • . . NuUoque frequentem Cii:e suo Romain, sed mundi fœce repletam K

C'est dire que les soldats de TOccideut, les artistes

• ^ Dunoyer, uh, tup^

* Cic, De Rep., lib. V.

» Til.-Liv., Prœfat.

* JuYen , Sat. VI.

* Lacain, Phars.

LIBIDIHB8. V WOS

de TAttique et de FAsie Mineure^ les uns en excitant l'ambition des che£s d'armée, les autres en amollis* sant Fancienne vertu romaine , opéraient un travail destructeur au sein même du peuple qui les avait domptés.

C'est dire que la corruption ^ qui avait commencé par les gi*ands, ne pouvait manquer de se communiquer au peuple par le seul fait de son contact avec les vo* luptés étrangères et les principes dissolvants de la secte d'Épicure que Fabricius avait souhaité de voir adopter par tous les ennemis de sa patrie. « La secte d'Epicure, qui s'introduisit à Rome sous la république,, contribua beaucoup, dit Montesquieu, à gâter le cœur et Fesprit des Romains. Les Grecs en avaient été infatués avaut eux; aussi avaieot-ils été plus tôt cor* rompus. »

Tite-Live remarque qu'il n'y eut aucune nation: chez qui la corruption se fût glissée si tard ^ ; mais le poison^ pour avoir été lent à s'infiltrer dans les veines de ce corps si robuste, n'en fut que plus prompt à le dissoudre.

Les principaux agents de cette décomposition de la société romaine furent les mœurs et les idées de I9 Grèce* Importées dans Rome après la conquête, elles en prirent possession ; ce fut l'inévitable réaction du vaincu civilisé contre le conquérant barbare ; ce fut, au cœur de la république, le mal qui la rongea , et dont elle dut mourir.

La Grèce, au temps de la conquête, était ipfectée de vices et de doctrines qui révélaient la plus affreuse immoralité. Et ces vices et ces doctrines étaient prêches

Til.-I4v., PrœfiU.

Mt CAUSES w LA Misère»

et pralï^oés patises phifosopiied les plus sages, nntant que par ses poètes les plus dissolus.

Remuons un peu cette fenge* !l feut bien ir que la phHOsôphie se mêle et parle librement de toiïtes choses, pour en trouver les causes, les juger et les régler'*. »

Dea savants/ dmiis Athénée,, laminent doctement quand l'amour pour le» jeunes garçons commença. iitê uns le font remonter à Jupiter et les autres à Mi^* nos qui devint amoureux de Thésée ; les autres à Laïus qui enleva Chrysippe, fils de Pélops, son hôte. Hieronyme, le péripatéticien , loue cet amour et fait l'élbgede la légion de Itièbes; Agnon, racadémtcien, !rappt>rte que, cheï les Spartiates, il était licite à la jeu-<nesse des deux sexes de se prostituer légalement avant }e mariage '.

Dans le Dialogue des amours, Lucien introduit sur la Mène denx personnages, Charîclès et Callicratidas ; ils plaidelil , dans un bois du temple de Guide, Vun Tamour des femmes, l'autre l'amour des garçons. Charidès, attaquant son adversaire, après avoir fait Téloge des femmes, lui dit : (c Ta victime souffre et plem*e dans tes odieuses caresses ; si l'on peitnet aux hommes de tels désordres, il faut laisser aux tribades leurs stériles voluptés. » Gallicratidas prend ensuite la parole, et t*epousse quelques-uns des arguments de Charîclès : « Les lions n'épousent pas les lions, dis-tu ? C'est que les lions ne sont pas philosophes...» « L'amour, ajoutet-il, était le médiateur de l'amitié entre Oreste et Pylade; ils voguaient ensemble sur le même vaisseau de ia vie ; il est beau de s'exciter aux actions héroïques par

* Charron, De la sagesse, 11 v, V, cb. XXII. De V amour charnel.

* Voy. Gii&teaubriiiDdy Eludes historiques^ IroifièiuèpariM. • •

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une trijple conmnnauté de plaisirs^ de périls et de gloire. L'âme de ceux qui aiment de cet amour câeste habite les régions dtvîties , et deux amants de cette sorte reçoivent I après la vie, le prix immortel de la vertu *!•.♦»

Les plus grands personnages de la Grèce et les plus hautes renommées passaient sous le joiug de ces dégra** dantes passions. Alexandre Ùt rougir ses soldats de sa femiliarité avec l'eunuque fiagoas, Périciès vivait pu« bliquement avec la femme de son fils; il d^nditde<« tant les tribtmaux Cimon accusé d'inceste arec sasœur Elpinicei et Elpinice devint le prix de Téloquencse tarée du triomphant orateur'.

