RELIGIO
leurs dieux domestiques du vin et de Tencens ^ . Le soir et le matin, ils faisaient leurs prières, prosternés aux pieds des images, et touchant la terre de la bouche ou du front*.
« La superstition, dit Polybe, qui produit le plus souvent des effets pernicieux dans l'esprit des autres peuples, est, à mon sens, ce qui a le plus puissamment contribué à la grandeur du peuple romain '• » Mieux vaut dire avec Montesquieu : « Rome était un vaisseau tenu par deux ancres, la religion et les mœurs. » Et en effet, aussi longtemps que ces deux ancres tinrent, et ils tinrent jusque vers les deux derniers siècles de la république, le vaisseau résista à tous les orages; mais, du moment où ils manquèrent^ — et ils manquèrent tous deux à la fois, arrachés qu'ils furent l'un par l'autre du sol en pourriture qui ne les pouvait plus retenir, — le vaisseau sombra.
L'an 155 avant J.-C, les Athéniens envoyèrent en ambassade à Rome le stoïcien Diogène, le péripatéticienCritolaûs, et Carnéade le plus destructeur des philosophes sceptiques. En attendant que l'affaire qui les amenait fût mise en discussion, les trois députés donnèrent des leçons publiques. La propagande qu'ils firent fut si active que, pour en arrêter les progrès, Gaton proposa de renvoyer chez eux au plus vite ces habiles et dangereux parleurs *. Mais, il était trop tard ; Tinitiation était accomplie, et Carnéade, en partant, avait laissé dansRome^ pour toujours, la desséchante philosophie du doute*.
* PÏaut., Auly Prol., vers 24.
» Plin., lib. XXVm, cap. 2. — MarUal. lib. X, Ep. 72. » Polyb., lib. VI, cap. 54.
* Plin., Hist. nat., VU, 30.
' Duruy,' Hist. des Rom.f H, 18.
t34 CAUSES m LA MISÈRE*
J'ai dit» en commençaot, que ce fut plutôt la religioa qui» en se corrompant , déprava les mœurs, que ce ne furent les mœurs qui, en se dépravant, corrompirent la religion. Comment, en effet, les mœurs, que la reli^ gion primitive des Romains était parvenue à maintenir pures et austères pendant plusieurs siècles, aoraientf^ elles pu résister aux éléments de dissolution que la re-> ligion reformée enfermait dans son sein ? Cette religion était grecque d'origine; c'est dire qu'outre la multiplicité de dieux de toutes sorte$ qu'elle comportait, -^-^ mnU tiplicité telle qu'à la fin de la république Yarron comp--* tait jusqu'à six mille divinités à Rome, dont plus de trois cents Jupiter différente S — cette religion était vi-« ciée dans son esaence par tous les germes de dépravation qu'elle contenait, par toutes les débauches qu'elle au** torisait, par toutes les impudicités qu'elle déifiait.
Nous avous décrit, dans un des paragraphe» précé^ dents> l'affreuse dépravation des moeurs de Rome sous l'empire. Eh bien I nous n'avons pas signalé un vice, pad une lubricité, pas une infamie qui n'eût sa justifiation^ son encouragement, 6on exemple dana les mystères de ridolàtrici grecque.
Jupiter a séduit une femme en se changeant en pluie d'or ; pourquoi un simple nK)rtel n'en feraitril pas autant^? Ovide ne veut pas que les jeunes filles aillent dans les temples parce qu'elles y verraient combien Ju* {Âter a fait de mères '• Les femmes se prostituaient pu^ bliquesdent dans la temple de Vénus à Ba))jloii6 ^« Dans l'Arménie, les familles les plus illustres consa-
« Varr. apud ÂagusL, De CivH. P^, Ub. VH,fitp. i7.
• Ter., £un.,acl. 3.
» Ovid., Trist., lib. II.
♦ HerodoU, lib. I.
crai^nt leurs filles vierges encore à cette déesse ^ Les femmes de Biblis qui ne consentaient pas à couper lem*s dbeveUx , aa deuil d' Adoni», étaient oontmnles^ pour laver cette impiété, de se livrer on jour entier aux étrangers. L'argent qui provenait de cette sainte soail-lure était consacré à la déesse^. Les filles, dans l'île de Chypre, se rendaient au bord de la mar avant de semarier et gagnaient avec le premier venu l'argent de leur dot'.
