LIBIDINES
gilie d'un Alexis^ ses délices^ auquel il prodiguait ses caresses obscènes ^
Parlerons-nous de cet Héliogabale^ qui sembla n'être monté sur le trône que pour surpasser ses prédécessaurs en n)onstruosités?Son règne fut; en quelque sorte, l'âge d'or de la prostitution. Il en protégea les suppôts, les honora de sa bienveillance, les combla de ses bienfaits. Souvent il les assemblait tous, en un lieu public, comme un général d'armée eût fait de ses légions ; là, il les passait en revue, les haranguait, les appelait ses frères d'armes, dissertait longuement sur l'art des voluptés , et récompensait chacun suivant ses mérites. Héliogabale avait reçu de ses compagnons le surnom de Variusy parce qu'ils le disaient fils d'une femme publique et de plusieurs pères ! — Ce prince choisissait les agents de son pouvoir, non d'après le plus ou le moins d'aptitude qu'ils montraient pour les affaires de l'État, mais d'après les qualités qui les rendaient plus propres à la débauehe ^. Il aimait particulièrement à représenter l'histoire de Paris ; ses vêtements tombaient tout à coup; il paraissait nu, s'agenouillait et se présentait ainsi aux ministres de ses voluptés. — Il avait quitté Zoticus le cocher et s'était donné en mariage à Hiéroclès; il porta la passion pour celui-ci à un tel degré d obscénité qu'on ne saurait le dire; il prétendait célébrer ainsi les jeux sacrés de Flore. — En bon Romain, il mêlait l'immolation des victimes humaines à la débauche; il les choisissait parmi les enfants des meilleures familles , prenant soin qu'ils eussent père
* Voy. Sabalier, tip. swp., p. 65.
* Àd honores reliquos promovit commendatos sibi pudibilium enormitate membronm. Hist, Aug.^ p. 474. — Chateaubriand, Et, hisU
ai8 CAUSES m la misèbb.
et mère vivants , afio qu'il y eût plus de douleur ' * Si ces folies, si ces iniquités n'appartenaient qu'à un seul homme , il n'en faudrait rien conclure peut-dtre contre les mœurs de tout un peuple; mais Héliogabale n'avait fait que réunir dans sa personne ce qu'on avait vu avant lui, depuis Auguste jusqu'à Commode ; et ses vices n'étaient que les vices de tout l'empire, incarnés dans un empereur.
Concluons de tout œci, avec l'illustre auteur de Y Essai sur V indifférence, que tous ces excès, tous ces raffinements affreux de corruption et de barlnirie, de^ venus les mœurs publiques à Home, dans ces siècles abominables, seraient inexplicables pour la raison humaine, s'ils n'expliquaient comment, privé de Tappui qu'il empruntait autrefois de la religion, delà morale, Tempire romain chancela tout à coup comme un homme ivre, et disparut enfin dans la fange du vice et de la misère, où le traînèrent avec ignominie les peuples forts de leurs croyances et de leurs mœurs.
S vm.
flagltta. -^ Grime» cl déliu.
Misère morale, Bouree de la misère physique. — • Crimes et délits, caaiet
. et effets de Tune et de l'autre.
Jusqu'ici les économistes se sont peu enquis de re^ chercher si, parmi les causes de la misère matérielle, la misère morale ne devait pas compter pour l'une des premières.
Voy. Lampride, Vie d^HUiogabaie, p. lOS et soir.
FLAGITU; GEIM^ BT Dtl^ITS. 210
Gepeûdant , un peuple n'est pauvre ou riche matériellement que quand il est pauvre ou riche morale* menti et Thistoire est là pour nous prouver que la nation la plus riche n'est pas celle qui a le plus de richesses, mais celle qui a le plus de vertus.
YoyexRome : jamais elle ne fut plus riche que quand elle n'eut pour trésor que sa pauvreté. Pourquoi ? C'est qu'avec la pauvreté elle avait toutes les vertus qui font de la pauvreté même une vertu. Jamais, au contraire^ Rome ne fut plus pauvre que quand elle fut devenue rU che de tous les trésors de la terre. Pourquoi ? C'est qu'a« vec la richesse elle avait gagné tous les vices qui font de la richesse même un vice. — De là, chez tous, la dér pravation des mœurs unie à la dépravation de l'esprit.
La dépravation des mœurs engendre nécessairement la dépravation de l'esprit , quand de celle-ci, déjà, ne procède pas l'autre. Un cœur dépravé perd le sens du beau.. Un esprit dépravé perd le sens du bon. Ni l'un ni l'autre ne distinguent plus le juste de Finjuste...--*- De là, les actes qui portent atteinte à l'ordre public et aux droits d'autrui. De là, les délits et les crimes, à la fois causes et effets de la misère,