Sophocle sort d'Athènes avec un jeune garçon qui lui dérobe son manteau. Euripide se raille de Sophocle et lui déclare qu'il a possédé pour rien la même créa-* ture' , Le sale Diogène dansait avec l'élégante Lais qui se livrait à lui, et le voluptueux Artstlppe, amant de Laîs, approuvait le partage. Sur le tombeau de Diodes^ de jeunes garçons célébraient chaque année la £âte des baisers; le plus lascif obtenait la couronne. Dioclès avait été un infâme^.

Un trait particulier distingue le Dialague de$ eourli^ saues dans Lucien. L'auteur met souvent en scène une mère et sa fille; c'est la mère qui corrompt la fiUe, qui cherche à lui enlever tout remwds, toute pudeur ; qui rinstruit au lilH»*tinage, au mensonge, au vol ; qui lui conseille de se prostituer au plus rustre, au plus laid.

* Luciani Amores^ p. 585 et aulres.

* Âthen., lib. XIII, cap. V. ~ Chateaubriand , ub. êup.

* Alhen., ub. sup»

^ Ibtti. — Cliàteaubriaxid, Jbid. .

fM CAUSES DE Ll MISÈRE.

au plus iufàme, pourvu qu'il paye bien et qu'on lé puisse dépouiller.

L'on trouve aussi, parmi les Dialogues de Lucien, celui de Clonarion et Léœna consacré à la peinture des désordres entre les femmes ; ils y sont peints comme des désordres entre les hommes. Léaena est aimée d'une riche femme de Lesbos, Megille, déjà liée avec Démonasse, femme de Corinthe. Ces deux saphiennes invitent Léœna à partager leur couche commune. Léœna entre dans des détails assez étendus avec Clonarion, et refuse de lui donner les derniers, turpia enim sunt^.

Chez plusieurs nations, un prix était décerné au plus impudique. Il y avait des villes entières consacrées à la prostitution; des inscriptions étaient écrites à la porte des lieux de libertinage , et la multitude des simulacres obscènes trouvés à Pompéî ont fait penser que cette ville jouissait de ce privilège. Des philosophes méditaient pourtant sur la nature des dieux et de rhomme dans cette Sodome !

Telles sont les mœurs qu'Athènes vaincue inocula à Rome victorieuse.

Voyons ce que Rome en sut faire.

Dans son plaidoyer contre Nééi'a, Démosthènes dit : « Nous avons des courtisanes pour le plaisir, des conçubines pour avoir soin de nos personnes, et des épouses pour qu'elles nous donnent des enfants, pour qu'elles règlent fidèlement Tintérieur de nos maisons. » Ainsi faisaient les Grecs; ainsi firent les Romains.

On ignore la moitié de la vie privée des anciens, si on ne connaît leurs relations avec les courtisanes. C'est pour celaqu'en parlant de la famille antique nous

* Voy. Chateaubriand, ub. svp.

avons indique la place que les courtisanes et les concubines y tenaient à côté de la femme légitime ^ , Au tableau que nous avons fait^ dans notre précé-dent ouvrage, de la vie intérieure des courtisanes et des prostituées *, nous ajouterons quelques traits nouveaux pour porter la sonde jusqu'au fond dans cette source profonde de corruption et de misère.

Après la ruine d'Athènes et de Corinthe, réduites à .chercher fortune ailleurs, les courtisanes prirent leur vol vers la Sicile, « pays de voluptueux, le meilleur qui fût pour leur trafic^, » et de là vers Tltalie, et de lasers Jloroe où, comme les Harpies de la fable, elles dévo« rèrent ou gâtèrent tout : les patrimoines, Thonneur, la paix des familles et le repos de la cité. Car, dit un com* mentateur, Tàge venant à diminuer les recettes, mais non pas les dépenses, vu leur habitude de luxe, elles se couvraient de dettes; et, alors, pour combler le défi* cit, rêvant des troubles, des bouleversements, elles as^ piraient à la guerre civile, au pillage ; leurs maisons devenaient des foyers d'intrigues et de conspirations. Le complot de Gatilina se trama chez une courtisane, chez la Sempronia^ •

. Dans la société romaine, comme dans la grecque, les courtisanes étaient, à bien dire, une institution. Protégées par les lois, elles régissaient les hommes «t les affaires. Quelle reine eut jamais plus de pouvoir qu'Aspasie, maîtresse de Périclès; que Lanaia, mai** tresse de Démétrius ; que Prœcia, maîtresse de Géthé*

* Voy. ci-dessus, p.102.