Rietï de plus célèbre que le temple de Corinthe : il renfermait mille ou douze cents prostituées offertes à la mère des amours. Ces courtisanes ^îent consultées et employées dans les affaires de la république ootmne des vestales^.
Lucien, dans les Dialogues des dieux, flagelle en riant les turpitudes de la mythologie. Junon se plaint à Jupiter qu'il ne la caresse plus, depuis qu'il a enlevé Ganimède; M^t^cure se moque avee Apollon de l'aventure de Mars enchaîné par Yulcain dans les bras de Yénusj Vénus invite Paris à l'adultère j Mercure dit à Paa : Tu caresses donc les chèvres * !
Les mystères d'Adonis , de Cybèle , de Priape, de Flore étaient représentés dans les temples et dans les jeux consacrés à ces divinités^. « On voyait à la lumière du soleil ce que Ton cache dans les ténèbres, et la sueur de la honte glaçait quelquefois l'infâme cou-^ rage des acteurs ^. »
Strab., lib. XVI.
Lucien, Dialogues des courtisans,
Just., lib. XVm.
Horat., Ep, 16, lib. L
Chateaubriand, Etudes historiques^ 3^ partie.
Lactance, DefaUâreligione^ lib. t.
Chateaubriand, u&. sup.
236 CAUSES DE LA MlSfelUS.
Comment, au milieu de telles horreurs^ une telle re* ligion ne se serait-elle pas noyëe dans sa propre fange? Comment de tels dieux ne seraient-ils pas tombés de putréfaction, au milieu de la corruption générale engendrée par eux? Comment Fincrédulité universelle ne serait-elle pas née de la superstition universelle, et la flagellation du mépris de la honte de Tadoration ? Comment Cioéron ne se fût-il pas moqué des augures? Et comment le peuple tout entier n'eût-il pas fini par battre des mains à ces maximes impies des voltairiens de l'époque : «Vous demandez où l'on va après lamert? Là où l'on était avant de naître. Il n'est rien après le trépas et le trépas lui-même n'est rien. »
Quœris quo jaceant post obitum loco ?
Quo non nata jacent.
Post morlem nihil est; ipsaque mors nihil est^.
Malheureusement, ne rien croire est pire encore que tout croire, et la superstition de l'incrédulité engendre encore plus de maux que la superstition de la foi. Fanatisme et scepticisme sont deux éteignoirs jumeaux dont les extrémités se rapprochent pour plonger la religion dans les ténèbres de l'abrutissement ou du doute. Ce sont deux champs de mensonges situés à deux limites opposées, Tun au delà, l'autre en deçà du champ des croyances vraies, et dont le sol, labouré par d'aveugles passions , ne produit que l'ivraie du vice et le chardon de la misère.
* Senec, Troas, act. l\, vers 398 et 3d5.
OTIOM; LÀBOn. S37
Otlum; lAbor.
L'oiiiTeté citoyenne était plas qu'un fait, c'était nn droit. — Raisons du fait; raisons du droit. — Avec le suffrage universel, impossible d'être laborieux. — Dans une république, impossible à des ouvriers d'être citoyens. — Travail manuel, bon pour des esclaves. -^ Sans esclaves Rome et Athènes n'eussent pu faire ce qu'elles ont fait de grand. — Différence entre labor et negotium, entre otium et pigritia, — Oisiveté n'était pas paresse. — Elle le devint. — Alors panem et circmses. — Alors misère augmente et chasse Rome de Rome.
L'oisiveté forcée dans laquelle vivait rimmense. majorité de la population libre de Rome, sous la république^ est le fait culminant des faits de causalité de la misère profonde qui dévorait tous ses membres.
Le travail seul eût pu apporter son remède à un tel mal. Mais quel travail?
La guerre? Les prolétaires urbains, qui formaient la classe la plus nombreuse de la population citoyenne^ étaient précisément ceux qui ne pouvaient embrasser le métier coûteux des armes à cause de leur extrême pauvreté *.
