But moral de la peine
Expiation, satisfaction, vengeance, même chose que justice* — Exemple, but de la peine. — Théorie pénitentiaire de Platon.
Les lois pénales de Tantiquité païenne reposaient sur une seule base morale, — Texpiation.
mSTITDTIONS IIÉPRÊSSIVES. 399
L'expiation « c'était. la loi du sacrifice; loi religieuse et civile, à la fois, qui lavait dans le sang les taches des actions coupables, et qui faisait de tout lieu de supplice un autel , comme de tout supplicié un holocauste ; — * deo sacer.
L'expiation, pratiquée chez tous les peuples anciens, révèle la croyance universelle que la justice divine pouvait être apaisée par le châtiment physique de l'auteur du crime commis.
Lorsque l'homme se livre à une action criminelle, c'est sa volonté qui l'y pousse; son corps ne fait qu'obéir. C'est donc à la volonté coupable qu'il faut infliger la peine morale du remords^ la peine morale du repentir, bien plus qu'à l'instrument passif delà volonté la peine physique du sang, des chaînes, de la douleur corporelle. Mais le paganisme fut matérialiste dans ses pénalités comme dans son culte. De là ses supplices, ses tourments, ses tortures.
Le paganisme ne s*en tint pas là. Il crut que ^e n'était pas assez, pour les dieux, de ces punitions personnelles, et son égoisme sauvage, exalté par le fanatisme religieux, lui suggéra la crainte que la justice divine ne fût, dans certains cas, inexorable. De là , dans ses croyances, la nécessité d'une victime étrangère, innocente ou criminelle, — victime qu'il substitua à la personne du coupable ; et, alors, tantôt il se proposa de laver ses fautes dans le sang des animaux ; tantôt il voulut apaiser le ciel par la mort d'un enfant, d'une vierge ; tantôt ce fut le sang des malfaiteurs , des esclaves, des prisonniers, qu'il offrit sur les autels de ses dieux.
Toutefois, la multitude des rites expiatoires qui existaient, chez les païens, excita souvent le sarcasme ou la
censure des philosophes ; mais, eêla irempécba pas le peuple de croire à Tefficacité des expiations extérieures. Le for extérieur est le principal objet de la foi du peuple ; il est plus facile de faire des ablutions que de se repentir et d'avoir des victimes que des vertus.
Du reste, l'idée d'expiation se confondait, chez les païens, avec l'idée de vengeance.
La vengeance, c'était la satisfaction exigée de l'offense commise ; c'était la peine de la coulpe ; c'était le mal dû au mal ; la juste rétribution de l'injustice par Dieu même.
Dieu était considéré comme l'auteur de la peine, et jamais de la faute. Deus est auctor malt quod est pœna, non autem malt quod est culpa.
Voilà pourquoi Dieu est appelé vengeur dans l'Écriture.
Pcena est noœœ vtndicta^ dit Ulpieu.
Mea ultio, dit le Deutéronome.
Peine, expiation, satisfaction, vengeance, étaient donc même chose que justice.
Mais cette justice n'avait jamais, pour but humain, que l'exemple , et pour effet, que l'intimidation des coupables.
Aussi, le coupable exécuté s'appelait exemplum.
L'efficacité de la peine reposait donc tout entière, dans l'esprit du législateur qui l'édictait, sur son intensité et son énergie.
De ce point de vue, plus le supplice était atroce, plus il produisait ou était censé devoir produire d'effet sur l'esprit de la foule perverse.
Quant à la moralisation du coupable, les législateurs de l'antiquité païenne ne semblent pas même y avoir songé.