> Voy. Du droit à l'oisiveté, p. 58 et suiv., el p. Ii5 el suiv.

* Plaat., Rudens, prolog. 53.

^ Le Gris, Etude sur Lucrèce^ p. 93,

210 CAUSES §fi LA ftlSÈRË.

gus? Sous le consulat de Lucullus et de Cotta^ là justice^ notoirement, se rendait, ou plutôt se vendait, au gt*é et selon le caprice de la Ghélidon. Verres, lai, sans plus de détour, avait installé toute sa préture dans la maison de cette femme « de bon amour et de Hfienée * . »

Cicéron, qui flagellait si vertement les vices de son temps, n'avait (}ue des paroles d'indulgence, je dirais presque d'encouragement, à l'endroit dés courtisanes^ kx Interdire à la jeunesse tout amour des courtisanes, disàit-^il, ce sont les principes d'une vertu sévère, je ne puis le nier; mais ces principes s'accordent trop peu avec le relâchement du siècle ^ ou même avec les usa« ges 'et la tolérance de nos maîtres. Car, enfin, quand de pareilles passions n'ont-elles pas eu cours ? Quand le^ a-t-on défendues ? Quand ne les a-t-on pas tolâ'ées ? Dans quel temps est*il arrivé que ce qui est permis ne le fût pas*?»

Avec une morale aussi relâchée, Rome se griei$a A bien qu'elle vit bientôt toute sa jeunesse afficher les mœurs d'Âlcibiade. La séduction, l'adultère, l'inceste semblaient des jeux permis. Auparavant, les violations de la foi conjugale étaient rares; sous le prehiier consulat de Pompée, on en citait deux, sans plus ; sous le second, pas davantage. Mais, ensuite, on les compta par milliers, et le nombre alla toujours croissant'. Pour se venger d'un oncle grondeur , le neveu séduisait sa

* Voy. Plut., Lueutt,^ XU« — Le Grig, tip. sup. « Cic, Pro Cœlio.

* Voy. Le Gris, Etude sur Catulle, p. 218 et 219. — Les «duKëres étaient si communs à Rome quand Sévère prit les rênes du gouvernement, qu'il y avait plus de trois mille plaignants sur les listes pour demander le divorce (Loudon, Solut. du frobl. de hf>opul , p. 25t).

td&të^ et^ pour remédier à rimpoissance de son fils, un père subornait m hru ^

Les jeunes et les vieux marchaient de pair dans les voies de la débauche; aussi la vieillesse, jadis si révérée 4u'oh en avait fait une institution, le premier pouvoir, )e sénat, la vieillesse tomba dans le plus profond dis^ crédit. On la méprisait, on ne Fécoutait plus. Vainejnent quelques sages alarmés en gémissaient; vainetnent Gicéron s'efforçait de la réhabiliter, en écrivant en sa faveur un plaidoyer admirable... * Trop de vieillards imitaient le libertinage des jeunes gens pour que le public leur gardât le respect qu'ils n'avAient pas su garder d'eux-mêmes.

Caton le Censeur ne faisait-il pas le trafic de la pudeur des jeunes garçons, ses esclaves ', et n'entretenaitnl pas commerce avec la fille d*un de ses clients, sous les yeux de sa bru et de son fils ^ ?

Remarquons, d'ailleurs, qu'en transmettant ses vices à Rome, la Grèce ne lui transmit pas le vernis dont elle savait les couvrir. Athènes, sous ce rapport, resta toujours là maîtresse de la ville éternelle*

« On aime mieux, dit Becker, les thètes et les métèques, assis douze heures durant sur les exhèdres de

« Calul. Carm., 7, 48, 57 el 74.

^ Cic, y De senectute,

* Certain geo^e de débauche, très commun dans l'antiquité, était m^ terdit aux esclaves, non par respect pour les mœurs, puisqu'on autorisait leur libertinage avec les femmes, mais parce que le crime qui outrage la nature était une espèce de privilège des hommes libres. D'ailleurs, les jeunes esclaves qu*on dressait à servir d'instrument aux vices infâmes de leurs maîtres n'en éprouvaient nulle honte, même quand ils élaieait devenus libres, tant était immorale la moralité païenne !

* Plut., M. Cat., XXXn.

