LABOUREURS-SOLDATS
en faisant, par une loi de l'année 380, une anople catégorie des gens qui ne pouvaient être admis parmi les soldats d'élite, tels que : les cabaretiers, les prosti* tueurs, les cuisiniers, — les cuisiniers surtout ', — les boulangers, les ouvriers des ergastules et les esclaves ^ ; mais distinction qu'effaça, en 406, une loi d*Honorius, en appelant les esclaves sous les drapeaux^ et eu leur donnant une gratification de deux sous d'or ^ .
Ce fut le dernier coup porté à l'armée romaine, tuée déjà par le remplacement ^, les désertions *, les mutilations ^, en dépit et en raison même des mesures actives prises par les empereurs pour en arrêter la dis« solution '•
Ce fut aussi le dernier coup porté à la plèbe rustique, tuée déjà par les latifundia et par la substitution des mains serviles aux mains libres dans le travail des champs ; ce que j'ai démontré amplement dans mon précédent ouvrage * , et ce que je vais rappeler sommairement en parlant des soldats-laboureurs.
* La profession de cuisinier était particulièrement décriée parmi les anciens, au point qne le nom en est resté comme une injure. Co^pdn Tient de coquus, cuisinier,
« Cod. Theodos., VU, XUI, 1. 8.
» Voy. Ibid., tit. XUI, 1. i6.
* Voy.l6t(i.,1.7,10,43,20.
* Dès le milieu du troisième siècle les précautions se multiplièrent pour empêcher les désertions (Hist, des classes nobles^ p. 306).
' Les jeunes soldats faisaient ce que nous avons vu en France, pendant l^mpire; ils s'amputaient les doî^s pour se rendre impropres au maniemait de Parc et de l'épée. Voy. k ce sujet Cod, Theod,^ ub. sup.y 1. 4, 5 et 10.
'' L'une de ces mesures était de marquer les soldats au front ou à la main. Voy. Végèce, Dere militari^ lib. I, cap. VHI, et noire ouvrage Du droit à Voisivetéf p. 304.
> Voy. Du droit à Voisiveté^ p. 240, 244.
â. Soldats^ laboureurs.
Après répée, la charrue. — Généraux-agriculteurs. — Mais guerre ôte plus qu'elle ne donne. — Sort du pauvre soldat, rentré dans ses foyers. — Absorption de sa terre et de sa personne dans la propriété et dans la personnification du riche patricien. — Virginius. — Servitude et misère. — Colonat.
L'agriculture marchant de pair avec la profession des armeSi dans l'estinne et les mœurs des premiers Romains f les laboureurs qui avaient quitte la charrue pour répée ne croyaient pas déchoir en quittant Tépée pour reprendre la charrue. L'on vit raéme des citoyens, des généraux illustres, après avoir commandé des armées et gagné des batailles, se faire un nouveau titre de gloire d'unir à leurs lauriers les épis semés ou cueillis de leurs mains.
Gincinnatus labourait sa terre de quatre arpents quand les députés du sénat vinrent le saluer dictateur; et ses mains triomphales laissèrent, avec la même simplicité, les armes pour la charrue, dès que le salut public fut assuré.
Scipion l'Africain^ après avoir vaincu Annibaletles Carthaginoii^ , se retira dans sa terre de Literue eu Gampanie et y mourut agriculteur.
Gaton le censeur cultivait de ses mains un petit champ.
Marins, qui fut sept fois consul, Pompée, surnommé le Grand, pratiquaient également l'agriculture.
Lors donc qu'une guerre était finie, le laboureursoldat de la plèbe rustique, devenu soldat-laboureur, revenait paisiblement à sa chaumière et arrosait de nouveau de ses sueurs les sept jugera de terre que lui attribuait la république.
Malheureusement l'amer romanus étant entouré de