L'agriculture? Les tribus rustiques seules pouvaient s'y livrer ; elles seules fournissant des soldats aux légions^ et les soldats seuls ayant droit au partage des terres conquises, comme les quirites seuls autrefois à l'ager sacré '. D'ailleurs, l'absorption des petites propriétés par les grands domaines ne laissait bientôt plus de place à la culture libre '•
Les emplois publics? Les patriciens et les plébéiens riches avaient seuls le droit d'y prétendre \
^ Voy. ci-dessus, p. 28 et 45.
* Voy. ci-dessus, p. i3, 23 et 28.
* Voy. ci-dessus, p. 34 et 36.
^ Voy. €Mi€mft, p. 54p
tl38 CAUSES BI ^ HiaÈRE.
L'industrie? Les capitalistes seuls pouvaient Texploiter avec profit * .
Les métiers? C'était le lot exclusif des étrangers, des affranchis^ des esclaves, et le mépris public dont ils étalent frappés ne permettait ps» à no citoyen romain de les exercer sans s'avilir ^ . Quelques malheureux prolétaires, bravant le préjugé, se hasardaient-ils à se fyvte ouvriers , ils ne tardaient pas à succomber sous la concurrence du travail servile '.
Que pouvaient donc faire les citoyens pauvres?
Rester les bras croisés ou tendre la main pour vivre. Cétait pour eux le seul métier que la loi permît ou ne défendit pas *.
L'oisiveté citoyenne, l'oisiveté prolétaire était donc plus qu'un fait dans les habitudes des Romains, c'était un droit dans leui*s institutions.
C'était un droit j car, du moment où le citoyen ne pouvait travailler pour vivre, il fallait bien qu'il dût pouvoir vivre sans travailler.
Or, c'était le cas du prolétaire pauvre de Rome, attendu qu'il y avait incompatibilité légale entre tout travail manuel et sa qualité de citoyen, incompatibilité prononcée non-seulement par le préjugé national qui faisait du travail manuel un travail d'esclaves, mais encore par la constitution républicaine elle-même, laquelle rendait ce travaii impossible au citoyen.
Avec le suffrage universel , tel qu'il était organisé
* Voy. Du droit à Voisiveté, p. 209, et ci-dessus, p. S6.
« Voy. ibid,, p. H, el ci-dessus, p. 46, 57 et 64.
' Voy. ci-dessus, p. 64, el ci-après, ch. VI.
^ Romulus avail interdit les métiers aux citoyens ; il ne leur permettait que l'agriculture et les armes. Les citoyens qui ne pouvaient être ni agriculteurs, ni soldats, ne pouvaient donc que rester l^pakmeiitoisÂfis.
dans les républiques de Rome et d'Athènes, comment led citoyens eussent-ils pu être laborieux? La politique prenait tout leur temps. Quand ils n'étaient plus en guerre avec l'étranger, ils bataillaient entre eux dans les comices, et le Champ de Mars pacifique les occupait autant que le Champ de Mars armé.
Ils avaient donc à s'occuper des affaires de la cité, à discuter et à voter sur la place publique, à siéger dans les tribunaux, etc. ; ce qui leur prenait la plus grande partie de leurs journées ^ Pour consacrer ainsi leur temps aux affaires de l'État, il fallait que les citoyens ne fussent point assujettis à des travaux qui récla** massent de leur pail; une assiduité continue. Ils ne pouvaient, dès lors, être manouvriers, c'est-à-dire réduits à attendre du travail de chaque jour leur pain de chaque jour, La dépendance où le salaire place celui qui le reçoit à l'égard de celui qui le paye blessait, d'ailleurs, trop profondément les idées d'égalité sur lesquelles reposait l'organisation de ces deux républiques, pour que le mercenaire, celui qui vendait, comme dit Cicéron, son travail et non son art, pût être jugé digne des privilèges du citoyen '.
wQue peut -il sortir d'honorable d'une boutique, disait le même Cicéron. Tous les ouvriers, de quelque métier que ce puisse être, forment une classe abjecte et indigne du titre de citoyen '. y>
* On appelait comitia, comices, les assemblées politiques dans les* quelles le peuple romain exerçait sa puissance élective, législative et judiciaire, ei jours comitiaux les jours où ces réunions avaient lieu. Les jours comiliaux prenaient plus de la moitié du temps des loisirs du peuple. On n'en comptait pas moins de cent soixante-dix par an. (Voy. Du droit à V oisiveté, p. 409.)