5K12 CAUSES m LA MISÈRB.

rOdéon, où ils apportaient leur nourriture du jour, que le Romain grossier se ruant, au sortir de quelque atellane imitée du grec, Ters le cirque où les gladiateurs vont s^entrVgorger. La corruption athénienne se ca* chait du moins sous les dehors polis d'une gaieté décente. Le Romain était impérieux , brutal, insolent, lorsqu'il faisait parade de son luxe cruel, de ses passions monstrueuses. Jamais^ pour un vase d'onyx brisé, un tyran d'Athènes n'eût fait jeter, comme Yédius PoUion, un esclave aux murènes de ses étangs. Les turpitudes de Crassus, d' Appius, de Gurio, de Gabinius, de Glodius; les sordides orgies de Piso, de Métellus Scipio, de Marc- Antoine, ne ressemblaient en rien à l'élégante dépravation d'Alcibiade ^

Nous en dirons autant de la corruption des femmes romaines. Citons en preuve les mystères de la bonne déesse.

Autrefois, les mystères de la bonne déesse se célébraient, à Rome, avec décence et pudeur '. Plus tard, la corruption des mœurs en fit une occasion de désordre et d'infâmes débauches* . Écoutez le récit qu'en fait Juvéual : « On sait à présent ce qui se passe dans ces mystères quand la trompette agite ces ménades, et lorsque, également ivres et de sang et de vin, elles font voler en tourbillon leurs cheveux épars et hurlent à Tenvi le nom de Priape. Quels transports ! quelle fureur! Sauféia, la couronne en main, provoque les plus viles courtisanes, et remporte le prix offert à la

1 Becker, ub sup.

* Voy. De Sainte-Croix, Recherches sur les mystères du paganisme^ t. n, p. 176 et suiv.

» Voy. ci dessus, p. 107, note 6.

LIBIDINEB. 213

lubricité ; mais, à 9011 tour, elle rend hommage aux ardeurs de MëdulUne. Celle qui triomphe dans cet odieux conflit est censée la plus noble. Là, rien n'est femt : les attitudes y sont d'une telle vérité, qu'elles auraient enflammé le vieux Priam et l'infirme Nestor.' Déjà les désirs veulent être assouvis ; déjà chaque femme reconnaît qu'elle ne tient dans ses bras qu'une femme, et l'antre retentit de ces cris unanimes : « Il est temps d'Introduire les hommes! Mon amant dormirait-il? qu'on l'éveille. Point d'amant ! je me livre aux esclaves» Point d'esclaves! qu'on appelle un manœuvre. » A sou défaut, rapproche d'une brute ne Tefiî'aierait pas ^ »

Les rangs les plus élevés étaient infectés de ces sales passions. C'est dans les plus infimes lupauars que Messaline aimait à se livrer aux excès de la plus horrible luxure. Après avoir choisi les complices de sa lubricité, d'abord parmi les hommes de noble extraction, ensuite dans la foule des prétoriens et des histrions, descendue aux dernières classes du peuple^ l'impératrice, profitant du sommeil de Timbécile Claude, quittait furtivement sa couche, couvrait ses cheveux noirs d'une perruque blonde, attribut de la débauche ^, et, enveloppée d'une cape de nuit, elle pénétrait dans le réceptacle de la prostitution. La, sous le nom de la

* Juvén.» Soi. VI, vers 314-34. Traduction de Dusauk, p. 495. — Le culte de la bonne déesse n'appartenait pas exdusiTement aux femmes. Les hommes youlurent y participer, et, pour observer les anciens rites, ils s'habillèrent eux-mêmes en femmes, et buvaient dans des phallus de verre, c On pratiquait dans ces cérémonies, dit Juvénal, les mêmes turpitudes que dans les mystères de Gybèle; » ce qui fait croire aux savants que Gybèle ou la bonne déesse n'étaient dans la réalité qu'une seule et même divinité (De Sainte-Croix, tt6. siip., p. 182).

> Voy» Du droit à foùiveté^p. 61 et 119.

314 CAUSES DE hk WISÈRE.

courtisane LyciseSi nue^ la gorge contenue dans des réseaux d'or, elle provoquait par ses caresses tous ceux qui se présentaient à ses regards, et livrait à leurs igQobles transports les flancs qui avaient porté Octavie et Britannicus ^ •

