‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 75 sur 82 · INEFFICACITÉ DES MOTENS PRATIQUÉS · texte numérisé non relu

INEFFICACITÉ DES MOTENS PRATIQUÉS

comme en pays ennemi. Ces vétérans, répugnant aux liens du mariage, et ne pouvant s'assujettir aux soins d'élever une famille, usaient dans la débauche le resta de leurs forces, et s'éteignaient sans laisser de postérité ^ . Entre des populations agricoles, dépouillées et proscrites, et ces colons paresseux et rapaces, Tltalie se changeait en un désert, et l'ulcère dont Tiberius Grac^ chus avait signalé l'apparition s'était étendu sur le corps social, et déjà était devenu incurable ^.

Ajoutons que, pour beaucoup, la guerre était devenue un métier. Quand Texpédition promettait du butin, les consuls ne trouvaient que trop de volontaires ; mais venait-il un licenciement, fallait-il reprendre la pioche et la bêche, et les travaux de tous les jours, et la so^briété de tous les instants, alors, épouvantés, tous fuyaient à Rome où ils allaient grossir, auprès de leurs anciens chefs, la foule servile des clients. En vain leur offrait-on des terres, ils n'en voulaient pas. Le sénat en envoya comme colons à Antium, à Tarente, à Locres et dans vingt autres places; au bout de quel-^ ques années, ils étaient tous enfuis '•

Dès le temps des Gracques, cette foule s'était immensément accrue. Les deux ordres, — patriciens et plébéiens, -— n'avaient pas encore terminé leur querelle séculaire que déjà se montraient ceux qui devaient renverser et le patriciat et la noblesse plébéienne et la libellé. Au-dessus du plébéien devenu quirite, en dehors des centuries et des tribus, vivaient les affranchis qui, déjà, pullulaient, les gens de métier, les mar-

> Voy. cî-dessuâ, p. 329.

* Mérimée, u6. sup.

* liaruy, té6. mp.^ H, p. 43.

cihancis, les habitants des municipeiS sine suffragio qui s'étaient établis à Rome ^ , les œrariij enfin ^ , tous citoyens, mais frappés d'incapacité politique^ exclus des légions^ repoussés des charges et ne votant jamais. Organisés en corporations^ avec des assemblées, sans tloute, et des chefs^ comptant parmi eux des hommes actifs, intelligents, ils formaient une classe d'autant plus dangereuse qu'ils représentaient, bien mieux que les vrais plébéiens, par la diversité de leur origine et la tache de leur naissance ou de leurs professions, le principe révolutionnaire qui devait ouvrir Rome à tous les peuples *.

Les classes riches, aisées, ne pouvaient voir qu'avee effroi au-dessous d'elles, non plus les pauvres de Rome, populace paresseuse, au moins frugale, résignée maintenant à ses misères, et ne demandant, pour vivre dans le repos, que quelques mesures de blé, mais cette autre populace, ayant le goût et le besoin de la débauche; mais ces hommes aux regards sinistres, à la main prompte, ennemis de l'ordre et de la société, quelque gouvernement qui la régît, et vivant à ses dépens de mille industries condamnables \

Et chaque jour cette tourbe menaçante augmentait. C'était hier un candidat ruiné qui y tombait pour y

^ Les habitants des municipes qui avaient le droit de cité Hne suffragio, les Italiens qui s'établissaient à Rome, après avoir reçu le jus commerça, et même le jus connubii, étaient dans la même catégorie que les ceratH (Aul. Gell., XVI, 13),

• Les cerarii différaient des prolétaires ou capite censi en ce qu'ils comptaient pour leur argent , non pour leurs personnes. JEra pro capite prœbebant. On ne les armait qu'en cas de péril extrême (Den. d'Hal.,n, 28;1X,2S).

» Duruy, Hist. des Rom., I, p. 258.

♦ Duruy, U, p. 300.

Page 1