* Voy. de Saint- Paul, Constitution de Vesclaoage^ p. 21 é » Cic. , Ife ojf . , ï, ai. H, ch. XLII.
« Les ouvriers , disait Xénophon , ne paoyent manquer d'avoir le corps altéré par leur rude labeur ; il est bien difficile que l'esprit ne s'en ressente. Aussi exclut-on des charges les gens qui se livrent aux travaux manuels ; et on a bien raison ^ • »
i< La nature, dit Platon, n'a fait ni cordonniers ni forgeronp; de pareilles occupations dégradent les gens qui les exercent : vils mercenaires, misérables sans nom, qui sont exclus des droits politiques par leur état même ^. »
u Une bonne constitution, disait Aristote, n'admettra jamais d'artisans parmi les citoyens. Vainement donnerait-t-on à l'artisan le nom de citoyen. La qualité de citoyen n'appartient pas à tous les hommes libres par cela seul qu'ils sont libres ; elle n'appartient qu'à ceux qui n'ont point à travailler nécessairement pour vivre, c'est-à-dire à ceux qui ne se livrent à aucune occupation d'artisans. Or, on appelle occupations d'artisans toutes celles qui sont impropres à former le cœur ou l'esprit d'un homme libre, et aussi tous les métiers qui peuvent déformer le corps, ou dont un salaire est le prix *. »
Ainsi, dans les idées philosophiques et politiqueâ^des anciens, le travail manuel est chose scrvile; ceux qui s'y livrent ont une existence dégradée, et le titre de citoyen est trop noble à porter pour qu'il puisse s'allier constitutionnellemeut avec l'exercice d'un travail professionnel quelconque.
Un jour, au milieu du quatrième siècle avant notre
» Xénophon, OEconomicorifW et VI.
« Platon, Rép,, liv. V.
• Aristole, PoUt., IV^ VUI^^elô.— V, II, 1. — VU^U, 2.
OTIDM; LÀBOR. 241
ère^ lorsque Philippe menaçait toutes les libertés grecques, après sa victoire de Chéronée, l'orateur Hypéride proposa aux Athéniens d'affranchir et d'armer tous leurâ esclaves. Cette motion souleva tant de clameurs dans la population libre, que son auteur eût été frappé d'exil s'il ne l'eût aussitôt retirée. « S'il n'y avait plus d'esclaves, disait-on de tous côtés, que deviendrait donc le citoyen ? Gomment pourrait-il subsister avec sa famille? Arraché à son noble loisir et à ses nobles occupations, il lui faudrait donc vivre de ses propres mains, s'abaisser au travail matériel dont le mépris lui a été inculqué dès l'enfance. Cette révolution est impossible ^ »
Et elle l'était, en effet, alors; — et si impossible alors, que, sans leurs innombrables esclaves, Rome et Athènes n'eussent pu fournir leur carrière de gloire et de grandeur. Comment Athènes, avec ses cent vingt mille citoyens ou métèques de tout âge et de tout sexe, aurait-elle pu supporter ses trente années de guerre, et élever en même temps des monuments magnifiques, faire vivre la plupart de ses citoyens aux frais du Trésor, et cependant passer ses jours dans les fêtes de l'oisiveté citoyenne, si quatre cent mille esclaves au moins,par un travail sans relâche et par des privations sans mesure, n'avaient nourri sa prospérité et entretenu sa puissance? Et Rome, tandis que ses armées couvrent au loin le monde, tandis que ce qui reste d'hommes libres dans ses murs se presse aux assemblées du Forum ou aux clubs des popinœ^ politiquant, gueusant, recevant chaque jour, sans rien faire, sa tessère frumentaire et son billet de spectacle, Rome, que devien-
^ Voy. E. Bioiy De Vesclavage ancien, p. 31.
943 CkVS9Sk DK 14 MISERE-
drait-ellei n dcA multitudes de bras e«c4^vea m trav^iU
lmn\ partout pour faire vivr« w» «itoyeai et pour armçr ses soldats ^ ?