Pour refréner ce débordement d'impudidtés, devenu contagieux parmi les dames romaines, la loi punissait de l'amende et du bannissement toute femme, de condition libre, qui se livrait au métier de courtisane i^ans en avoir fait préalablement la déclaration aux édiles. Nos anciens avaient pensée dit Tacite, qu'il n'était besoin d'autre peine contre les femmes impu« diques que de les forcer à déclarer ainsi Irar infamie ^, On avait cru que la pudeur si naturelle au sexe et la honte d'un aveu public retiendraient au moins toutes celles qui ne seraient pas de la lie du peuple; on se trompa : la débauche força cette barrière. La corrup* tion devint si grande, que des dames de la plus haute condition ne crurent point trop acheter la licence du désordre en se soumettant à une déclaration authentique : les registres publics se trouvèrent chargés ^p noms distingués, et qui déshonoraient des familles du premier ordre. On ne croirait pas à tant de dépravation et de scandale s'il n'était attesté par le plus grave des historiens ^

Tibère, — Tibère luiHooéme, — ne put en supporter l'excès, il ordonna qu'on procédât par les voies de la justice. Un décret du sénat défendit aux femmes, dont le père, Taieul ou le mari étaient ou avaient fait partie

* jQY^nal, Sot., VL

* TaciU, AnnaLy lib. H.

* Sabatier, Hist. de la légi^l 9ur les femmes pMiqueSf p 60*

de Tordre des dievaliers, de se prostituer. Plusieurj; damea romaiDes» eotre autres Yestilia^ qui comptait des préteurs parmi ses aucôtresy furent punies par la relén ^tioa dans des ties lointaines ^ .

Mais que peuvent les lois, dans l'intérêt de^ mœurs^ quand les mœurs sont ouvertement outragées par ceux-là mêmes qui font les lois?

Auguste, si sévère dans les lois qu'il fit ou qu'il re^ nouvela sur Fadultère, l'impudicité et les mariages, Auguste avait acquis Fadoption de César au pri^ de 9Qn infamie* Auguste entretenait des liaisons coupables avec les femmes des personnages les plus distingués, et ses amis, Fimpératrice Livie elle-même» lui procuraient, à prix d'argent, des femmes mariées et de jeunes vierges '.

Tibère, en même temps qu'il s'occupait de réformer les mœurs et qu'il réprimandait dans le sénat un vieillard dissipateur et scandaleux , passait les nuits à boire, servi par des filles nues, dans la maison du sér nateur même qui, le matin, avait essuyé ses reproches^ Tibère avait créé une intendance des voluptés et un préfet des plaisirs* • Dégoûté des hommes et de luimême, il se retire dans Fîle de Gaprée, et, cruel jusque dans ses loisirs, il fait de ce séjour, au milieu des supplices et du sang de ses victimes , le théâtre des débauches les plus monstrueuses ^

Caligula, qui bannit les inventeurs de débauches, en menaçant de les faire noyer dans le Tibre , Cali^la

1 Ibid,

< Suét., Auguste^ LXIX et suiv.

* Suét., Tibère, XXXV, XLII et suiv.

* Voy. LesNuiU ie i^ome, p. J, de Saml-Féllz.

viola Drusilley Tune de ses sœurs, et eut commerce avec toutes les autres. Galigula se plaisait à montrer sa femme Due à ses amis, et à déshonorer les dames de sa cour en présence même de leurs maris. Ce fut lui qui, le premier, imposa la prostitution, et fit tenir des registres publics pour la perception de cette taxe. Obéré par ses folles profusions, Galigula osa établir un lieu de débauches dans le palais même des Césars. Des femmes libres, des jeunes gens d'une naissance honnête furent placés dans des cellules richement décorées; des es-^ claves nomenclateurs allaient sur les places publiques inviter la jeunesse et les vieillards ; s'ils manquaient d'argent pour payer leurs plaisirs, on leur en prétait à usure, et on prenait leurs noms comme pour leur faire honneur de ce qu'ils augmentaient le revenu du prince *.

Domitien, qui privait les femmes déshonorées du droit de succéder et du plaisir d'aller en litière, Domitien allait se baigner avec les prostituées du plus bas étage, et vivait publiquement avec la fille de Titus, son frère '.

Néron, cet empereur si aimé du peuple, Néron, assassin de sa mère, de Burrhus, de Sénèque, de Britannicus, son frère, d'Octavie, sa femme, avait violé des vestales; il avait mutilé le jeune Sporus et l'avait épousé ; il s'était marié lui-même, plus tard, en qualité dé femme, avec Doriphon, son affranchi •.

Commode, dans la pompe auguste d'un triomphe, montait au Gapitole et visitait les temples, en compa-

* Suél., Càligula, XVI, XXIVelsuiv.— Juste-Lipse, lib. H, cap. VI.

* Suét., Domitien, VIU, XXU.

* J. de Sainl-Félix, Les Nuits romaines, II, p. 4.

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