‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 51 sur 82 · ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE

dernes, et les refuges el asîles d'autrefois. Les asiles, ce grand mystère du droit antique, n'avaient rien de commun, en effet, avec nos établissements de bienfaisance. C'étaient des lieux sacrés ouverts, à toutes les époques primitives , aux malfaiteurs , aux esclaves maltraités, aux étrangers fugitifs, et à cette masse de gens inquiets et mécontents qu'engendre et rejette toute civilisation avancée et que ne manque jamais de recueillir toute civilisation qui commence. L'histoire témoigne que tous les fondateurs des villes ouvrirent ainsi des asiles. Moïse en détermina plusieurs dans lesquels les meurtriers purent se réfugier*. Thésée ouvrit un pareil refuge à Athènes *. Romulus en ouvrit un à Rome où tous les serfs du Latium se retirèrent. Il subsista jusqu'à Tibère qui le fit fermer ^.

Mais rien, dans ces institutions, n'indique la nature, et même la simple origine des hôpitaux ou hospices de nos jours.

Cependant, cette origine peut se trouver, jusqu'à un certain point, dans certaines autres institutions dont nous parle également Thistoire.

Par exemple, il est fait mention, dans les œuvres d'Hippocrate, de séjours de douleurs où déjeunes médecins venaient apprendre, de leurs maîtres, à consulter la nature montrant à Vœil attentif ses besoins et ses res-^ sources *.

Du temps du même Hippocrate , les Grecs avaient des temples d'Ësculape où se faisaient transporter les

* Numb., cap. XXXV, vers. H, 14,15.

« PIul., Thésée, cap. XXV.

» Sijcl., K6., cap.XXXiV.

* Hippocrat., Op. grœc. et latin. ,3t vol. in-8*. Lugd, Bat., 1665, I, p. 59. -

malades pour y invoquer les grâces du dieu et les secours de ses ministres ^

Des temples pareils , élevés dans Rome, servaient de refuge aux étrangers qui y tombaient malades pendant la solennité des jeux qu'on y célébrait annuellement '*.

Mais il parait que, dans ces séjours de douleur.», il se faisait plus de pratiques superstitieuses que de pratiques médicales, et« en tout cas, leurs salles garnies de lits, et le tableau des cures opérées suspendu aux murs du temple % n'avaient rien de commun avec l'organisation de nos hospices et de nos hôpitaux modernes; — ce qui justifie le dire de ceux qui ont écrit que ces établissements n'existaient pas dans l'antiquité.

Nous avons cité plus haut, page 125, ce passage de Chateaubriand : a On se demande comment faisaient les anciens qui n'avaient point dliôpitaux. C'est qu'ils avaient, pour se défaire des pauvres et des infortunés, deux moyens que les chrétiens n'ont pas : rinfunticide et l'esclavage, »

Et cet auire, de Voltaire : a Quand un pauvre diable tombait malade à Rome sans avoir les moyens de se faire soigner, que devenait-il ? Il mourait. »

Ce quolibet philosophique tombe devant les textes que nous venons de reproduire, et devant ceux qu'il nous reste à rappeler.

Le mot de Chateaubriand, quoique plus vrai, n'en est pas moins entache d'erreur manifeste.

* Foyage (TAnacharsis. — Plaul., Leno^ acl. UI, se. 1. « Grœvius, Thesaur. antiquitat, rom,, lif.

• Mercurialis, Var, leet,, lib. 1, cap. 12.

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