Dans l'état normal? donc, le travail matériel, teler, celui qui ne demandait à 9on agent que de rob^i^sauG^
et de la forae^ était la vëiitaUe fenetiop iocdak dci VesçlaYe, et de l«i seul^ à Romei pious la république,
Pe môme, Voi^iveté eitoyeunei Çitiumf, celle qui consistait dans l'absteption de ^Vte occupation pervilex
constituait la yéritable fonction sociale da qmri{^ -^
patricien, plébéieui prolétaireii -^ et de lui seul*
Oiium, ai-^e dit| et nonpigritta; mmti, ^t noo f(fii^ niantise I La fainéantise , chose honteuse pour tous, n'était tenue à honneur pour personne ; patriciens et plébéiens, libres et enclaves étaient égaux en ce point. Tous devaient employer également, quoique différemment, leur activité personnelle k faire proi^pérer la rë* publique ; et, comme de la république des abeilles, les fielons paresseux en étaient proscrits»
I^avum fucos pecus h. prœsepibus arcent... (Virg.)
Mais il n'en était pas de même de Toisivetë, otium. «SalittJ est ei^aoTiosuM quam nihil agbke, disait Cicéron '; c^e qui diffâpeneie nettement Yotium du rien faire.
Veiium était un privilège dont le citoyen romain seul pouvait jouir*; Fesclave en était exclu : il n'y avait pas d'oltum, il n'y avait pas môme de repos pour lui ; le labof éternel était son partage ^. Un otium éternel était-il
^ Voy. de Saint-Paul, De Veêéknoagey p. £U.
' V(]iy. Synon, lat,^ de GardiUrnumeftQilj y^ Ùtiùsu».
' Voy. Du droit à loisivetéy p. 13.
♦ Voy. t6i\i., p. 131 et 214.
doue lo partage du citoyra? Non. Le citoyen pouvait et devait en sortir; et, de fait, il en sortait souvent; mais ce n'était point pour le la6of ^ partage de Veselave ] c'était pour le neiotmwk (le eontiaire d'oittim)^ son partage à lui S A Tesclave donc le hhw^ e est-à*dlre le tra* \ail maniielj^le métkat matériel^ la profession pénible; à l'homme libre Y^iutn., ^'eat-à-dire rabateution^ l'exemption du laftor servile, rempbeé pour lui parle negotium [non oti^m), e'eat-4r-dire par Id ifé^e, pa? lea affaires, negotia^ par les occupations de la campagne^ le noble métier deaarmes,^ le barreau» la cMgiatrMiife, la politique» etc. ^.
C'est en ce sena que dtoqiie câtl^en était tenu de rendre eompte auii eenaeura de la manîbra dont U em-* ployait son tempa ? KMwumom où, jmMm feêd^e.
Vaéium et le moi» aêim» (m§oêiw») coMtituaient donc deux droits corrélatifs esk faveur du oitoyen romain^t du citoyen républicain (je ne parle pas du citoyen de l'empire ^)y droits tellement constants, droits tellement indéniables, que, quand le negotium lui manquait, le labor servile ne pouvait liù être imposé, et
* Voy.«6Ml.,f« i\j »iBlrod.x notes! et 2«r-4^.<Se»ftoffief»c{tcere«o<iaim scripsit Cato mmquam se minus otiosum esse^ quàm cùm esset otiosus... magna verô vox quœ déclarât tUum in otio de hegotio cogitare (Cicé* roo). Quid dicam de occupatis^ meis temporibvatf oùm fkt^t ne otivx quidem cmosuji (Gicénn)^ Voy. %fi«s. to., tf6. $up. — > C'eit dan» le même sens que M. I. 4e Saiol-Félix fait dire à Tibère : « U est des o^t/^ qui ont des langues bien laborieuses; » et à Néron : « J'aime encore mieux cent mille oisift qu'un seul homme agissant ; » et a ÀttgiHle : c Aatonias Musa m'a presexit Yoisiveté si je ne veux altor bientôt rejoindre mes aïeux. » Auguste appelait la délicieuse Gaprée la ville de Voisiveté, (Nuits de Rome^ I, p. 157, 175, 341. — H, p. 12,)
* Voy. ei-dessuB, p. M,
' Si la dissertaliott sur lapaaTreté, iaséiée psur M. Morin, en 17iT, dans les Mémoires de l'Acad. dee inscrip., tom. IV, p. 296, porte sur
que rÉtat intervenait dans ce cas pour lui garantir, à titre de droit, les secours alimentaires et pécuniaires que son otium ne pouvait lui fournir.
