‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 48 sur 82 · PATRONAT · texte numérisé non relu

PATRONAT

leurs patrons, et de subvenir à leurs besoins suivant leurs facultés^ s'ils tombaient dans l'indigence. Aussi considérait-on les affranchis opulents comme une partie de la richesse d'un citoyen, et les lois permettaientelles à un père de disposer en faveur de ses enfants des droits qu'il possédait sur ses affranchis ^

L'héritier des biens du patron décédé héritait donc de sa clientèle. Tout patricien de distinction tenait à honneur d'avoir le plus grand nombre de clients possible. C'est pourquoi, outre les anciens clients de la famille, chacun tâchait encore d'en acquérir de nouveaux. Plus on était riche, observe César, plus on avait de clients, parce qu'on était d'autant plus en état de les défendre ^.

Du reste, dans la manumission testamentaire, le principe de la transmission du droit de patronage du patron décédé à ses héritiers pouvait avoir, selon les cas, des effets différents. Si le maître affranchissait directement l'esclave, il en devenait le patron; et comme ce titre, ainsi que la liberté léguée, ne datait que de l'accomplissement du testament, c'est-à-dire de la nSort du testateur, il l'emportait au tombeau, et l'afiî'auchi était dit orcinite, affranchi de la mort. S'il laissait à son héritier le soin d'affranchir, il lui léguait, avec la qualité de maître, son droit au patronage ; mais l'héritier ne pouvait pas le faire passer à un autre avec le fidéicommis. C'était lui qui était désigné, et il pouvait ne pas être indifférent à l'esclave d'avoir un autre patron, par exemple, un jeune homme dont les droits se pouvaient facilement perpétuer jusqu'à la mort de son

* Digest., I, lit. XII, I. I, § 2; I. 6^, § 1. — /rjst»e., IH, lit. IX. ' Cœsar, De belîo galUcOy lib. VI, cap. XV,

soureau client) au lieu d'un vieillard, dont la fin pro*^ chaîne devait bientôt rompre ce dernier lien de dëpen^ dance; car raflrancht réputé le plus heureux était Yorcinitêy o'était-à-dire celui dont le patron était aux enfers ^

Ceci montre clairement quelle était la vraie nature de cette condition nouvelle, et*dans quelle mesure se partageaient les devoirs et les droits entre le patron et Taffranchi.

En établissant entre les patriciens et les plébéiens des relations qui rendaient leurs intérêts communs, le patronat primitif avait relié, par les nœuds politiques les plus forts, la noblesse au peuple de Rome. Ce furent ces liaisons entre ces deux ordres qui, dans la chaleur des différends qu'il y eut souvent entre eux, les empêchèrent d'en venir aux mains. Le peuple romain, composé de soldats, et quels soldats! était naturellement féroce et difficile à mener. Cependant sa fureur était désarmée lorsqu'il considérait, dans ceux qui lui étaient opposés, des personnes de haute capacité et de haut rang, dont la protection salutaire lui avait été utile tant de fois. De Tautre côté, Tanimosité n'étouffa point dans les nobles les sentiments de bienveillance paternelle qu'ils devaient ressentir tout naturellement pour des inférieurs que le droit de clientèle rattachait à eux par des liens plus forts que les liens de la parenté. C'est ce qui fait que les fréquentes séditions qui éclatèrent si souvent à Rome pendant près de quatre siècles furent toujours exemptes de sang. Le premier sang versé dans une émeute fut celui de Tlbérius Gracchus. C'est par la mort de ce tribun que le

* Wallon, w6M*p., H, p. 403.

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