C'est ce qui arrivait chaque jour, à Rome, pour les trois cent vingt mille citoyens prolétaires que le trésor public nourrissait, du temps de César, faute de neg(H iium ou de labor qu'ils pussent faire.
Le droit à Tassistance naquit ainsi forcément du droit à l'oisiveté, et le droit à l'oisiveté du droit légal à Tassistance.
L'usage fréquent, continu de ce double droit, garanti au prolétaire romain, dut nécessairement en engendrer l'abus : de là l'habitude de vivre ignavi contractée par tous les otiosi de Rome, habitude qui fit naître à la fin, au sein de la ville éternelle, celle du far niente des Indous, pour qui le repos absolu du corps et même de l'esprit constituait le plus haut degré possible de félicité, voire même de sanctification.
Pour la tourbe famélique et fainéante qui composait la plèbe romaine à la fin de la république, le pain de l'annône et les jeux du cirque, panem et circenses, constituaient le suprême bonheur.
Panem ! Nous verrons, dans l'un des chapitres suivants, que le peuple le mendiait et le recevait de toutes mains et sous toutes les formes.
Circenses l Nous avons vu, dans notre précédent ouvrage, qu'il s'en repaissait les yeux et l'esprit, comme il repaissait son corps des vivres fournis gratuitement. Nous avons vu pareillement conament les comilia cou-
les otiosi de la république, celte dissortation est dans le faux ; si elle porte sur les otiosi de Tempire, elle est dans le vrai. (Voy. ci-après, cli,Vl,§2.)
otium; labor. 245
couraient à alimenter son oisiveté politique^ en môme temps que les ôalnea, les lupanaria, ]es popinœ entretenaient son oisiveté licencieuse ^
Que produisirent ces divers éléments d'oisiveté fermentant au sein d'un peuple qui n'avait plus, pour les neutraliser, ni son antique courage, ni ses antiques mœurs? Une oisiveté plus profonde, c'est-à-dire plus dégradée ^ et plus lâche % et avec elle une plus irrémédiable misère.
Cette misère fut telle qu'à la fin elle chassa les Romains de Rome. Quel projet alors conçurent les émigrants? Fut-ce de conquérir par le travail, dans un autre pays, la position stable, honorable, industrielle, que le mépris national pour le travail des mains leur avait refusé dans leur patrie? Non. Encroûtés dans leur oisiveté native , comme le crustacé dans sa coque épaisse, ils ne songent qu'aux lieux fortunés où Thomme peut vivre sans rien faire , et où la terre produit tous les ans sans labour : Reddit ubi cererem iellus inarala quoiannis. « Loin, bien loin des bords du Tibre, il est» se disent-ils, des îles fortunées où la terre produit sans culture, où la vigne fleurit sans avoir besoin d'être taillée, où l'olivier et le figuier donnent toujours du fruit en abondance. Là, du creux des chênes se distille le miel, et du sommet des montagnes jaillit une eau *limpide et fraîche, qui jamais ne tarit, qui ne se corrompt jamais. Les chèvres viennent d'elles-mêmes s'ofirir à la main qui les trait ; les brebis rapportent des mamelles toujours pleines. Là, point de contagion
^ Voy. Du droit à l'oisiveté^ p. 68 et suiv., et ci-après, ch. VI, S 2 .
* Voy. ci-dessus, p. 44, 52 et 53.
* Voy. Ci-dessus, p. 51, 52, 79 et 80,
parmi les troupeaux, point d'astre funeste qui les con^ sutne, point de loups qui grondent le soir autour des bergeries, point de serpents, jamais d'inondation^ jamais de sécheresse, mais du froid et du chaud modérément, une égale température enfin ^.» Bt les voilà partis pour ces heureuses contrées, «réservées par Jupiter aux gens de bien '....»
Mais, las! ces contrées étaient au pays des chimères, et tous les oisifs qui les cherchèrent n'y trouvèrent que ce que Toisiveté procure, même aux rois t
Otium reges prîus et beatas Perdidil urbes.
* Horat., Epod. XVl,lrad. de M. J. Le Gris.
• Ibid.
HÉftiLttÉ. 247